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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 2 CHAPITRE 5 La Cause de toutes les causes.
nabhaso tha vikurvanad
abhut sparsa-guno nilah paranvayac chabdavams ca prana ojah saho balam
vayor api vikurvanat
tejasas tu vikurvanad
visesas tu vikurvanad
Le processus complet de la création évolue progressivement en se développant d'un élément à un autre jusqu'à produire la variété sur la terre avec ses arbres, sa flore, ses montagnes, rivières, reptiles, volatiles, animaux et races hummaines. L'évolution vaut également pour la perception sensorielle: le son engendre le sens du toucher, celui-ci manifeste ensuite la forme... Le goût et l'odorat sont également issus du développement graduel de l'éther, de l'air, du feu, de l'eau et de la terre. Chacun représente l'effet d'un élément et la cause d'un autre, mais le Seigneur Lui-même est la cause première, manifesté sous les traits de Son émanation plénière, Maha-Visnu, allongé sur les eaux causales du mahat-tattva. Aussi la Brahma-samhita nomme-t-elle Sri Krsna la Cause de toutes causes, comme le confirme par ailleurs la Bhagavad-gita (X.8):
vaikarikan mano jajne
deva vaikarika dasa dig-vatarka-praceto svi- vahnindropendra-mitra-kah
Le terme vaikarika se rapporte au stade neutre de la création, tejas indique le commencement de cette création, et tamas son plein déploiement sous l'emprise des ténèbres de l'ignorance. La production industrielle des "choses nécessaires à la vie" occupe une place de première importance dans l'âge de Kali, l'âge des machines, marquant ainsi le stade le plus sombre de ces ténèbres. Si de telles entreprises industrielles se rangent sous le signe de l'ignorance, c'est qu'en réalité aucun des produits fabriqués n'est indispensable. L'homme requiert avant tout de la nourriture, un gîte pour dormir, des moyens de défense et des facilités pour la satisfaction des sens. Comme l'expliquera le prochain verset, les sens représentent les signes tangibles de la vie. Parce que la vie humaine est destinée à la purification des sens, les objets conçus pour la satisfaction des sens devraient être prévus pour autant qn'ils s'avèrent absolument nécessaires mais ils ne doivent en aucun cas susciter de nouveaux besoins, somme toute artificiels. De la nourriture, un gîte, certaines mesures de protection et la satisfaction des sens, voilà tout ce qui est requis pour la vie matérielle. Toutefois, dans sa condition pure et originelle, l'être distinct ne connaît pas de tels besoins, purement artificiels. Les accroître, comme s'est donnée pour mission la civilisation matérialiste, ou en d'autres mots, oeuvrer pour l'essor économique de la société, c'est en quelque sorte agir dans les ténèbres, et privé de savoir véritable. Par de tels efforts, l'homme gâche l'énergie qu'il devrait plutôt utiliser à purifier ses sens en vue de les consacrer à la satisfaction des Sens du Seigneur Suprême. Le Seigneur Souverain étant le possesseur suprême de Sens spirituels, représente le maître des sens, Hrsikesa. Hrsika indique les sens, et isa le maître. Le Seigneur n'est pas un serviteur des sens, ou, en d'autres termes, Il n'obéit pas à leur dictée, à l'inverse des êtres distincts, des âmes conditionnées. Ces derniers en sont à ce point esclaves que la civilisation matérialiste tout entière n'existe pratiquement que pour le plaisir des sens. L'idéal d'une civilisation qui se prétend telle doit être d'aspirer à vaincre la maladie du plaisir matériel, ce qui n'est possible que lorsque l'être distinct devient un instrument pour la satisfaction des Sens spirituels du Seigneur. Il ne faut jamais arrêter l'activité des sens mais plutôt les purifier en les engageant dans un service pur visant le plaisir du maître suprême des sens. Ainsi se résume tout l'enseignement de la Bhagavad-gita. Arjuna voulait d'abord satisfaire ses propres sens en décidant de ne pas combattre contre ses parents et amis, mais Sri Krsna l'instruisit à travers la Bhagavad-gita, le purifiant ainsi de son aspiration au plaisir des sens. Arjuna consentit alors à satisfaire les Sens du Seigneur, et comme Ce dernier le désirait, engagea le combat sur le champ de bataille de Kuruksetra. Les Vedas enseignent qu'il faut sortir des ténèbres et marcher vers la lumière (tamasi ma jyotir gama); or, emprunter ce sentier de lumière consiste à satisfaire les Sens du Seigneur. L'homme égaré, d'intelligence moindre, emprunte le sentier de la réalisation spirituelle mais sans s'appliquer d'aucune manière à la satisfaction des Sens spirituels du Seigneur, suivant la voie tracée par Arjuna et d'autres bhaktas. Bien au contraire, il essaie artificiellement d'arrêter les activités des sens -ce qui est le principe même du yoga-, ou nie l'existence des Sens spirituels du Seigneur -ce qui relève du jnana. Les purs dévots du Seigneur, eux, surpassent les yogis et les jnanis, car loin de nier les Sens du Seigneur, ils aspirent à les satisfaire. Si yogis et jnanis réfutent ainsi l'existence des Sens absolus du Seigneur et tentent de maîtriser par la force les agissements de leurs sens malades, c'est uniquement à cause des ténèbres de l'ignorance qui les enveloppent. Ce mal qui gagne les sens se manifeste par un désir excessif d'accroître les besoins matériels. On qualifie de jnani celui qui réalise la portée du mal engendré par l'assouvissement des sens, de yogi celui qui, par la pratique du yoga, tente de stopper toute fonction sensorielle, et de bhakta celui qui, parfaitement conscient des Sens spirituels et absolus du Seigneur, s'efforce de les satisfaire. Bref, les bhaktas ne tentent pas de nier les Sens du Seigneur ni de mettre artificiellement terme à l'activité de leurs propres sens; tout comme le fit Arjuna, ils emploient volontairement leurs sens purifiés à servir le maître des sens, et atteignent ainsi, sans mal, la plus haute d'entre toutes les perfections: satisfaire le Seigneur.
Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare |