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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 2 CHAPITRE 6 La confirmation du
Purusa-sukta.
sva-dhisnyam pratapan prano
bahis ca pratapaty asau evam virajam pratapams tapaty antar bahih puman
Ce verset donne une explication très claire de la forme universelle du Seigneur et de Son aspect impersonnel, le brahmajyoti, et les compare aux rayons du soleil. Ces derniers diffusent leur lumière par tout l'univers mais ils émanent du disque solaire et sont produits par le deva qui a nom Suryanarayana. Pareillement, Sri Krsna, le Seigneur Suprême, est Lui-même le fondement de la radiance du brahmajyoti, qui constitue Son aspect impersonnel. Ce que confirme la Bhagavad-gita (XIV.27). La forme universelle représente donc une forme secondaire du Seigneur, imaginée et impersonnelle, mais celle de Syamasundara, dotée de deux mains et tenant une flûte éternelle, représente Sa Forme primordiale, originelle. Le Seigneur diffuse les trois quarts de Son rayonnement dans le monde spirituel (tripad-vibhuti), et l'entière manifestation des univers matériels dans l'autre quart; ce qu'on trouve également enseigné dans les pages de la Bhagavad-gita (X.42). Ainsi, les trois quarts de Son rayonnement constituent Son énergie interne, et le quart restant, Son énergie externe. Quant aux êtres vivants qui habitent aussi bien le monde spirituel que le monde matériel, ils représentent l'énergie marginale du Seigneur (tatastha-sakti), et ont le libre choix de séjourner au sein de l'une ou l'autre des énergies, interne ou externe. Les âmes libérées choisissent la manifestation spirituelle, interne, et les âmes conditionnées, la manifestation matérielle, ou externe. Sachant cela, il nous sera facile de conclure, compte tenu de l'importance de l'énergie interne par rapport à l'énergie externe, que le nombre des âmes libérées dépasse de beaucoup celui des âmes conditionnées.
so mrtasyabhayasyeso
martyam annam yad atyagat mahimaisa tato brahman purusasya duratyayah
L'Uttara-khanda du Padma Purana dépeint les gloires de l'énergie interne du Seigneur, celle qui occupe les trois quarts de la manifestation totale. Il révèle en outre que les planètes du monde spirituel, ou de l'énergie interne, sont infiniment plus vastes que la somme de toutes les planètes des univers constitués de l'énergie externe du Seigneur. Le Caitanya-caritamrta compare l'ensemble de tous les univers de l'énergie externe à un plein sac de graines de moutarde: à chacune de ces graines correspondrait un univers entier. Si l'homme est incapable de calculer la somme des planètes qui se trouvent dans un seul de ces univers, comment pourrait-il évaluer la somme totale de tous les univers, aussi nombreux que les graines de moutarde contenues dans un sac? Les planètes du monde spirituel sont au moins trois fois plus nombreuses que celles de l'univers matériel, et parce qu'elles possèdent une nature toute spirituelle, elles transcendent l'influence matérielle des gunas et se situent donc dans la pure vertu. Le concept de la félicité spirituelle, le brahmananda, s'y trouve manifesté dans toute sa plénitude. Chacune de ces planètes spirituelles est absolue, indestructible et libre de toutes les imperfections liées à ce monde matériel. Chacune produit sa propre radiance, qui égale l'inconcevable rayonnement de millions de soleils réunis. Ceux qui y habitent sont affranchis de la vieillesse, de la maladie, de la mort ainsi que des renaissances, et leur connaissance parfaite embrasse tout: ils sont purs et libres de toute forme de désirs. Là, ils n'agissent que pour offrir à Narayana, le Seigneur Souverain des planètes Vaikunthas, un service d'amour sublime. Ces êtres libérés chantent sans cesse les hymnes du Sama-veda (vedaih sangapada-kramopanisadair gayanti yam samagah); tous incarnent les cinq Upanisads. Le tripad-vibhuti, qui représente les trois quarts du tout et qui est formé de l'énergie interne du Seigneur, constitue le royaume de Dieu, bien au-delà des sphères matérielles. Le pada-vibhuti, l'autre quart, Son énergie externe, constitue l'univers matériel. Le Padma Purana ajoute que le royaume du tripad-vibhuti est spirituel, absolu, alors que le pada-vibhuti, lui, est matériel. Le premier est donc éternel, le second, transitoire. Dans le royaume absolu, le Seigneur et Ses serviteurs éternels possèdent tous des formes de caractère propice, infaillibles, spirituelles et d'une jeunesse éternelle. Bref, il n'y existe ni naissance, ni vieillesse, ni maladie, ni mort. Cette contrée éternelle, riche de plaisirs spirituels, recèle beauté et félicité. Voilà précisément ce que corrobore ce verset du Srimad-Bhagavatam, qui décrit cette nature transcendante par le mot amrta. On peut lire dans les Vedas, utamrtatvasyesanah: maître de l'immortalité et donc Lui-même immortel, le Seigneur Suprême peut conférer cette qualité à Ses dévots. Comme Il l'affirme dans la Bhagavad-gita (VIII.16), celui qui atteint Sa demeure immortelle n'aura plus jamais à revenir en ce monde où règnent la mort et les trois sources de souffrance. Le Seigneur n'a rien des maîtres de ce monde. Ces derniers ne permettent jamais à leurs inférieurs de goûter un bonheur égal au leur; de plus, ils ne sont pas immortels et ne peuvent conférer l'immortalité à leurs subordonnés. Le Seigneur Suprême, maître de tous les êtres distincts, a pouvoir de décorer Son dévot de tous les Attributs de Sa propre Personne, y compris l'immortalité et la félicité spirituelle. Dans l'univers de matière, l'angoisse ou la crainte règne dans le coeur de tous les êtres distincts. Mais parce que le Seigneur est le souverain parmi les intrépides, Il confère cette même absence de crainte à Ses purs dévots. L'existence matérielle est en elle-même source de crainte car toutes les formes matérielles que revêtent les êtres connaissent naissance, maladie, vieillesse et mort. Dans ce monde de matière, le temps exerce toujours Son influence, transformant peu à peu toute chose, et ces mutations sont une source de grande souffrance pour l'être distinct, immuable par nature, ou avikara. Cette souffrance, toutefois, brille par son absence dans l'éternel royaume de Dieu, à jamais libre de l'influence du temps éternel, et par conséquent de toute crainte. Dans le monde matériel, le prétendu bonheur s'obtient au prix d'un certain labeur. Pour s'enrichir, par exemple, un homme devra peiner durement, mais toujours il redoutera que ne disparaisse le bonheur acquis. Mais dans le royaume de Dieu, nul effort n'est requis pour atteindre le bonheur. Celui-ci est inhérent au monde spirituel et comme l'enseignent les Vedanta-sutras: anandamayo bhyasat; le royaume absolu est par nature saturé de bonheur, d'un bonheur sans cesse croissant par la force d'une appréciation sans cesse renouvelée; la félicité ne s'émousse jamais. On ne trouve nulle part dans l'univers matériel pareille félicité absolue, fût-ce sur les planètes Janaloka, ou même Maharloka et Satyaloka, car Brahma se voit lui aussi placé sous le joug des lois de l'action intéressée, de la naissance et de la mort. Tel est le sens du mot duratyayah: même les grands brahmacaris et sannyasis, dignes d'être promus aux planètes par-delà les sphères édéniques, ne peuvent concevoir le bonheur spirituel rayonnant dans l'éternel royaume de Dieu. Bref, telle est la gloire de Dieu qu'elle dépasse l'imagination des plus grands brahmacaris et sannyasis; toutefois, les purs dévots du Seigneur atteignent directement ce bonheur, par Sa divine grâce.
padesu sarva-bhutani
pumsah sthiti-pado viduh amrtam ksemam abhayam tri-murdhno dhayi murdhasu
De la manifestation totale de l'énergie dite sandhini, un quart se déploie tel l'univers matériel, et les trois autres quarts tel le monde spirituel. En effet, l'énergie du Seigneur se divise en trois ordres distincts qui ont nom sandhini, samvit et hladini signifiant qu'ils représentent dans leur plénitude l'existence, le savoir et la félicité. Dans l'univers matériel, toutefois, on retrouve à peine ces trois manifestations. Les êtres distincts, infimes parties intégrantes du Seigneur, sont à même de goûter une fraction de cette conscience d'existence, de savoir et de félicité, lorsqu'ils atteignent l'état libéré. Mais lorsqu'ils se trouvent conditionnés par l'existence matérielle, ils parviennent difficilement à concevoir ce que représentent l'existence, le savoir et le bonheur parfaits et véritables. Les âmes libérées, quant à elles, dont le nombre dépasse de beaucoup celui des âmes prisonnières de l'univers matériel, perçoivent directement la puissance des énergies sandhini, samvit et hladini, à travers l'immortalité, l'absence de crainte et l'affranchissement de la vieillesse et de la maladie. Les systèmes planétaires de l'univers matériel se partagent en trois sphères, ou triloka, qui ont nom Svarga, Martya et Patala, et qui ne constituent ensemble que le quart de la totalité de l'énergie sandhini. Toutefois, au-delà des sept enveloppes matérielles de l'univers, s'étend le monde spirituel avec ses planètes Vaikunthas. L'immortalité, la félicité et le savoir parfaits ne règnent nulle part dans les sphères du triloka. Il existe également trois systèmes planétaires supérieurs, qualifiés de sattvika en ce qu'ils confèrent une longue vie et qu'on s'y sent relativement libre de la maladie et de la vieillesse, de même qu'on y perçoit quelque peu l'absence de crainte. Des grands sages s'élèvent au-delà des planètes édéniques, jusqu'à Maharloka, mais la crainte n'y est pas totalement absente car à la fin de chaque kalpa, Maharloka est détruite, forçant ainsi ses habitants à se réfugier sur des planètes plus élevées encore. Malgré tout, même sur ces dernières on ne saurait échapper à la mort. L'être y goûtera peut-être une existence plus longue, un savoir plus vaste et un sentiment de félicité parfaite, mais l'immortalité, l'absence de crainte et l'affranchissement véritable de la vieillesse et de la maladie ne se trouvent qu'au-delà des écorces matérielles qui enveloppent l'univers. Toutes ces planètes se situent sur la tête du Seigneur (adhayi murdhasu).
padas trayo bahis casann
aprajanam ya asramah antas tri-lokyas tv aparo grha-medho brhad-vratah
Ce verset du Srimad-Bhagavatam révèle parfaitement le but ultime de l'institution du varnasrama-dharma, également connue sous le nom de sanatana-dharma. Le plus haut bienfait qui puisse être conféré à l'homme consiste à l'instruire de façon à ce qu'il se détache de la vie sexuelle, car c'est elle seule qui perpétue, vie après vie, l'existence conditionnée dans la matière. Il faut tenir pour dégradée la civilisation qui ne prône aucune restriction sexuelle car elle crée ainsi un climat dans lequel il sera impossible pour l'âme d'échapper à la geôle du corps matériel. Naissance, vieillesse, maladie et mort sont le propre du corps de matière, et s'opposent à la nature même de l'âme spirituelle. Mais tant qu'est nourri l'attrait pour le plaisir des sens, l'âme distincte se voit contrainte de perpétuer le cycle des morts et des renaissances successives pour le compte du corps matériel: un simple vêtement soumis aux lois de l'usure. L'institution du varnasrama confère à l'homme le plus haut des bienfaits en l'éduquant dès l'enfance par un voeu de continence: le brahmacarya. L'ordre du brahmacarya est destiné aux disciples qui sont instruits dans l'observance d'une continence rigoureuse. Ceux qui adoptent le brahmacarya depuis leur tout jeune âge, alors qu'ils n'éprouvent aucun attrait pour la vie sexuelle, n'auront aucun mal à respecter leur voeu; ainsi établis sur cette voie, ils atteindront la plus haute perfection, celle d'accéder au royaume où prédominent les trois quarts de l'énergie du Seigneur, et où l'on ne trouve ni mort, ni crainte, mais une existence félicieuse, toute de savoir et d'éternité. Le grhastha attaché à la vie de famille renoncera sans mal à l'activité sexuelle s'il a été éduqué selon les préceptes du brahmacarya. Il est conseillé au grhastha de quitter son foyer lorsqu'il atteint la cinquantaine et d'aller vivre dans la forêt (pancasordhvam vanam vrajet). Puis, lorsqu'il est parfaitement détaché de l'affection pour les membres de sa famille, il embrasse alors l'ordre du renoncement, le sannyasa, pour oeuvrer pleinement au service du Seigneur. Tout enseignement religieux où le fidèle est formé de manière à prononcer un voeu de continence s'avère bénéfique car seuls ceux qui reçoivent pareille éducation pourront mettre un terme à cette triste existence matérielle. L'enseignement du nirvana, préconisé par Buddha, a également pour fin de mettre un terme aux souffrances liées à l'existence dans la matière. Et le Srimad-Bhagavatam recommande ici d'adopter cette voie en gardant toujours à l'esprit le concept de la plus haute perfection, puisqu'il n'existe fondamentalement aucune différence entre bouddhistes, adeptes de Sankara et vaisnavas. En effet, pour atteindre à la plus haute perfection, soit l'affranchissement des morts et des renaissances, de l'angoisse et de la crainte, aucune de ces voies n'admet que soit brisé le voeu de continence. Les gens de famille et ceux qui ont délibérément brisé le voeu de continence n'auront pas accès au royaume de l'immortalité. Les chefs de famille vertueux, les yogis et les spiritualistes déchus pourront se voir élevés jusqu'aux planètes supérieures de l'univers matériel -qui représente le quart de la manifestation totale- mais, répétons-le, ils ne parviendront pas à accéder au royaume de l'immortalité. On qualifie d'abrhad-vratas ceux qui ont brisé leur voeu de continence. Les vanaprasthas, ceux qui se sont retirés du cercle familial, ainsi que les sannyasis, qui ont embrassé l'ordre du renoncement, ne peuvent espérer parvenir à leurs fins, s'ils brisent leur voeu de contipence. Brahmacaris, vanaprasthas et sannyasis n'aspirent nullement à renaître (apraja), et ne doivent donc en aucune manière se livrer secrètement à l'acte charnel. Le spiritualiste qui déchoit ainsi pourra se racheter en prenant une autre forme humaine au sein d'une famille vertueuse de brahmanas ou de riches marchands, et espérer ainsi s'élever à nouveau, mais mieux vaut atteindre la plus haute perfection, soit l'immortalité, dès qu'est obtenue la forme humaine; sans quoi, la mission entière qui est dévolue à l'homme sera un échec complet. Sri Caitanya montrait une grande rigueur envers Ses disciples en ce qui touche à la continence. Aussi infligea-t-il une punition terrible à l'un de Ses proches disciples, Chota Haridasa, qui avait manqué à son voeu. Pour le spiritualiste qui aspire tant soit peu à s'élever au-delà des souffrances matérielles, il est moins grave de se suicider que de s'abandonner volontairement à la vie sexuelle, surtout pour celui qui a embrassé l'ordre du renoncement. Un sannyasi qui s'adonne aux plaisirs de la chair, voilà bien la plus vile déchéance religieuse. Celui qui connaît un tel fourvoiement ne pourra être sauvé que s'il a la fortune de rencontrer un pur bhakta.
Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare |