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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 4 CHAPITRE 7 Le sacrifice accompli
par Daksa.
yajamany uvaca
svagatam te prasidesa tubhyam namah srinivasa sriya kantaya trahi nah tvam rte dhisa nangair makhah sobhate sirsa-hinah ka-bandho yatha purusah
O Seigneur, c'est une grâce insigne que Tu nous as accordée en apparaissant dans cette arène de sacrifice. Je Te présente mes humbles hommages, et ma seule requête est que Tu sois satisfait à cette occasion. Sans Toi, l'arène sacrificielle perd toute beauté, de même qu'un corps privé de tête.
Sri Visnu est également connu sous le nom de Yajnesvara; or, la Bhagavad-gita enseigne que tout acte accompli par l'homme doit être un visnu-yajna —un acte destiné au plaisir de Visnu. A moins de Le satisfaire, toutes nos activités ne contribueront qu'à nous enchaîner davantage à ce monde matériel. C'est ce que souligne ici l'épouse de Daksa: "Sans Ta présence, l'éclat de cette cérémonie sacrificielle perd toute sa raison d'être, comme serait inutile un corps sans tête, et ce, malgré les ornements dont il pourrait être paré." Cette comparaison s'applique tout aussi bien au corps social. La civilisation matérialiste s'enorgueillit d'être évoluée, mais elle n'est en réalité que le tronc inutile d'un corps privé de tête. Sans conscience de Krsna, sans compréhension de la position suprême et absolue de Sri Visnu, tout "progrès" accompli par la civilisation, si raffinée soit-elle, n'a aucune valeur. On lit dans le Hari-bhakti-sudhodaya (III.11):
lokapala ucuh
drstah kim no drgbhir asad-grahais tvam pratyag-drasta drsyate yena visvam maya hy esa bhavadiya hi bhuman yas tvam sasthah pancabhir bhasi bhutaih
O Seigneur, nous ne croyons qu'en la perception directe de nos sens, mais cette fois, nous ne savons pas si vraiment nous T'avons vu avec nos sens matériels. Ceux-ci ne nous permettent de percevoir que la manifestation cosmique, mais Tu existes au-delà des cinq éléments, Toi qui es le sixième. Aussi voyons-nous en Toi une création du monde matériel.
Sans aucun doute, les dirigeants des différentes planètes jouissent d'une grande opulence matérielle et sont très orgueilleux. De tels êtres ne sont pas en mesure de saisir la Forme spirituelle et éternelle du Seigneur. La Brahma-samhita mentionne que seuls ceux dont les yeux sont oints du baume de l'amour divin peuvent voir le Seigneur Suprême à chaque instant au cours de leurs actes. La reine Kunti enseigne aussi dans ses prières (S.B., 1.8.26) seuls peuvent voir Dieu ceux qui sont exempts de tout orgueil matériel (akincana-gocaram); les autres sont égarés et ne peuvent pas même concevoir la Vérité Absolue.
yogesvara ucuh
preyan na te nyo sty amutas tvayi prabho visvatmaniksen na prthag ya atmanah athapi bhaktyesa tayopadhavatam ananya-vrttyanugrhana vatsala
O Seigneur, sans aucun doute, ceux qui ne Te voient pas différent d'eux-mêmes, sachant que Tu es l'Ame Suprême de tous les êtres, Te sont infiniment chers. Tu es très favorable à ceux qui se vouent au service de dévotion, voyant en Toi le Seigneur et se considérant eux-mêmes comme les serviteurs de Ta Personne. En vertu de Ta miséricorde, Tu fais toujours preuve de bienveillance à leur égard.
Ce verset indique que les monistes et les grand yogis considèrent Dieu, la Personne Suprême, comme un tout unique. Toutefois, ce monisme ne correspond pas à la fausse conception d'après laquelle l'être distinct serait à tous égards égal à Dieu. Bien au contraire, il se fonde sur un savoir pur, comme l'explique et le confirme la Bhagavad-gita (VII.17): priyo hi jnanino tyartham aham sa ca mama priyah. Le Seigneur affirme que ceux qui ont atteint un haut niveau de connaissance spirituelle et qui maîtrisent la science de la Conscience de Krsna Lui sont très chers, et que Lui-même leur est également très cher. Les êtres ayant réellement une connaissance parfaite de la science de Dieu savent que les âmes distinctes constituent l'énergie supérieure du Seigneur Suprême. La Bhagavad-gita l'enseigne d'ailleurs dans le septième chapitre: l'énergie matérielle est dite inférieure, et les êtres vivants représentent l'énergie supérieure. Or, l'énergie et sa source sont identiques de par leur nature; en d'autres termes, les énergies sont qualitativement égales à leur source. Il ne fait aucun doute que les êtres ayant une parfaite connaissance de Dieu, la Personne Suprême, analysant Ses différentes énergies et connaissant leur propre position éternelle, sont infiniment chers au Seigneur. Pourtant, Il Se montre encore plus favorable à ceux qui, sans même être versés dans la connaissance divine, pensent toujours à Lui avec foi et amour, conscients de Sa grandeur et se considérant comme Ses éternels serviteurs en tant que parties infimes de Sa Personne. Il convient de retenir en particulier dans ce verset que le Seigneur y est qualifié de vatsala, ce qui signifie "toujours favorablement disposé", d'où Son Nom de bhakta-vatsala. Le Seigneur est ainsi célébré, car Il fait toujours preuve de bienveillance à l'égard de Ses dévots, alors que, nulle part dans les Ecritures védiques, Il n'est qualifié de jnani-vatsala.
jagad-udbhava-sthiti-layesu daivato
bahu-bhidyamana-gunayatma-mayaya racitatma-bheda-mataye sva-samsthaya vinivartita-bhrama-gunatmane namah
Ce verset décrit deux phénomènes: d'une part, la création, le maintien et l'anéantissement du monde matériel, et d'autre part la position du Seigneur dans Son royaume propre. Le royaume de Dieu possède, lui aussi, sa propre nature, et comme l'indique ce verset, ce royaume personnel du Seigneur n'est autre que Goloka. Mais si Goloka est également sous le signe d'une influence qui lui est propre, cette condition ne la soumet pas à une différenciation selon une création, une période d'existence déterminée, et une fin. Dans le cadre de l'énergie externe, l'interaction des trois gunas fait que tout est créé, maintenu, puis anéanti; mais dans le monde spirituel —dans le royaume de Dieu—, il ne saurait y avoir de phénomènes de cette nature puisque tout y est éternel, conscient et plein de félicité. Il existe cependant une catégorie de philosophes qui interprètent faussement l'apparition du Seigneur Suprême en ce monde matériel. Ils s'imaginent que lorsqu'Il descend parmi nous, Dieu subit l'influence des trois gunas, tout comme les êtres vivants qui naissent en ce monde. Voilà donc leur erreur: comme l'indique clairement ce verset (svasamsthaya), de par Sa puissance interne le Seigneur transcende tous ces attributs matériels. De même, dans la Bhagavad-gita, le Seigneur affirme: "J'apparais de par Ma puissance interne." Les puissances interne et externe se trouvent toutes deux sous le contrôle du Suprême; il en découle que Celui-ci ne saurait tomber sous la domination de l'une ou l'autre de ces énergies. En fait, c'est Lui qui dirige tout, et, lorsqu'Il désire manifester Son Nom, Sa Forme, Sa Personnalité et Ses Divertissements spirituels —bref, tout ce qui touche à Sa Personne—, Il met en oeuvre Son énergie interne. Du fait de la variété propre à l'énergie externe, il existe de nombreux devas, dont Brahma et Siva au premier chef, qui sont des manifestations des attributs du Seigneur, et les hommes s'attachent à ces devas selon leur conditionnement matériel particulier. Mais celui qui transcende ou dépasse les influences de la nature matérielle s'établit fermement dans la seule adoration de Dieu, la Personne Suprême. La Bhagavad-gita explique cette vérité: quiconque sert le Seigneur transcende naturellement l'interaction des trois gunas et la variété qu'ils engendrent. En d'autres termes, rappelons-nous que les âmes conditionnées sont ballottées par les actions et les réactions des influences matérielles, lesquelles créent une différenciation des énergies. Mais, dans le monde spirituel, le Seigneur Suprême est le seul et unique objet d'adoration.
brahmovaca
namas te srita-sattvaya dharmadinam ca sutaye nirgunaya ca yat-kastham naham vedapare pi ca
Avec respect, nous T'offrons nos hommages, ô Seigneur, Toi le refuge de la vertu et, à ce titre, la source de toute religion, austérité et pénitence, car Tu transcendes toutes les influences matérielles; nul ne Te connaît, nul ne connaît non plus Ta véritable position.
Le monde matériel est le domaine d'action de la triade des gunas. C'est Sri Visnu qui règne sur la vertu, laquelle est la source de la religion, du savoir, de l'austérité, du renoncement, de l'opulence, etc. Voilà pourquoi la paix véritable, la prospérité, le savoir et la religion sont accessibles aux êtres qui, en ce monde matériel, se placent sous l'influence de la vertu. Dès qu'ils tombent sous la domination des deux autres gunas —la passion et l'ignorance—, leur existence conditionnée, des plus précaires, devient intolérable. Mais Sri Visnu, dans Sa position originelle, est toujours nirguna, c'est-à-dire au-delà de ces influences matérielles. Guna signifie "attribut", et nir, "négation". Non pas que le Seigneur ne possède aucun attribut, mais Ses Attributs sont de nature transcendante, et c'est par eux qu'Il apparaît et qu'Il manifeste Ses Divertissements. La réalité de ces Attributs spirituels et absolus reste inconnue de ceux qui étudient les Vedas ainsi que des devas les plus éminents, comme Brahma et Siva. En effet, seuls les bhaktas peuvent percevoir les attributs spirituels. Comme le confirme la Bhagavad-gita, ce n'est que par la pratique du service de dévotion que l'on peut comprendre la position transcendante du Seigneur Suprême. Les êtres établis dans la vertu peuvent partiellement appréhender la connaissance spirituelle et absolue, mais la Bhagavad-gita enseigne qu'il faut dépasser ce stade. En effet, les principes védiques sont fondés sur les trois gunas, et l'on doit transcender ces influences matérielles pour accéder à un niveau d'existence purement spirituel.
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