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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 2 CHAPITRE 5 La Cause de toutes les causes.
naham veda param hy asmin
naparam na samam vibho nama-rupa-gunair bhavyam sad-asat kincid anyatah
L'univers créé fourmille d'innombrables êtres variés couvrant 8 400 000 formes de vie dont certaines sont dites supérieures, d'autres inférieures. On tient l'homme pour un être supérieur, mais il existe néanmoins divers types d'hommes -bons, méchants, honnêtes... Or, Narada Muni considère comme un fait acquis que tous, sans exception, sont issus de son père, Brahmaji. Par conséquent, il aspire à ce que Brahma lui révèle tout à leur sujet.
sa bhavan acarad ghoram
yat tapah susamahitah tena khedayase nas tvam para-sankam ca yacchasi
Il nous faut suivre dans le sillage de Sri Narada Muni et ne pas tenir aveuglément le maître spirituel pour Dieu Lui-même. Bien que l'on témoigne au maître spirituel le même respect que l'on porte au Seigneur, il faudra toutefois aussitôt rejeter le maître spirituel qui se prétend lui-même Dieu. Narada Muni, devant l'oeuvre créatrice de Brahma, tenait celui-ci pour le Suprême, mais des doutes l'envahirent lorsqu'il vit que Brahma adorait lui-même une volonté supérieure. Par définition, le Suprême est suprême et n'a donc aucun supérieur qu'Il Lui faille adorer. L'ahangrahopasita, ou celui qui voue un culte à sa propre personne dans l'espoir de devenir Dieu, est certes un charlatan, mais tout disciple intelligent sait bien que le Seigneur Souverain n'a pas à adorer quiconque, fût-ce Lui-même, afin de devenir Dieu. L'ahangrahopasana représente peut-être l'une des voies de réalisation spirituelle, mais celui qui l'emprunte, l'ahangrahopasita, ne pourra jamais devenir Dieu, car nul ne peut se faire Dieu par la pratique d'une quelconque discipline spirituelle. Narada Muni tenait Brahmaji pour la Personne Suprême, mais voyant que celui-ci suivait une voie de réalisation spirituelle, des doutes l'assaillirent. Aussi demanda-t-il à être éclairé à ce sujet.
etan me prcchatah sarvam
sarva-jna sakalesvara vijanihi yathaivedam aham budhye nusasitah
Les questions formulées par Narada Muni revêtent une singulière importance pour qui s'y intéresse. Narada prie donc Brahma de les considérer attentivement afin que tous ceux qui adhéreront à la lignée disciplique de la Brahma-sampradaya puissent les connaître sans mal et avec justesse.
brahmovaca
samyak karunikasyedam vatsa te vicikitsitam yad aham coditah saumya bhagavad-virya-darsane
O Narada, mon fils, montrant ta miséricorde à tous les êtres [ainsi qu'à moi-même], tu m'as posé toutes ces questions parce que j'ai été appelé à contempler les prouesses de la toute-puissante Personne Souveraine.
Brahmaji rend hommage à Naradaji pour ses questions, car il est naturel pour les bhaktas de ressentir un vif enthousiasme lorsqu'on s'enquiert auprès d'eux de la toute-puissante Personne Souveraine. C'est d'ailleurs là la marque d'un pur dévot du Seigneur. Et de tels propos à la gloire des Actes sublimes du Seigneur purifient "l'atmosphère" même où ils sont évoqués, ce qui a pour effet de réjouir le coeur des bhaktas occupés à répondre à de telles questions. L'effet purifiant touche celui qui s'enquiert comme celui qui répond. Les purs bhaktas ne se contentent pas de posséder un savoir total en ce qui touche au Seigneur; ils sont également avides de répandre Son message à tous car ils souhaitent voir les gloires du Seigneur connues de tout le monde. Voilà la raison pour laquelle le bhakta se sent si heureux lorsque se présente à lui une telle opportunité. Tel est le fondement, l'essence même du sentiment de mission.
nanrtam tava tac capi
yatha mam prabravisi bhoh avijnaya param matta etavat tvam yato hi me
Une grenouille qui vit depuis toujours au fond d'un puits ne peut concevoir l'immensité de l'océan. Que l'on instruise cette grenouille à cet égard, et sa première réaction sera de nier qu'il puisse même exister pareille étendue d'eau. Et si elle vient à l'admettre, elle tentera alors d'en estimer les dimensions en gonflant son ventre minuscule jusqu'à ce qu'elle éclate. Ainsi le pauvre batracien mourra-t-il sans avoir jamais connu le véritable océan. Voila ce qu'on nomme "la logique d'une grenouille au fond de son puits". Pareillement, les hommes de science matérialistes souhaitent eux aussi défier la puissance inconcevable du Seigneur en tentant de se comparer à Lui avec leur progrès scientifique et leurs cerveaux de grenouille, mais comme notre batracien, ils finissent par mourir sans parvenir à leurs fins. On voit parfois un homme -que des critères d'ordre matériel estiment puissant- passer pour Dieu ou pour l'un de Ses avataras, sans qu'il n'ait la moindre connaissance du Dieu véritable. Cette vision matérielle pourra s'étendre progressivement jusqu'à s'appliquer à Brahmaji, qui représente le plus évolué d'entre les êtres de l'univers et possède une durée de vie qu'aucun savant ne pourra jamais concevoir. Comme nous l'enseigne la Bhagavad-gita (VIII.17), le plus authentique d'entre tous les livres de savoir, un jour de Brahma vaut quelques centaines de milliers d'années sur la terre. Pareille longévité semblera peut-être incroyable pour "la grenouille au fond de son puits", mais ceux qui ont réalisé les vérités contenues dans la Bhagavad-gita admettent l'existence d'un être plus évolué capable de créer la variété au sein de tout l'univers. Les Ecritures révélées enseignent en outre que le Brahmaji de notre univers est le plus jeune de tous les Brahmas qui dirigent les innombrables univers au-delà de celui-ci; mais aucun d'eux ne peut égaler Dieu, la Personne Suprême. Naradaji compte parmi les âmes libérées. Mais avant qu'il n'atteigne au niveau de la libération, Narada n'était que le fils d'une humble servante. On pourrait alors se demander pourquoi Naradaji n'était pas conscient de l'existence du Seigneur Suprême et pourquoi il commettait l'erreur de prendre Brahmaji pour le Seigneur Suprême. Une âme libérée n'est jamais la proie d'une telle erreur de jugement; pourquoi donc Naradaji pose-t-il de telles questions comme s'il n'était qu'un homme ordinaire, pauvre en connaissance? On retrouve d'ailleurs une confusion similaire en la personne d'Arjuna, bien que ce dernier soit un compagnon éternel du Seigneur. En fait, c'est le Seigneur qui suscite en eux cet égarement afin que par leurs questions, d'autres âmes qui n'ont pas atteint la libération puissent réaliser la vérité et le savoir pur qui touchent au Seigneur. Ainsi, le doute qui surgit en Narada quant à la toute-puissance de Brahmaji sert de leçon aux "grenouilles perdues au fond de leur puits", afin qu'elles ne se méprennent pas sur l'identité de la Personne Suprême. Et s'il en est ainsi pour un personnage de l'envergure de Brahma, que dire des hommes du commun qui se font passer pour Dieu ou pour l'une de Ses manifestations. Le Seigneur Suprême demeure à jamais suprême, et comme nous avons tant de fois essayé de le démontrer dans ces commentaires, aucun être distinct, fût-il Brahma, ne peut prétendre être l'égal du Seigneur. Prenons garde de ne pas nous laisser tromper par ceux qui vouent un culte posthume à certains grands personnages comme s'ils étaient Dieu. Il y eut de nombreux rois comparables à Sri Ramacandra, le roi d'Ayodhya, mais les Ecritures révélées ne les rangent pas pour autant parmi les manifestations divines. Le fait d'être un bon roi ne suffit pas pour se transformer en Sri Rama, mais il est facile toutefois de voir se refléter en Krsna tous les attributs grandioses qui font de Lui la Personne Souveraine. En étudiant attentivement le caractère de ceux qui furent présents sur le champ de bataille de Kuruksetra, nous constatons que Maharaja Yudhisthira régnait avec autant de vertu que Ramacandra et semblait posséder un plus haut sens moral que Krsna Lui-même. En effet, lorsque Krsna demanda à Maharaja Yudhisthira de mentir, celui-ci protesta. Mais ceci ne signifie pas qu'on puisse tenir Maharaja Yudhisthira pour l'égal de Sri Ramacandra ou de Krsna. Les grandes autorités spirituelles voient en lui un homme de haute vertu mais reconnaissent Dieu Lui-même en la Personne de Rama et de Krsna. Le Seigneur Se distingue donc en tout temps des âmes conditionnées et aucun concept d'anthropomorphisme ne saurait Lui être appliqué. Le Seigneur est pour toujours le Seigneur Souverain et aucun être distinct ne pourra jamais L'égaler.
Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare |