SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 2
CHAPITRE 5

La Cause de toutes les causes.

VERSET 6

naham veda param hy asmin
naparam na samam vibho
nama-rupa-gunair bhavyam
sad-asat kincid anyatah

TRADUCTION

Tout ce qu'il est possible de comprendre d'une chose donnée à travers la terminologie qui la désigne, ses caractéristiques et son aspect -fût-elle supérieure, inférieure, égale, éternelle ou transitoire- trouve en ta grâce seule son origine, ô toi si grand.

TENEUR ET PORTEE

L'univers créé fourmille d'innombrables êtres variés couvrant 8 400 000 formes de vie dont certaines sont dites supérieures, d'autres inférieures. On tient l'homme pour un être supérieur, mais il existe néanmoins divers types d'hommes -bons, méchants, honnêtes... Or, Narada Muni considère comme un fait acquis que tous, sans exception, sont issus de son père, Brahmaji. Par conséquent, il aspire à ce que Brahma lui révèle tout à leur sujet.

VERSET 7

sa bhavan acarad ghoram
yat tapah susamahitah
tena khedayase nas tvam
para-sankam ca yacchasi

TRADUCTION

Mais lorsque me viennent à l'esprit les rudes austérités que tu accomplis avec une parfaite discipline, il me faut considérer l'existence d'un être qui te soit supérieur, et ce, malgré ta si grande puissance dans l'oeuvre de création.

TENEUR ET PORTEE

Il nous faut suivre dans le sillage de Sri Narada Muni et ne pas tenir aveuglément le maître spirituel pour Dieu Lui-même. Bien que l'on témoigne au maître spirituel le même respect que l'on porte au Seigneur, il faudra toutefois aussitôt rejeter le maître spirituel qui se prétend lui-même Dieu. Narada Muni, devant l'oeuvre créatrice de Brahma, tenait celui-ci pour le Suprême, mais des doutes l'envahirent lorsqu'il vit que Brahma adorait lui-même une volonté supérieure. Par définition, le Suprême est suprême et n'a donc aucun supérieur qu'Il Lui faille adorer. L'ahangrahopasita, ou celui qui voue un culte à sa propre personne dans l'espoir de devenir Dieu, est certes un charlatan, mais tout disciple intelligent sait bien que le Seigneur Souverain n'a pas à adorer quiconque, fût-ce Lui-même, afin de devenir Dieu. L'ahangrahopasana représente peut-être l'une des voies de réalisation spirituelle, mais celui qui l'emprunte, l'ahangrahopasita, ne pourra jamais devenir Dieu, car nul ne peut se faire Dieu par la pratique d'une quelconque discipline spirituelle. Narada Muni tenait Brahmaji pour la Personne Suprême, mais voyant que celui-ci suivait une voie de réalisation spirituelle, des doutes l'assaillirent. Aussi demanda-t-il à être éclairé à ce sujet.

VERSET 8

etan me prcchatah sarvam
sarva-jna sakalesvara
vijanihi yathaivedam
aham budhye nusasitah

TRADUCTION

O mon père, tu connais toutes choses et de tous tu es le maître. Aussi, veuille m'éclairer sur tout ce dont je m'enquis auprès de toi afin que, tel ton disciple, je puisse en obtenir le juste entendement.

TENEUR ET PORTEE

Les questions formulées par Narada Muni revêtent une singulière importance pour qui s'y intéresse. Narada prie donc Brahma de les considérer attentivement afin que tous ceux qui adhéreront à la lignée disciplique de la Brahma-sampradaya puissent les connaître sans mal et avec justesse.

VERSET 9

brahmovaca
samyak karunikasyedam
vatsa te vicikitsitam
yad aham coditah saumya
bhagavad-virya-darsane

TRADUCTION

Brahma dit:
O Narada, mon fils, montrant ta miséricorde à tous les êtres [ainsi qu'à moi-même], tu m'as posé toutes ces questions parce que j'ai été appelé à contempler les prouesses de la toute-puissante Personne Souveraine.

TENEUR ET PORTEE

Brahmaji rend hommage à Naradaji pour ses questions, car il est naturel pour les bhaktas de ressentir un vif enthousiasme lorsqu'on s'enquiert auprès d'eux de la toute-puissante Personne Souveraine. C'est d'ailleurs là la marque d'un pur dévot du Seigneur. Et de tels propos à la gloire des Actes sublimes du Seigneur purifient "l'atmosphère" même où ils sont évoqués, ce qui a pour effet de réjouir le coeur des bhaktas occupés à répondre à de telles questions. L'effet purifiant touche celui qui s'enquiert comme celui qui répond. Les purs bhaktas ne se contentent pas de posséder un savoir total en ce qui touche au Seigneur; ils sont également avides de répandre Son message à tous car ils souhaitent voir les gloires du Seigneur connues de tout le monde. Voilà la raison pour laquelle le bhakta se sent si heureux lorsque se présente à lui une telle opportunité. Tel est le fondement, l'essence même du sentiment de mission.

VERSET 10

nanrtam tava tac capi
yatha mam prabravisi bhoh
avijnaya param matta
etavat tvam yato hi me

TRADUCTION

Tout ce que tu dis à mon égard ne saurait être faux car à moins d'avoir conscience de la Personne Suprême, vérité ultime au-delà de moi-même, on se fourvoiera certes devant la puissance de mes actes.

TENEUR ET PORTEE

Une grenouille qui vit depuis toujours au fond d'un puits ne peut concevoir l'immensité de l'océan. Que l'on instruise cette grenouille à cet égard, et sa première réaction sera de nier qu'il puisse même exister pareille étendue d'eau. Et si elle vient à l'admettre, elle tentera alors d'en estimer les dimensions en gonflant son ventre minuscule jusqu'à ce qu'elle éclate. Ainsi le pauvre batracien mourra-t-il sans avoir jamais connu le véritable océan. Voila ce qu'on nomme "la logique d'une grenouille au fond de son puits". Pareillement, les hommes de science matérialistes souhaitent eux aussi défier la puissance inconcevable du Seigneur en tentant de se comparer à Lui avec leur progrès scientifique et leurs cerveaux de grenouille, mais comme notre batracien, ils finissent par mourir sans parvenir à leurs fins.

On voit parfois un homme -que des critères d'ordre matériel estiment puissant- passer pour Dieu ou pour l'un de Ses avataras, sans qu'il n'ait la moindre connaissance du Dieu véritable. Cette vision matérielle pourra s'étendre progressivement jusqu'à s'appliquer à Brahmaji, qui représente le plus évolué d'entre les êtres de l'univers et possède une durée de vie qu'aucun savant ne pourra jamais concevoir. Comme nous l'enseigne la Bhagavad-gita (VIII.17), le plus authentique d'entre tous les livres de savoir, un jour de Brahma vaut quelques centaines de milliers d'années sur la terre. Pareille longévité semblera peut-être incroyable pour "la grenouille au fond de son puits", mais ceux qui ont réalisé les vérités contenues dans la Bhagavad-gita admettent l'existence d'un être plus évolué capable de créer la variété au sein de tout l'univers. Les Ecritures révélées enseignent en outre que le Brahmaji de notre univers est le plus jeune de tous les Brahmas qui dirigent les innombrables univers au-delà de celui-ci; mais aucun d'eux ne peut égaler Dieu, la Personne Suprême.

Naradaji compte parmi les âmes libérées. Mais avant qu'il n'atteigne au niveau de la libération, Narada n'était que le fils d'une humble servante. On pourrait alors se demander pourquoi Naradaji n'était pas conscient de l'existence du Seigneur Suprême et pourquoi il commettait l'erreur de prendre Brahmaji pour le Seigneur Suprême. Une âme libérée n'est jamais la proie d'une telle erreur de jugement; pourquoi donc Naradaji pose-t-il de telles questions comme s'il n'était qu'un homme ordinaire, pauvre en connaissance? On retrouve d'ailleurs une confusion similaire en la personne d'Arjuna, bien que ce dernier soit un compagnon éternel du Seigneur. En fait, c'est le Seigneur qui suscite en eux cet égarement afin que par leurs questions, d'autres âmes qui n'ont pas atteint la libération puissent réaliser la vérité et le savoir pur qui touchent au Seigneur. Ainsi, le doute qui surgit en Narada quant à la toute-puissance de Brahmaji sert de leçon aux "grenouilles perdues au fond de leur puits", afin qu'elles ne se méprennent pas sur l'identité de la Personne Suprême. Et s'il en est ainsi pour un personnage de l'envergure de Brahma, que dire des hommes du commun qui se font passer pour Dieu ou pour l'une de Ses manifestations.

Le Seigneur Suprême demeure à jamais suprême, et comme nous avons tant de fois essayé de le démontrer dans ces commentaires, aucun être distinct, fût-il Brahma, ne peut prétendre être l'égal du Seigneur. Prenons garde de ne pas nous laisser tromper par ceux qui vouent un culte posthume à certains grands personnages comme s'ils étaient Dieu. Il y eut de nombreux rois comparables à Sri Ramacandra, le roi d'Ayodhya, mais les Ecritures révélées ne les rangent pas pour autant parmi les manifestations divines. Le fait d'être un bon roi ne suffit pas pour se transformer en Sri Rama, mais il est facile toutefois de voir se refléter en Krsna tous les attributs grandioses qui font de Lui la Personne Souveraine. En étudiant attentivement le caractère de ceux qui furent présents sur le champ de bataille de Kuruksetra, nous constatons que Maharaja Yudhisthira régnait avec autant de vertu que Ramacandra et semblait posséder un plus haut sens moral que Krsna Lui-même. En effet, lorsque Krsna demanda à Maharaja Yudhisthira de mentir, celui-ci protesta. Mais ceci ne signifie pas qu'on puisse tenir Maharaja Yudhisthira pour l'égal de Sri Ramacandra ou de Krsna. Les grandes autorités spirituelles voient en lui un homme de haute vertu mais reconnaissent Dieu Lui-même en la Personne de Rama et de Krsna. Le Seigneur Se distingue donc en tout temps des âmes conditionnées et aucun concept d'anthropomorphisme ne saurait Lui être appliqué. Le Seigneur est pour toujours le Seigneur Souverain et aucun être distinct ne pourra jamais L'égaler.


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare