VINGT-DEUXIÈME CHAPITRE
AUTRES ATTRIBUTS DE KRISHNA

31. Son héroïsme

On qualifie d'héroïque celui dont les actes guerriers s'animent d'un enthousiasme marqué, et qui maîtrise l'art de manier diverses armes.

Concernant l'héroïsme de Krsna au combat, les Écritures rapportent:

"O Toi, Vainqueur de l'ennemi, tout comme un éléphant se baignant dans un lac en détruit tous les lotus par le balancement de sa trompe, Tu anéantis tant d'ennemis par le seul mouvement de Tes bras."

Et quant à l'adresse de Krsna à manier les armes, mentionnons que lorsque Jarasandha, accompagné de treize divisions armées, prit d'assaut les troupes du Seigneur, il se vit impuissant à toucher ne serait-ce qu'un seul de Ses hommes, ceci grâce à l'excellente formation militaire de Krsna. Un tel fait est certes unique dans l'histoire.

32. Sa compassion

On dit compatissant celui qui ne peut souffrir le malheur d'autrui.

Krsna fit montre d'une telle compassion lorsqu'Il délivra tous les rois qui avaient été emprisonnés par Magadhendra. Etendu sur son lit de mort, Bhisma, l'aïeul, adressa à Krsna des prières où il Le compara au soleil qui dissipe les ténèbres. Les prisonniers de Magadhendra avaient été en effet enfermés en de noires cellules; mais dès qu'y parut Krsna, tel un soleil levant, les ténèbres se dissipèrent aussitôt. Ainsi, bien que Magadhendra ait pu retenir captifs tant de rois, Krsna, par Sa seule présence, les libéra tous. Un tel geste de Krsna venait de Sa plus profonde compassion pour les malheureux.

Krsna montra également Sa compassion à Bhisma, l'ancien, alors qu'il gisait sur un lit de flèches transperçant son corps. Ainsi étendu, Bhisma désirait ardemment voir le Seigneur, aussi Krsna Se montra-t-Il devant lui. Voyant Bhisma dans un état aussi pitoyable, Krsna avait les larmes aux yeux lorsqu'Il S'adressa à Bhisma; et non seulement versa-t-Il des larmes, mais II S'oublia Lui-même tant Il était pris de compassion pour l'aïeul. Par suite, plutôt que de rendre directement son hommage à Krsna, le bhakta l'offre en premier lieu a Sa nature compatissante. En vérité, parce qu'Il est le Seigneur Suprême, il s'avère très difficile d'approcher Krsna. Mais le bhakta tire toujours parti de Sa nature compatissante, que représente Radharani, en s'adressant à elle pour obtenir la miséricorde du Seigneur.

33. Son respect

Il faut tenir pour respectueux celui qui sait montrer à un maître spirituel, a un brahmana ou à une personne âgée les égards qui leur sont dus.

Lorsque de hauts personnages s'assemblaient devant Krsna, Krsna offrait d'abord l'hommage de Son respect à Son maître spirituel, puis à Son père et enfin à Balarama, Son Frère aîné. C'est ainsi que Krsna, dont les yeux s'épanouissent comme des lotus, jouissait d'un parfait bonheur, et gardait un coeur pur dans tous Ses rapports avec autrui.

34. Sa courtoisie

Est courtois celui qui jamais n'est insolent, ni ne présente une nature orgueilleuse Krsna manifesta cette qualité à Son arrivée dans l'arène du sacrifice rajasuya préparé par Son cousin aîné, Maharaja Yudhisthira. Ce dernier connaissait la divinité de Krsna, aussi s'apprêtait-il à descendre de son char pour Le recevoir. Mais avant qu'il n'en puisse même amorcer le geste, Sri Krsna était déjà descendu de Son propre char pour tomber incontinent aux pieds du roi. Bien qu'Il soit Dieu, la Personne Suprême, Krsna n'oublie jamais de Se conformer à l'étiquette sociale dans tous Ses rapports avec autrui.

35. Son libéralisme

On dit libéral celui qui possède une très douce nature.

Les paroles d'Uddhava après que fût dérobé le joyau syamantaka, ont démontré que Krsna est si doux et si bienveillant de nature que même lorsqu'un de Ses serviteurs est accusé de graves offenses, Il n'en tient aucun compte. Il considère uniquement le service que Lui offre Son dévot.

36. Sa modestie

On dit modeste celui qui parfois laisse paraître de l'humilité et une certaine timidité. Le Lalita-madhava explique comment Krsna manifesta cette qualité lorsqu'Il souleva, du petit doigt de Sa main gauche, la colline Govardhana. Toutes les gopis contemplent alors Son exploit fantastique, et Lui de même les regarde, souriant. Mais Son regard se porte soudain vers leurs poitrines, et voilà que Sa main s'éprend d'un léger tremblement, qui ne manque pas de semer la crainte chez tous les pâtres qui se sont réfugiés sous la colline. Puis retentit une sorte de rugissement tumultueux, et tous de prier Krsna qu'Il les sauve. Balarama, à ce moment, sourit de voir les pâtres ainsi effrayés par le frémissement de la colline Govardhana. Mais Le voyant sourire, Krsna croit que Balarama a deviné Sa pensée lorsqu'il posait Son regard sur la poitrine des gopis, et aussitôt la gêne s'empare de Lui.

37. La protection qu'Il accorde aux âmes soumises

Krsna accepte sous Son égide toutes les âmes à Lui soumises. Un de Ses ennemis s'encourageait à la pensée qu'il n'avait nullement à craindre Krsna puisqu'il lui suffisait de s'abandonner à Lui pour que le Seigneur lui confère toute protection... On compare parfois Krsna à la lune, laquelle n'hésite pas à répandre ses doux rayons jusque sur la demeure des candalas et autres intouchables.

38. Son bonheur

Est heureux celui qui vit constamment dans la joie, et que jamais ne touche aucune peine.

Concernant le bonheur de Krsna, il est dit des joyaux qui parent Son Corps et celui de Ses reines qu'ils dépassent les rêves de Kuvera, lui qui tient le trésor des devas. Quant aux danses présentées en permanence devant les portes de Ses palais, elles vont au-delà de l'imagination même des devas. Dans son royaume édénique, Indra contemple sans cesse les danses des courtisanes; mais pas même lui ne saurait concevoir la finesse des danses exécutées aux portes des palais de Krsna. Enfin, l'épouse de Siva a nom Gauri, signifiant "de carnation nivéenne". Mais les femmes merveilleuses qui habitent les palais de Krsna sont tellement plus blanches qu'elle, qu'on compare leur teint à celui de la lune; et il était donné à Krsna de les admirer sans cesse. Bref, nul ne peut connaître de plus grand bonheur que Krsna. On conçoit généralement du bonheur en termes de jolies femmes, de parures et de richesses. Or, toutes sont présentes dans les palais de Krsna, fabuleuses, et dépassant en splendeur l'imagination même de Kuvera, d'Indra et de Siva.

De plus, Krsna n'est victime d'aucune peine, si minime soit-elle. Un jour, certaines parmi les gopis se rendirent à l'endroit où les brahmanas accomplissaient leurs sacrifices, et dirent:

"Chères épouses de brahmanas, sachez que pas même la plus faible odeur de malheur ne peut atteindre Krsna; il ne connaît nulle perte, nul opprobre, ni crainte, ni angoisse, ni aucune infortune. Seules l'entourent les danseuses de Vraja, dont il goûte la compagnie au cœur de la danse rasa."

39. Sa bienveillance envers Ses dévots

Si grande la bienveillance de Visnu pour Ses dévots, qu'il est dit que Visnu Se livre Lui-même à celui qui Lui offre avec dévotion ne serait-ce qu'un peu d'eau ou une feuille de tulasi.

Krsna, lorsqu'Il a combattu Bhisma, a démontré combien Il Se sent enclin vers Son dévot. L'aïeul, se mourant sur son lit de flèches, se rappelle en présence du Seigneur combien Il a fait montre de bienveillance envers lui sur le champ de bataille. En effet, lors de la Bataille de Kuruksetra, Krsna avait donné Sa parole qu'Il ne toucherait aucune arme, que ce soit en faveur d'un camp ou de l'autre, et qu'ainsi Il resterait neutre. Ainsi, bien qu'Il fût le conducteur du char d'Arjuna, Krsna ne devait prendre aucune arme même pour lui venir en aide. Mais il advint qu'un jour, Bhisma, afin de faire rompre à Krsna Sa promesse, déploya contre Arjuna un esprit combatif d'une telle magnificence que Krsna dut descendre du char, saisir la roue d'un char brisé, et courir vers Bhisma l'ancien, comme un lion se rue sur un éléphant pour le tuer. Bhisma se souvient de la scène, et loue Krsna pour Sa glorieuse inclination à l'égard d'Arjuna, Son dévot, au risque même de manquer à Sa parole.

40. L'emprise que l'amour de Ses dévots exerce sur Lui

Krsna Se sent redevable envers Son dévot pour le sentiment d'amour qu'il Lui manifeste, et non pas particulièrement pour le service qui Lui est offert. Car, nul ne peut vraiment servir Krsna de façon complète, Lui si parfait, qui Se suffit à Lui-même et qui n'a aucunement besoin d'être servi par aucun de Ses dévots. C'est bien plutôt l'attitude aimante et l'affection du bhakta qui obligent Krsna. La visite de Sudama Vipra au palais de Krsna nous fournit un très bel exemple de ce sentiment d'obligation qu'éprouve le Seigneur envers Son dévot. Sudama avait jadis été un compagnon de classe de Krsna, et voilà qu'à cause de sa pauvreté, son épouse l'exhorte à se rendre chez Krsna pour Le prier de lui venir en aide. Quand Sudama parvient enfin au palais, Krsna le reçoit de fort belle manière. Assisté de Sa reine, Il lui lave les pieds, et lui montre ainsi le respect dû aux brahmanas. Puis, au souvenir de l'affection qu'ils avaient partagée au cours de leur enfance, Krsna Se mit à verser des larmes.

Sukadeva Gosvami, s'adressant à Maharaja Pariksit, nous donne un autre exemple du sentiment d'obligation qui lie Krsna à Son dévot:

"O roi, lorsqu'Il vit la sueur perler au front de Yasoda, Sa mère, épuisée par ses tentatives de L'attacher, Krsna Se laissa lier par ses cordes."

Krsna, jeune enfant, importunait Sa mère par Sa turbulence, tant et si bien qu'elle voulut L'attacher. Mère Yasoda prit donc un bout de corde trouvé dans la maison et tenta de lier l'enfant; mais en vain, car la corde, trop courte, ne permettait pas qu'on y fasse un nœud. Elle se mit alors à attacher ensemble plusieurs bouts de corde, mais l'assemblage s'avérait toujours trop court pour lier l'enfant. Après un moment, elle éprouva une grande fatigue, et se mit à transpirer abondamment. C'est alors que Krsna accepta de Se laisser attacher par Sa mère. En conclusion, nul ne peut lier Krsna si ce n'est par son amour pour Lui. Ainsi n'est-Il lié que par le sentiment d'obligation qu'Il éprouve envers Ses dévots, en raison des sentiments d'amour extatique qu'ils Lui manifestent.

41. L'heureuse fortune dont Il est la Source

Est source d'heureuse fortune celui qui toujours s'engage en des actes de bienfaisance pour le bien de tous.

Lorsque Sri Krsna eut quitté la planète, Uddhava, se souvenant des Actes du Seigneur, eut ces mots:

"Krsna, par Ses Divertissements incomparables, a comblé tous les grands sages. Il a mis fin d'un coup aux actes démoniaques des rois cruels, protégé les vertueux, et anéanti les féroces combattants réunis sur le champ de bataille. Par suite, Il est pour tous Source d'heureuse fortune."

42. Sa puissance unique

On qualifie de puissant celui qui peut sans fin plonger son ennemi dans l'adversité.

De même que le puissant soleil chasse toute obscurité, et la force à se réfugier dans les grottes, lorsque Krsna était présent sur Terre, Il chassa tous Ses ennemis, lesquels durent s'enfuir comme des chouettes, loin de Son regard.

43. Sa renommée sans limite

On peut dire fameux celui qui est connu de tous pour son caractère irréprochable. Les Ecritures enseignent de la renommée de Krsna qu'elle s'étend comme le clair de lune, transformant les ténèbres en blanche clarté. En d'autres termes, si l'on répand la Conscience de Krsna partout à travers le monde, les ténèbres de l'ignorance et l'angoisse liée à l'existence matérielle feront place à la pureté, à la sérénité et à la prospérité irradiantes.

Alors que le grand sage Narada chantait un jour les gloires du Seigneur, Siva vit disparaître les lignes bleutées qui marquent d'ordinaire son cou. Ce qui amena Gauri, l'épouse de Siva, à croire qu'il s'agissait là d'un imposteur ayant revêtu l'apparence seule de son époux; ainsi prise de peur, elle le quitta sans attendre. De même, en entendant chanter le Nom de Krsna, Sri Balarama vit blanchir Son vêtement, qui en général était d'azur. Les gopis, elles, virent toute l'eau de la Yamuna transformée en lait, qu'elles tentèrent dès lors de baratter en beurre. Ainsi, lorsque se répand la Conscience, ou les gloires, de Krsna, tout devient pur et immaculé.

44. Sa popularité

On dit populaire celui qui est aimé de tous.

Lorsque Krsna S'était absenté de Sa capitale à l'occasion de la Bataille de Kuruksetra, tous les habitants de Dvaraka s'étaient vus sombrer dans une profonde tristesse. Puis, lorsque enfin Krsna revint de la cité d'Hastinapura, tout Son peuple, empli d'allégresse, Le reçut disant:

"O Seigneur aimé, tant que Tu étais loin de notre ville, nos jours, nous les passions dans les ténèbres de la nuit, où chaque instant semble durer si longtemps, pour nous des millions d'années. Nous ne pouvions souffrir d'être ainsi séparés de Toi."

Voilà qui montre comment Krsna était aimé de tous en Son royaume. Un incident semblable survint lorsque Krsna pénétra dans l'arène sacrificielle qu'avait aménagée le roi Kamsa en vue de L'y faire périr. Dès qu'Il y posa le pied, tous les sages s'écrièrent: "Jaya ! Jaya! Jaya!" ("Victoire!"). Krsna, alors enfant, reçut des sages leurs bénédictions pleines de respect. Les devas présents pour l'occasion Lui offrirent des prières merveilleuses, et de partout dans l'arène, dames et jeunes filles Lui exprimèrent leur joie. En d'autres mots, il n'y avait pas en ce lieu une seule personne pour qui Krsna n'était pas l'Aimé.

45. Son inclination pour les bhaktas.

Bien qu'Il soit Dieu, la Personne Suprême, et par conséquent égal envers tous, la Bhagavad-gita enseigne que Krsna montre toutefois une inclination marquée pour les bhaktas qui adorent Son Nom d'un amour affectueux.

Lorsque Krsna était présent sur Terre, un bhakta exprima ce sentiment:

"O Seigneur, si Tu n'étais point apparu sur cette planète, les asuras et les mécréants auraient certes alors provoqué de grandes agitations pour entraver les oeuvres des bhaktas. Je ne peux même imaginer l'ampleur des ravages que prévint Ton Avènement."

En effet, depuis le tout début de Son séjour en ce monde, Krsna Se montra l'ennemi implacable de tous les êtres démoniaques. Mais comprenons bien que Son aversion pour les asuras est en fait comparable à l'affection qu'Il porte à Ses dévots. Car, quel que soit l'être démoniaque qu'Il anéantisse, Krsna lui accorde aussitôt le salut.

46. L'enchantement auquel Il soumet toutes les femmes

Quiconque possède des mérites exceptionnels devient pour les femmes un objet de fascination. Un bhakta tint au sujet des reines de Dvaraka les propos qui suivent:

"Comment puis-je décrire les gloires des reines de Dvaraka, personnellement occupées à servir le Seigneur? Krsna est si grand que tous les grands sages -comme Narada- connaissent une félicité purement spirituelle au simple chant de Son Nom. Or, que dire de ces reines qui à chaque instant contemplent le Seigneur, et Le servent en Personne ?"

Krsna avait, à Dvaraka, 16 108 épouses, et chacune se sentait tout aussi attirée vers Krsna que le fer vers un aimant. Voici, à ce propos, les dires d'un autre bhakta:

"O Seigneur, Tu es semblable à l'aimant, et les demoiselles de Vraja au fer: dans quelque direction que Tu ailles, elles Te suivent, fascinées, comme le fer qui ne peut résister à la force magnétique de l'aimant."

47. Sa qualité d'être Objet d'adoration pour tous

On dit sarvaradhya, digne de l'adoration de tous, celui qui reçoit les respects et la vénération des divers ordres d'hommes et de devas.

Krsna reçoit non seulement l'adoration de tous les êtres vivants en ce monde, et jusqu'aux grands devas que sont Siva et Brahma, mais aussi des manifestations de Visnu, tel Baladeva et Sesa. Ainsi, même Baladeva, pourtant une émanation directe de Krsna, ne Le tient pas moins pour digne de Son adoration. Lorsque il apparut dans l'arène du sacrifice rajasuya de Maharaja Yudhisthira, Krsna devint le point de mire, le centre d'attraction de toutes les personnes présentes, même des grands sages et des devas, et tous Lui offrirent les respects qui Lui sont dus.

48. Son opulence infinie

Krsna possède pleinement toutes les excellences: beauté, richesse, renommée, puissance, sagesse et renoncement. Lorsque il était présent à Dvaraka, Sa famille, la dynastie des Yadus, comprenait 560 millions de membres, qui tous Lui étaient fidèles et obéissants. Ils habitaient plus de 900 000 palais, tous imposants, et chacun y vénérait Krsna comme digne de la plus haute adoration. En vérité les bhaktas s'étonnaient fort de l'opulence de Krsna.

Ce que confirme Bilvamangala Thakura lorsqu'il s'adresse à Krsna en ces mots:

"O Seigneur aimé, que puis-je dire de l'opulence de Ta Vrndavana ? Les simples bracelets qui y ornent les chevilles des gopis ont davantage de valeur que les pierres cintamanis, et leurs robes sont aussi précieuses que les parijatas, ces fleurs édéniques. Quant aux vaches, elles ressemblent en tout point aux vaches surabhis du Royaume absolu. Ton opulence est donc semblable à un vaste océan dont nul ne peut mesurer l'étendue."

49. Son honorabilité parfaite

Celui qui domine les plus importants personnages peut être qualifié d'infiniment honorable. Lorsque Krsna habitait Dvaraka, les devas -ainsi Siva, Brahma, Indra le roi des cieux, et de nombreux autres- avaient l'habitude de Lui rendre visite. Un jour où il y avait affluence, le portier qui devait veiller à la réception de tous ces devas se prit à dire:

"Cher Brahma, et Siva, veuillez, je vous prie, vous asseoir sur ce banc et attendre un instant. Cher Indra, renoncez, je vous prie, à lire vos prières, elles troublent l'ordre général; veuillez attendre en silence. O Varuna, revenez une autre fois. Chers devas, ne perdez pas votre temps, Krsna est très occupé, et ne pourra vous recevoir!"
50. Sa suprématie absolue

On trouve deux sortes de maître, de seigneur: celui qui connaît l'indépendance, et celui dont les ordres ne peuvent être ignorés de quiconque.

En ce qui a trait à l'indépendance absolue de Krsna, le Srimad-Bhagavatam rapporte comment le Seigneur montra Sa grâce à Kaliya -qui s'était pourtant rendu coupable envers Lui d'une grave offense- en marquant sa tête de Ses pieds pareils-au-lotus, quand Brahma, qui en guise de prières avait offert à Krsna tant de versets exquis, n'attira pas même Son attention.

Ces attitudes contradictoires de Krsna siéent bien à sa position, Lui dont toutes les Écritures védiques évoquent l'indépendance absolue. Le début du Srimad-Bhagavatam Le qualifie également de svarat, indiquant par là Sa complète indépendance. Telle est la position de la Vérité Suprême et Absolue: Elle n'est pas seulement sensible, mais jouit aussi d'une indépendance totale.

Et dans ces paroles qu'Uddhava adresse à Vidura, le Srimad-Bhagavatam démontre qu'aucun des ordres de Krsna ne peut être ignoré:

"Sri Krsna dirige en maître l'action des trois gunas. Et comme Il jouit de toute opulence, nul ne Lui est supérieur ni même égal. Monarques et empereurs viennent Lui faire offrande de présents variés, et Lui rendent leur hommage en touchant Ses pieds de leurs casques".

Un bhakta dit encore:

"O Krsna, lorsque Tu ordonnes à Brahma de créer l'Univers, et à Siva de l'anéantir, Tu assures Toi-même sa création et sa destruction. Et simplement par Ton ordre, et à travers Visnu, représentation partielle de Ta Personne, Tu maintiens tous les univers. Ainsi, ô Krsna, ô Ennemi de Kamsa, il est tant de Brahmas et de Sivas, qui tous ne font qu'exécuter Tes ordres."

51. Son immuabilité

Krsna ne quitte jamais Sa position originelle, pas même lorsqu'Il apparaît en cet Univers de matière. Les êtres ordinaires, pour leur part, voient parfois leur nature spirituelle se voiler; ils oublient alors leur condition naturelle, et revêtent successivement divers corps, pour y agir selon divers concepts d'existence. Krsna, Lui, ne change pas de corps. Il apparaît tel qu'Il est, et n'est jamais touché par les influences de la nature matérielle.

Le Srimad-Bhagavatam enseigne que la prérogative unique du Maître Suprême tient à ce qu'Il ne subit d'aucune manière l'influence des gunas. La preuve en est que les bhaktas couverts de la protection du Seigneur ne connaissent pas eux non plus la souillure des gunas. Bien qu'il soit très difficile de vaincre l'influence de l'énergie matérielle, les bhaktas, les saints personnages qui se placent sous la protection du Seigneur n'en sont jamais affectés. Que dire dès lors du Seigneur Lui-même? En bref, bien que le Seigneur paraisse parfois en cet Univers matériel, Il n'est aucunement lié aux gunas, et agit avec une parfaite indépendance, en accord avec Sa position absolue. Telle est la marque particulière du Seigneur.

52. Son omniscience

On dit omniscient celui qui connaît les sentiments et les agissements de tous les êtres, à tout instant et en tout lieu.

Le Srimad-Bhagavatam offre un exemple remarquable de l'omniscience du Seigneur. Selon une ruse à sa manière, Duryodhana envoya Durvasa Muni, accompagné de ses dix mille disciples, solliciter l'hospitalité des Pandavas alors qu'ils vivaient dans la forêt. Il fit en sorte que le sage et sa suite arrivent chez leurs hôtes au moment où ceux-ci auraient terminé leur repas, en sorte que les Pandavas se trouvent dans l'impossibilité de recevoir convenablement un si grand nombre de visiteurs. Sachant tout du stratagème de Duryodhana, Krsna Se rendit auprès des Pandavas et S'enquit auprès de Draupadi, leur épouse, s'il restait quelque relief de nourriture qu'elle puisse Lui offrir. Draupadi Lui présenta alors un pot auquel était resté attaché un petit morceau d'un légume qu'elle avait préparé, et Krsna de l'avaler sur-le-champ. Pendant ce temps, Durvasa et tous les sages qui l'accompagnaient faisaient leurs ablutions dans la rivière voisine, et dès que Krsna Se sentit satisfait de l'offrande de Draupadi, ils se sentirent eux-même repus. La faim les ayant quitté, ils auraient désormais été incapables d'avaler un seul morceau de nourriture, si bien qu'ils décidèrent de partir sans même retourner chez les Pandavas. C'est ainsi que les Pandavas furent sauvés de la colère de Durvasa. Duryodhana avait en effet élaboré cette ruse afin que Durvasa, insulté par l'insuffisant accueil des Pandavas, s'enflamme de colère et les maudisse, mais Krsna les garda de cette malédiction par le jeu de Son omniscience.

53. Sa perpétuelle fraîcheur

Des millions de bhaktas chantent sans relâche le Nom de Krsna, et toujours se souviennent de Lui, mais jamais aucun d'eux ne s'en lasse. Plutôt que de perdre goût au souvenir de Krsna et au chant de Son Saint Nom, les dévots du Seigneur développent au contraire un enthousiasme sans cesse renouvelé pour ces pratiques. Ainsi peut-on affirmer que Krsna possède une fraîcheur à jamais renouvelée; et non seulement Sa Personne, mais également Son savoir. La Bhagavad-gita par exemple, dont l'énoncé remonte à quelque 5 000 ans, fait encore l'objet de lectures répétées pour une multitude d'hommes qui en outre y puisent des lumières toujours nouvelles. Donc, le Nom de Krsna, Sa renommée, Ses Attributs, ainsi que tout ce qui Lui touche, participent d'une même fraîcheur éternelle.

Toutes les reines de Dvaraka étaient des déesses de la fortune. Or, le Srimad-Bhagavatam décrit les déesses de la fortune comme capricieuses et instables, si bien que nul ne peut captiver leur attention pour bien longtemps. Ce qui explique que tôt ou tard, la fortune doive inévitablement tourner. Mais jamais, lorsqu'elles résidaient à Dvaraka en la compagnie de Krsna, les déesses de la fortune ne purent Le quitter, fût-ce pour un instant. Et bien, si même les déesses de la fortune sont impuissantes à Le quitter, c'est que Krsna exerce un attrait d'une éternelle fraîcheur.

Dans le Lalita-madhava, Radharani parle également de la fraîcheur à jamais nouvelle des traits fascinants de Krsna. Là, elle Le compare au plus habile sculpteur, car Il possède l'art de ciseler la chasteté des femmes. En d'autres mots, même les femmes les plus chastes, fidèles observantes des principes védiques qui doivent leur permettre d'être à jamais fidèles à leur époux, Krsna peut, du ciseau de Sa grâce, tailler la pierre impénétrable de leur vertu. La plupart des compagnes de Krsna étaient mariées, mais parce qu'elles avaient connu Krsna et s'étaient liées avec Lui d'amitié avant leur mariage, elles n'en pouvaient oublier les traits charmeurs, dont elles ressentaient toujours la fascination.

54. Sa Forme toute d'éternité, de connaissance et de félicité (sac-cid-ananda-vigraha)

Le Corps spirituel de Krsna est tout d'éternité, de connaissance et de félicité. Le qualificatif de Sat Le désigne comme existant à jamais, de tous temps et en tous lieux; autrement dit, Il habite chaque par-celle de temps et d'espace. Cit signifie qu'Il est baigné de savoir. Krsna n'a rien à apprendre de quiconque: Il possède en Lui-même toute connaissance. Et ananda Le caractérise en tant que Source de tout plaisir. Les impersonnalistes aspirent à se fondre dans la radiance d'éternité et de savoir du Brahman, mais ils se détournent ainsi de la plus grande part du bonheur absolu, présent en Krsna. L'on peut, lorsqu'on s'est affranchi de la souillure engendrée par l'illusion matérielle, de la fausse identification du moi avec le corps, de l'attachement, du détachement et de l'absorption dans la matière, connaître la satisfaction spirituelle de se fondre dans la radiance du Brahman. Ce sont là les conditions préliminaires à la réalisation du Brahman. Et la Bhagavad-gita précise que l'être parvenu à ce niveau doit alors s'emplir de joie, mais d'une joie qui n'en est pas vraiment une; il s'agirait plutôt du sentiment d'être affranchi de toute angoisse. Or, d'être ainsi libéré de l'angoisse marque peut-être le premier stade du bonheur, mais on n'y trouve certes pas la satisfaction parfaite. En sorte que celui qui réalise son identité spirituelle, et devient par là brahma-bhuta, se prépare seulement à accéder au niveau du bonheur réel, que seul donne de goûter le contact avec Krsna. Et si parfaite la Conscience de Krsna qu'elle contient en elle-même le plaisir spirituel qui découle de la réalisation impersonnelle du Brahman, si bien que même l'impersonnaliste se verra fasciné par l'aspect personnel de Krsna, dans Sa Forme de Syamasundara.

La Brahma-samhita affirme par ailleurs que la radiance du Brahman se compose des rayons qui émanent du Corps de Krsna; elle ne représente ni plus ni moins que la manifestation de Son énergie. Et Krsna soutient Lui-même, dans la Bhagavad-gita, être à la source de cette radiance. Nous pouvons donc en conclure que l'aspect impersonnel de la Vérité Absolue n'en représente pas la fin ultime; mais que c'est en Krsna que réside son achèvement parfait.

Les tenants des écoles Vaisnavas ne tentent donc jamais, dans leur recherche de la perfection spirituelle, de se fondre dans la radiance du Brahman; car ils reconnaissent en Krsna le But final de la réalisation spirituelle. Aussi Krsna est-Il qualifié de param brahman (le Brahman Suprême) et de paramesvara (le Maître Suprême). Sri Yamunacarya Lui adresse la prière qui suit:

"O Seigneur aimé, je sais que l'univers gigantesque, et en lui les colosses de l'espace et du temps, le tout recouvert par sept couches d'éléments matériels -chacune dix fois plus épaisse que celle qui la précède-, et les trois gunas, puis Garbhodakasayi Visnu, Ksirodakasayi et Maha-Visnu, et au-delà le monde spirituel, avec ses planètes spirituelles - les Vaikunthalokas- et sa radiance -le Brahman-, je sais que tous ces éléments réunis ne forment qu'une manifestation infime de Ta puissance."

55. Ses pouvoirs yogiques

Il existe plusieurs degrés de perfection. Quant aux plus hauts pouvoirs dans l'ordre matériel, ils sont au nombre de huit, et deviennent accessibles aux parfaits yogis:

1) anima-siddhi: le pouvoir de se faire infiniment petit
2) laghima, siddhi: celui de devenir infiniment léger;
3) prapti-siddhi: celui d'obtenir toute chose désirée;
4) prakamya-siddhi: celui d'accomplir toute merveille;
5) mahima-siddhi: celui de devenir infiniment grand;
6) isita-siddhi: celui de créer ou détruire toute chose;
7) vasita-siddhi: celui de dominer tout être;
8) kamavasayita-siddhi: celui de réaliser l'impossible.

Et ces pouvoirs, comme toutes autres perfections matérielles et spirituelles, Krsna les possède pleinement.

56. Ses inconcevables puissances

Krsna est partout présent, non seulement dans cet univers, ou dans le cœur de chaque être vivant, mais aussi à l'intérieur de chaque atome. Dans les prières qu'elle offrit à Krsna, la reine Kunti parlait de Ses puissances inconcevables. Car, alors même qu'Il conversait avec Kunti, Krsna, simultanément, pénétra dans le sein d'Uttara pour y protéger son enfant de l'arme atomique d'Asvatthama. Krsna peut même plonger dans l'illusion des êtres tels que Brahma et Siva, ou protéger des suites de leurs fautes les bhaktas qui s'abandonnent à Lui. Voilà quelques exemples dépeignant Ses puissances inconcevables.

Srila Rupa Gosvami offre donc à Krsna son hommage par ces mots:

"Krsna, visible dans Sa Forme humaine, a pour ombre la nature matérielle tout entière. Il s'est multiplié en une multitude de vaches, de veaux et de pâtres, pour ensuite Se manifester en chacun d'eux tel Narayana, avec Ses quatre bras. Et Il a enseigné la réalisation spirituelle à des millions de Brahmas. Aussi n'est-Il pas seulement digne de l'adoration de ceux qui dirigent tous les univers, mais bien également de tous les autres êtres. Qu'à jamais je reconnaisse en Lui le Seigneur Suprême."

Lorsque Indra fut vaincu par Krsna, et que la fleur du céleste parijata lui fut ravie, Narada le rencontra et le semonça:

"O Indra, puissant roi des cieux, si Brahma et Siva ont déjà été défaits par Krsna, que dire d'un deva aussi médiocre que toi !"

Bien sûr, la remarque de Narada était plutôt moqueuse, et Indra en tira du plaisir. Or, ces dires du sage confirment que Krsna peut plonger dans l'illusion même Brahma, Siva et Indra. Que Sa puissance agisse de même pour les êtres de moindre importance ne fait donc aucun doute. La Brahma-samhita décrit en ces termes le pouvoir que possède Krsna d'amoindrir les souffrances liées aux suites d'actes coupables:

"Depuis l'auguste roi des cieux jusqu'à la plus petite fourmi, tous doivent subir les suites de leurs actes passés. Mais le bhakta se voit, par la grâce de Krsna, soulagé d'un tel fardeau."

La preuve en fut clairement établie lorsque Krsna alla chez Yamaraja, le prince de la mort, y réclamer le fils disparu de Son maître. A la requête de Son précepteur, Krsna S'était rendu à la cour de Yamaraja pour en ramener l'âme que ce dernier y avait conduit et maintenait sous sa garde. Il lui tint ces propos: "Sois béni que Je t'ordonne, et rends-Moi cette âme !" L'enseignement à tirer de cet incident est que même celui qui vit sous la contrainte des "principes régulateurs" de la nature matérielle, soumis donc au châtiment de Yamaraja suivant les lois universelles, peut, par la grâce de Krsna, bénéficier d'une amnistie complète.

Sukadeva Gosvami, pour sa part, décrit en ces termes les puissances inconcevables de Krsna:

"Krsna trouble certes mon intelligence. Non-né, Il n'en paraît pas moins tel le Fils de Nanda Maharaja. Omniprésent, Le voilà contenu dans le giron de Mère Yasoda, limité, Lui qui tout pénètre, par l'amour de Son dévot. Et malgré Ses innombrables Formes, Il Se meut devant Son père, Nanda, et Sa mère, Yasoda, tel un enfant unique."

La Brahma-samhita ajoute que bien qu'Il habite éternellement Son Royaume absolu, Goloka Vrndavana, Krsna demeure partout présent, même dans l'atome.

Brahma enseigne:

"L'ego matériel, l'intelligence, le mental, l'éther, l'air, le feu, l'eau et la terre constituent les éléments matériels de notre univers, qui peut ainsi se comparer à un pot gigantesque. A l'intérieur de ce pot, mon corps apparaît infime, sans compter qu'hors de cet univers que j'ai pu créer, d'autres mondes émanent des pores de Ta peau, puis s'y résorbent, innombrables comme les particules atomiques que l'on voit parfois flotter à travers un rayon de soleil. Devant Ta grandeur, ô Seigneur, je me sens tout à fait insignifiant. Aussi, veuille, je T'en supplie, m'accorder Ton pardon. J'implore Ta grâce."

En considérant ne serait-ce qu'un seul univers, on y trouvera réunis tant de phénomènes merveilleux, dont les astres, au nombre infini, ou les lieux, également sans nombre, où vivent et règnent les devas. Cet univers au diamètre de 640 millions de kilomètres pullule encore d'insondables régions, du nom de patalas, ou systèmes planétaires inférieurs. Or, bien que Krsna soit à l'origine de toute cette manifestation, Il peut toujours être perçu à Vrndavana, où Il fait jouer Ses inconcevables puissances. Qui donc peut adorer comme il convient ce Seigneur tout-puissant, Possesseur d'énergies si inconcevables?

58. Son ascendance sur tous les avataras

On trouve, dans le Gita-govinda de Jayadeva Gosvami, le chant qui suit:

"Le Seigneur préserva les Vedas sous la forme d'un poisson, et tel une tortue, porta sur Sa carapace l'univers entier. De même, ayant revêtu l'aspect d'un sanglier, Il souleva la Terre des abysses. En Sa Forme de Nrsimha, Il anéantit Hiranyakasipu, et en tant que Vamana, déjoua Maharaja Bali. Apparu comme Parasurama, Il fit périr toutes les dynasties ksatriyas, et en la Forme de Sri Rama tous les asuras. Sous les traits de Balarama, II portait une puissante pioche, et devenu Buddha, Il sut protéger les bêtes innocentes. Enfin, Il donnera la mort à tous les mécréants lorsqu'Il viendra tel Kalki."

C'est ainsi que sont décrites quelques-unes des manifestations de Krsna, mais il faut comprendre, à la lumière du Srimad-Bhagavatam, que pareils aux vagues de l'océan, d'innombrables avataras émanent sans cesse du Corps de Krsna. De même que nul ne peut compter les vagues de l'océan, nul ne peut concevoir la multitude des avataras issus du Corps du Seigneur.

59. La grâce qu'Il accorde à ceux qu'Il anéantit

Le mot "salut" se traduit en sanskrit par apavarga, qui s'oppose à pavarga, désignant les misérables conditions propres à l'existence matérielle. Ce mot, pavarga, désigne un groupe de cinq lettres sanskrites: pa, pha, ba, bha et ma, qui forment respectivement le début des noms de cinq conditions matérielles. La première lettre, pa, vient du mot parabhava, signifiant la défaite, celle que nous rencontrons constamment dans la lutte que nous devons mener pour assurer notre subsistance au sein de la matière. Nous devons ainsi affronter la naissance, la maladie, la vieillesse et la mort, et parce que sous l'illusion de maya il n'est nul moyen de triompher de ces conditions misérables, nous sommes assurés de rencontrer à chaque pas la défaite, ou parabhava. La lettre suivante, pha, tire son origine du mot phena, qui évoque l'écume apparaissant à la bouche d'un être exténué (comme cela se voit chez les chevaux). La lettre ba provient du mot bandha, signifiant la servitude. Bha découle de bhiti, la peur. Et ma dérive de mrti, la mort. Ainsi, le mot pavarga indique la lutte pour l'existence avec ses corollaires -la défaite, l'abattement, la servitude, la peur et la mort. Apavarga signifiera donc ce qui peut neutraliser l'effet de toutes ces conditions matérielles, et Krsna est dit être Celui qui donne l'apavarga, la voie de la libération.

Pour les impersonnalistes, aussi bien que pour les ennemis de Krsna, la libération consiste à se fondre en l'Absolu. Les uns comme les autres font fi de Krsna, mais Lui, dans Son infinie bonté, leur accorde à tous la libération qu'ils convoitent.

"O Murari [Krsna]! N'est-il pas merveilleux que malgré leur impuissance à percer les lignes de Ton armée, les asuras, toujours envieux des devas, aient tout de même pu accéder au soleil (mitra)"

Le mot mitra se traduit par "soleil", et aussi par "ami", mais il se trouve ici utilisé dans un sens allégorique. Les asuras, ennemis de Krsna, tentèrent de forcer les lignes de Son armée, mais ils échouèrent, et moururent au combat, après quoi ils purent accéder à la planète de Mitra, le soleil. En réalité, c'est dans la radiance du Brahman qu'ils pénétrèrent. Si l'on utilise ici l'image du soleil, c'est qu'il brille à jamais comme brille aussi le monde spirituel, où resplendissent les innombrables planètes Vaikunthas. Les ennemis de Krsna furent donc anéantis, et plutôt que de percer Ses formations guerrières, ils pénétrèrent dans l'atmosphère invitante de la radiance spirituelle du Brahman. Telle est la miséricorde de Krsna, qui L'a rendu célèbre comme le Libérateur même de Ses ennemis.

60. L'attrait qu'Il exerce sur les âmes libérées

De nombreux exemples montrent que Krsna put attirer à Lui de grandes âmes libérées, ainsi Sukadeva Gosvami et les Kumaras. Tels sont les dires des Kumaras eux-mêmes:

"O merveille ! Bien que nous soyons parfaitement libérés, affranchis de tout désir, et établis au niveau de paramahamsa, nous aspirons encore à goûter les Divertissements de Radha et Krsna."

61. Ses merveilleux Divertissements

Dans le Brhad-vamana Purana, le Seigneur confie:

"Bien que soient nombreux Mes Divertissements enchanteurs, lorsque Je songe au rasa-lila, auquel Je Me livre en la compagnie des gopis, J'éprouve un ardent désir de le goûter encore."

Un bhakta dit:

"Je connais Narayana, l'Epoux de la déesse de la fortune, et je connais également nombre d'autres manifestations du Seigneur. Certes leurs Divertissements à tous me passionnent, mais celui de la danse rasa, dont l'auteur est la Personne même de Sri Krsna, accroît de merveilleuse façon mon bonheur spirituel."

62. Son entourage de bhaktas aimants

Un roi est toujours entouré de ses ministres, de ses secrétaires, de ses généraux et d'une foule d'autres membres de sa cour. De même, Krsna est une personne, et jamais Il n'est seul. Car, on ne peut Le séparer de Son Nom, de Ses Attributs, de Sa Renommée, de Ses Amis et de Son Entourage. Particulièrement à Vrndavana, où se déroulent Ses Divertissements (lilas), on Le voit sans cesse entouré des gopis, des pâtres, de Son père, de Sa mère et de tous les habitants du village.

Les gopis se lamentaient ainsi:

"O bien-aimé Krsna, lorsque pendant le jour tu te rends avec tes vaches dans la forêt de Vrndavana, chaque instant nous semble douze années, et il nous est très difficile de vivre si longtemps séparées de toi. Ainsi, lorsque à la fin du jour tu rentres à nouveau, si grande notre fascination à la vue de ton merveilleux visage, qu'il nous est impossible d'en détacher notre regard, fût-ce pour un instant. A ce moment, quand à l'occasion battent nos paupières, nous maudissons Brahma, le créateur, et le tenons pour bête de n'avoir pas su concevoir d'yeux sans défaut."

Les gopis se sentaient contrariées par les battements de leurs paupières, car pendant l'instant où elles fermaient les yeux, elles ne pouvaient plus voir Krsna. Les gopis éprouvaient pour Krsna un amour si intense, et source d'une extase telle, qu'elles étaient troublées par cette brève absence. Et paradoxalement, elles étaient également troublées lorsqu'elles Le voyaient enfin. Une gopi s'adresse à Krsna en ces termes:

"Lorsque la nuit nous te retrouvons, celle-ci nous semble de bien courte durée. Et que dire de ces nuits terrestres, même s'il nous était accordé une nuit de Brahma en ta compagnie, elle nous semblerait un trop bref instant !"

Un verset de la Bhagavad-gita nous permet d'évaluer la durée d'un jour de Brahma:

"Un jour de Brahma vaut mille des âges que connaissent les hommes; et autant sa nuit."

Et les gopis affirmèrent que même si la nuit se prolongeait aussi longtemps, elle serait encore trop courte pour leur permettre d'étancher leur soif de rencontrer Krsna.

63. L'enchantement de Sa flûte

Dans le Srimad-Bhagavatam, les gopis adressent ces mots à Mère Yasoda:

"Lorsque ton fils joue de sa flûte, Siva, Brahma et Indra -qui sont censés être les plus nobles personnages, et aussi les plus hautement érudits- s'en trouvent confondus. Bien qu'ils soient tous si haut placés, dès qu'ils entendent le son de la flûte de Krsna, ils se prosternent humblement, et se recueillent gravement, absorbés par l'étude de cette vibration."

Dans son Vidagdha-madhava' Sri Rupa Gosvami décrit ainsi le son de la flûte de Krsna:

"Les modulations de la flûte de Krsna firent, ô merveille, s'immobiliser Siva alors qu'il jouait de son dindima; et de même, elles troublèrent la méditation de grands sages, tel les quatre Kumaras. Elle fit encore que Brahma, assis sur son lotus afin d'accomplir son œuvre de création, soit frappé de stupeur. Et Anantadeva, qui normalement porte avec calme toutes les planètes sur ses capuchons, se mit à scander d'un mouvement de va-et-vient la vibration spirituelle émise par la flûte de Krsna, vibration qui perça les couches de l'univers, jusqu'à atteindre le monde spirituel."

64. L'excellence de Sa beauté

"Délicieusement fascinante était la Forme de Krsna lorsqu'Il apparut sur cette planète pour y déployer le jeu de Sa puissance interne; cette Forme on ne peut plus exquise, Il l'a manifestée tout au long de Ses Divertissements; et à travers Sa puissance interne, Il a montré Son opulence, frappant tous les êtres d'émerveillement. Si grande la beauté de Krsna, qu'Il n'avait besoin d'aucun ornement pour parer Son Corps; à dire vrai, Sa beauté propre, rehaussait Ses parures."

Pour ce qui touche aux traits charmeurs de Krsna et au son de Sa flûte, les gopis tinrent à Krsna ces propos:

"Bien que nos élans pour toi s'apparentent aux sentiments voués à un amant, nous ne pouvons qu'être étonnées de ce qu'aucune femme ne puisse demeurer chaste à l'écoute du son de ta flûte. Et il n'en va pas ainsi que des femmes; même des hommes au cœur pourtant ferme deviennent susceptibles de choir au son de ta flûte. En vérité, nous avons pu constater qu'à Vrndavana, même les vaches, les cerfs, les oiseaux et les arbres, tous sont ensorcelés par la douce vibration que produit ta flûte et par ta fascinante beauté."

On trouve énoncé, dans le Lalita-madhava de Rupa Gosvami, le verset qui suit:

"Un jour, Krsna vit sur une façade sertie de joyaux, le reflet de Sa merveilleuse image, et devant cette vision, Il S'exclama: "Quel prodige ! Jamais auparavant Je n'ai contemplé de si beaux traits. Et bien que Je sache Mienne cette Forme, Je désire néanmoins, comme Radharani, l'étreindre pour en tirer un bonheur céleste. "

Ces dires démontrent que Krsna et le reflet de Son Image participent d'une substance unique. Telle est la position absolue de Krsna, que nulle différence ne Le sépare d'un reflet ou d'une représentation imagée de Sa Forme. Les versets cités plus haut dépeignent quelques-unes des merveilleuses sources de plaisir qui sont en Krsna, autant que Ses Attributs spirituels et absolus. Ceux-ci sont comparables à un océan: nul n'en peut estimer l'étendue ou en sonder les profondeurs. Mais de même qu'en faisant l'analyse d'une seule goutte d'eau de mer on peut identifier le contenu de l'océan tout entier, ces versets favorisent un certain entendement de la Nature et des Attributs sublimes de Krsna.

Brahma dit:

"O bien-aimé Seigneur, nul instrument de mesure matériel ne peut apprécier les merveilles, les actes et les attributs inconcevables que révéla Ta présence sur cette planète. Vain, également, l'effort de qui tenterait seulement d'imaginer comme Tu es. Un jour viendra peut-être où l'homme de science, après de très nombreuses années, après nombre de vies, pourra donner une estimation de la structure atomique de l'univers, établir la somme des particules atomiques qui saturent l'espace, voire l'univers entier, mais jamais il ne pourra dénombrer les Attributs sublimes qui peuplent Ton océan de félicité spirituelle."