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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 2 CHAPITRE 2 Le Seigneur qui réside
dans le coeur.
vibhusitam mekhalayanguliyakair
maha-dhanair nupura-kankanadibhih snigdhamalakuncita-nila-kuntalair virocamananana-hasa-pesalam
Le Seigneur Suprême est l'Etre le plus charmant entre tous. Srila Sukadeva Gosvami dépeint ici, l'une après l'autre, toutes les particularités de Sa grâce absolue, et ce, afin d'enseigner aux impersonnalistes que le Seigneur n'est point le fruit de l'imagination du bhakta, créé par lui de toutes pièces afin de faciliter son adoration, mais bien l'indéniable Personne Suprême. L'aspect impersonnel de la Vérité Absolue ne constitue que Sa radiance, tout comme les rayons solaires ne forment que la radiance du soleil.
adina-lila-hasiteksanollasad-
bhru-bhanga-samsucita-bhury-anugraham ikseta cintamayam enam isvaram yavan mano dharanayavatisthate
La Bhagavad-gita (XII.5) nous apprend que l'impersonnaliste qui se livre à la méditation impersonnelle emprunte par là une voie fort ardue alors que le bhakta, par le service personnel qu'il offre au Seigneur, connaît aisément le succès. La méditation impersonnelle représente donc une source de souffrances pour l'impersonnaliste et le bhakta possède ainsi un avantage par rapport à ces philosophes qui doutent de l'aspect personnel du Seigneur et qui, par conséquent, cherchent toujours à porter leur méditation vers quelque chose qui n'a rien d'objectif. Voilà pourquoi le Srimad-Bhagavatam offre un enseignement authentique permettant de concentrer positivement la pensée sur la Forme personnelle du Seigneur. Cette méditation correspond au bhakti-yoga, à la voie du service de dévotion, qu'on emprunte après s'être affranchi du conditionnement matériel. La voie qui permet de s'affranchir du conditionnement par la matière se nomme jnana-yoga. Une fois libéré des conditions propres à l'existence matérielle, ou comme nous l'avons dit plus haut, une fois atteint le niveau de nivrtta, affranchi de toute contingence matérielle, l'être peut alors emprunter la voie du bhakti-yoga. La bhakti englobe donc le jnana-yoga, ou en d'autres termes, les desseins du jnana-yoga sont servis par la pratique du service de dévotion pur qui naturellement donne de s'affranchir graduellement du conditionnement matériel. Ces effets du bhakti-yoga, on les nomme anartha-nivrtti. Toutes les souillures accumulées viennent à disparaître chez celui qui pratique le bhakti-yoga. La méditation sur les pieds pareils-au-lotus de la Personne Suprême -la première étape de la bhakti- doit porter ses fruits sous forme d'anartha-nivrtti. Or le désir sexuel représente certes le plus grossier des anarthas qui lie l'âme conditionnée à l'existence matérielle, et ce désir sexuel conduit progressivement l'homme et la femme à s'unir, puis se manifeste dans des proportions plus grandes encore à travers le désir d'avoir un foyer, des enfants, des relations et de l'argent. L'âme conditionnée se voit alors submergée par de telles contraintes et dominée par un faux sentiment d'égoïsme manifesté par les concepts du "moi" et du "mien"; ce même désir sexuel se diffuse ensuite jusqu'aux considérations d'ordre politique, social, altruiste, philanthropique et autres, toutes aussi vaines les unes que les autres, et qui surgissent comme l'écume des vagues pour disparaître aussi prestement qu'un nuage emporté par le vent. Le bhakti-yoga conduit donc à l'annihilation progressive du désir charnel qui se résume par la recherche du gain, du renom et des honneurs. Ces aspirations animent tous les êtres conditionnés à tel point qu'ils en deviennent comme fous, mais chacun peut également mesurer par lui-même à quel degré il s'est libéré de ces ambitions matérielles reposant sur le désir sexuel tout comme l'assouvissement progressif de la faim se constate à chaque bouchée de nourriture. Si le désir sexuel sous toutes ses formes se voit peu à peu dissout par la pratique du bhakti-yoga, c'est que, par la miséricorde du Seigneur, cette dernière confère naturellement savoir et renoncement, même au bhakta qui n'a pas d'instruction matérielle. On entend par savoir le fait de connaître chaque chose sous son jour véritable, et lorsque celui qui détient cette connaissance découvre quoi que ce soit d'inutile, il rejette naturellement l'objet indésiré. L'âme conditionnée qui réalise en cultivant ce savoir que les prétendues facilités matérielles sont indésirables s'en détache donc aussitôt. C'est là ce qu'on appelle le vairagya, le renoncement aux choses défavorables. Comme nous l'avons déjà mentionné, il incombe au spiritualiste de se suffire à lui-même et de ne pas faire de mendicité auprès des hommes aveuglés par la richesse pour subvenir à ses besoins. Sukadeva Gosvami proposa diverses solutions en ce qui touche au manger, au dormir et au gîte, mais il ne spécifia rien pour remplacer le plaisir charnel. C'est donc que celui qui se voit encore hanté par le désir sexuel ne devrait en aucun cas chercher à embrasser l'ordre du renoncement. Sans atteindre le niveau du détachement de tout désir charnel, il ne saurait être question d'adopter le sannyasa. Par la pratique réglée du service de dévotion sous la tutelle d'un maître spirituel qualifié ainsi que par l'observance des principes énoncés dans le Srimad-Bhagavatam, il faudra au moins pouvoir dominer le désir sexuel dans sa forme grossière avant d'adopter réellement l'ordre du renoncement. Par purification on entend donc le fait de s'affranchir progressivement du désir charnel, ce que confère la méditation sur la Personne du Seigneur. Comme nous l'avons expliqué, cette méditation se porte d'abord sur Ses pieds et il faut éviter de l'étendre aux autres parties du Corps du Seigneur sans avoir d'abord constaté à quel point on s'est affranchi du désir charnel. Le dixième Chant du Srimad-Bhagavatam est assimilé au visage souriant du Seigneur et nombreux les jeunes érudits qui veulent commencer directement par ce dixième Chant et plus particulièrement par les cinq chapitres qui dépeignent la rasa-lila du Seigneur, ce qui est certes inconvenant. En se livrant à une telle étude ou écoute incorrecte du Bhagavatam les matérialistes sans scrupules ont semé la confusion en assouvissant leurs désirs sexuels au nom même du Bhagavatam. Mais pareil dénigrement du Bhagavatam est le fait de prétendus bhaktas car avant de se faire orateur d'un tel ouvrage, il faut s'être affranchi de tout désir charnel. Sri Visvanatha Cakravarti Thakura définit d'ailleurs clairement la purification comme la cessation des rapports sexuels: yatha yatha dhis ca sudhyati visaya-lampatyam tyajati, tatha tatha dharayed iti citta-suddhi-taratamyenaiva dhyana-taratamyam uktam. Au fur et à mesure que par la purification de l'intelligence, on échappe à l'ivresse que suscite la vie sexuelle, il devient possible d'étendre progressivement sa méditation aux autres parties du Corps absolu du Seigneur; cette progression est donc proportionnelle à la purification du coeur. Pour conclure, ceux qui demeurent prisonniers de la vie sexuelle ne devraient jamais porter leur méditation au-delà des pieds pareils-au-lotus du Seigneur. Ils doivent donc se limiter aux premier et deuxième Chants de cette oeuvre sublime. La purification sera complétée lorsqu'on aura assimilé les neuf premiers Chants; alors seulement pourra-t-on accéder enfin au dixième Chant du Srimad-Bhagavatam.
ekaikaso ngani dhiyanubhavayet
padadi yavad dhasitam gadabhrtah jitam jitam sthanam apohya dharayet param param suddhyati dhir yatha yatha
Lc processus de méditation recommandé dans le Srimad-Bhagavatam ne consiste pas à fixer son attention sur un objet impersonnel ou sur le vide. Il faut au contraire méditer sur la Personne même de Dieu, l'Etre Suprême, soit dans Sa gigantesque forme universelle, la virat-rupa, soit dans Son aspect sac-cid-ananda-vigraha, tel que le décrivent les Ecritures. Celles-ci offrent des descriptions authentiques des diverses Formes de Visnu tandis que les temples abritent des représentations également authentiques de la Forme arca-vigraha sur lesquelles on peut méditer en concentrant ses pensées sur les pieds pareils-au-lotus du Seigneur en élevant progressivement sa méditation jusqu'a Son visage souriant. Selon l'école bhagavata, la danse rasa du Seigneur s'identifie à Son visage souriant. Or, ce verset recommande que l'on progresse graduellement de Ses pieds pareils-au-lotus jusqu'à Son visage souriant; aussi ne doit-on pas brûler les étapes et chercher à comprendre d'emblée les Divertissements du Seigneur liés à la danse rasa. Mieux vaut en effet apprendre l'art de fixer ses pensées en offrant des feuilles de tulasi et des fleurs aux pieds pareils-au-lotus du Seigneur et ainsi, par la pratique de l'arcana, notre purification s'opère graduellement: habiller le Seigneur, Le baigner, etc., toutes ces activités spirituelles et absolues contribuent à purifier notre existence. Une fois que nous serons parvenus à un niveau de purification plus élevé, en voyant le visage souriant du Seigneur, ou en entendant le récit de Ses Divertissements liés à la danse rasa, nous pourrons alors apprécier la valeur de Ses Activités. Aussi cette partie des Divertissements du Seigneur n'est-elle décrite que dans le dixième Chant du Srimad-Bhagavatam (chapitres 29 à 34). Plus on se concentre sur la Forme spirituelle du Seigneur -Ses pieds pareils-au-lotus, Ses jambes, Sa taille ou Son torse-, plus on se purifie. Ou encore, comme l'explique très clairement ce verset... "plus l'intelligence se purifie," signifiant par là que l'on se détache proportionnellement du plaisir des sens. Si présentement, à l'état conditionné, notre intelligence est impure, c'est qu'elle recherche la jouissance matérielle, mais le fruit de la méditation sur la Forme spirituelle et absolue du Seigneur apparaîtra précisément dans le détachement du plaisir des sens. Ainsi la purification de l'intelligence constitue le but ultime de la méditation. Les hommes par trop englués dans le plaisir des sens ne peuvent être autorisés à prendre part à l'arcana ou à toucher la Forme spirituelle de Radha-Krsna et des murtis de Visnu. Mieux vaut pour eux méditer sur la virat-rupa, la gigantesque forme universelle du Seigneur, comme le préconise le prochain verset. Il est donc recommandé aux impersonnalistes et aux nihilistes de porter leur méditation sur la forme universelle du Seigneur, tandis que les dévots du Seigneur, eux, se voient conseiller de porter leur méditation sur la Forme arca que l'on adore dans les temples. Parce qu'ils ne se montrent pas suffisamment purifiés dans leurs activités spirituelles, les impersonnalistes et les nihilistes n'ont pas accès au processus de l'arcana.
yavan na jayeta paravare smin
visvesvare drastari bhakti-yogah tavat sthaviyah purusasya rupam kriyavasane prayatah smareta
Tous les univers, autant matériel que spirituel, se trouvent sous la supervision du Seigneur Suprême. En d'autres mots, tout est finalement destiné à Son seul plaisir et Lui revient de droit, comme le confirme d'ailleurs la Bhagavad-gita (V.29). Le monde spirituel est une manifestation de Sa puissance interne et le monde matériel, lui, une manifestation de Sa puissance externe. Les êtres vivants, quant à eux, constituent Sa puissance marginale et ils ont la possibilité de vivre selon leur choix dans l'une ou l'autre de ces manifestations. Le monde matériel ne saurait convenir aux êtres vivants, qui s'y trouvent conditionnés par les lois de la nature, car ils participent de la même nature spirituelle que le Seigneur. Lui désire certes avoir tous les êtres vivants, qui font partie intégrante de Sa Personne, auprès de Lui dans le monde spirituel, et tous les Vedas et les Ecritures révélées sont destinés à éclairer les âmes conditionnées par la matière, précisément afin de montrer à ces âmes égarées la voie du retour à Dieu, en leur demeure originelle. Malheureusement, celles-ci malgré malgré les triples formes de souffrances continuelles que leur font subir leur conditionnement matériel, ne considèrent pas le retour à Dieu avec grand intérêt. Ceci est dû à leur conception erronée de l'existence, empêtrés qu'ils sont dans les actes pécheurs et vertueux. Certains d'entre eux, qui se montrent vertueux dans leurs occupations, commencent à renouer leur relation perdue avec le Seigneur, mais demeurent incapables de comprendre Son aspect personnel. Le véritable but de l'existence consiste à établir un contact avec le Seigneur et à s'engager dans Son service; telle est en effet la position naturelle des êtres vivants. Mais les impersonnalistes, eux, incapables d'offrir quelque service d'amour au Seigneur, se voient conseillés de méditer sur Son aspect impersonnel, la virat-rupa, ou forme universelle. D'une façon ou d'une autre, pour peu que l'on désire accéder au véritable bonheur, on doit s'efforcer de rétablir sa relation -présentement oubliée-, avec le Seigneur et de retrouver sa condition naturelle, affranchie de tout asservissement. La méditation sur l'aspect impersonnel du Seigneur, Sa forme universelle ou virat-rupa -telle que la décrivent les chapitres précédents-, permettra aux débutants de moindre intelligence de se qualifier progressivement jusqu'à établir un contact personnel et de comprendre comment les diverses planètes, mers, montagnes, rivières, oiseaux, animaux, humains, devas et tout ce que l'on peut concevoir, ne représentent que différentes parties de la forme virat du Seigneur. Cette façon de penser constitue elle aussi une forme de méditation sur la Vérité Absolue: dès qu'il s'engage dans cette voie, l'homme développe ainsi les qualités propres à sa nature divine et le monde entier devient alors un havre de paix et de bonheur pour tous ceux qui y vivent. En l'absence d'une telle méditation sur Dieu, dans Ses aspects personnels ou impersonnels, toutes les bonnes qualités de l'homme deviennent voilées par de fausses conceptions sur sa position naturelle et originelle, et en l'absence de ce savoir d'un haut niveau, le monde entier se transforme pour l'homme en enfer.
sthiram sukham casanam asthito yatir
yada jihasur imam anga lokam kale ca dese ca mano na sajjayet pranan niyacchen manasa jitasuh
Il est clairement établi dans la Bhagavad-gita (VIII.14) que celui qui s'absorbe complètement dans le service d'amour absolu offert au Seigneur et se souvient continuellement de Lui en toutes circonstances, obtient aisément la miséricorde du Seigneur et entre ainsi en Son contact personnel. De tels bhaktas n'ont pas à se préoccuper du moment opportun pour quitter leur corps au contraire des bhaktas à la dévotion mélangée, teintée d'actes intéressés et de spéculation philosophique empirique, qui doivent, eux, se soucier de telles considérations. La Bhagavad-gita (VIII.23-26) mentionne à leur intention quels sont précisément les moments opportuns pour quitter ce monde. Ces facteurs toutefois ne revêtent pas tant d'importance que le fait d'être un parfait yogi capable de quitter son corps à son gré. Un tel yogi doit parvenir à maîtriser ses sens par le mental. Or, celui-ci sera facilement dompté si seulement nos pensées se portent sur les pieds pareils-au-lotus du Seigneur. Peu à peu, en suivant cette voie, tous les sens seront naturellement engagés dans le service du Seigneur. C'est ainsi que l'on parvient à se fondre dans l'Absolu.
Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare |