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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 4 CHAPITRE 4 Sati quitte son corps.
ma vah padavyah pitar asmad-asthita
ya yajna-salasu na dhuma-vartmabhih tad-anna-trptair asu-bhrdbhir idita avyakta-linga avadhuta-sevitah
Le père de Sati, qui s'estimait parvenu au faîte du prestige et de la richesse, avait le sentiment d'avoir donné sa fille à un individu non seulement pauvre mais également inculte. Daksa aurait pu croire que, même si sa fille était une femme chaste faisant preuve d'une grande fidélité envers son mari, celui-ci se trouvait dans une condition misérable. Pour faire échec à ces pensées, Sati déclara que des êtres matérialistes comme Daksa et les siens —des flatteurs se livrant à l'action intéressée— ne pouvaient comprendre l'opulence dont jouissait son mari, celui-ci étant situé à un tout autre niveau que le leur. Siva jouit de toutes les perfections, mais il n'aime pas en faire étalage, d'où l'emploi du mot avyakta, ou non manifestées. Néanmoins, de par sa seule volonté, Siva peut, si besoin est, révéler ses merveilleux atouts et un tel événement devait d'ailleurs se produire dans un avenir très proche, comme le prédit ce verset. L'opulence dont jouit Siva se goûte dans le renoncement et l'amour de Dieu, et non pas dans des pratiques ostensibles visant à la satisfaction des sens. Cette richesse est l'apanage de personnalités telles que les Kumaras, Narada et Siva. Ce verset condamne ceux qui empruntent la voie des rites védiques ou, comme l'indiquent les mots dhuma-vartmabhih, ceux qui subsistent grâce aux reliefs de la nourriture sacrificielle. Il existe deux sortes de nourriture offerte en sacrifice, soit celle que l'on offre au cours de cérémonies rituelles visant un but intéressé, et celle que l'on a offert à Visnu, la meilleure. Bien qu'en toutes circonstances Visnu soit la divinité principale sur l'autel sacrificiel, ceux qui accomplissent des rites intéressés cherchent à s'attirer ainsi les faveurs des différents devas afin de parvenir à une certaine prospérité matérielle. Toutefois, le véritable sacrifice vise à la satisfaction de Visnu et les reliefs d'une telle offrande sont alors bénéfiques pour qui désire progresser sur la voie du service de dévotion. Le processus d'élévation par le biais de sacrifices autres que ceux destinés à Visnu s'avère très lent, et c'est pourquoi il est condamné dans ce verset. Visvanatha Cakravarti a même assimilé les ritualistes à des corbeaux. Ces oiseaux, en effet, se délectent à manger les restes de nourriture jetés à la poubelle. Tous les brahmanas assemblés pour le sacrifice furent donc également condamnés par Sati. Daksa et ses courtisans ne pouvaient peut-être pas saisir la position de Siva, mais de toute façon, Sati voulait au moins bien faire comprendre à son père que son mari n'était pas dénué d'opulence. Sati, étant l'épouse dévouée de Siva, offre toutes sortes de bienfaits matériels aux adorateurs de celui-ci, ce qu'explique le dixième Chant du Srimad-Bhagavatam. Il se trouve en effet que les adorateurs de Siva semblent parfois vivre dans une opulence plus grande que celle dont jouissent les dévots de Visnu. Ceci provient du fait que Durga, ou Sati, étant responsable de l'énergie matérielle, peut accorder toutes sortes de bienfaits aux adorateurs de Siva pour la plus grande gloire de son mari, tandis que ceux qui vouent leur adoration à Visnu se destinent à l'élévation spirituelle, et voient donc diminuer parfois leur opulence matérielle. Le dixième Chant de cet ouvrage offre des explications très claires sur ces thèmes.
naitena dehena hare krtagaso
dehodbhavenalam alam kujanmana vrida mamabhut kujana-prasangatas taj janma dhig yo mahatam avadya-krt
Siva est le plus grand d'entre tous les dévots de Visnu, ce que confirme l'expression vaisnavanam yatha sambhuh. Dans les versets précédents, Sati a expliqué que Siva, étant situé au niveau de pureté dit vasudeva, demeure toujours à un niveau spirituel. Par vasudeva, on entend l'état d'où procède Krsna (ou Vasudeva). Siva, étant le plus grand dévot de Krsna, la conduite de Sati est donc exemplaire: en effet, nul ne doit tolérer de blasphèmes dirigés contre Visnu ou Son dévot. Ce n'est donc pas le lien personnel l'unissant à Siva qui afflige Sati, mais plutôt le fait que son corps provient de celui de Daksa, lequel a commis une offense aux pieds pareils-au-lotus de Siva. Elle s'estime donc condamnable à cause du corps qu'elle a reçu de son père.
gotram tvadiyam bhagavan vrsadhvajo
daksayanity aha yada sudurmanah vyapeta-narma-smitam asu tada ham vyutsraksya etat kunapam tvad-angajam
Le mot daksayani signifie "la fille du roi Daksa". Au cours de conversations familières entre époux, Siva avait pour habitude de s'adresser à Sati en tant que "la fille du roi Daksa". Du fait que ce nom lui rappelait le lien de parenté qui l'unissait au roi Daksa, lequel était l'offense personnifiée, elle en éprouvait aussitôt de la honte. Daksa incarnait l'envie, car il avait sans raison blasphémé contre Siva, cet être prestigieux. Il suffisait que Sati entende le mot daksayani pour qu'elle se rappelle douloureusement que son corps était le symbole même de la nature offensante de Daksa. Son corps étant pour elle une source constante de détresse, elle décida de s'en défaire.
maitreya uvaca
ity adhvare daksam anudya satru-han ksitav udicim nisasada santa-vak sprstva jalam pita-dukula-samvrta nimilya drg yoga-patham samavisat
O toi qui anéantis tes ennemis, alors que Sali tenait ce langage à son père dans l'arène du sacrifice, elle s'assit à même le sol, tournée vers le nord. Vêtue de safran, elle prit de l'eau pour se sanctifier et ferma les yeux afin de s'absorber dans l'astanga-yoga.
Il est dit que lorsqu'un homme désire quitter son corps, il met des vêtements de couleur safran. Sati changea donc de tenue, donnant à entendre par là qu'elle s'apprêtait à se défaire du corps que lui avait donné Daksa. Au lieu de faire périr son père, elle préféra détruire le corps qu'il lui avait donné et qui faisait donc en quelque sorte partie de lui. Ce fut ainsi qu'elle résolut de se défaire du corps de Daksa par un processus de yoga. Siva est également connu sous le nom de Yogesvara, c'est-à-dire le meilleur d'entre tous les yogis, car il connaît tous les pouvoirs surnaturels du yoga. Il semble que Sati, sa femme, était également versée dans cet art, soit qu'elle l'eût appris de Siva, soit qu'elle eût déjà été éclairée dans ce domaine, étant la fille d'un roi aussi éminent que Daksa. La perfection du yoga réside dans le fait qu'on peut renoncer à son corps ou se libérer à volonté des éléments matériels qui recouvrent l'âme. Les yogis ayant atteint la perfection ne sont pas sujets à la mort du fait des lois de la nature; ils peuvent quitter leur corps quand ils le désirent. En général, le yogi devient d'abord maître dans l'art de régulariser la circulation de l'air dans son corps, et il mène ainsi l'âme jusqu'au sommet du crâne. Ensuite, quand le corps s'embrase, le yogi peut se rendre où bon lui semble. Cette voie du yoga tient compte de l'existence de l'âme; elle se distingue en conséquence du prétendu yoga récemment mis au point, qui permet d'avoir la maîtrise sur les cellules du corps. La véritable voie du yoga tient compte de la transmigration de l'âme d'une planète à une autre ou d'un corps dans un autre; cet incident nous indique que Sati souhaitait transférer son âme dans un autre corps ou sur une autre planète.
krtva samanav anilau jitasana
sodanam utthapya ca nabhi-cakratah sanair hrdi sthapya dhiyorasi sthitam kanthad bhruvor madhyam aninditanayat
Le processus du yoga consiste à se rendre maître de l'air qui parcourt le corps en passant par six points appelés cercle d'énergie (sat-cakra). Cet air est ainsi élevé du bas-ventre au nombril, du nombril au coeur, puis à la gorge, et de là jusqu'aux sourcils, où il sera finalement amené jusqu'au sommet du cerveau. Voilà comment se résume le véritable yoga. Mais, avant de pratiquer ce yoga, il faut apprendre les diverses postures assises, car elles sont utiles lors des exercices respiratoires visant à maîtriser le mouvement de l'air ascendant et descendant. Il s'agit donc d'une technique très subtile à laquelle doit se plier la personne qui désire atteindre la plus haute perfection du yoga, mais cette pratique n'est pas appropriée à notre époque. Bien que nul, aujourd'hui, ne puisse atteindre la perfection de cette forme de yoga, les gens s'adonnent néanmoins à la pratique de postures assises, ce qui correspond plus ou moins à de la gymnastique. De tels exercices physiques peuvent contribuer à améliorer la circulation et, par conséquent, à maintenir le corps en bonne condition, mais celui qui se limite ainsi à de simples exercices de gymnastique ne saurait atteindre l'ultime perfection. Le processus du yoga, ainsi qu'il est décrit dans le Kesava-sruti, est conçu de telle sorte que l'homme puisse se rendre maître de sa force vitale à volonté, et transmigrer ainsi dans un autre corps ou se rendre d'un lieu à un autre. En d'autres termes, la pratique du yoga n'est pas destinée à se maintenir en forme. De toute façon, tout processus spirituel menant à la réalisation de soi contribue automatiquement à maintenir le corps en bonne condition, car c'est l'âme spirituelle qui donne au corps sa vitalité; dès que cette âme n'habite plus le corps matériel, celui-ci commence instantanément à se décomposer. Toute voie spirituelle contribue au bien-être du corps sans qu'il soit besoin de faire des efforts séparés. Celui qui croit que le bien-être du corps est le but ultime du yoga se trompe. La véritable perfection du yoga consiste plutôt à élever l'âme à un niveau supérieur ou à délivrer des chaînes de la matière. Certains yogis s'efforcent ainsi d'atteindre des systèmes planétaires supérieurs où les conditions d'existence sont différentes de celles qui règnent sur notre planète; elles offrent un bien-être matériel supérieur, ainsi qu'une plus grande longévité et d'autres avantages touchant à la réalisation de soi. D'autres yogis cherchent à élever l'âme jusqu'aux planètes Vaikunthas du monde spirituel. La voie du bhakti-yoga permet à l'âme d'accéder directement aux planètes spirituelles, où elle peut alors jouir d'une existence éternelle pleine de félicité et de connaissance; aussi le bhakti-yoga est-il considéré comme le plus grand d'entre tous les yogas.
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