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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 4 CHAPITRE 8 Dhruva Maharaja quitte
son foyer et gagne la forêt.
pancame masy anuprapte
jita-svaso nrpatmajah dhyayan brahma padaikena tasthau sthanur ivacalah
sarvato mana akrsya
hrdi bhutendriyasayam dhyayan bhagavato rupam nadraksit kincanaparam
Ce verset explique clairement les principes de méditation fondés sur le yoga. Il faut fixer son mental sur la Forme de Dieu, la Personne Suprême, sans se laisser distraire par quelque autre but. Il ne s'agit nullement de méditer ou de se concentrer sur un objectif impersonnel; essayer d'emprunter cette voie ne représenterait qu'une perte de temps, car elle amène des difficultés superflues, comme l'explique la Bhagavad-gita.
adharam mahad-adinam
pradhana-purusesvaram brahma dharayamanasya trayo lokas cakampire
Dans ce verset, le mot brahma, ou brahman, est particulièrement important. En effet, il indique celui qui, non seulement est le plus grand, mais possède également le pouvoir de s'agrandir à l'infini. Comment donc fut-il possible à Dhruva Maharaja de capturer le Brahman en son coeur? Jiva Gosvami répond merveilleusement à cette question en disant que le Seigneur Suprême est l'origine même du Brahman; en effet, il ne peut rien exister de plus grand que Lui, puisque Sa personne inclut toutes choses, matérielles et spirituelles. Le Seigneur affirme Lui-même dans la Bhagavad-gita: "Je suis le fondement du Brahman." De nombreuses personnes, et en particulier les philosophes mayavadis, considèrent le Brahman comme ce qu'il y a de plus vaste, se déployant à l'infini; mais, selon ce verset et d'autres Ecrits védiques comme la Bhagavad-gita, le Brahman trouve son fondement en Dieu, la Personne Suprême, tout comme les rayons du soleil ont pour origine l'astre solaire. Voilà pourquoi Srila Jiva Gosvami affirme que le Seigneur est le Brahman Suprême, puisque Sa Forme transcendante est la semence même de toute grandeur. Lorsque Dhruva Maharaja accueillit le Brahman Suprême en son coeur, il devint plus lourd que le plus lourd, et c'est pourquoi tout se mit à trembler dans les trois mondes ainsi que dans le monde spirituel. Le mahat-tattva, ou l'entière création matérielle, représente l'aspect ultime de tous les univers, avec tous les êtres vivants qu'ils renferment, et ce mahat-tattva, qui inclut donc toutes les entités matérielles et spirituelles, tire son existence du Brahman. Les Ecritures enseignent à ce propos que le Brahman Suprême, le Seigneur Souverain, est le maître du pradhana et du purusa. Pradhana correspond à la matière subtile, comme l'éther, et purusa indique les étincelles spirituelles, les êtres vivants empêtrés dans cette existence matérielle subtile. Ces deux énergies sont également mentionnées dans la Bhagavad-gita sous les noms de para-prakrti et d'apara-prakrti. Puisque les deux prakrtis agissent sous Sa direction, Krsna est le maître du pradhana et du purusa. En outre, les hymnes védiques définissent le Brahman Suprême comme antah-pravistah sasta, indiquant que Dieu régit et pénètre toutes choses. La Brahma-samhita (V.35) ajoute à ce propos, andantara-stha-paramanu-cayantara-stham: "Il a pénétré non seulement les univers mais également l'atome." Enfin, Krsna Lui-même dit dans la Bhagavad-gita (X.42), vistabhyaham idam krtsnam: "Dieu, la Personne Suprême, régit tout ce qui existe car Il pénètre en tout." C'est pourquoi Dhruva Maharaja, par son union constante avec Dieu en son coeur, devint tout naturellement, à Son contact, l'égal du suprêmement grand, le Brahman. Devenant ainsi infiniment lourd, il fit trembler l'univers entier. Concluons en disant que celui qui, toujours, se concentre en son coeur sur la Forme spirituelle et absolue de Krsna, peut aisément frapper d'émerveillement le monde entier par ses oeuvres. Telle est la perfection du yoga, comme le confirme la Bhagavad-gita (VI.47), yoginam api sarvesam: d'entre tous les yogis, le bhakti-yogi, qui toujours garde Krsna en son coeur et s'absorbe dans Son service d'amour absolu, est le plus grand. Les autres yogis possèdent huit sortes de pouvoirs, les asta-siddhis, qui leur permettent d'accomplir des actes matériels merveilleux; mais les actes d'un pur dévot du Seigneur surpassent ces prodiges puisqu'il peut faire trembler l'univers entier.
yadaika-padena sa parthivarbhakas
tasthau tad-angustha-nipidita mahi nanama tatrardham ibhendra-dhisthita tariva savyetaratah pade pade
Dans ce verset, l'expression la plus importante est parthivarbhakah, ou "le fils du roi". En effet, lorsque Dhruva demeurait encore au palais, bien qu'il fût le fils du roi, on l'empêcha de monter sur les genoux de son père. Toutefois, lorsqu'il progressa dans la réalisation spirituelle, dans la pratique du service de dévotion, il put faire basculer toute la Terre par la pression de son orteil. Voilà ce qui fait la différence entre la conscience profane et la conscience de Krsna. Le fils d'un roi, s'il a une conscience ordinaire, peut se faire rabrouer même par son propre père, mais si la même personne devient pleinement consciente de Krsna en son coeur, elle peut faire basculer la Terre par la simple pression de son gros orteil. Certains feront l'objection suivante: comment Dhruva Maharaja, lui qui n'avait pu monter sur les genoux de son père, a-t-il pu faire basculer la Terre? Mais l'homme sage n'apprécie guère un tel argument qui relève de la logique dite nagna-matrka, selon laquelle un individu juge que, puisque sa mère se promenait nue lorsqu'elle n'était qu'une enfant, elle devrait faire de même à l'âge adulte. La belle-mère de Dhruva Maharaja dut raisonner de cette façon: puisqu'elle l'avait empêché de grimper sur les genoux de son père, comment lui était-il possible d'accomplir maintenant un acte aussi prodigieux que celui consistant à faire pencher la Terre entière? Grande dut être sa surprise lorsqu'elle apprit que Dhruva Maharaja, en se concentrant assidûment sur Dieu, la Personne Suprême, sis en son coeur, avait pu faire basculer la Terre, comme un bateau qui s'affaisse sous le poids de l'éléphant qu'il transporte.
tasminn abhidhyayati visvam atmano
dvaram nirudhyasum ananyaya dhiya loka nirucchvasa-nipidita bhrsam sa-loka-palah saranam yayur harim
Lorsque des centaines de personnes voyagent à bord d'un avion qui se déplace à plus de mille kilomètres à l'heure, chaque passager, bien qu'il demeure une entité distincte de l'appareil, bénéficie de la puissance totale de l'avion. De même, lorsqu'un élément énergétique participe au service de l'énergie totale, il acquiert par là autant de puissance que celle-ci. Comme l'a montré le précédent verset, Dhruva Maharaja, de par son avancement spirituel, parvint presque à ne plus faire qu'un avec la pesanteur totale, et la Terre entière s'affaissa sous son poids. De plus, par l'effet de cette puissance spirituelle, son corps, entité distincte, ne fit plus qu'un avec l'ensemble du corps de l'univers. C'est ainsi que lorsqu'il bloqua les orifices de son corps individuel pour concentrer résolument son mental sur Dieu, la Personne Suprême, toutes le entités individuelles de l'univers —c'est-à-dire les êtres vivants, y compris les grands devas— se sentirent suffoquer comme si elles avaient la respiration coupée. Se demandant avec inquiétude quelle était la raison de ce phénomène, tous cherchèrent alors refuge en Dieu. Cet exploit de Dhruva Maharaja qui, en bloquant les orifices de son propre corps, fit se clore les orifices respiratoires de l'univers, montre que, sous l'influence d'un bhakta et par la force du service de dévotion qu'il offre à la Personne Suprême, les hommes du monde entier peuvent tous devenir des dévots du Seigneur. Il suffit ainsi d'un seul bhakta pleinement conscient de Krsna pour que la conscience totale du monde se transforme en conscience de Krsna. Cela n'a rien de très difficile à comprendre si l'on étudie l'histoire de Dhruva Maharaja.
deva ucuh
naivam vidamo bhagavan prana-rodham caracarasyakhila-sattva-dhamnah vidhehi tan no vrjinad vimoksam prapta vayam tvam saranam saranyam
O Seigneur, Tu es le refuge de toutes les créatures, mobiles et immobiles. Tous les êtres vivants se sentent suffoquer comme s'ils avaient le souffle coupé. Nous n'avons jamais vu un tel phénomène; puisque Tu es l'ultime refuge de toutes les âmes soumises, nous sommes venus Te trouver. Daigne nous protéger contre ce danger.
La puissance que Dhruva Maharaja avait acquise par la pratique du service de dévotion offert au Seigneur fut ressentie même par les devas, qui ne s'étaient jamais trouvés dans une telle situation. En effet, lorsque Dhruva Maharaja se fut rendu maître de sa respiration, l'entière respiration universelle en fut suspendue. C'est par la volonté de Dieu, la Personne Suprême, que les entités matérielles, produites par l'énergie externe du Seigneur, ne peuvent respirer, alors que les entités spirituelles, produites par l'énergie interne du Seigneur, en ont le pouvoir. Les devas s'en vinrent trouver Dieu, la Personne Suprême, le maître de ces deux énergies, afin de savoir pourquoi ils ne pouvaient plus respirer. En effet, c'est en la Personne du Seigneur Suprême que réside la solution à tous les problèmes surgissant dans cet univers matériel. Si les problèmes sont le propre du monde matériel, ils brillent au contraire par leur absence dans le monde spirituel; mais, puisque Dieu est le maître de tous les univers, matériel et spirituel, on aura avantage à L'approcher lors de toute situation difficile. Les dévots du Seigneur n'ont donc aucun problème en ce monde matériel. Visvam purna-sukhayate:(1) les bhaktas sont exempts de tout problème du fait de leur abandon total à la Personne Suprême. Pour un dévot du Seigneur, par conséquent, tout est source joie en ce monde, car il connaît l'art d'utiliser toute chose pour servir Dieu avec un amour absolu. (1) Caitanya-candramrta
sri-bhagavan uvaca
ma bhaista balam tapaso duratyayan nivartayisye pratiyata sva-dhama yato hi vah prana-nirodha asid auttanapadir mayi sangatatma
O devas, que tout ceci ne vous trouble point. Ce qui s'est produit est du à la rude ascèse et à l'extrême détermination du fils du roi Uttanapada, dont toutes les pensées sont maintenant absorbées en Moi. Il a ainsi bloqué la respiration universelle; mais vous pouvez repartir sans crainte dans vos demeures respectives, car Je vais mettre fin aux sévères austérités de ce garçon et vous délivrer ainsi de cette fâcheuse situation.
Les philosophes mayavadis interprètent faussement le mot sangatatma en disant que le moi de Dhruva Maharaja devint identique au Moi suprême, Dieu Lui-même. Par ce mot, les philosophes mayavadis veulent prouver que l'âme distincte s'unifie ainsi à l'Ame Suprême et n'a alors plus d'existence séparée. Dans ce verset, toutefois, le Seigneur affirme clairement que Dhruva Maharaja était si absorbé dans sa méditation sur Dieu, la Personne Suprême, que Celui-ci, la conscience universelle, fut Lui-même attiré vers Dhruva. Pour satisfaire les devas, Il voulut Se rendre en personne auprès de Dhruva Maharaja afin de mettre un terme à sa rude ascèse. Ce verset ne corrobore pas la conclusion des philosophes mayavadis, selon quoi l'Ame Suprême et l'âme distincte deviennent un tout unique. Au contraire, l'Ame Suprême, le Seigneur Souverain, voulait mettre fin aux pratiques austères de Dhruva Maharaja. Celui qui satisfait Dieu, la Personne Suprême, contribue par là à la satisfaction de tous, de même qu'en arrosant les racines d'un arbre, on nourrit ainsi chaque branche, chaque rameau et chaque feuille de cet arbre. Celui qui peut attirer le Seigneur Suprême attire naturellement l'univers entier, puisque Krsna est la cause suprême de l'univers. Tous les devas craignaient d'être complètement terrassés par la suffocation, mais le Seigneur leur donna l'assurance que Dhruva Maharaja, grand dévot de Sa Personne, n'avait pas l'intention d'anéantir tous les êtres de l'univers. En effet, un bhakta n'éprouve jamais d'inimitié envers les autres êtres vivants. Ainsi s'achèvent les enseignements de Bhaktivedanta sur le huitième chapitre du quatrième Chant du Srimad-Bhagavatam, intitulé: "Dhruva Maharaja quitte son foyer et gagne la forêt".
Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare |