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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 2 CHAPITRE 1 Le premier pas vers
la réalisation spirituelle.
sri-suka uvaca
variyan esa te prasnah krto loka-hitam nrpa atmavit-sammatah pumsam srotavyadisu yah parah
Combien glorieuse ta question, ô roi, car elle sert le bien de tous les hommes. La réponse à une telle question, qu'approuvent tous les spiritualistes, représente certes ce qu'il y a de plus sublime à entendre.
Cette question revêt en elle-même tant d'importance qu'elle représente ce qu'il y a de plus sublime à entendre. En effet, un tel échange de questions et de réponses permet d'atteindre le plus haut sommet de la perfection. Sri Krsna étant la Personne Suprême et Originelle, toute question qui se rapporte à Lui acquiert par là même une qualité originelle et parfaite. Sri Caitanya Mahaprabhu enseigne que celui qui adopte le service d'amour sublime offert à Krsna accède à la plus haute perfection de l'existence. Et c'est parce que les questions et réponses axées sur Krsna nous donnent de rejoindre ce niveau purement spirituel que les questions de Maharaja Pariksit sont si glorieuses. Celui-ci voulait diriger vers Krsna toutes ses pensées, ce que permet la simple écoute du récit lié aux Actes sans pareils de Krsna. La Bhagavad-gita stipule à cet égard que celui qui comprend le caractère absolu de l'Avènement, de la Disparition et des Actes de Krsna retourne sans attendre avec le Seigneur, dans sa demeure originelle, et n'a plus jamais à connaître cette existence douloureuse, conditionnée par la matière. Il est donc fort bénéfique d'écouter sans cesse les propos qui touchent à Krsna. Aussi, Maharaja Pariksit prie Sukadeva Gosvami de narrer pour lui les Actes de Krsna, afin qu'il puisse porter ses pensées vers le Seigneur. Puisque aucune différence ne sépare Krsna de Ses Actes, aussi longtemps que l'être s'occupe à écouter Ses Divertissements absolus, il transcende le conditionnement de l'existence dans la matière. Les propos qui touchent à Sri Krsna sont si propices qu'ils purifient celui qui s'en enquiert, celui qui les narre, de même que celui qui les écoute. On les compare aux eaux du Gange, lesquelles jaillissent de l'orteil de Sri Krsna, et purifient, partout où elles coulent, la terre et ceux qui s'y baignent. Pareillement, la krsna-katha, les propos à la gloire de Krsna, connaissent une telle pureté que là où ils résonnent, ils sanctifient le lieu, celui qui s'en enquiert, le narrateur, les auditeurs, bref tout ce qui s'y rattache.
srotavyadini rajendra
nrnam santi sahasrasah apasyatam atma-tattvam grhesu grha-medhinam
Les Ecritures révélées regroupent en deux catégories distinctes les hommes qui se vouent à la vie de famille: les uns sont dits grhasthas et les autres grhamedhis. Les grhasthas cohabitent avec femme et enfants mais se consacrent à la réalisation de la Vérité suprême. Quant aux grhamedhis, ils ne vivent que pour assurer le bien-être des membres de leur famille -proches ou éloignés-, et jalousent ainsi tous "les autres". Le mot medhi indique la jalousie envers autrui, caractéristique de ces grhamedhis qui ne vivent que pour leur famille. Par conséquent, un grhamedhi n'est jamais en bons termes avec un autre grhamedhi, et à une échelle plus vaste, une société ou une nation ne connaît jamais de bons rapports avec sa contrepartie d'égoïsme. Dans l'âge de Kali, tous les chefs de famille se jalousent mutuellement, aveugles qu'ils sont au savoir qui se rapporte à la Vérité suprême. Les domaines politique, scientifique, social et économique leur fournissent une abondante matière d'écoute, et à cause de leur maigre savoir, ils négligent la question des souffrances majeures de l'existence, ainsi la naissance, la maladie, la vieillesse et la mort. A vrai dire, la forme humaine a pour but de mettre un terme définitif à ces souffrances, mais le grhamedhi, ébloui par l'énergie matérielle, oublie tout de la réalisation spirituelle. Pourtant, la véritable solution aux problèmes de l'existence est de retourner à Dieu, en notre demeure originelle; car c'est ainsi, la Bhagavad-gita (VIII.16) l'enseigne, que disparaissent naissance, maladie, vieillesse et mort, autant de souffrances liées à l'existence matérielle. La voie qui conduit l'être au Seigneur, en sa demeure première, consiste en l'écoute de ce qui a trait au Seigneur Suprême, ainsi qu'à Son Nom, Sa Forme, Ses Attributs, Ses Divertissements, Son Entourage et Sa Diversité. Or cela, les sots l'ignorent. Ils prêtent volontiers l'oreille aux noms et formes de toute chose périssable mais ne savent pas utiliser leur pouvoir d'audition pour leur bien ultime. Dans leur égarement, ils mettent également par écrit des divagations relatives au Nom, à la Forme, aux Attributs, etc., de la Vérité suprême. Ainsi ne soyons pas de ces grhamedhis qui passent simplement leurs jours à jalouser autrui, mais devenons plutôt de véritables grhasthas, dans le sens que leur prêtent les Ecritures.
nidraya hriyate naktam
vyavayena ca va vayah diva carthehaya rajan kutumba-bharanena va
Notre civilisation moderne se fonde principalement sur le fait de dormir et de s'adonner à la vie sexuelle pendant la nuit, et de gagner de l'argent pendant le jour pour combler les besoins de la famille. Voilà ce que condamne la pensée bhagavata. L'être humain étant issu de l'union de l'âme spirituelle avec la matière, le savoir védique dans son entier se propose donc d'arracher l'âme à la souillure que lui impose la matière. Cette science, on la nomme atma-tattva. Les hommes par trop matérialistes ignorent ce savoir et tendent davantage vers la poursuite des richesses en vue d'un bonheur matériel. On les nomme karmis, auteurs d'actes intéressés; il leur est donné d'accroître leurs biens et d'entretenir des rapports charnels avec le sexe opposé, selon des règles prescrites. Supérieurs aux karmis, les jnanis, yogis et bhaktas se voient interdire tout rapport sexuel. Les karmis, parce qu'il leur manque l'atma-tattva, ne font aucun progrès spirituel durant leur vie. Cependant, la forme humaine n'est en rien destinée à un dur labeur visant l'enrichissement, ni à une vie sexuelle semblable à celle des chiens et des porcs. Elle a spécifiquement pour but de résoudre les problèmes qu'engendre l'existence matérielle, et son cortège de souffrances. Mais les karmis perdent néanmoins leur précieuse forme humaine à dormir ou à entretenir des rapports charnels pendant la nuit, et à peiner durement pendant le jour pour accroître leur patrimoine et ainsi agrémenter leur vie au sein de la matière. Voilà, en bref, le mode de vie des matérialistes, et le verset suivant nous dépeint la sottise de celui qui néglige l'opportunité que lui offre la forme humaine.
dehapatya-kalatradisv
atma-sainyesv asatsv api tesam pramatto nidhanam pasyann api na pasyati
On attribue également à l'univers matériel le nom de "royaume de la mort", car tous les êtres, depuis le microbe -qui ne vit que quelques instants- jusqu'à Brahma -dont la vie s'étend à des milliards d'années-, luttent pour leur existence. La vie s'identifierait donc à une sorte de combat livré contre la nature matérielle et où chacun finit par trouver la mort. La forme humaine offre l'intelligence requise pour saisir la nature réelle de cette lutte acharnée pour l'existence, mais trop attaché aux membres de sa famille, à son entourage ou à sa patrie, l'homme voudrait vaincre l'invincible nature matérielle en s'appuyant sur sa force physique, ses enfants, son épouse et ses proches. Bien qu'il ait une certaine habitude de la chose du fait d'expériences passées et de par l'exemple de ses défunts prédécesseurs, il ne peut toutefois s'apercevoir que les combattants fictifs que représentent ses enfants, ses proches, son entourage et ses compatriotes ne lui sont d'aucune aide réelle dans cette grande lutte pour l'existence. Il lui faut pourtant se rendre à l'évidence que puisque son père et tous ses aïeuls sont déjà morts, lui-même devra souffrir le même destin comme le devront aussi ses fils, qui deviendront à leur tour pères de famille. L'histoire le démontre invariablement: aucun ne sortira vivant de cette lutte livrée contre la nature matérielle. Mais l'homme, dans sa sottise, espère que la science lui conférera un jour l'immortalité. Ce manque de savoir, des plus trompeurs pour la société, vient de ce que l'être ignore sa propre condition originelle d'âme spirituelle. L'univers matériel, comme un rêve, existe seulement à cause de notre attachement pour lui; mais l'âme, elle, lui est toujours étrangère. On compare la nature matérielle à un vaste océan et le temps à ses hautes vagues. Les éléments illusoires de l'existence y sont comme l'écume qui apparaît furtivement, ainsi le corps matériel, l'épouse, les enfants, l'entourage et les compatriotes. Le défaut de connaissance de notre identité véritable nous rend victime de l'ignorance, et nous fait gaspiller l'énergie précieuse conférée par la forme humaine à rechercher vainement des conditions de vie permanentes -d'ailleurs impossibles à obtenir dans l'univers matériel. Non seulement nos prétendus amis, proches, épouse et enfants sont incapables d'aucune aide véritable dans cette lutte pour l'existence, mais ils se voient eux-mêmes fourvoyés par le chatoiement trompeur de l'existence matérielle. Comment, dès lors, pourraient-ils nous sauver? Et pourtant, l'homme se croit quand même à l'abri au sein d'une famille ou d'une société. Tout le progrès d'une civilisation matérialiste peut être assimilé aux parures qui ornent un cadavre. Bien que chacun en ce monde ne soit en fait qu'un cadavre animé de quelques convulsions éphémères, tous perdent néanmoins leur précieuse énergie humaine à embellir l'enveloppe charnelle. Lorsqu'il eut peint le juste tableau de la confusion humaine, Sukadeva Gosvami indiqua le devoir qui incombe à l'homme. Ceux qui sont privés de la science de l'atma-tattva restent confondus, mais non pas les dévots du Seigneur, qui ont parfaitement réalisé le savoir spirituel et absolu.
tasmad bharata sarvatma
bhagavan isvaro harih srotavyah kirtitavyas ca smartavyas cecchatabhayam
Au verset précédent, Sri Sukadeva Gosvami expliquait comment celui qui s'attache sottement à la matière perd un temps précieux à améliorer sa condition matérielle, ne vivant que pour dormir, s'accoupler, s'enrichir et satisfaire aux besoins de tous ceux qui forment son entourage et qui, succombant à leur tour, sombreront dans l'oubli. Occupée à tant d'actes matériels, l'âme distincte se prend dans les filets de l'action intéressée et du cycle des morts et des renaissances à travers les 8 400 000 espèces vivantes -les espèces aquatiques et végétales, les reptiles, la gent ailée, les mammifères, les anthropoïdes- pour connaître à nouveau la forme humaine où elle peut s'affranchir du cycle de l'action intéressée. Celui qui désire sortir de ce cercle vicieux doit donc cesser d'agir en karmi qui cherche à jouir des fruits de ses actes, bons ou mauvais. A dire vrai, on ne devrait jamais agir pour soi-même, fût-ce en bien ou en mal, mais plutôt offrir chacun de ses actes au Seigneur Suprême, le possesseur souverain de toute chose. Cette voie de l'action, la Bhagavad-gita (IX.27) la conseille quand elle recommande de n'agir que pour la satisfaction du Seigneur. Il s'agit donc, en premier lieu, d'écouter ce qui touche à Sa Personne, puis, après avoir écouté avec une attention parfaite, de louer Ses Actes. C'est ainsi que l'on peut accéder au souvenir constant de la nature toute spirituelle du Seigneur. En vérité, l'écoute et la glorification de ce qui touche à Sa Personne sont de la même nature, spirituelle et absolue, que Lui-même: en s'y vouant, on demeure toujours en compagnie du Seigneur, ce qui donne d'être libéré de toute crainte. Parce qu'Il est l'Ame Suprême -le Paramatma-, présent dans le coeur de chacun, le Seigneur appelle à Lui tous les êtres de Sa création en les invitant à écouter et à glorifier ce qui touche à Sa Personne. Ces pratiques sont accessibles à tous, sans exception, et elles conduisent à la perfection de l'occupation à laquelle chacun se trouve destiné. Les hommes se groupent en diverses catégories: on trouve les karmis, avides des fruits de leurs actes, les yogis, attirés par les pouvoirs surnaturels et enfin les purs bhaktas. Mais tous atteindront le succès désiré par une seule et même voie. Chacun souhaite se voir libre de toute crainte et connaître la plus haute forme de bonheur. Or le Srimad-Bhagavatam, issu des lèvres d'une haute autorité tel Srila Sukadeva Gosvami, indique le processus parfait qui y conduit sur-le-champ. Toutes les actions de celui qui écoute ce qui touche au Seigneur et Le glorifie prennent une teinte spirituelle, réduisant à néant tout concept de souffrance matérielle.
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