SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 6
CHAPITRE 10

La bataille entre
les devas et Vrtrasura.

VERSET 11

sri-badarayanir uvaca
evam krta-vyavasito
dadhyann atharvanas tanum
pare bhagavati brahmany
atmanam sannayan jahau

TRADUCTION

Sri Sukadeva Gosvami dit:
Dadhici Muni, le fils d'Atharva, résolut donc d'abandonner son corps aux devas. Il plaça son âme aux pieds pareils-au-lotus de Dieu, la Personne Souveraine, et quitta ainsi son corps matériel grossier, composé de cinq éléments.

TENEUR ET PORTEE

Comme l'indiquent les mots pare bhagavati brahmany atmanam sannayan, Dadhici se plaça lui-même, en tant qu'âme spirituelle, aux pieds pareils-au-lotus du Seigneur Souverain. A ce propos, on peut se reporter à l'incident au cours duquel Dhrtarastra vint à quitter son corps, ainsi que le rapporte le premier Chant du Srimad-Bhagavatam (1.13.55). Dhrtarastra décomposa analytiquement son corps matériel grossier en cinq éléments —la terre, l'eau, le feu, l'air et l'éther— et il les réunit à leurs sources respectives; en d'autres termes, il fusionna ces cinq éléments avec le mahat-tattva originel. Prenant conscience de sa conception matérielle de l'existence, il détacha peu à peu son âme des liens qui la retenaient à la matière et se plaça lui-même aux pieds pareils-au-lotus du Seigneur Souverain. Un exemple est donné afin d'illustrer ce qui précède: lorsqu'un pot en terre est brisé, la petite fraction d'espace qui se trouvait contenue dans le pot se fond à nouveau dans la vaste étendue de l'espace extérieur. Les philosophes mayavadis se méprennent sur cette description du Srimad-Bhagavatam. C'est pourquoi Sri Ramanuja Svami, dans son ouvrage intitulé Vedanta-tattva-sara, a expliqué comme suit cette unification de l'âme avec l'Absolu: après s'être séparée du corps matériel, composé de huit éléments —la terre, l'eau, le feu, l'air, l'éther, le mental, l'intelligence et le faux ego—, l'âme individuelle s'absorbe dans le service de dévotion offert à Dieu, la Personne Suprême, tel qu'Il apparaît dans Sa Forme éternelle (isvarah paramah krsnah sac-cid-ananda-vigrahah anadir adir govindah sarva-karana-karanam). La cause matérielle des éléments dont se compose le corps absorbe celui-ci, et l'âme retrouve sa condition première. Comme l'explique Sri Caitanya Mahaprabhu: jivera 'svarupa' haya-krsnera 'nitya-dasa' —la condition immanente de l'être vivant est d'être le serviteur éternel de Krsna. Lorsqu'on parvient à triompher du corps matériel grâce au développement du savoir spirituel et au service de dévotion, on peut retrouver sa condition propre et se vouer ainsi au service du Seigneur.

VERSET 12

yataksasu-mano-buddhis
tattva-drg dhvasta-bandhanah
asthitah paramam yogam
na deham bubudhe gatam

TRADUCTION

Dadhici Muni se rendit maître de ses sens, de son souffle vital, de son mental et de son intelligence, et il s'absorba dans une méditation toute spirituelle. Il trancha ainsi tous ses liens avec la matière, et ne s'aperçut pas que son corps matériel se séparait de son âme.

TENEUR ET PORTEE

Le Seigneur déclare dans la Bhagavad-gita (VIII.5):

anta-kale ca mam eva
smaran muktva kalevaram
yah prayati sa mad-bhavam
yati nasty atra samsayah

"Quiconque, à l'heure de la mort, quitte son corps en se souvenant de Moi seul, atteint aussitôt Mon royaume, n'en doute pas." Naturellement, il faut s'entraîner avant d'être terrassé par la mort, mais le parfait yogi, c'est-à-dire le bhakta, meurt absorbé dans une méditation toute spirituelle, en pensant à Krsna. Il ne sent pas que son corps matériel se sépare de son âme; celle-ci se retrouve aussitôt dans le monde spirituel. Tyaktva deham punar janma naiti mam eti: l'âme n'entre pas à nouveau dans le sein d'une mère matérielle, mais retourne à Dieu, en sa demeure originelle. Ce yoga, le bhakti-yoga, est le plus élevé de tous, comme Krsna l'explique Lui-même dans la Bhagavad-gita (VI.47):

yoginam api sarvesam
mad-gatenantaratmana
sraddhavan bhajate yo mam
sa me yuktatamo matah

"D'entre tous les yogis, celui qui, avec une foi totale, demeure toujours en Moi et M'adore en Me servant avec amour, celui-là est le plus grand et M'est le plus intimement lié." Le bhakti-yogi pense toujours à Krsna, si bien qu'à l'instant de la mort, il peut très facilement se transporter sur Krsnaloka, sans même connaître les affres de la mort.

VERSET 13-14

athendro vajram udyamya
nirmitam visvakarmana
muneh saktibhir utsikto
bhagavat-tejasanvitah

vrto deva-ganaih sarvair
gajendropary asobhata
stuyamano muni-ganais
trailokyam harsayann iva

TRADUCTION

Le roi Indra empoigna alors l'arme de foudre fabriquée par Visvakarma à partir des os de Dadhici. Armé de la prodigieuse puissance de Dadhici Muni et éclairé par celle du Seigneur Souverain, Indra partit sur sa monture. Airavata, entouré de tous les devas, tandis que tous les grands sages lui adressaient des louanges. Il brillait d'un éclat merveilleux, répandant la joie dans les trois mondes tandis qu'il s'en allait mettre à mort Vrtrasura.

VERSET 15

vrtram abhyadravac chatrum
asuranika-yuthapaih
paryastam ojasa rajan
kruddho rudra ivantakam

TRADUCTION

O roi Pariksit, tout comme Rudra, plein de colère contre Antaka [Yamaraja], s'était autrefois élancé contre lui pour le tuer, Indra attaqua rageusement et avec violence Vrtrasura, qui était entouré par les chefs des armées démoniaques.


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare