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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 4 CHAPITRE 2 Daksa maudit Siva.
sarva-bhaksa dvija vrttyai
dhrta-vidya-tapo-vratah vitta-dehendriyarama yacaka vicarantv iha
Les effets de la troisième malédiction prononcée par Nandisvara contre les brahmanas qui soutinrent Daksa se font sentir pleinement dans l'âge de Kali. Les prétendus brahmanas ne cherchent plus à comprendre la nature du Brahman Suprême, bien que, par définition, le brahmana soit l'homme qui a accédé à cette connaissance du Brahman. Le Vedanta-sutra l'affirme également, athato brahma-jijnasa: la forme humaine doit permettre de réaliser le Brahman Suprême, la Vérité Absolue. En d'autres termes, le but de la vie humaine est de s'élever au rang de brahmana. Aujourd'hui, malheureusement, ceux qui se disent brahmanas parce qu'ils sont issus de familles qui, à l'origine, étaient de tradition brahmanique, ont abandonné les devoirs qui leur incombent; mais ils ne permettent pas que d'autres remplissent les fonctions réservées aux brahmanas. Toutes les Ecritures védiques, et plus particulièrement le Srimad-Bhagavatam et la Bhagavad-gita, décrivent les qualités propres aux brahmanas. La condition et le titre de brahmana ne sont pas héréditaires. Pourtant, si un homme issu d'une famille non brahmanique (par exemple, né de parents sudras) s'efforce de devenir un brahmana en développant les qualités requises sous la direction d'un maître spirituel authentique, ces faux brahmanas s'y opposent. Aussi, par l'effet de la malédiction de Nandisvara, ils se trouvent effectivement à un stade où ils ne font plus aucune différence entre ce qu'il convient ou non de manger. Ils ne vivent que pour assurer les besoins de leur corps matériel périssable et de la famille qui s'y rattache. Bien que ces êtres conditionnés et déchus ne méritent pas le titre de brahmanas, dans l'âge de Kali, ils prétendent l'être; ils essaient même de faire obstacle à l'élévation de ceux qui s'efforcent réellement d'acquérir les qualités brahmaniques. Ainsi vont les choses en l'ère où nous sommes. Caitanya Mahaprabhu condamna formellement ce principe. Au cours de Sa conversation avec Ramananda Raya, Il affirma que celui qui connaît la science de Krsna doit être reconnu comme un maître spirituel, qu'il soit issu d'une famille de brahmanas ou de sudras, qu'il soit chef de famille ou sannyasi. Caitanya Mahaprabhu eut de nombreux disciples prétendument sudras, comme Haridasa Thakura et Ramananda Raya; même les Gosvamis, Ses principaux disciples, furent bannis du cercle des brahmanas, mais Caitanya Mahaprabhu, par l'effet de Sa grâce, en fit des vaisnavas de premier ordre.
tasyaivam vadatah sapam
srutva dvija-kulaya vai bhrguh pratyasrjac chapam brahma-dandam duratyayam
Le mot duratyaya, "insurmontable", s'applique tout particulièrement à un brahma-danda, la malédiction lancée par un brahmana, car celle-ci a des effets très puissants. Comme l'affirme le Seigneur dans la Bhagavad-gita, nul ne peut échapper aux lois intransigeantes de la nature, et il en va de même d'une malédiction lancée par un brahmana. Mais la Bhagavad-gita précise également que les malédictions et bénédictions de ce monde ne sont, après tout, que des créations matérielles; et le Caitanya-caritamrta ajoute qu'ici-bas, bénédictions et malédictions se situent au même niveau, car elles sont toutes d'ordre matériel. Or, la Bhagavad-gita (VII.14) recommande: mam eva ye prapadyante mayam etam taranti te. La meilleure façon de s'affranchir de la souillure matérielle et de transcender toutes les malédictions et bénédictions de ce monde consiste à se réfugier en Krsna, le Seigneur Suprême, pour s'établir ainsi au niveau spirituel et absolu. Ceux qui ont trouvé refuge en Krsna jouissent d'une paix que rien ne vient troubler; jamais ils ne sont maudits ou ne maudissent qui que ce soit. Ainsi sont-ils établis au niveau de la transcendance.
bhava-vrata-dhara ye ca
ye ca tan samanuvratah pasandinas te bhavantu sac-chastra-paripanthinah
On voit parfois des adorateurs de Siva qui imitent celui-ci. Par exemple, Siva but un océan de poison sans en être affecté, et certains croient pouvoir l'imiter en prenant des drogues comme la marijuana (ganja). Selon la malédiction dont il est ici fait mention, celui qui s'inspire de tels principes tombe dans l'hérésie et agit à l'encontre des principes védiques. On qualifie ces adorateurs de Siva de sac-chastra-paripanthinah, c'est-à-dire "qui s'écartent des injonctions scripturaires, ou sastriques". Cette assertion est confirmée dans le Padma Purana: on y lit que Siva reçut de Dieu, la Personne Suprême, l'ordre de prêcher la philosophie impersonnaliste, ou mayavada, dans un but particulier, tout comme Buddha se fit l'apôtre de la philosophie nihiliste pour servir un dessein spécifique mentionné dans les sastras. Il est parfois nécessaire d'enseigner une doctrine philosophique qui aille à l'encontre de la conclusion védique. Dans le Siva Purana, Siva explique à Parvati qu'il apparaîtra au cours du kali-yuga sous l'aspect d'un brahmana prônant la philosophie mayavada. On remarque d'ailleurs que les adorateurs de Siva sont en général des mayavadis. Siva lui-même le souligne: mayavadam asac-chastram. Les mots asat-sastra sous-entendent ici la doctrine impersonnaliste des mayavadis, qui aspirent à ne plus faire qu'Un avec l'Absolu. La malédiction de Bhrgu Muni condamnait les adorateurs de Siva à devenir des adeptes de ce mayavada asat-sastra, qui tente d'établir que Dieu est une entité impersonnelle. Mentionnons en outre que certains d'entre eux mènent une existence diabolique. Les Ecritures authentiques comme le Srimad-Bhagavatam et le Narada-pancaratra sont considérées comme des sat-sastras: elles amènent l'homme à réaliser Dieu, alors que l'enseignement les asat-sastras va exactement dans le sens opposé.
nasta-sauca mudha-dhiyo
jata-bhasmasthi-dharinah visantu siva-diksayam yatra daivam surasavam
S'adonner à la boisson et manger de la viande, porter les cheveux longs, ne pas se laver tous les jours et fumer de la marijuana (ganja), telles sont quelques-unes des habitudes adoptées par les insensés qui ont une vie déréglée. En se conduisant ainsi, ils se voient dépossédés de la connaissance spirituelle et absolue. L'initiation au siva-mantra fait appel au mudrikastaka, où il est entre autre recommandé à l'homme de s'asseoir au contact du pubis d'une femme et de tendre alors au nirvana —à la dissolution de sa propre existence. Pour l'accomplissement de ce rite, du vin est nécessaire (le vin est parfois remplacé par du jus de palmier converti en boisson alcoolisée, ou vin de palme). Ce rite est d'ailleurs décrit dans le Siva-agama, ouvrage consacré à la manière dont il convient d'adorer Siva.
brahma ca brahmanams caiva
yad yuyam parinindatha setum vidharanam pumsam atah pasandam asritah
En maudissant Nandisvara, Bhrgu Muni affirma que non seulement les adorateurs de Siva dégénéreraient et deviendraient athées, mais encore qu'ils avaient déjà sombré dans l'athéisme puisqu'ils avaient blasphémé contre les Vedas, la source même de la civilisation humaine. Cette dernière se fonde sur la division qualitative de la société en quatre groupes, à savoir les hommes dotés d'une intelligence supérieure, les dirigeants et les militaires, ceux qui produisent ou font du commerce et les manuels. Les Vedas renferment les justes directives nécessaires au progrès spirituel aussi bien qu'à la prospérité matérielle et à la satisfaction des sens selon certains principes régulateurs. Ces indications ont pour dessein ultime de permettre à l'homme de se libérer de la souillure matérielle et de retrouver sa véritable identité spirituelle (aham brahmasmi). Tant qu'il subit la souillure de l'existence matérielle, l'être revêt différents corps, des formes aquatiques jusqu'à celle de Brahma, mais la forme humaine représente l'ultime perfection de la vie en ce monde, et les Vedas contiennent des enseignements permettant à l'homme d'atteindre à une condition supérieure, lors de sa prochaine vie. Les Vedas symbolisent la mère de ces instructions et les brahmanas, qui possèdent le savoir contenu dans les Vedas, en représentent le père. Aussi, quiconque blasphème contre les Vedas et les brahmanas sombre tout naturellement dans l'athéisme. Le mot exact en sanskrit, nastika, désignant celui qui invente de toutes pièces une nouvelle forme de religion sans avoir foi dans les Vedas, s'applique ici fort justement. Sri Caitanya Mahaprabhu a d'ailleurs qualifié les adeptes de la religion bouddhiste de ce nom, nastika. En effet, afin d'établir sa doctrine de non-violence, Buddha refusa carrément de croire aux Vedas; et c'est pourquoi Sankaracarya fit plus tard obstacle à cette religion et la chassa hors des frontières de l'Inde. Dans l'expression brahma ca brahmanan, incluse dans ce verset, le mot brahma sous-entend les Vedas; quant à l'aphorisme aham brahmasmi, il se traduit par "Je suis établi dans le parfait savoir". Les Vedas l'affirment donc: l'homme doit prendre conscience de ce qu'il est brahman, car telle est, en fait, sa véritable nature. Que devient alors la civilisation humaine si la science spirituelle védique, ou brahma, et les brahmanas, les maîtres de cette science, sont condamnés? Pour sa part, Bhrgu Muni déclare: "Ce n'est point par l'effet de ma malédiction que vous deviendrez athées, car vous voilà déjà établis dans cette doctrine. Vous êtes, par conséquent, déjà condamnés."
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