SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 6
CHAPITRE 13

Le roi Indra poursuivi
par les conséquences
de son crime.

VERSET 6

sri-suka uvaca
rsayas tad upakarnya
mahendram idam abruvan
yajayisyama bhadram te
hayamedhena ma sma bhaih

TRADUCTION

Sri Sukadeva Gosvami dit:
En entendant ces mots, les grands sages répondirent à Indra: "O roi des cieux, que le destin te soit propice! Ne crains rien. Nous accomplirons un sacrifice asvamedha pour te délivrer du péché dont tu pourrais te rendre coupable en tuant ce brahmana.

VERSET 7

hayamedhena purusam
paramatmanam isvaram
istva narayanam devam
moksyase pi jagad-vadhat

TRADUCTION

"O roi Indra, en accomplissant le sacrifice asvamedha et en satisfaisant par là même le Seigneur Souverain, qui est l'Ame Suprême, Sri Narayana, le maître absolu, on peut expier même le massacre de l'univers entier, à plus forte raison la mise à mort d'un être démoniaque comme Vrtrasura.

VERSET 8-9

brahma-ha pitr-ha go-ghno
matr-hacarya-haghavan
svadah pulkasako vapi
suddhyeran yasya kirtanat

tam asvamedhena maha-makhena
sraddhanvito smabhir anusthitena
hatvapi sabrahma-caracaram tvam
na lipyase kim khala-nigrahena

TRADUCTION

"Une personne ayant tué un brahmana, une vache, ou même son père, sa mère ou son maître spirituel peut immédiatement s'affranchir des suites de toutes ses fautes en récitant simplement le Saint Nom de Narayana. D'autres pécheurs, comme les mangeurs de chien et les candalas, qui sont inférieurs aux sudras, peuvent également se purifier de cette façon. Mais tu es un bhakta, et nous t'aiderons à accomplir le grand sacrifice du cheval. Si tu peux combler Narayana de la sorte, de quoi as-tu peur? Tu seras lavé de ta faute même si tu anéantis l'univers entier, y compris les brahmanas. Que risques-tu alors en tuant un démon malfaisant comme Vrtrasura?"

TENEUR ET PORTEE

Le Brhad-visnu Purana enseigne:

namno hi yavati saktih
papa-nirharane hareh
tavat kartum na saknoti
patakam pataki narah

Et de même, le Prema-vivarta de Jagadananda Pandita:

eka krsna-name papira yata papa-ksaya
bahu janme sei papi karite naraya

Ceci signifie qu'en prononçant une seule fois le Saint Nom du Seigneur, on peut s'affranchir des suites d'un plus grand nombre de fautes qu'on ne pourra jamais imaginer en accomplir. Le Saint Nom recèle une si grande puissance spirituelle que le simple fait de le prononcer permet de s'affranchir des suites de tout acte coupable. Que dire, dès lors, de ceux qui chantent régulièrement le Saint Nom ou qui adorent régulièrement la murti? Ces bhaktas purifiés ont la certitude d'échapper à toutes les suites de leurs fautes. Néanmoins, cela ne signifie pas que l'on puisse pécher intentionnellement et se croire à l'abri de toute conséquence fâcheuse du fait qu'on chante les Saints Noms. Une telle mentalité constitue une offense abjecte à l'égard des pieds pareils-au-lotus du Saint Nom. Namno balad yasya hi papa-buddhih: le Saint Nom du Seigneur a sans conteste le pouvoir nécessaire pour neutraliser toutes les fautes, mais si quelqu'un pèche intentionnellement et de façon répétée tout en chantant le Saint Nom, il est sans conteste condamnable au plus haut point.

Ces versets donnent les noms de différentes sortes de pécheurs, et la Manu-samhita en mentionne d'autres. A titre d'exemple, un fils issu de la semence d'un brahmana et né d'une mère sudra est qualifié de parasava, ou nisada, c'est-à-dire de "chasseur habitué à voler". Le fils d'un nisada et d'une femme sudra a pour nom pukkasa, et celui d'un ksatriya et de la fille d'un sudra est un ugra. Celui d'un sudra et de la fille d'un ksatriya est appelé ksatta; quant à celui d'un ksatriya et d'une femme de basse naissance, il est appelé svada, ou mangeur de chien. Toutes ces différentes progénitures sont considérées comme chargées de péchés, mais le Saint Nom du Seigneur Souverain est si puissant qu'il peut purifier tous ces êtres; il leur suffit de chanter le mantra Hare Krsna.

Le Mouvement Hare Krsna offre à chacun une occasion de se purifier, quelles que soient sa lignée ou son hérédité. Ainsi que le confirme le Srimad-bhagavatam (2.4.18):

kirata-hunandhra-pulinda-pulkasa
abhira-sumbha yavanah khasadayah
ye nye ca papa yad-apasrayasrayah
sudhyanti tasmai prabhavisnave namah

"Les Kiratas, Hunas, Andhras, Pulindas, Pulkasas, Abhiras, Sumbhas, Yavanas, Khasas, et même d'autres races habituellement souillées par le péché, peuvent être purifiées s'ils cherchent refuge auprès des dévots du Seigneur, car Celui-ci possède la puissance suprême. Puisse-t-Il accepter mon hommage!"

Même de tels pécheurs peuvent sans aucun doute être purifiés s'ils chantent le Saint Nom du Seigneur sous la direction d'un pur bhakta.

Les sages encouragent ici Indra à tuer Vrtrasura, même au risque de commettre un brahma-hatya (le meurtre d'un brahmana), et ils lui promettent de le décharger de toutes les suites de sa faute en accomplissant un asvamedha-yajna. Toutefois, une expiation ainsi préméditée ne peut affranchir l'auteur d'un crime des conséquences de son péché. C'est ce que démontrera le verset suivant.

VERSET 10

sri-suka uvaca
evam sancodito viprair
marutvan ahanad ripum
brahma-hatya hate tasminn
asasada vrsakapim

TRADUCTION

Sri Sukadeva Gosvami dit:
Encouragé par les paroles des sages, Indra tua Vrtrasura. Bien entendu, après la mort de l'asura, la souillure résultant du meurtre d'un brahmana [brahma-hatya] retomba sur Indra.

TENEUR ET PORTEE

Après avoir tué Vrtrasura, Indra ne put échapper aux conséquent du crime qu'il avait commis en tuant un brahmana (brahma-hatya). Il avait déjà, par le passé, tué un brahmana, Visvarupa, sous l'effet d'une colère fortuite; mais cette fois, suivant le conseil des sages, il tua à dessein un autre brahmana. La faute était donc plus grave, si bien qu'il ne put s'en décharger en accomplissant simplement des sacrifices d'expiation. Il dut subir toute une série de châtiments sévères, et lorsqu'il fut libéré par ces souffrances, les brahmanas lui permirent d'accomplir le sacrifice du cheval. Accomplit de façon préméditée des actes coupables en se fiant à la puissance du chant du Saint Nom du Seigneur ou du processus d'expiation (prayascitta) pour en annuler les conséquences ne peut apporter le salut à qui que ce soit, pas même à Indra ou à Nahusa. Celui-ci remplaçait Indra dans le royaume édénique, tandis qu'il cherchait, en s'enfuyant, à échapper aux conséquences de sa faute.


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare