SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 2
CHAPITRE 8

Les questions du roi Pariksit.

VERSET 21

samplavah sarva-bhutanam
vikramah pratisankramah
ista-purtasya kamyanam
tri-vargasya ca yo vidhih

TRADUCTION

Explique-moi, je t'en prie, comment les êtres vivants sont engendrés, maintenus en vie, puis anéantis. Veuille également m'enseigner les principes favorables et défavorables à la pratique du service de dévotion offert au Seigneur. Parle-moi des rites védiques et des injonctions relatives aux rites supplémentaires; quelles sont les voies de la religion, de l'acquisition des richesses et du plaisir des sens?

TENEUR ET PORTEE

Le terme samplavah, qui signifie "façon parfaite de procéder", s'applique à l'accomplissement du service de dévotion et le terme pratisamplavah, lui, indique exactement le sens opposé, soit ce qui fait obstacle à la progression sur cette même voie. Celui qui se trouve fermement établi dans la pratique du service de dévotion offert au Seigneur peut assumer sans mal les divers aspects de l'existence conditionnée. Celle-ci se compare parfois à un vaste océan qu'il faut traverser. Tout navigateur est à la merci de l'océan, et à chaque instant la moindre tempête peut provoquer un naufrage. Si le temps s'y prête, certes, le bateau pourra voguer sans problème, mais que surviennent l'orage, le brouillard, le vent ou les nuages, et notre marin risque fort la noyade. Nul ne peut tenir tête à l'océan lorsuu'il se montre d'humeur capricieuse, et ce, en dépit des meilleurs moyens matériels. Tous ceux qui ont l'expérience de la navigation savent bien à quel point on se trouve alors a la merci de l'océan. Il reste que, par la miséricorde du Seigneur, on peut facilement franchir l'océan de l'existence matérielle, sans craindre le moindre orage. Tout demeure ainsi entre les mains du Seigneur; dans l'existence conditionnée, nul n'a de recours lorsque survient malencontreusement quelque danger. Toutefois, les dévots du Seigneur traversent sans angoisses l'océan de l'existence matérielle, car un pur bhakta bénéficie toujours de la protection du Seigneur (B.g.,IX.13). Le Seigneur accorde une attention particulière à Ses dévots dans le cours de leurs activités au sein de l'existence matérielle conditionnée (B.g.,IX.29). Par conséquent, tous doivent coûte que coûte prendre refuge aux pieds pareils-au-lotus du Seigneur et Le servir avec une dévotion sans mélange.

Il importe donc d'apprendre les facteurs favorables ou défavorables à la pratioue du service de dévotion auprès d'un maître spirituel parfait, suivant l'exemple de Maharaja Pariksit qui s'enquit de ces questions auprès de Srila Sukadeva Gosvami, son maître spirituel. Selon le Bhakti-rasamrta-sindhu, la science du service de dévotion, on ne doit manger que ce ou'il faut pour maintenir ensemble l'âme et le corps. Un régime végétarien accompagné de produits laitiers suffit aux besoins du corps humain; il est donc inutile de consommer quelque autre nourriture pour la seule satisfaction du palais. Il faut également éviter d'amasser de l'argent afin de ne pas se laisser envahir par l'orgueil de ce monde. Chacun doit gagner sa vie honnêtement et sans efforts excessifs, car il vaut mieux exercer un métier simple mais honnête que d'atteindre une haute position dans la société par des moyens malhonnêtes. Il n'y a pas de mal à devenir l'homme le plus riche du monde par des voies honnêtes, mais nul ne doit sacrifier une occupation honnête par amour de l'argent; une telle conduite nuirait certes au service de dévotion. Il faut également s'abstenir de parler à tort et à travers. Un bhakta n'a d'autre but que de gagner la faveur du Seigneur, et il glorifiera donc constamment le Seigneur pour tout ce qu'Il a créé de merveilleux. Un bhakta ne doit pas dénigrer le Seigneur pour Sa création, en tenant celle-ci pour fausse. Comment prétendre que le monde est faux lorsqu'en vérité nous en dépendons à maints égards pour notre propre subsistance? Et dans le même ordre d'idée, comment peut-on admettre que le Seigneur n'aie pas de forme? Comment peut-Il être dépourvu de forme, et jouir simultanément d'une intelligence et d'une conscience parfaite, autant directe qu'indirecte? Ainsi le savoir d'un pur dévot du Seigneur doit-il couvrir de très nombreux sujets, dont il s'enquerra auprès d'un maître authentique tel Sukadeva Gosvami pour en obtenir une connaissance parfaite. Pour que le service de dévotion soit accompli dans les conditions les plus favorables, il faut se montrer très enthousiaste à servir le Seigneur. Sri Caitanya Mahaprabhu, le Seigneur en personne, désirait que la pratique du service de dévotion soit propagée aux quatre coins du monde, et il va donc du devoir d'un pur bhakta de s'acquitter de cette mission au mieux de ses possibilités. Tout bhakta doit se montrer enthousiaste non seulement pour l'accomplissement quotidien d'activités dévotionnelles, mais également dans l'effort qu'il doit faire pour répandre paisiblement cette science dévotionnelle, marchant ainsi sur les traces mêmes du Seigneur Caitanya. Un échec apparent dans cette progression ne doit pas ébranler le bhakta dans l'accomplissement de son devoir. La réussite ou l'échec ne saurait influencer en quoi que ce soit un pur dévot du Seigneur, car, tel un soldat, il s'est engagé dans un combat. En effet, vouloir propager la science du service de dévotion revient en quelque sorte à déclarer la guerre au matérialisme. On distingue différentes sortes de matérialistes, tels ceux qui demeurent attachés aux fruits de leurs actes, les raisonneurs profanes, les virtuoses des pouvoirs surnaturels, et tant d'autres encore, mais tous se montrent opposés à l'existence du Divin. Ils prétendent eux-mêmes être Dieu ou Son égal, bien qu'à chaque instant et en toutes choses, ils dépendent de la miséricorde du Seigneur. Aussi un pur dévot du Seigneur ne fréquentera-t-il aucun de ces athées, car si le bhakta affirmé ne saurait être fourvoyé par la propagande impie de ces abhaktas, le néophyte, lui, devra toutefois se montrer très prudent à leur égard. Un bhakta ne doit pas s'en tenir aux simples formalités, mais doit veiller à accomplir le service de dévotion comme il se doit de l'être, sous la direction d'un maître spirituel authentique. Ainsi guidé, il lui faudra considérer l'aspect quantitatif du service qu'il offre, et non pas seulement l'observance rituelle. Un bhakta doit se suffire de ce qui lui vient naturellement de par la volonté du Seigneur et ne convoiter rien d'autre. Tels sont les principes de base d'une vie dévotionnelle, et le disciple s'en instruira sans mal sous la direction d'un maître spirituel appartenant à la lignée de Sukadeva Gosvami. Maharaja Pariksit posa à Sukadeva des questions très appropriées et chacun doit suivre son exemple.

Maharaja Pariksit s'enquit donc du processus par quoi le monde matériel est créé, maintenu puis détruit, ainsi que de la voie des rites védiques et du mode d'exécution des actes de vertu, conformément aux suppléments des Vedas tels que les Puranas et le Mahabharata. Comme nous l'avons expliqué auparavant, le Mahabharata ainsi que les Puranas rapportent l'histoire de l'Inde ancienne. Les Ecrits complémentaires des Vedas, les srmtis, préconisent l'accomplissement de divers actes de vertu, et plus particulièrement celui qui consiste à faire creuser des puits et divers bassins d'eau pour répondre aux besoins de la masse des gens. On désigne du nom de purta les actes de vertu qui consistent à faire planter des arbres le long de la voie publique, construire des temples ouverts à tous ou des lieux de culte consacrés à Dieu, fonder des institutions de charité qui pourvoient la nourriture aux déshérilés, etc.

Dans un même ordre d'idée, le roi s'enquit de la façon dont l'homme peut satisfaire ses aspirations naturelles pour le plaisir des sens, à l'intention de tous ceux qui ont emprunté cette voie.

VERSET 22

yo vanusayinam sargah
pasandasya ca sambhavah
atmano bandha-moksau ca
vyavasthanam sva-rupatah

TRADUCTION

Je te prie également de m'expliquer comment furent créés les êtres vivants, alors qu'ils se trouvaient à l'état non manifesté dans le Corps du Seigneur, et comment les impies vinrent en ce monde; parle-moi aussi de ces êtres qui ne sont pas conditionnés.

TENEUR ET PORTEE

Un bhakta qui désire parfaire son existence doit demander à un maître spirituel authentique comment les êtres distincts qui se sont fondus dans le Corps du Seigneur réapparaissent au moment de la création. Il existe deux sortes d'âmes distinctes: les âmes à jamais libérées, affranchies du conditionnement de la matière, et les âmes éternellement conditionnées. Ces dernières se divisent en deux groupes, les croyants et les impies; et parmi les croyants, on distingue les dévots du Seigneur et les adeptes de la spéculation intellectuelle. Ces derniers désirent se fondre dans l'existence du Seigneur pour ne plus faire qu'Un avec Lui, tandis que les bhaktas désirent conserver leur individualité pour s'absorber à jamais dans le service d'amour offert au Seigneur. Les empiristes et les bhaktas qui ne sont pas complètement purifiés retournent à l'état conditionné lorsque la création est à nouveau manifestée, afin d'achever leur purification. Ces âmes conditionnées atteindront l'état libéré en progressant sur la voie du service de dévotion offert au Seigneur. Si Maharaja Pariksit présenta toutes ces questions à un maître spirituel authentique, c'est qu'il désirait parfaitement maîtriser la science de Dieu.

VERSET 23

yathatma-tantro bhagavan
vikridaty atma-mayaya
visrjya va yatha mayam
udaste saksivad vibhuh

TRADUCTION

Parce que Son indépendance est totale, la Personne Suprême et Absolue savoure la félicité de Ses Divertissements par le jeu de Sa puissance interne, puis les abandonne à la puissance externe au moment de l'annihilation. Lui demeure le témoin de toutes ces choses.

TENEUR ET PORTEE

Parce qu'Il est Dieu, la Personne Suprême, source de tous les avataras, Sri Krsna est le seul qui jouisse d'une indépendance totale. Il savoure la félicité de Ses Divertissements en manifestant à Son gré la création, puis les abandonne à l'énergie externe au moment de l'annihilation. Par le seul jeu de Sa puissance interne, Il met à mort l'asura Putana alors même qu'Il partage la félicité de Ses Divertissements blotti dans les bras de Sa mère, Yasoda. Et lorsqu'Il désire quitter ce monde, Il conçoit un Divertissement dans lequel s'inscrit la mort des membres de Sa propre dynastie (Yadu-kula), mais Lui-même demeure immuable, en rien affecté par cette fin. Bien qu'Il ne soit lié à aucune circonstance, Il Se fait le témoin de tout et conserve une indépendance totale. Ainsi Maharaja Pariksit désirait-il parfaire sa connaissance, comme il se doit pour un pur dévot du Seigneur.

VERSET 24

sarvam etac ca bhagavan
prcchato me nupurvasah
tattvato rhasy udahartum
prapannaya maha-mune

TRADUCTION

O grand sage, toi qui parles au nom du Seigneur, aie la bonté de satisfaire ma curiosité à l'égard de tout ce que je t'ai demandé et de tout ce que j'ai pu négliger de m'enquérir auprès de toi depuis le tout début de notre entretien. Je m'abandonne à toi et te prie donc de parfaitement m'éclairer de ton savoir.

TENEUR ET PORTEE

Le maître spirituel se montre toujours prêt à transmettre le savoir à son disciple, d'autant plus que celui-ci est avide de l'acquérir. Une telle disposition chez le disciple est fondamentale pour qu'il puisse progresser. A cet égard, Maharaja Pariksit est un exemple idéal car il se montre parfait dans son désir de connaître. Celui que n'anime pas un intense désir de s'enquérir de la réalisation spirituelle ne doit pas approcher un maître en se contentant de simuler l'attitude d'un disciple. Maharaja Pariksit se montrait désireux de savoir tout ce qui touchait non seulement aux questions qu'il avait posées mais également à celles qu'il n'avait pas su exprimer. Certes, les questions du disciple ne peuvent pas couvrir tous les sujets, mais le maître spirituel authentique, lui, est capable d'éclairer son disciple en tout ce qui est bénéfique pour lui.

VERSET 25

atra pramanam hi bhavan
paramesthi yathatma-bhuh
apare canutisthanti
purvesam purva-jaih krtam

TRADUCTION

O grand sage, tu es l'égal de Brahma, le premier être créé. Les autres s'en tiennent à la tradition, à l'instar des théoriciens philosophes qui les ont précédés.

TENEUR ET PORTEE

On pourrait avancer que Sukadeva Gosvami n'est pas la seule autorité parfaite en matière de connaissance spirituelle et absolue puisque à l'époque ou vivait Vyasadeva, et même avant lui, il existait déjà nombre d'autres grands sages tels que Gautama, Kanada, Jaimini, Kapila, Astavakra et Patanjali, qui tous exposèrent leur propre philosophie. Tout comme les philosophes d'aujourd'hui et les adeptes de la spéculation intellectuelle, chacun de ces six grands rsis avait créé son propre système de pensée, au contraire de Sukadeva Gosvami, qui transmit le savoir qu'il détenait directement de Brahmaji, lequel est qualifié d'atma-bhuh en ce qu'il fut engendré et enseigné par la toute-puissante Personne Divine. Voilà ce qui distingue les six voies philosophiques proposées par les illustres sages mentionnés ci-dessus et celle que présente Sukadeva Gosvami dans le Srimad-Bhagavatam.

Le savoir spirituel védique trouve directement son origine en Dieu, la Personne Suprême, et c'est Lui qui, par Sa miséricorde, éclaira Brahma, le premier être créé de cet univers. Narada reçut de Brahmaji le flambeau de la connaissance; il le transmit lui-même à Vyasa, et Sukadeva Gosvami reçut directement de Vyasa, son père, ce savoir spirituel et absolu dont la perfection vient de ce qu'il est transmis par voie de succession disciplique. Nul ne peut devenir un maître spirituel authentique et parfait à moins d'appartenir à cette succession disciplique, car tel est le secret de la transmission du savoir spirituel. Peut-être les six grands sages que nous avons mentionnés sont-ils de grands penseurs, mais il reste que la connaissance issue de leurs spéculations intellectuelles n'est pas parfaite. Quelle que soit l'habileté avec laquelle un empiriste présentera sa thèse philosophique, celle-ci ne sera jamais parfaite, car l'esprit qui l'a conçue est lui-même imparfait. Certes, ces illustres sages appartiennent eux aussi à diverses successions discipliques, mais celles-ci ne font pas autorité, car le savoir qu'elles transmettent ne vient pas directement de Narayana, Dieu, l'Etre Suprême à la parfaite indépendance. Nul n'est vraiment indépendant, hormis Narayana, et puisque la connaissance des êtres conditionnés dépend de leur mental instable, aucune de leurs doctrines ne saurait être parfaite. La pensée étant d'inspiration matérielle, le savoir offert par les esprits spéculatifs ne saurait atteindre la perfection ni revêtir un caractère transcendant. Les philosophes profanes, dotés d'une nature imparfaite, s'opposent tous les uns aux autres, car ici-bas, nul ne sera tenu pour un philosophe s'il ne présente sa propre théorie. Toutefois, comme Maharaja Pariksit, l'homme d'intelligence ne reconnaîtra aucune autorité à ces adeptes de la pensée spéculative, aussi éminents qu'ils puissent être. Au lieu de cela, il portera son attention vers des maîtres authentiques tel Sukadeva Gosvami, lequel, grâce au système parampara, ne diffère pas de Dieu, la Personne Suprême, comme le souligne la Bhagavad-gita.


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare