Conclusion de l'enseignement
à Sanatane Gosvami
Chapitre 16
Les candidats à la libération par l'acquisition du savoir sont de trois ordres : les aspirants au salut, les âmes libérées au sein de l'existence matérielle et les âmes effectivement réalisées. Nombreux sont ceux et celles qui, en ce monde, recherchent la libération, et il s'en trouve parmi eux qui pratiquent à cette fin le service de dévotion. Le Shrimad-Bhagavatam (1.2.26) confirme que quiconque désire vraiment la libération délaisse le culte des devas et, libre de toute envie à leur endroit, concentre ses pensées sur Narayane, Dieu, la Personne Suprême. Puis, lorsqu'une telle personne rencontre un pur dévot, elle adopte le service dévotionnel de Krishna et renonce à son projet de libération. Il est écrit dans le Hari-bhakti-soudhodaya : " Ô âme magnanime, malgré les nombreuses failles inhérentes à cette misérable existence, il est une chose glorieuse, à savoir la compagnie des purs dévots. Recherche donc leur présence, qui a pour effet d'étancher la soif de libération. "
Le Shrimad-Bhagavatam (11.2.37) enseigne que, chez l'être humain, la peur naît d'une conception matérielle de l'existence et de l'oubli de sa relation éternelle avec le Seigneur Suprême. Sous l'emprise de l'énergie matérielle, il n'a plus, en effet, que des souvenirs dénaturés. Ainsi toute personne dotée d'une intelligence suffisante s'engagera-t-elle pleinement dans le service de dévotion, tenant le Seigneur Suprême pour son guide spirituel et l'objet de son adoration. En conclusion, nul ne peut révolutionner sa vie sans adopter le service du Seigneur. Et ce n'est que lorsqu'on est effectivement lavé de toute souillure matérielle qu'on peut se consacrer entièrement à la conscience de Krishna. Le Shrimad-Bhagavatam (10.14.4) dit clairement que celui ou celle qui pratique le service de dévotion afin de saisir la réalité telle qu'elle est, mais sans la moindre intention d'embrasser la conscience de Krishna, ne récoltera que peines et misères, et sa vie restera dénuée de substance. Tout être vivant fait partie intégrante du Seigneur Suprême et doit par conséquent Le servir, Lui le Tout Absolu. Privé de ce service, l'être ne peut que sombrer dans la fange matérielle. Le Seigneur Chaitanya conclut en disant que les six classes d'atmaramas adoptent le service dévotionnel de Krishna sous une forme ou une autre. En d'autres termes, avec le temps, tous les spiritualistes en viennent à saisir la nécessité de servir Krishna avec dévotion et de devenir pleinement conscient de Lui. Cela dit, tout un chacun peut embrasser le service de dévotion du Seigneur, qu'il soit très érudit ou on ne peut plus excentrique. Les six classes de spiritualistes sont : le néophyte, le spiritualiste confirmé, celui qui est déjà établi dans la transcendance, celui qui aspire à la libération, celui qui est d'ores et déjà libéré, et celui qui agit en harmonie avec sa nature intrinsèque. Tous sont qualifiés d'atmaramas. Or, lorsqu'on devient atmarama - un grand penseur sous le signe de la conscience de Krishna -, on s'engage pleinement dans le service de dévotion. Si l'on s'en tient aux règles grammaticales, il existe différents types d'atmaramas, mais le mot atmarama suffit en soi à les englober tous, et au sens collectif, tous les atmaramas sont portés à adorer Krishna, le Seigneur Suprême. Le yogi qui adore l'Âme Suprême présente en lui porte également le nom d'atmarama, et les atmarama-yogis se divisent eux-mêmes en deux classes, respectivement appelées sagarbha et nigarbha. Le Shrimad-Bhagavatam dit à ce sujet : " Certains yogis méditent en leur cœur sur l'aspect localisé de Vishnou, dont les quatre mains portent quatre symboles : la conque, le disque, la masse d'armes et le lotus. " (S.B., 2.2.8) Le yogi qui médite sur la forme à quatre bras de Vishnou s'absorbe dans l'extase dévotionnelle et manifeste les signes associés à cet état d'âme, tantôt pleurant, tantôt ressentant la séparation du Seigneur. Ainsi baigne-t-il dans la félicité transcendantale et devient-il captif, tel un poisson dans un filet. On peut encore subdiviser les sagarbha-yogis et les nigarbha-yogis en trois classes : les néophytes, ceux qui ont amorcé leur ascension et ceux qui ont déjà atteint la perfection. Ces yogis sont décrits en ces termes dans le sixième chapitre de la Bhagavad-Gita : ceux qui cherchent à s'élever sur la voie du yoga des pouvoirs sont qualifiés d'arouroukshou. L'arouroukshou-yoga repose sur la pratique de diverses postures et sur la concentration du mental. Mais pour qui s'est d'ores et déjà élevé sur la voie du yoga, la méditation et le détachement deviennent les fondements de la progression. Et dès lors qu'on cesse de chercher à satisfaire ses sens, on se libère peu à peu, jusqu'à atteindre un niveau d'extase appelé yoga-aroudha. Qu'un tel yogi entre d'une façon ou d'une autre en contact avec une sainte personne, et il deviendra un dévot de Krishna. Le mot ouroukrama, nous l'avons déjà précisé, désigne le Seigneur Suprême, et tous les atmaramas pratiquent le service de dévotion offert à Ouroukrama. Avant qu'ils adoptent cette pratique, ces spiritualistes sont toutefois qualifiés de shantas, ou " dévots sereins ". Le terme atma (le soi) est parfois traduit par " mental ". Il arrive que les élucubrateurs présentent diverses théories philosophiques; mais lorsqu'ils entrent en contact avec des âmes saintes absorbées dans le service de dévotion, ils deviennent eux-mêmes des dévots. Le Shrimad-Bhagavatam décrit ainsi les deux classes de yogis dits sagarbha et nigarbha : " Les yogis amorcent leur pratique du yoga en focalisant sur l'abdomen, puis en cherchant à concentrer leur attention sur leurs intestins. Graduellement, leur méditation s'élève vers le cœur, et de là jusqu'au sommet de la tête. Qui parvient à ce stade est tenu pour avoir atteint la perfection et n'est plus soumis à la naissance ni à la mort. " (S.B., 10.87.18) Or, ces yogis eux-mêmes en viennent à offrir un service de dévotion immotivé au Seigneur lorsqu'ils entrent en contact avec un pur dévot. Le mot atma a également le sens d'" effort ". Toute pratique requiert des efforts, et l'ultime effort vise à atteindre la plus haute perfection dévotionnelle. Le Shrimad-Bhagavatam (1.5.18) enseigne qu'il faut chercher à atteindre le but souverain, qu'on ne trouve dans aucun système planétaire, supérieur ou inférieur. Comprenons ici que souffrances et bonheurs matériels se succèdent naturellement dans tous les systèmes planétaires, mais que la plus haute perfection - le service de dévotion - ne se trouve nulle part sans effort. Aussi le Narada Pourana enseigne-t-il que quiconque s'efforce sérieusement d'atteindre la plus haute réalisation dévotionnelle peut réussir en tout grâce à ce seul effort. On ne peut donc accéder à la plus haute dévotion sans fournir un effort personnel. Comme le dit si bien Krishna dans la Bhagavad-Gita, Lui qui Se trouve dans le cœur de tous les êtres : " Ceux qui toujours Me servent et M'adorent avec amour et dévotion, Je leur donne l'intelligence par quoi ils pourront venir à Moi. " (B.G., 10.10) Le mot atma traduit également les notions de patience et de persévérance, deux éléments qui donnent accès aux cimes de la dévotion. Le terme mouni, lui, peut aussi signifier " oiseau " ou " bourdon ", tandis que le terme nirgrantha peut également désigner un " sot ". Il en ressort que même les bourdons, les oiseaux et les sots peuvent embrasser le service de dévotion du Seigneur Suprême s'ils sont touchés par la grâce d'un pur dévot. Le Shrimad-Bhagavatam affirme d'ailleurs qu'en vérité, les oiseaux sont dévoués au Seigneur Souverain (S.B., 10.21.14), et que les bourdons accompagnent toujours Krishna et Balaram (S.B., 10.15.6). Dans ce dernier verset, Shri Krishna décrit même le service de dévotion des bourdons et des guêpes : " Ô Vertu suprême personnifiée ! Ô Divinité originelle [Balaram] ! Vois donc ces bourdons et ces guêpes qui Te suivent tout en célébrant Tes gloires et en T'adorant. Or, sous cette apparence se cachent en fait de grands sages qui profitent de l'occasion pour adorer l'Âme Suprême. Bien que le commun des mortels ne puisse Te connaître, eux Te reconnaissent et Te suivent afin de Te glorifier. " Un verset similaire du Shrimad-Bhagavatam dépeint l'accueil réservé à Krishna et Balaram par les paons : " Ô Toi digne d'adoration, vois comme les paons qui regagnent leurs nids Te reçoivent dans l'allégresse. On dirait les jeunes filles de Vraja. Et les coucous perchés sur les branches des arbres T'accueillent aussi à leur façon. Les habitants de Vrindavane sont si glorieux qu'ils sont tous prêts à servir le Seigneur avec dévotion. " (S.B., 10.15.7) Toujours dans le Shrimad-Bhagavatam : " Regarde sur l'onde ces cygnes et ces grues qui chantent les gloires du Seigneur ! En vérité, tout en sillonnant les eaux, ils méditent sur Lui et L'adorent. " (S.B., 10.35.11) Et encore dans le Shrimad-Bhagavatam : " Même les aborigènes et les humains non civilisés, tels les Kiratas, les Hounas, les Andhras, les Poulindas, les Poulkashas, les Abhiras, les Shoumbhas, les Yavanas et les Khasas, ainsi que nombre d'autres de souche inférieure, peuvent tous être purifiés en cherchant refuge auprès des purs dévots du Seigneur. " (S.B., 2.4.18) Voilà pourquoi Shoukadev Gosvami offre son hommage respectueux au Seigneur, Vishnou, dont les dévots réalisent de tels prodiges. Une autre signification du mot dhriti tient à la " prise de conscience de sa propre élévation ", en vertu de laquelle on se sent libre de toute souffrance et parvenu au plus haut plan de l'existence. Ainsi tous les dévots pleinement conscients de Krishna sont-ils détachés de toute forme de plaisir matériel. Entièrement absorbés dans le service transcendantal du Seigneur, ils sont toujours joyeux du fait même de leur pratique dévotionnelle. Ils sont en vérité des humains aussi heureux qu'accomplis, et tel est leur bonheur qu'ils n'aspirent même pas à être promus aux planètes spirituelles, ravis qu'ils sont dans toutes les sphères de l'existence. Comblés par le service spirituel du Seigneur, ils ne convoitent ni biens matériels ni plaisirs sensuels. Selon les Gosvamis : " Les personnes dont les sens sont ancrés dans le service du Seigneur Suprême peuvent être qualifiés de sereines. " Le mot atmarama indique donc que même les oiseaux, les animaux et les sots - bref, tous les êtres - deviennent fascinés par les sublimes attributs de Krishna, s'engagent dès lors à Le servir et finissent ainsi par atteindre la libération. Une autre signification d'atma serait " intelligence ". Les personnes dotées d'une intelligence exceptionnelle portent aussi le nom d'atmarama, et sont de deux ordres : le sage érudit et l'inculte dépourvu de connaissances livresques. L'un comme l'autre peut avoir l'occasion de côtoyer un pur dévot, et même l'atmarama inculte peut alors tout délaisser pour s'engager dans le pur service de dévotion, en pleine conscience de Krishna. Le Shrimad-Bhagavatam nous dit que le Seigneur incarne l'origine de tout et que toute chose émane de Lui. Or, toute personne vraiment intelligente peut comprendre que Krishna, le Seigneur Suprême, est la source de tout, et s'engage donc dans Son service. Nous lisons par ailleurs dans un autre verset du Shrimad-Bhagavatam : " Que dire des êtres assez intelligents pour étudier les Vedas, même ceux qui n'ont pas autant d'intelligence - qu'il s'agisse de simples ouvriers, de femmes, de Hounas, de Shabaras, des oiseaux ou des animaux en général - peuvent, tous tant qu'ils sont, atteindre la plus haute perfection. " (S.B., 2.7.46) La Bhagavad-Gita (10.10) déclare en outre que lorsqu'une personne devient suffisamment intelligente pour s'engager dans la conscience de Krishna, le Seigneur Suprême lui donne en retour l'intelligence requise pour atteindre Son séjour divin. Le Seigneur informa ensuite Sanatane Gosvami de ce que la compagnie de dévots exemplaires, la pratique du service transcendantal offert au Seigneur, l'étude du Shrimad-Bhagavatam, le chant du Saint Nom du Seigneur et l'établissement de sa résidence à Vrindavane ou Mathoura sont cinq facteurs très importants pour s'élever au plan spirituel. Et que dire de les embrasser tous les cinq, il suffit d'en maîtriser un seul pour à coup sûr être élevé au niveau de l'amour de Dieu. Quoi qu'il en soit, tout être réellement intelligent renoncera à tout désir matériel pour s'engager dans le sublime service de Krishna. Tel est l'ascendant de la dévotion qu'en l'adoptant, on vient à renoncer à toute aspiration matérielle pour s'attacher de tout son être à Krishna, profondément touché par les attributs divins du Seigneur. Telle est la beauté que revêt le Seigneur aux yeux de Son dévot. Le mot atma peut également signifier " nature ". Le terme atmarama indique alors que chacun jouit de la nature particulière qu'il a acquise. Néanmoins, l'ultime nature - ou l'éternelle nature - de l'être vivant consiste à servir le Seigneur Suprême, et qui parachève la compréhension de sa nature réelle d'éternel serviteur de Dieu renonce à sa conception désignative (matérielle ou corporelle) de l'existence. Voilà le vrai savoir. Ainsi les êtres en quête de savoir auxquels s'offre l'occasion d'entrer en contact avec un pur dévot s'engagent-ils également dans le service dévotionnel du Seigneur. Bref, aussi bien des sages comme les quatre Koumaras que des sots ou des oiseaux peuvent pratiquer ce service transcendantal. Bénis par la miséricorde immotivée de Krishna, tous peuvent être élevés au niveau de la conscience de Krishna. On est d'abord fasciné par les sublimes attributs de Krishna, puis on amorce la pratique du service de dévotion. Le Shrimad-Bhagavatam glorifie Vrindavane comme suit : " Cette terre de Vrajabhoumi est glorifiée au contact de Tes pieds. Touchés par Tes doigts, les lierres Te glorifient également. Lorsque Ton regard se pose sur les collines, les rivières et les animaux dits inférieurs, tous deviennent glorieux, et de même les gopis quand de Tes bras si sublimes Tu les enlaces. " (S.B., 10.15.8) Les gopis glorifient quant à elles Vrindavane en ces termes : " Chères amies, tous les habitants de Vrajabhoumi - y compris les oiseaux, les animaux et les arbres - sont glorifiés à la vue de Krishna qui, tout en jouant de Sa flûte, part pour les pâturages entouré de Ses amis et de Baladev. " Le Seigneur affirme que le mot atma désigne également le " corps ". Les yogis qui pratiquent divers exercices physiques, tenant le corps pour le soi, sont aussi promus au service spirituel du Seigneur s'ils entrent en contact avec de purs dévots. Les très nombreuses personnes qui tiennent le corps pour le soi se livrent à maintes actions intéressées, dont les ablutions rituelles et les activités matérielles de tous les jours. Cependant, au contact d'un pur dévot, elles aussi adoptent le service spirituel et absolu du Seigneur. On lit dans le Shrimad-Bhagavatam : " Cher Souta Gosvami, bien que la fumée de nos sacrifices intéressés ait noirci nos corps, tu nous abreuves du nectar des pieds pareils-au-lotus de Krishna. " (S.B., 1.18.12) Et plus loin : " Les eaux du Gange coulent du bout des pieds de lotus de Krishna, et tous - aussi bien les sages que les auteurs d'actes intéressés - peuvent laver leur mental de ses impuretés en s'y baignant. " (S.B., 4.21.31) Même ceux qui identifient le corps au soi, ou nourrissent mille désirs matériels, sont également - dans un sens - atmarama. Au contact de purs dévots du Seigneur, ils abandonneront en effet leurs aspirations temporelles et deviendront parfaits dans le service du Seigneur. Le Hari-bhakti-soudhodaya (7.28) nous en offre le meilleur exemple dans ces mots de Dhrouva Maharaj : " Cher Seigneur, je T'ai adoré dans le but d'obtenir un domaine terrestre, mais par bonheur, je T'ai obtenu, Toi, qui échappes à la perception même des grands sages et saints. En quête de bouts de verre sans valeur, j'ai découvert un joyau aussi précieux que Toi. Désormais comblé, je n'aspire à rien d'autre. " Le mot nirgrantha peut également signifier " chasseur peu intelligent " ou " homme misérable ". Citons ici, à titre d'exemple, l'histoire d'un chasseur qui trouva le salut et s'engagea dans le service dévotionnel du Seigneur grâce au contact du pur dévot qu'est Narada. Voici son histoire. Un homme chassant dans la forêt de Prayag eut le bonheur de rencontrer Narada. Le sage venait de rendre visite au Seigneur Narayane, à Vaikountha, et se rendait à Prayag pour faire ses ablutions au confluent du Gange et de la Yamouna. Alors qu'il traversait la forêt, il vit un oiseau gisant au sol à moitié mort, transpercé d'une flèche et pépiant pitoyablement. Plus loin, il aperçut un daim qui se tordait de douleur, puis un sanglier et un lièvre, tous en proie à d'atroces souffrances. Sa compassion ainsi éveillée, il songea : " Mais quel insensé a pu commettre pareils crimes ? " En effet, si les dévots du Seigneur sont généralement sensibles aux souffrances d'autrui, que dire du grand sage Narada ? Profondément affligé par les scènes désolantes qui s'offraient à sa vue, il poursuivit sa route et trouva un peu plus loin un chasseur armé d'un arc et de flèches. Le teint d'encre et les yeux de sang, il était aussi menaçant qu'un serviteur de Yamaraj, la mort personnifiée. Pénétrant plus avant dans la forêt, Narada Mouni s'avança néanmoins vers lui, et à son approche, tous les animaux prisonniers des pièges du chasseur s'enfuirent. Furieux, ce dernier s'apprêtait à injurier Narada, si ce n'est que l'influence du saint homme le rendit impuissant à proférer la moindre insulte. Bien au contraire, il lui demanda tout gentiment : " Pourquoi, sire, être venu ici tandis que je chasse ? Auriez-vous dévié de votre chemin ? Voilà maintenant que se sont enfuis tous les animaux que j'avais capturés. - J'en suis désolé, répondit Narada. Je suis venu vers toi en quête de ma route, et j'ai croisé au passage plusieurs animaux - sangliers, daims et lièvres - gisant au sol à moitié morts et souffrant l'agonie. Qui donc a pu commettre ces atrocités ? - Nul autre que moi, et je n'y vois aucun mal, de répondre le chasseur. - Si c'est toi qui chasses tous ces pauvres animaux, pourquoi ne pas les tuer sur-le-champ ? En ne les tuant qu'à moitié, tu leur fais souffrir l'agonie, et c'est là une grave faute. Si ton intention est bien de leur donner la mort, pourquoi ne pas les tuer complètement ? Pourquoi les laisser mourir au bout de leur sang ? - Sache, seigneur, que mon nom est Mrigari, l'ennemi des animaux. C'est mon père qui m'a appris à tuer de la sorte, et je m'en tiens simplement à ses directives. Je me réjouis d'ailleurs grandement de voir souffrir ainsi les animaux. - Je ne te demande qu'une chose, et te prie de me l'accorder, implora Narada. - C'est avec plaisir que je vous donnerai tout ce que vous voulez. Si ce sont des peaux que vous désirez, vous n'avez qu'à venir chez moi. J'y garde entre autres de nombreuses peaux de tigres et de daims, et je vous donnerai celle qui vous plaira. - Merci, mais je ne veux pas de tes peaux. J'ai autre chose en vue. Si tu consens à me l'accorder, je te dirai de quoi il s'agit. Voici : dorénavant, quand tu voudras tuer un animal, ne le laisse pas à moitié mort. Achève-le. - Pourquoi me demander une chose pareille, sire ? Qu'importe que je le tue ou que je le laisse à moitié mort ? - En le laissant à moitié mort, tu le fais grandement souffrir, lui expliqua Narada. Ainsi te rends-tu coupable d'une faute très grave. Le fait de donner la mort à un animal constitue une grave offense, mais pas aussi grave que celle de le laisser à moitié mort. En vérité, tu devras toi-même souffrir de la même manière au cours d'une vie future. " Bien qu'il fût un grand pécheur, le chasseur vit son cœur s'attendrir au contact du grand dévot Narada, et il commença à redouter les conséquences de ses fautes. En général, les grands pécheurs n'hésitent nullement à commettre des fautes, mais nous voyons ici que, purifié au contact de Narada, le chasseur commençait à appréhender les suites de ses actes répréhensibles. D'où sa réponse : " Cher seigneur, on m'a dès l'enfance enseigné à tuer ainsi les animaux. Ayez donc la bonté de me dire ce que je dois faire pour m'affranchir de tous les péchés et offenses que j'ai pu accumuler. Je m'abandonne à vos pieds et vous demande de m'épargner les suites de toutes mes fautes passées en m'indiquant la juste voie à suivre. - Si tu es vraiment prêt à suivre mes instructions, je t'indiquerai la voie qui t'affranchira des suites de tes fautes. - Tout ce que vous me direz de faire, je le ferai sans hésiter, promit le chasseur. " Narada le pria d'abord de briser son arc, après quoi il lui indiquerait le sentier de la libération. " Mais si j'accepte, protesta le chasseur, comment pourrai-je subvenir à mes besoins ? - Ne t'inquiète pas, car je t'approvisionnerai en céréales afin que tu puisses survivre ", répliqua Narada. Le chasseur brisa donc son arc et tomba aux pieds de Narada, qui l'aida à se relever en lui donnant les directives suivantes : " Rentre chez toi et distribue aux dévots et aux brahmanes tout argent et biens de valeur en ta possession. Puis, vêtu d'un seul vêtement, viens et suis-moi. Construis-toi une petite chaumière au bord de la rivière et plante tout à côté un arbuste toulasi. Après avoir effectué une marche circulaire autour de l'arbuste, savoure chaque jour une des feuilles tombées. Récite ou chante sans cesse le mantra Hare Krishna, Hare Krishna, Krishna Krishna, Hare Hare / Hare Rama, Hare Rama, Rama Rama, Hare Hare. Quant à ta subsistance, je t'enverrai toutes les céréales requises, mais tu n'en prendras que ce qu'il faut pour vous nourrir, toi et ton épouse. " Narada ranima ensuite les animaux à moitié morts qui, délivrés de leur horrible condition, s'enfuirent aussitôt. À la vue de ce miracle, le chasseur noir, émerveillé, se prosterna de nouveau aux pieds de Narada après l'avoir raccompagné. Une fois chez lui, le chasseur mit en pratique les instructions de Narada. Entre-temps, la nouvelle se répandit dans tous les villages que le chasseur était devenu un dévot du Seigneur, si bien que tous les villageois rendaient visite au nouveau vaishnave. La coutume védique voulant qu'on apporte fruits ou céréales lorsqu'on rend visite à une personne sainte, tous lui apportaient des victuailles. Il recevait ainsi chaque jour des céréales et des fruits en quantité telle qu'il aurait pu nourrir au moins dix à vingt personnes. Et conformément aux directives de Narada, il ne gardait que ce dont son épouse et lui avaient besoin pour subsister. Quelques jours plus tard, Narada dit à son ami, Parvata Mouni : " J'ai un nouveau disciple. Allons voir s'il se porte bien. " Les deux nobles sages étant arrivés en vue de la demeure de l'ex-chasseur, ce dernier reconnut au loin son maître spirituel et se dirigea vers lui avec grand respect. Mais la présence de nombreuses fourmis retardait sa marche et, au moment de se prosterner devant ses visiteurs, il comprit qu'il ne pourrait leur offrir son hommage sans écraser plusieurs insectes; aussi les écarta-t-il délicatement à l'aide d'un pan de son vêtement. Voyant son disciple chercher ainsi à sauver la vie des fourmis, Narada se souvint d'un verset du Skanda Pourana : " N'est-il pas merveilleux que le dévot du Seigneur ne soit enclin à infliger aucune souffrance, fût-ce à une fourmi ? " Même si le chasseur avait jadis pris grand plaisir à laisser des animaux à moitié morts, désormais grand dévot du Seigneur, il n'était pas disposé à faire souffrir ne serait-ce qu'une fourmi. Accueillant enfin les deux grands sages sous son toit, le chasseur les fit asseoir, lava leurs pieds, leur apporta de l'eau à boire et aspergea ensuite sa tête et celle de sa femme avec l'eau dont il les avait baignés. Alors transportés d'extase, les deux époux se mirent à danser en chantant Hare Krishna, Hare Krishna, Krishna Krishna, Hare Hare / Hare Rama, Hare Rama, Rama Rama, Hare Hare. Leurs bras étaient tendus vers le ciel et leurs vêtements ondulaient au gré de leurs mouvements. Témoin des manifestations d'amour extatique pour Dieu chez l'ex-chasseur, Parvata Mouni dit à Narada : " Tu es une véritable pierre philosophale, puisqu'à ton contact, même un redoutable chasseur a pu être transformé en illustre dévot. " On peut lire dans le Skanda Pourana : " Cher Devarshi [Narada], tu es une âme glorieuse dont la grâce a pu élever le dernier des hommes - un chasseur - au niveau de la dévotion, où il développa un attachement transcendantal pour Krishna. " Narada demanda finalement au chasseur devenu dévot : " Manges-tu régulièrement ? - Tu m'envoies tellement de visiteurs, répondit l'ancien chasseur, et chargés de tant de provisions que nous serions incapables de tout manger. - Parfait, reprit Narada. Maintenant, continue de pratiquer ainsi le service de dévotion. " Et sur ces mots, Narada disparut avec Parvata Mouni. Le Seigneur Chaitanya tenait à relater cette histoire afin de montrer que, par l'influence d'un pur dévot, même un chasseur peut adopter le service dévotionnel de Krishna. Reprenant Son explication du verset atmarama, le Seigneur souligna que le mot atma désigne également toutes les manifestations de la Personne de Dieu. Généralement, Krishna - Dieu Lui-même dans Sa forme personnelle - et Ses différentes émanations sont tous qualifiés d'Être Suprême. Quiconque sert avec dévotion l'une ou l'autre des multiples formes ou émanations de Dieu, la Personne Suprême, est donc aussi nommé atmarama. Tous ces dévots s'absorbent soit dans le service de dévotion selon les principes régulateurs, soit dans le service de dévotion empreint d'amour spirituel. Et ils se subdivisent eux-mêmes en trois classes : les compagnons du Seigneur, ceux qui ont atteint la perfection du service de dévotion et les nouveaux postulants. Ces derniers se divisent à leur tour en deux groupes selon qu'ils ont ou non développé un attachement pour le Seigneur. Or, compte tenu des deux formes du service de dévotion, à savoir selon les règles ou empreint d'amour transcendantal, ces quatre groupes de dévots en forment huit. Puis, en adhérant aux principes régulateurs de la dévotion, les compagnons accomplis du Seigneur peuvent encore se partager en quatre classes : les serviteurs, les amis, les parents aînés et les fiancées. Certains dévots atteignent la perfection par la pratique du service de dévotion alors que d'autres sont éternellement parfaits. Ceux qui adhèrent aux principes régulateurs de la dévotion sont de deux ordres - les néophytes et les dévots avancés. Or, dans le cadre du service d'amour spirituel du Seigneur, on dénombre seize variétés de dévots, de sorte que les atmaramas forment alors trente-deux catégories distinctes. Et lorsqu'on leur adjoint les termes mouni, nirgrantha, cha et api, on obtient cinquante-huit variétés de dévots, qui tous peuvent être regroupés sous un seul vocable : atmarama, tout comme, même si plusieurs variétés d'arbres forment une forêt, le seul mot " arbre " suffit à les désigner tous. Ainsi le Seigneur présenta-t-Il soixante différentes interprétations du mot atmarama, ajoutant de surcroît que le mot atma désigne " l'être vivant, depuis Brahma - le premier être créé - jusqu'à la fourmi ". Il cita à cet égard un verset du sixième chapitre du Vishnou Pourana où il est écrit que toutes les énergies du Seigneur sont de nature spirituelle. L'énergie reconnue comme l'origine de l'être vivant est également spirituelle, tandis que l'autre énergie, saturée d'ignorance et manifestée dans l'action matérielle, est appelée " nature matérielle ". Même au sein de la Création matérielle, les êtres vivants sont légion, et si, par bonheur, ils fréquentent ici-bas un pur dévot, ils pourront servir Krishna avec une dévotion pure. " J'avais jusqu'ici conçu soixante interprétations différentes du mot atmarama, mais voici qu'une nouvelle définition surgit en Mon esprit du fait de ta présence ", dit le Seigneur. À l'écoute des multiples explications du mot atmarama offertes par le Seigneur, Sanatane Gosvami fut si émerveillé qu'il en tomba aux pieds de Shri Chaitanya dans un élan de dévotion : " Je réalise que Tu es Toi-même Krishna, Dieu, la Personne Suprême, et que de Ton souffle émanent les myriades d'Écrits védiques. Maître du Shrimad-Bhagavatam, Tu connais parfaitement le sens de ses versets. Nul ne peut saisir la portée profonde du Shrimad-Bhagavatam sans Ta grâce. " " Ne Me glorifie pas de la sorte, lui répondit alors le Seigneur. Efforce-toi plutôt de comprendre la véritable nature du Shrimad-Bhagavatam, cette manifestation sonore du Seigneur Suprême, Krishna; non différente de Lui, elle est infinie en chacun de ses mots comme de ses lettres, aux innombrables significations. Comme on ne peut saisir celles-ci qu'au contact des dévots, ne dis point que le Bhagavatam n'est qu'un recueil de questions et de réponses. " En effet, six questions avaient été posées par les sages de Naimisharanya à Shoukadev Gosvami, dont les réponses, ou explications, se trouvent dans le Shrimad-Bhagavatam. On peut lire dans un texte védique les propos suivants de Shiva : " Shoukadev, Vyasadev et moi-même connaissons peut-être le Shrimad-Bhagavatam. Mais il convient de savoir qu'en réalité, il ne peut être compris qu'à travers le service de dévotion, et qu'auprès d'un dévot, car il échappe à l'intelligence et aux commentaires académiques. " Les sages de Naimisharanya avaient demandé : " Cher maître, dites-nous si les principes de la spiritualité ont suivi le Seigneur, maintenant qu'Il a regagné Son royaume personnel. Comment retrouver ces principes, désormais ? " Et il leur fut répondu : " Après le départ de Krishna pour Son Royaume, suivi de tous les principes religieux, Son représentant, le Shrimad-Bhagavatam - ou Maha-Pourana - demeure tel un soleil éblouissant et source de lumière. " Le Seigneur Chaitanya dit alors : " C'est ainsi que, comme en proie à la folie, Je t'ai décrit de maintes façons le verset atmarama. Ne M'en tient donc pas rigueur si J'ai énoncé quelque extravagance. Mais si quelqu'un, comme Moi, perd la raison, il pourra alors comprendre le véritable message du Shrimad-Bhagavatam, tel que Je l'ai expliqué. " Sanatane Gosvami se jeta alors aux pieds de Chaitanya tout en priant, les mains jointes : " Cher Seigneur, Tu m'as demandé de présenter les principes régulateurs du service de dévotion. Mais comme j'appartiens à la dernière classe sociale, je n'y connais rien. J'ignore comment accomplir une tâche aussi importante. Aie donc la bonté de me donner quelques indications sur la rédaction d'un tel ouvrage qui puissent me qualifier pour cette entreprise. " Le Seigneur le bénit aussitôt de ces mots : " Quoi que tu écrives, par la grâce de Krishna, émanera de ton cœur et sera accepté selon ta prière. Voici quelques données que tu peux noter. Le point essentiel réside dans la nécessité d'accepter un maître spirituel authentique. Ainsi débute la vie spirituelle. " Le Seigneur Chaitanya demanda ensuite à Sanatane Gosvami de coucher par écrit les caractéristiques d'un vrai gourou et d'un vrai dévot, telles qu'elles sont décrites dans le Padma Pourana : le brahmane qualifié qui manifeste simultanément tous les signes du dévot authentique peut devenir le maître spirituel de n'importe qui, et un tel dévot et maître spirituel doit être respecté au même titre que Dieu Lui-même. Par contre, même issu d'une famille de brahmanes très respectés, nul ne peut devenir un maître spirituel authentique sans être aussi dévot du Seigneur. Il ne faut donc pas croire à tort qu'un tel maître doit naître dans une soi-disant famille de brahmanes. Comprenons plutôt que le maître spirituel doit être un brahmane qualifié, c'est-à-dire compétent par ses actes. Le Shrimad-Bhagavatam le confirme d'ailleurs, où Narada énonce les différents traits qui caractérisent les quatre divisions sociales. En résumé, il affirme que brahmanes, kshatriyas, vaishyas et shoudras doivent être choisis selon leurs qualifications individuelles. Dans son commentaire, Shridhar Svami note que le fait de naître dans une famille de brahmanes n'implique pas nécessairement qu'on est un brahmane. Il faut, pour cela, être doté des qualités brahmaniques, décrites dans les shastras. Thakour Narottam et Shyamananda Gosvami, deux grands acharyas de la succession disciplique qu'est la Gaudiya vaishnave sampradaya, ne sont d'ailleurs pas issus de familles brahmaniques, et plusieurs brahmanes de renom - dont Ganganarayane Ramakrishna - les acceptèrent néanmoins comme maîtres spirituels. Ainsi le dévot en puissance manifeste-t-il certains signes, et le disciple et le maître spirituel doivent mutuellement s'analyser pour déterminer s'ils sont authentiquement aptes à devenir disciple ou maître. Il s'agit ensuite de savoir que le seul objet d'adoration est Dieu, la Personne Suprême, puis d'apprendre les différents mantras et chants sacrés. Le Seigneur demanda ensuite à Sanatane de décrire les qualités requises pour recevoir les mantras, et comment ceux-ci doivent être compris et parachevés par les pratiques rituelles. Le Seigneur décrivit alors l'initiation, les devoirs matinaux et les règles de propreté - se laver le visage et se brosser les dents -, le travail et les prières à réciter matin et soir. Il expliqua également comment vénérer le maître spirituel et marquer son corps de gopi-chandane, la façon de cueillir les feuilles de toulasi et de nettoyer la chambre à coucher et le temple du Seigneur, ainsi que l'art de réveiller Krishna après Son sommeil. Puis, Il définit les différents modes d'adoration du Seigneur à l'aide de cinq ou cinquante articles, adoration qui doit comprendre cinq aratis quotidiens accompagnés d'offrandes de nourriture à Krishna, qu'il faut en outre mettre au lit jour après jour, à l'heure indiquée pour Son repos. Différentes caractéristiques marquent également la Forme du Seigneur et le Shalagram-shila. Chaitanya expliqua aussi l'importance de visiter les lieux saints, où se trouvent différents temples du Seigneur, et de contempler la forme de Dieu qu'on y adore. Il mentionna en outre la glorification du Nom spirituel et absolu du Seigneur, ainsi que les diverses offenses qui peuvent êtres commises au cours de Son adoration. Celle-ci requiert d'ailleurs certains articles et pratiques, dont la conque, l'eau, les fleurs odorantes, les hymnes et les prières, la marche circulaire et l'offrande d'hommages. Il faut aussi adhérer aux principes régulateurs du pourashcharane, honorer le Krishna prasad et rejeter les aliments non offerts à Krishna, et encore se garder de diffamer le dévot qui manifeste réellement les caractéristiques dévotionnelles. N'oublions pas pour autant les caractéristiques d'une personne sainte, la façon de combler un sage et de rejeter la compagnie des êtres indésirables, non plus que l'écoute constante du Shrimad-Bhagavatam, les devoirs quotidiens, mensuels et bimensuels, dont le jeûne de l'Ekadashi, la célébration de l'avènement du Seigneur (Janmashtami) ou les trois jours de jeûne spécifiques que sont le Vamana-dvadashi, le Shri Rama-navami et le Nrishingha-chatourdashi. Par ailleurs, lorsque les jours de jeûne chevauchent d'autres jours (viddha), ils favorisent l'évolution du service de dévotion. Le Seigneur Chaitanya pria encore Sanatane Gosvami de citer des références des Pouranas dans chaque cas. Il mentionna également la façon d'établir des temples du Seigneur, en plus de décrire le comportement général, les caractéristiques, les devoirs et les occupations du vaishnave. Ainsi le Seigneur résuma-t-Il toutes les données requises pour rédiger un livre sur les principes régulateurs vaishnaves.
Grand dévot du Seigneur, Sanatane Gosvami reçut l'instruction directe de répandre le culte de la bhakti par la rédaction de nombreux écrits. Le Chaitanya-chandrodaya décrit Sanatane comme le plus important membre du gouvernement du Nawab Hussain. Son frère, Roupa Gosvami, était également ministre, mais tous deux quittèrent leur poste lucratif pour se faire mendiants et servir le Seigneur Suprême. Extérieurement, les deux frères avaient l'apparence de mendiants ordinaires, mais leur cœur baignait dans le service de dévotion empreint d'un amour infini pour le petit pâtre de Vrindavane. Il va sans dire que Sanatane Gosvami était cher à tous les purs dévots de son époque.
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