|
SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 2 CHAPITRE 5 La Cause de toutes les causes.
yena sva-rocisa visvam
rocitam rocayamy aham yatharko gnir yatha somo yatharksa-graha-tarakah
Brahmaji confirme les sentiments de Narada selon quoi il ne serait pas le maître souverain dans l'oeuvre de création. Certains hommes à l'intelligence réduite gardent la sotte impression que Brahma représente la Cause première de toutes les causes. Mais Narada voulut éclaircir la question en se basant sur les dires de Brahma, l'autorité souveraine de l'univers. La décision de la cour suprême est tenue pour finale, et il en va de même en matière de connaissance, selon le concept védique, pour les paroles de Brahma, l'autorité souveraine au sein de l'univers. Comme nous l'affirmions au verset précédent, Naradaji était une âme libérée. Il ne comptait donc pas parmi ces individus de moindre intelligence qui élisent un ou plusieurs dieux de leur choix. Et bien qu'il se fasse passer pour peu intelligent, c'est avec une grande finesse d'esprit qu'il demande à une autorité souveraine d'éclaircir ses doutes afin que les masses ignorantes puissent de ce fait en tirer profit et comprendre en toute vérité la question complexe de la création et du créateur. Dans ce verset, Brahmaji balaie la fausse impression qui habite certains hommes faisant preuve d'un manque d'intelligence quand il affirme créer la variété universelle après que le Seigneur ait manifesté la création potentielle par Sa radiance éblouissante. Par ailleurs, Brahmaji enseigne également dans la samhita du nom de Brahma-samhita (5.40):
La Bhagavad-gita (XIV.27) enseigne également que Sri Krsna représente le fondement du brahmajyoti (brahmano hi pratisthaham). Le dictionnaire védique, le Nirukti, définit le mot pratistha par "ce qui établit". Le brahmajyoti ne saurait donc exister par lui-même, indépendamment du Seigneur. C'est Sri Krsna qui, à l'origine, crée ce brahmajyoti que notre verset qualifie de sva-rocisa, la radiance émanant du Corps absolu du Seigneur. Omniprésent, ce brahmajyoti rend possible la création de l'univers tout entier par la force de sa puissance potentielle. Par suite, les hymnes védiques attestent que tout ce qui existe repose sur lui (sarvam khalv idam brahma). Ce brahmajyoti sans limites et insondable, qui est en quelque sorte le germe premier de la création, trouve son fondement dans le Seigneur. Par conséquent, Sri Krsna représente la cause suprême et absolue de la création tout entière (aham sarvasya prabhavah). On ne devrait pas s'attendre à ce que le Seigneur crée le monde à la manière d'un forgeron, nanti d'un marteau et autres outils. Bien plutôt, le Seigneur crée par l'intermédiaire de Ses innombrables énergies (parasya saktir vividhaiva sruyate). Tout comme une petite graine contenue dans le fruit du banian a le pouvoir de créer un immense arbre banian, le Seigneur, par la puissance de Son brahmajyoti, ou sva-rocisa, dissémine des graines d'une infinie variété qui seront soignées par des êtres comme Brahma afin qu'elles puissent se développer. Ce dernier ne peut pas créer les semences mais il sait en faire jaillir l'arbre tout comme un jardinier arrose ses plantes et les arbres de son verger pour en stimuler la croissance. L'exemple du soleil que présente notre verset est également fort à propos. En effet, au sein de l'univers matériel, le soleil constitue la source de toute lumière -celle du feu, de l'électricité, de la lune, etc. Le scintillement de tous les corps célestes est donc dû au soleil, qui tire son éclat du brahmajyoti et ce dernier constitue la radiance du Seigneur. Le Seigneur représente donc la cause première et absolue de la création.
tasmai namo bhagavate
vasudevaya dhimahi yan-mayaya durjayaya mam vadanti jagad-gurum
Comme le révélera davantage le verset suivant, la puissance illusoire du Seigneur confond les intelligences réduites en leur faisant voir en Brahmaji -ou en toute autre personne- le Seigneur Souverain. Brahmaji rejette toutefois cette fausse dénomination qu'on lui applique, et offre directement l'hommage de son respect à Vasudeva, Sri Krsna, le Seigneur Suprême, comme il le fit déjà dans la Brahma-samhita (5.1):
Brahmaji a conscience de sa position réelle et sait comment les hommes d'intelligence faible, confondus par l'énergie illusoire du Seigneur, tiennent tous et chacun pour Dieu, au gré de leur fantaisie. Un être aussi responsable que Brahma refuse de voir ses disciples ou subordonnés lui attribuer le nom de Seigneur Souverain, mais il est des insensés aux pieds de qui se prosternent des hommes semblables à des chiens, à des porcs, à des chameaux et à des ânes, qui se sentent flattés qu'on les tienne pour le Seigneur Suprême. Le verset qui suit nous révèle la raison pour laquelle ces individus prennent plaisir à passer pour Dieu, et pourquoi leurs stupides admirateurs les tiennent pour tel.
vilajjamanaya yasya
sthatum iksa-pathe muya vimohita vikatthante mamaham iti durdhiyah
La puissante et invincible énergie illusoire de la Personne Suprême, soit la troisième de Ses énergies, celle qui représente l'ignorance, peut confondre l'univers animé tout entier, mais elle ne peut toutefois se tenir devant le Seigneur Souverain. L'ignorance reste derrière la Personne Suprême où elle trouve cependant assez de puissance pour plonger les êtres distincts dans la confusion. Et ce qui caractérise avant tout les êtres en proie à l'illusion, c'est qu'ils disent des bêtises. L'enseignement des Ecrits védiques n'approuve nullement un tel verbiage dont le paroxysme consiste à parler en termes de "je" et de "mien". Ce sont ces faux concepts qui conditionnent une civilisation sans Dieu, et les hommes qui la composent, privés de toute réalisation spirituelle authentique, vénéreront un faux Dieu ou se diront eux-mêmes Dieu afin de mystifier ceux que l'énergie illusoire a déjà plongés dans la confusion. Toutefois, ceux qui se placent devant le Seigneur et qui s'abandonnent à Lui ne peuvent tomber sous l'influence de l'énergie illusoire. Par conséquent, ils ne sont pas victimes de ce concept erroné du "je" et du "mien", et n'adorent donc pas de faux dieux ni ne se prétendent égaux au Seigneur Suprême. Ce verset décrit fort bien la fausse identification à laquelle s'attache l'homme fourvoyé.
dravyam karma ca kalas ca
svabhavo jiva eva ca vasudevat paro brahman na canyo rtho sti tattvatah
Le monde phénoménal représente de façon impersonnelle Vasudeva, car les éléments qui le composent, leur interaction et le bénéficiaire, l'être distinct, procèdent tous des énergies externe et interne de Sri Krsna, ce que confirme la Bhagavad-gita (VII.4-5): les éléments, soit la terre, l'eau, le feu, l'air, l'éther ainsi que l'identification avec la matière, l'intelligence et le mental, tous procèdent de l'énergie externe du Seigneur. Quant à l'être distinct qui bénéficie de l'interaction de ces éléments subtils et grossiers mise en oeuvre par le temps éternel, il est né de la puissance interne et a la liberté de demeurer soit dans le monde spirituel, soit dans le monde matériel. Dans l'univers matériel, toutefois, l'être distinct devient la proie de la puissance illusoire de l'ignorance, alors que dans le monde spirituel il connaît sa condition spirituelle, naturelle, sans la moindre trace d'illusion. L'être distinct représente l'énergie marginale du Seigneur mais quelles que soient les circonstances, ni les éléments matériels ni les infimes fragments spirituels ne sont indépendants de Vasudeva, Dieu, la Personne Suprême, car toute manifestation, qu'elle relève de l'énergie externe, interne ou marginale, procède de la même radiance du Seigneur tout comme chaleur, lumière et fumée procèdent du feu et n'ont d'existence séparée, car ensemble ils forment le feu. De même, toutes les manifestations phénoménales, et avec elles la radiance qui émane du Corps de Vasudeva, représentent Son aspect impersonnel, et Lui-même Se situe éternellement dans Sa Forme transcendante dite sac-cid-ananda-vigrahah, au-delà de tous les concepts qui s'attachent aux éléments matériels mentionnés plus haut.
narayana-para veda
deva narayanangajah narayana-para loka narayana-para makhah
Les Vedanta-sutras enseignent que le Seigneur Suprême est sastra-yonitvat, l'auteur de toutes Ecritures révélées et que celles-ci ont pour but de Le connaître. Le mot veda désigne le savoir qui mène au Seigneur. Les Vedas ont donc pour seul objet de raviver en l'âme conditionnée sa conscience spirituelle assoupie dans le sommeil de l'oubli, et les bhaktas dits narayana-para ont vite fait de rejeter tout écrit qui n'est pas destiné à raviver la conscience divine. Ces ouvrages trompeurs qui ne traitent pas de Narayana n'apportent aucune connaissance réelle; ils recréent plutôt l'ambiance des terrains vagues où s'assemblent les corbeaux avides des ordures de ce monde. Tout ouvrage qui se veut livre de connaissance, fût-ce dans le domaine de la science ou des arts, doit conduire au savoir qui s'attache à Narayana; dans le cas contraire, il doit être rejeté. C'est ainsi que l'on progresse sur la voie de la connaissance. Narayana est le Seigneur et Maître souverain. Le culte offert aux devas reste subordonné à l'adoration de Narayana, car ces derniers Lui servent d'"aides de camp" dans la gérance de l'univers. De même qu'on respecte les agents d'un Etat à cause de leur relation avec le dirigeant ou monarque de cet Etat, les devas sont vénérés pour être unis au Seigneur. Si elle n'est pas conçue en fonction de cette relation avec le Seigneur, l'adoration des devas devient illicite (avidhi-purvakam), de même qu'il est anormal d'arroser les feuilles et les branches d'un arbre sans en arroser la racine. Les devas dépendent donc, eux aussi, de Narayana. Si les diverses planètes, ou lokas, présentent quelque attrait, c'est qu'elles offrent une variété de modes de vie et de plaisirs qui représentent en partie le monde sac-cid-ananda-vigrahah. Tout le monde aspire à une existence éternelle de savoir et de félicité. Dans l'univers de matière, l'être obtient une réalisation progressive d'une telle existence au fur et à mesure qu'il s'élève vers les planètes supérieures. Celles-ci atteintes, cependant, il désirera poursuivre son ascension sur la voie qui mène à Dieu. D'une planète à une autre, longévité ainsi que bonheur et savoir se trouvent accrus. Ainsi l'être peut-il accroître la durée de son existence jusqu'à ce qu'elle couvre, sur certaines planètes, des centaines et des milliers d'années, mais jamais il n'y pourra vivre éternellement. Néanmoins, celui qui atteindra la plus haute planète de l'univers, celle de Brahma, pourra aspirer aux planètes du monde spirituel où la vie n'a pas de fin. Le passage graduel d'une planète à une autre culmine donc avec la planète suprême du Seigneur (mad-dhama), où la vie est éternelle, toute de savoir et de félicité. Tout sacrifice a pour but de satisfaire Narayana, afin de L'atteindre; et d'entre tous les sacrifices, le plus sublime, celui du sankirtana-yajna, est recommandé pour l'âge de Kali. En lui réside le point d'appui du service dévotionnel des bhaktas dits narayana-para.
Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare |