Le dévot

Chapitre 12

Une personne consciente de Krishna, qui se consacre entièrement au service d'amour sublime du Seigneur, acquiert nombre de vertus divines des devas, dont Chaitanya ne décrit que certaines à Sanatane Gosvami. Toujours bienveillant envers tous, le dévot ne cherche querelle à personne. Son intérêt se porte vers l'essence de la vie, laquelle est de nature spirituelle. Également disposé envers tous, personne ne peut trouver à redire contre lui. Son esprit magnanime est toujours pur et dénué de toute obsession matérielle. Bienfaiteur de tous les êtres vivants, il est paisible et toujours abandonné à Krishna. Dépourvu de désirs matériels, il est très humble et déterminé. Ayant vaincu les six défauts matériels, dont la colère et la concupiscence, il ne mange pas plus que nécessaire. Toujours sain d'esprit et respectueux, il ne recherche aucun respect pour lui-même. Il est grave, miséricordieux, amical, poète, expert et silencieux.

On trouve également une description du dévot du Seigneur dans le Shrimad-Bhagavatam (3.25.21), où il est dit être toujours tolérant et miséricordieux. Ami de tous les êtres vivants, il n'a aucun ennemi. Serein, il est doté de toutes les vertus. Voilà quelques attributs d'une personne consciente de Krishna.

Le Shrimad-Bhagavatam dit aussi de celui qui a la chance de servir une grande âme, un mahatma, que le chemin de la libération lui est grand ouvert. Par contre, ceux qui s'attachent aux matérialistes empruntent la voie des ténèbres. Les âmes saintes sont des spiritualistes aussi calmes que paisibles; la colère leur est étrangère et elles accordent leur amitié à tous les êtres vivants. Le seul fait de fréquenter de telles âmes peut transformer une personne en un dévot de Krishna. En vérité, la compagnie des saints dévots s'avère essentielle au développement de l'amour pour Dieu. La voie du progrès spirituel est accessible à quiconque entre en contact avec une sainte personne; en suivant cette voie, on est sûr de développer sa conscience de Krishna dans le cadre du service de dévotion intégral.

Dans le Shrimad-Bhagavatam, Vasoudev, le père de Krishna, s'enquiert auprès de Narada Mouni du bien des êtres vivants. Narada lui répond en citant un extrait de l'entretien de Maharaj Nimi avec neuf grands sages : " Ô saints hommes, dit le roi, je désire seulement m'enquérir de la voie du bien-être pour tous. Or, la compagnie des âmes saintes, même pour un bref moment, est en cette vie le plus grand trésor, car elle ouvre la voie du progrès spirituel. " (S.B., 11.2.28) Ce que confirme d'ailleurs un autre passage du Shrimad-Bhagavatam (3.25.25), où il est dit qu'en recherchant la compagnie de personnes saintes et en discutant avec elles de questions spirituelles, on devient convaincu de la voie à suivre. Bientôt, l'écoute des gloires de Krishna devient agréable et commence à combler le cœur. Si, après avoir reçu ces messages spirituels de la bouche de purs dévots ou de personnes saintes, on s'efforce de les appliquer dans sa vie, la voie de la conscience de Krishna s'enrichira successivement de la foi, de l'attachement et de la dévotion.

Le Seigneur informa ensuite Sanatane Gosvami de la façon dont se conduit le dévot. Le point essentiel de Chaitanya est ici qu'il faut fuir toute mauvaise fréquentation. Telle est l'essence de la conduite du dévot. Et, par mauvaise fréquentation, il faut entendre la fréquentation de ceux et celles qui se révèlent trop attachés au sexe opposé ou qui ne sont pas des dévots de Krishna. Au même titre qu'on recommande de rechercher la compagnie des saints dévots du Seigneur, il convient d'éviter soigneusement celle des non-dévots. Les purs dévots de Krishna se gardent donc bien de fréquenter les deux classes d'individus citées plus haut.

Le Shrimad-Bhagavatam (3.31.33-35) affirme qu'il faut se garder de tout contact avec ceux qui sont le jouet des femmes, car la fréquentation de tels impies nous priverait de toute qualité digne de ce nom, comme la véracité, la pureté, la compassion, la gravité, l'intelligence, la réserve, la beauté, le renom, le pardon, la maîtrise du mental et des sens, ainsi que toutes les excellences qu'acquiert automatiquement le dévot. Rien ne dégrade davantage l'homme que de fréquenter des personnes trop attachées aux femmes.

Dans ce contexte, le Seigneur Chaitanya cite également un verset de la Katyayana-samhita : " Mieux vaut être prisonnier d'une cage entourée d'un brasier ardent que de vivre au contact de ceux qui ne sont pas des dévots du Seigneur. " On conseille d'ailleurs de ne pas même regarder le visage des incroyants ou des êtres dépourvus de dévotion pour l'Être Suprême. Le Seigneur recommande de renoncer scrupuleusement à la compagnie de tout être indésirable et de prendre entièrement refuge en Krishna, le Seigneur Suprême. Krishna donne Lui-même cette instruction à Arjouna à la fin de la Bhagavad-Gita : " Laisse tout et abandonne-toi simplement à Moi. Je prendrai soin de toi et t'affranchirai de toutes les suites de tes fautes. " (B.G., 18.66)

Très bienveillant envers Ses dévots, le Seigneur Se montre aussi très reconnaissant, magnanime et doté de tous les talents. Nous devons ainsi croire en Sa parole et, pour peu que nous soyons aussi intelligents qu'instruits, adhérer à ce principe sans la moindre hésitation. Le Shrimad-Bhagavatam rapporte les paroles suivantes d'Akroura à Krishna : " Qui s'abandonnerait à quelqu'un d'autre que Toi ? Qui est aussi cher, véridique, amical et reconnaissant que Toi ? Tu es si parfait et complet que, même en Te donnant à Ton dévot, Tu demeures entier. Tu peux donc combler tous les désirs de Ton dévot et même Te livrer à lui. " (S.B., 10.48.26)

Une personne intelligente et à même de comprendre la philosophie de la conscience de Krishna délaissera naturellement tout pour prendre refuge en Krishna. Dans ce contexte, le Seigneur Chaitanya récita un verset énoncé par Ouddhava dans le Shrimad-Bhagavatam : " Comment pourrait-on prendre refuge en qui que ce soit d'autre que Krishna, Lui si bienveillant ? Bien que la sœur de Bakasoura voulût Le tuer alors qu'Il n'était qu'un enfant, en enduisant son sein de poison pour qu'Il l'aspire avec son lait, cette femme remplie de haine obtint le salut et fut élevée à la même position que la mère de Krishna. " (S.B., 3.2.23) Ce verset fait allusion au jour où Poutana projetait de tuer l'enfant Krishna. Acceptant le sein enduit de poison que Lui offrait la sorcière, Krishna aspira à la fois son lait et sa vie. Poutana fut néanmoins élevée à la même position que la mère de Krishna.

Il n'existe aucune différence essentielle entre une âme qui s'abandonne entièrement au Seigneur et une personne établie dans l'ordre du renoncement. La seule différence réside dans le fait que la première dépend entièrement de Krishna. Les six critères de l'abandon sont : 1) accepter avec détermination tout ce qui est favorable au service de dévotion ou aux devoirs envers Krishna; 2) rejeter, avec autant de détermination, tout ce qui entrave le service de dévotion; 3) être fermement convaincu que seul Krishna peut nous protéger et qu'Il nous accordera Sa protection. Notons ici que l'impersonnaliste croit que sa véritable identité tient à ne faire qu'Un avec Krishna, ou le Seigneur Suprême, mais le dévot n'anéantit pas son identité de cette façon. Il demeure pleinement confiant que Krishna le protégera en toutes circonstances; 4) Le dévot doit toujours voir en Krishna son soutien. Ceux qui aspirent aux fruits de l'action espèrent généralement être protégés par les devas, mais le dévot ne compte sur la protection d'aucun deva, étant fermement convaincu que Krishna le protégera de toute condition défavorable. 5) Le dévot a toujours conscience de ce que la satisfaction de ses désirs ne dépend pas que de lui, et qu'à moins d'être comblés par Krishna, ils resteront inassouvis. 6) L'être distinct doit toujours se considérer comme la plus déchue de toutes les âmes afin que Krishna prenne soin de lui. L'âme ainsi soumise doit chercher refuge dans un lieu saint comme Vrindavane, Mathoura, Dvaraka ou Mayapour, et s'abandonner au Seigneur en disant : " Mon Seigneur, à partir d'aujourd'hui, je T'appartiens. Protège-moi ou tue-moi, comme bon Te semble. " Lorsque le dévot prend refuge en Krishna de cette façon, le Seigneur S'en montre si reconnaissant qu'Il l'accepte et le protège de diverses façons. Le Shrimad-Bhagavatam (11.29.34) le confirme en disant que, si une personne à l'agonie prend totalement refuge en le Seigneur Suprême et Se place sous Son entière protection, elle parviendra alors à l'immortalité et deviendra digne de vivre en la compagnie du Seigneur et de goûter la félicité spirituelle.

Le Seigneur expliqua ensuite à Sanatane Gosvami les différentes formes et manifestations du service de dévotion dans la pratique, c'est-à-dire accompli par le biais de nos sens actuels. En réalité, le service dévotionnel représente la fonction éternelle de l'être vivant, et sommeille dans le cœur de chacun. L'apprentissage qui éveille cette dévotion latente est appelé " service de dévotion dans la pratique ". Comprenons ici que, de par sa nature, l'être distinct fait partie intégrante du Seigneur Suprême. On peut comparer Celui-ci au Soleil, et les êtres vivants, aux particules lumineuses qui en émanent. Sous l'empire de la puissance d'illusion, l'étincelle spirituelle s'éteint presque entièrement, mais le service de dévotion dans la pratique permet de raviver sa condition originelle. Bref, celui ou celle qui pratique le service de dévotion retourne à sa condition première, normale, d'âme libérée. Et ce service dévotionnel peut être accompli à l'aide des sens sous la direction d'un maître spirituel authentique.

L'écoute s'impose comme la première activité spirituelle à même de favoriser le progrès dans la conscience de Krishna, dans le service de dévotion. Comme il s'agit de la plus importante pratique à cet égard, il convient de rechercher avec grand enthousiasme les occasions d'entendre les gloires de Krishna. Délaissant la poursuite du savoir spéculatif et de l'action intéressée, nous devrions simplement pratiquer l'adoration du Seigneur et chercher à développer notre amour pour Lui. Cet amour existe de toute éternité en chacun de nous; il suffit de l'éveiller par la pratique assidue de l'écoute. L'écoute, puis le chant, incarnent les principales pratiques dévotionnelles. Le service de dévotion peut être pratiqué selon les règles ou par affection spontanée. Or, quiconque n'a pas développé une affection spirituelle pour Krishna se doit de mener sa vie selon les règles et principes des Écritures et les instructions du maître spirituel. Dans le Shrimad-Bhagavatam, Shoukadev Gosvami conseille ainsi Maharaj Parikshit : " Ô meilleur des Bharates, le premier devoir de quiconque désire s'affranchir de toute crainte consiste à écouter ce qui a trait à Dieu, Hari, à chanter Ses gloires et à toujours se souvenir de Sa Suprême Personne. Méditant sans cesse sur Vishnou, le Seigneur, il ne faut jamais L'oublier, ne serait-ce qu'un instant, Lui l'essence même de tous les principes régulateurs. " (S.B., 2.1.5) Comprenons ici que les Écritures révélées font état de mille et une règles, de mille et une recommandations et interdictions, si ce n'est que le souvenir du Seigneur Suprême est au fondement même de toutes les prescriptions. Ainsi la réelle mise en pratique du service de dévotion tient-elle au souvenir constant de Dieu en son for intérieur, et cette pratique n'est régie par aucun principe régulateur, ni dépendante de quelque autre activité que ce soit, prescrite ou interdite.

De façon générale, cependant, il convient d'adhérer aux principes suivants dans le cadre du service de dévotion : 1) chercher refuge auprès d'un maître spirituel authentique; 2) recevoir de lui l'initiation spirituelle; 3) le servir; 4) s'enquérir auprès de lui et apprendre de lui à aimer; 5) suivre la voie tracée par les saints voués au service d'amour sublime du Seigneur; 6) savoir renoncer à toute forme de plaisir et de tribulation pour la satisfaction de Krishna; 7) vivre, autant que faire se peut, en un lieu où se sont déroulés les Divertissements de Krishna; 8) se satisfaire de ce que Krishna nous donne pour subvenir à nos besoins, sans chercher à en obtenir davantage; 9) respecter le jeûne de l'Ekadashi, soit le onzième jour suivant la pleine lune et la nouvelle lune. Il faut alors s'abstenir de consommer grains, céréales et légumineuses, et ne manger avec modération que légumes et lait tout en accroissant le chant du mantra Hare Krishna, la lecture des Écritures, etc.; 10) honorer les dévots, les vaches et les arbres sacrés, dont le banian.

Il s'avère essentiel, pour le dévot néophyte qui commence à suivre la voie du service de dévotion, d'observer ces dix principes. Il doit en outre se garder de commettre les dix offenses suivantes dans le cadre de la pratique du service de dévotion et du chant des Saints Noms de Dieu : 1) blasphémer contre un dévot du Seigneur; 2) mettre le Seigneur et les devas sur un pied d'égalité, ou croire qu'il existe plusieurs Dieux; 3) négliger les instructions du maître spirituel; 4) minimiser l'autorité des Écritures (les Vedas); 5) interpréter les Saints Noms du Seigneur; 6) accomplir des actes coupables en comptant sur le chant des Saints Noms pour en annuler les conséquences; 7) enseigner les gloires du Nom du Seigneur aux incroyants; 8) assimiler le chant des Saints Noms à un acte de piété matérielle; 9) être inattentif en chantant les Saints Noms; 10) demeurer attaché aux choses matérielles en dépit du chant des Saints Noms.

Il convient également d'observer dix autres règles : 1) s'abstenir de commettre les offenses ci-dessus relativement au service de dévotion et au chant des Saints Noms; 2) éviter la compagnie des non-dévots impies; 3) ne pas chercher à faire de nombreux disciples; 4) éviter de se livrer à l'étude d'ouvrages variés, voire à l'étude sommaire d'un ouvrage donné, ainsi que de débattre de différentes doctrines; 5) faire preuve d'équanimité dans le gain comme dans la perte; 6) ne succomber à aucune forme de dépit; 7) ne manquer de respect envers aucun deva ni aucune autre Écriture; 8) ne pas tolérer qu'on blasphème contre le Seigneur Suprême ou Ses dévots; 9) se détourner du contenu profane des romans et des œuvres de fiction, sans pour autant ignorer les actualités, qu'aucune interdiction ne frappe; 10) ne tourmenter aucun être vivant, y compris les insectes.

Les dix premiers principes revêtent un caractère incitatif alors que les dix derniers ont valeur d'interdits. Dans la même veine, le Bhakti-rasamrita-sindhou de Shri Roupa Gosvami enseigne qu'il convient d'agir de façon très libérale tout en évitant le moindre comportement indésirable. Cela dit, d'entre les vingt règles énoncées ci-dessus, les plus importantes consistent à chercher refuge auprès d'un maître spirituel authentique, à recevoir de lui l'initiation spirituelle et à le servir.

La pratique du service de dévotion se compose des éléments suivants : 1) écouter; 2) chanter (ou réciter); 3) se souvenir; 4) adorer; 5) prier; 6) servir; 7) agir en serviteur; 8) se montrer amical; 9) tout offrir; 10) danser devant la Déité; 11) entonner des chants; 12) instruire; 13) offrir son hommage; 14) à l'arrivée d'un dévot, se lever en guise de respect; 15) au départ d'un dévot, le raccompagner jusqu'à la porte; 16) entrer dans le temple du Seigneur; 17) accomplir une marche circulaire autour du temple; 18) lire des prières; 19) entonner des hymnes; 20) prendre part au sankirtane (chant en congrégation); 21) humer l'encens et les fleurs offerts à la Déité; 22) honorer le prasad (nourriture offerte à Krishna); 23) assister à l'aratrik (cérémonie d'accueil du Seigneur); 24) contempler la Déité; 25) offrir des mets savoureux au Seigneur; 26) méditer; 27) offrir de l'eau à l'arbuste toulasi; 28) offrir son hommage aux vaishnaves, ou dévots avancés; 29) vivre à Mathoura ou Vrindavane; 30) étudier le Shrimad-Bhagavatam; 31) tout faire pour atteindre Krishna; 32) espérer la grâce de Krishna; 33) prendre part aux cérémonies à la gloire de Krishna en compagnie de Ses dévots; 34) s'abandonner entièrement; 35) observer diverses célébrations.

À ces trente-cinq éléments s'en greffent quatre autres : 1) marquer son corps de pulpe de santal pour s'afficher en tant que vaishnave; 2) marquer son corps des Saints Noms du Seigneur; 3) porter sur soi les châles préalablement offerts à la Déité; 4) boire le charanamrita, l'eau ayant servi à baigner le Seigneur. Cela fait donc un total de trente-neuf éléments constituants du service de dévotion, dont les plus importants dérivés sont les cinq suivants : 1) fréquenter les dévots; 2) chanter le Saint Nom du Seigneur; 3) écouter le Shrimad-Bhagavatam; 4) vivre dans un lieu saint comme Mathoura ou Vrindavane; 5) servir la Déité avec une grande dévotion. Roupa Gosvami les a précisément soulignés dans son Bhakti-rasamrita-sindhou.

Ces cinq derniers éléments, ajoutés aux trente-neuf cités plus haut, en portent le nombre à quarante-quatre. Compte tenu des vingt règles précédemment citées, cela fait un grand total de soixante-quatre principes dévotionnels qu'on peut appliquer avec son corps, son mental et ses sens de manière à purifier graduellement sa pratique du service de dévotion. Certains de ces principes s'avèrent tout à fait distincts alors que d'autres sont identiques et que d'autres encore se recoupent.

Shrila Roupa Gosvami recommande de vivre en compagnie de personnes qui partagent la même mentalité que soi; il s'avère dès lors nécessaire de former une quelconque association pour la conscience de Krishna et de vivre ensemble dans le but de cultiver la science de Krishna et le service de dévotion. Le principe par excellence d'une telle association tient à la compréhension mutuelle de la Shrimad Bhagavad-Gita et du Shrimad-Bhagavatam. Lorsque foi et dévotion se développent, s'ensuivent l'adoration de la Déité, le chant du Saint Nom et l'établissement en un lieu comme Mathoura ou Vrindavane.

Les cinq derniers principes, mentionnés à la suite des trente-neuf premiers, sont tout particulièrement importants, pour ne pas dire essentiels. Il suffit en effet de s'y conformer, fût-ce de façon imparfaite, pour être élevé à la plus haute perfection. Qu'on soit en mesure, selon ses capacités, de se livrer à une ou plusieurs pratiques dévotionnelles, c'est le facteur primordial de l'attachement indéfectible au service de dévotion qui nous fera progresser sur cette voie. De fait, l'Histoire révèle que nombre de dévots ont atteint la perfection dévotionnelle par le biais d'une seule pratique, alors que nombre d'autres, à l'instar de Maharaj Ambarish, les observaient toutes.

Suivent les noms de certains dévots qui ont atteint la perfection par le biais d'une seule pratique dévotionnelle. Maharaj Parikshit a obtenu la libération après avoir atteint la perfection absolue par la seule écoute. Shoukadev Gosvami a atteint la perfection dévotionnelle et obtenu la libération par le seul chant. Lakshmi, par le seul service des pieds pareils-au-lotus du Seigneur. Le roi Prithou, par la seule adoration. Akroura, par la seule prière. Hanoumane, en se faisant simplement le serviteur du Seigneur Rama. Arjouna, rien qu'en étant l'ami de Krishna. Et Bali Maharaj, en ne faisant qu'offrir tout ce qu'il possédait au Seigneur.

Maharaj Ambarish, lui, accomplit toutes les pratiques dévotionnelles : fixant d'abord son esprit sur les pieds pareils-au-lotus de Krishna, il consacra ensuite son verbe à la description des attributs sublimes du Seigneur Suprême, puis utilisa ses mains pour nettoyer Son temple, ses oreilles pour écouter les paroles de Krishna, ses yeux pour contempler Sa forme dans le temple, ses organes tactiles pour rendre service aux dévots, son odorat pour humer le parfum des fleurs offertes à Krishna, sa langue pour goûter les feuilles de toulasi offertes à Ses pieds de lotus, ses jambes pour se rendre au temple de Krishna et sa tête pour Lui offrir son hommage. Comme tous ses désirs et ses ambitions étaient liés au service dévotionnel du Seigneur, on le considère comme le champion de la pratique diversifiée du service de dévotion.

Quiconque pratique le service de dévotion en pleine conscience de Krishna s'acquitte automatiquement de toute dette envers les sages, les devas et les ancêtres, envers lesquels nous sommes généralement redevables. Ce que confirme le Shrimad-Bhagavatam : " Quiconque s'engage pleinement dans le service du Seigneur, ô roi, n'a plus ni devoirs ni obligations envers les devas, les sages, sa famille, ses ancêtres, les humains et les êtres vivants en général. " (S.B., 11.5.41) Comprenons que, dès sa naissance, chaque humain est à ce point endetté envers tous qu'on attend de lui qu'il accomplisse divers rites prescrits. L'être qui s'abandonne entièrement à Krishna est toutefois libéré de toute dette, de toute obligation envers qui que ce soit d'autre. Au demeurant, il convient de noter que quiconque renonce à tous ses devoirs temporels pour se vouer au service exclusif de Krishna s'affranchit par le fait même de tout désir personnel et ne risque nullement de commettre quelque péché que ce soit. Si, toutefois, il vient à poser des actes répréhensibles - non pas délibérément, mais par accident - Krishna lui accordera Son entière protection, et il ne sera tenu de se purifier en aucune façon, ainsi que le confirme le Shrimad-Bhagavatam : " Le dévot qui s'engage pleinement dans le service d'amour absolu du Seigneur est protégé par la Personne Suprême. Or si, bien malgré lui, il vient à commettre quelque péché ou se voit contraint de commettre un acte répréhensible dans des circonstances exceptionnelles, le Seigneur, sis en son cœur, lui accordera Son entière protection. " (S.B., 11.5.42) Les voies du savoir spéculatif et du renoncement ne sont pas essentielles au parachèvement du service de dévotion. Il n'est pas non plus nécessaire d'adhérer aux principes de la non-violence et de la maîtrise des sens, strictement préconisés par d'autres voies d'élévation. Sans même souscrire à de telles méthodes, le dévot développe toutes ces vertus grâce au seul service dévotionnel du Seigneur. Dans le onzième Chant du Shrimad-Bhagavatam, le Seigneur dit d'ailleurs Lui-même qu'il n'est pas nécessaire de cultiver le savoir spéculatif et le renoncement lorsqu'on est effectivement engagé dans Son service de dévotion.