SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 2
CHAPITRE 7

Description des avataras
prévus pour différents âges
et de leur mission respective.

VERSET 16

srutva haris tam aranarthinam aprameyas
cakrayudhah patagaraja-bhujadhirudhah
cakrena nakra-vadanam vinipatya tasmad
dhaste pragrhya bhagavan krpayojjahara

TRADUCTION

Ayant entendu la prière plaintive de l'éléphant, Dieu, la Personne Suprême, estima que celui-ci avait besoin de Son aide immédiate car il se trouvait dans une profonde détresse. Ainsi le Seigneur lui apparut-Il aussitôt, porté sur les ailes de Garuda, le roi des oiseaux. Avec le disque dont Il était armé, Il coupa la gueule du crocodile afin de sauver l'éléphant et délivra celui-ci en le hissant par la trompe.

TENEUR ET PORTEE

Le Seigneur demeure sur Sa propre planète Vaikuntha, mais nul ne peut dire à quelle distance elle se situe. Il est dit cependant que nul ne saurait l'atteindre même après des millions d'années de voyage à la vitesse du son ou de la pensée. Les savants d'aujourd'hui ont inventé les fusées, et les yogis utilisent leur mental -comme véhicule pour voyager dans l'espace; par ce moyen de transport, lui aussi matériel quoique plus subtil que les engins mécaniques, ils peuvent très vite parcourir d'énormes distances. Mais ni les fusées ni le "vaisseau du mental" ne donnent accès aux Vaikunthalokas, situées bien au-delà de l'univers matériel, dans le royaume de Dieu. Sachant cela, comment les prières de l'éléphant ont-elles pu être entendues de ce monde caché dans l'infini, et comment le Seigneur a-t-Il pu apparaître si vite? L'imagination humaine ne saurait concevoir un tel phénomène car c'est la puissance infinie du Seigneur qui donne de comprendre pareils prodiges. Voilà pourquoi le Seigneur est ici qualifié d'aprameya, car même l'homme le plus intelligent du monde ne saurait concevoir Ses puissances ou Ses énergies par aucune estimation d'ordre matériel. Bien qu'Il demeure si loin de nous, le Seigneur peut bel et bien entendre et manger "à distance", et apparaître instantanément en plusieurs endroits à la fois. Telle est la toute-puissance du Seigneur.

VERSET 17

jyayan gunair avarajo py aditeh sutanam
lokan vicakrama iman yad athadhiyajnah
ksmam vamanena jagrhe tripada-cchalena
yacnam rte pathi caran prabhubhir na calyah

TRADUCTION

Bien qu'Il transcende toute influence matérielle, le Seigneur apparut comme le plus jeune fils d'Aditi, mais Il surpassa tous les attributs des Adityas. Celui qui S'éleva au-dessus de toutes les planètes de l'univers n'est autre que Dieu, la Personne Suprême. Sous prétexte de quémander autant de terrain qu'Il en pourrait couvrir avec trois pas, Il ravit toutes les terres conquises par Bali Maharaja. S'Il adopta ce procédé, c'est à seule fin de démontrer que nulle autorité n'a le droit de s'emparer du bien légitime d'autrui à moins qu'on ne lui en fasse l'aumône.

TENEUR ET PORTEE

L'histoire de Bali Maharaja et de son acte de charité envers Vamanadeva se trouve décrite dans le huitième Chant du Srimad-Bhagavatam. Bali Maharaja avait légitimement conquis toutes les planètes de l'univers. En effet, lorsqu'un roi supérieur en force impose la défaite à d'autres rois, les terres qu'il a ainsi conquises deviennent sa propriété légitime. Bali Maharaja régnait donc sur toutes les terres de l'univers, et se montrait par ailleurs fort bien disposé envers les brahmanas, auxquels il faisait volontiers la charité. Le Seigneur Se fit donc passer pour un brahmana mendiant, et demanda à Bali Maharaja de Lui accorder l'étendue de terrain qu'Il pourrait couvrir avec trois pas. Maître et possesseur de toute chose, le Seigneur aurait certes pu S'emparer de tout le royaume de Bali Maharaja sans aucune autre considération. Mais Il n'en fit rien puisque le roi possédait toutes ces terres en vertu de ses droits monarchiques. Lorsque Vamana demanda une aumône de trois pas de terre à Bali Maharaja, Sukracarya, le maître spirituel de ce dernier, s'opposa à cette position car il connaissait la véritable identité de Vamanadeva. Toutefois, lorsque Bali Maharaja comprit que le mendiant n'était autre que Visnu en personne, il refusa de suivre l'ordre de son maître spirituel et consentit sur-le-champ à Lui accorder le morceau de terre qu'il lui demandait en charité. Vamana ayant ainsi reçu son approbation, couvrit toutes les terres de l'univers en deux enjambées, puis Il demanda à Bali Maharaja de Lui donner un autre emplacement pour Son troisième et dernier pas. Le roi consentit alors joyeusement à ce que le Seigneur pose Son pied sur sa propre tête, et c'est ainsi que Bali Maharaja, au lieu de perdre toutes ses possessions, fut béni par le Seigneur, lequel Se fit son compagnon constant en gardant les portes de son royaume. Ainsi, celui qui donne tout à Dieu ne connaît aucune perte; bien au contraire, le Seigneur le comble au-delà même de ses espérances.

VERSET 18

nartho baler ayam urukrama-pada-saucam
apah sikha-dhrtavato vibudhadhipatyam
yo vai pratisrutam rte na cikirsad anyad
atmanam anga manasa haraye bhimene

TRADUCTION

Négligeant l'interdiction de son maître spirituel, Bali Maharaja, qui s'était aspergé la tête avec l'eau ayant lavé les pieds pareils-au-lotus du Seigneur, ne songea qu'à tenir sa promesse et offrit son propre corps au Seigneur pour que Celui-ci puisse faire Son troisième pas. Même le royaume des cieux ne présentait aucun intérêt pour un être aussi magnanime, et ce, bien qu'il l'eût conquis de par sa propre puissance.

TENEUR ET PORTEE

Ayant obtenu la faveur toute spirituelle du Seigneur pour l'énorme sacrifice matériel auquel il avait consenti, Bali Maharaja se vit offrir une place à Vaikunthaloka, où il put jouir éternellement d'un bonheur égal et même supérieur. Il n'avait donc rien perdu en sacrifiant le royaume des cieux qu'il avait conquis de par sa puissance matérielle. En d'autres mots, lorsque le Seigneur dépouille quelqu'un des biens matériels qu'il a acquis à grand-peine et lui accorde la grâce d'une existence éternelle de félicité et de savoir dans Son service d'amour absolu, il faut y voir une grâce particulière que le Seigneur confère à Son pur dévot.

Les richesses matérielles, aussi séduisantes soient-elles, ne sont jamais permanentes. Si l'on n'y renonce pas volontairement, il faudra s'en séparer quand surviendra la mort. Conscient de la précarité des biens matériels, l'homme sensé saura en faire le meilleur usage en les consacrant au service du Seigneur afin de Lui plaire et de se voir ainsi accorder de vivre éternellement dans Son param dhama.

La Bhagavad-gita (XV.5-6) décrit le param dhama du Seigneur par ces mots:

nirmana-moha jita-sanga-dosa
adhyatma-nitya vinivrtta-kamah
dvandvair vimuktah sukha-duhkha-samjnair
gacchanty amudhah padam avyayam tat

na tad bhasayate suryo
na sasanko na pavakah
yad gatva na nivartante
tad dhama paramam mama

Celui qui accumule des biens en ce monde tels que richesses, terres et maisons, relations, amis et enfants, ne les possède jamais que pour un temps. Nul ne peut garder éternellement tous ces trésors illusoires, créations de maya, qui sont autant de facteurs d'égarement sur la voie de la réalisation spirituelle. Mieux vaudra se contenter de moins, ou même ne rien posséder du tout, et ainsi demeurer libre de tout orgueil déplacé. Par l'influence des gunas, l'être connaît la souillure au sein de l'univers matériel. Par suite, plus on progresse spirituellement sur la voie du service de dévotion offert au Seigneur, et plus on s'affranchit de l'attachement à l'illusion matérielle. Une ferme conviction quant à la vie spirituelle et à ses effets permanents s'avère toutefois nécessaire pour atteindre ce but. Pour pouvoir réaliser véritablement le caractère permanent de l'existence spirituelle, il faut volontairement apprendre à se suffire du minimum de sorte que l'on puisse subvenir sans difficulté à tous ses besoins. En évitant de créer des besoins artificiels, l'homme parviendra plus aisément à se satisfaire du minimum. Par "besoins artificiels", on entend les activités visant le plaisir des sens, sur quoi repose d'ailleurs l'évolution actuelle de la civilisation. Or, une civilisation parfaite trouve son fondement non pas dans le plaisir des sens, mais bien dans l'atma, l'âme. Les hommes dits civilisés, mais qui ne vivent que pour le plaisir des sens, ne valent guère mieux que des animaux; en effet, ceux-ci ne peuvent s'élever au-delà de l'activité des sens. Bien que le mental soit supérieur aux sens, une civilisation qui se fonde sur la pensée spéculative n'a rien d'une société parfaite. Au-delà du mental se trouve l'intelligence; or, c'est de la civilisation de l'intelligence que nous entretient la Bhagavad-gita. Les Ecritures védiques s'offrent comme guides pour les diverses formes de civilisations, qu'elles se fondent sur les sens, le mental, l'intelligence, ou sur l'âme. La Bhagavad-gita, parce qu'elle traite essentiellement de l'intelligence de l'homme, trace la voie évolutive d'une civilisation axée sur l'âme spirituelle, et le Srimad-Bhagavatam décrira cette civilisation dans son épanouissement total. L'homme parvenu à ce stade accède alors au royaume de Dieu. Les versets de la Bhagavad-gita que nous avons cités plus avant décrivent ce royaume de Dieu: le soleil, la lune ou l'électricité, bien qu'indispensables en ce monde de ténèbres, n'y sont nullement requis. La Bhagavad-gita explique également que celui qui fonde sa vie sur les principes d'une civilisation axée sur l'âme, ou, en d'autres mots, qui adopte la voie du bhakti-yoga, se trouve alors en mesure d'accéder à ce royaume de Dieu, et par là d'atteindre la plus haute perfection de l'existence. Il vivra ainsi éternellement au niveau de l'âme, avec une connaissance parfaite du service d'amour absolu offert au Seigneur.

C'est donc en sacrifiant ses vastes possessions matérielles au bénéfice de cette civilisation de l'âme, que Bali Maharaja se qualifia pour accéder au royaume de Dieu, en comparaison duquel le royaume édénique qu'il avait conquis de par sa puissance matérielle lui paraissait des plus insignifiants.

Ceux qui jouissent des avantages matériels qu'offre une civilisation axée sur le plaisir des sens devraient s'efforcer d'atteindre le royaume de Dieu en suivant les traces de Bali Maharaja, lequel offrit la puissance matérielle qu'il avait acquise pour adopter, en contrepartie, la voie du bhakti-yoga. Cette voie est préconisée par la Bhagavad-gita, et dépeinte dans le Srimad-Bhagavatam avec plus d'ampleur.

VERSET 19

tubhyam ca narada bhrsam bhagavan vivrddha-
bhavena sadhu paritusta uvaca yogam
jnanam ca bhagavatam atma-satattva-dipam
yad vasudeva-sarana vidur anjasaiva

TRADUCTION

O Narada, la science de Dieu et de Son service d'amour absolu te fut enseignée par le Seigneur Suprême dans Sa manifestation d'Hamsavatara, et tu fus pour Lui une source d'immense satisfaction par la grandeur du service de dévotion que tu Lui offris. Il t'expliqua également avec beaucoup de clarté la science complète du service de dévotion, science qui n'est vraiment accessible qu'aux âmes tout entières soumises au Seigneur Suprême, Vasudeva.

TENEUR ET PORTEE

Les expressions "dévot du Seigneur" et "service de dévotion" sont corrélatives, car à moins de désirer être un dévot du Seigneur, on ne peut pénétrer les subtilités du service de dévotion. Aussi Sri Krsna voulait-Il enseigner la Bhagavad-gita -la science du service de dévotion- à Arjuna, car ce dernier était tout à la fois Son ami et un grand dévot de Sa Personne. En résumé, les êtres distincts, qui, de par leur nature originelle, font partie intégrante de l'Etre Suprême et Absolu jouissent comme Lui de l'indépendance dans l'action, bien que proportionnellement infime. Par suite, la première qualité requise pour prendre part au service de dévotion offert à Dieu sera de consentir à coopérer de plein gré avec ceux qui déjà se trouvent engagés dans le service de dévotion. C'est ainsi que le postulant apprendra peu à peu les divers principes qui régissent le service de dévotion et, selon qu'il progressera dans cette discipline, s'affranchira proportionnellement de la souillure due au contact avec la matière. Ayant affermi sa foi par cette voie de purification, il s'élèvera jusqu'à développer un goût spirituel, suivi d'un attrait véritable pour le service dévotionnel. Sa conviction l'emportera ainsi jusqu'au stade de l'extase, qui précède celui de l'amour spirituel et absolu.

Cette science du service de dévotion se divise en deux branches, soit le savoir préliminaire, ayant trait à la nature même du service de dévotion, et le savoir secondaire, qui touche à son application dans la pratique. Le Bhagavatam s'attache spécifiquement à décrire la Personne Divine, Sa beauté, Son renom, Son opulence, Sa grandeur, Son attrait et Ses Attributs purement spirituels, qui incitent les bhaktas à L'approcher pour entretenir avec Lui des rapports empreints d'amour et d'affection. L'être distinct a une affinité naturelle pour le service d'amour offert au Seigneur, mais cette affinité se voit recouverte sous l'influence du contact avec la matière. Or, le Srimad-Bhagavatam permet véritablement de faire disparaître ce voile artificiel. C'est pourquoi ce verset mentionne particulièrement que le Srimad-Bhagavatam agit comme un flambeau de savoir spirituel et absolu. Ces deux branches du savoir spirituel lié au service de dévotion sont révélées à ceux qui, en âmes soumises, s'abandonnent à Vasudeva. Comme l'affirme la Bhagavad-gita (VII.19), de telles grandes âmes, qui s'abandonnent entièrement aux pieds pareils-au-lotus de Vasudeva, sont des plus rares.

VERSET 20

cakram ca diksv avihatam dasasu sva-tejo
manvantaresu manu-vamsa-dharo bibharti
dustesu rajasu damam vyadadhat sva-kirtim
satye tri-prstha usatim prathayams caritraih

TRADUCTION

Se manifestant Lui-même en la personne de Manu, le Seigneur devint le descendant de la dynastie Manu et régna sur les rois mécréants qu'Il assujettit au moyen de Son terrible disque Sudarsana. Jamais Son règne ne fut ébranlé de quelque façon, mais il fut, au contraire, marqué par Sa glorieuse renommée, laquelle se répandit dans les trois lokas, et jusqu'au système planétaire de Satyaloka, le plus haut de l'univers.

TENEUR ET PORTEE

Nous avons déjà traité des apparitions de Manu dans le premier Chant de cet ouvrage. Quatorze Manus se succèdent dans une journée de Brahma, ce qui correspond à quatre cent vingt Manus pour un de ses mois et à cinq mille quarante pour une de ses années. Pendant toute la durée de sa vie, soit une centaine d'années, Brahma voit donc apparaître cinq cent quatre mille (504 000) Manus. Mais il existe d'innombrables Brahma, et tous ne vivent que le temps d'une respiration de Maha-Visnu. On peut donc imaginer combien de manifestations divines évoluent dans tous les univers matériels, lesquels ne constituent que le quart de l'énergie totale du Seigneur.

La manifestation divine dite manvantara sévit contre les scélérats qui règnent sur diverses planètes, et possède une puissance égale à celle de Dieu, la Personne Suprême, lequel punit les mécréants de Son disque Sudarsana. Les manvantaras répandent en outre les gloires spirituelles et absolues du Seigneur.


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare