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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 6 CHAPITRE 14 Le désespoir du roi
Citraketu.
sri-pariksid uvaca
rajas-tamah-svabhavasya brahman vrtrasya papmanah narayane bhagavati katham asid drdha matih
O docte brahmana, les asuras sont généralement des pécheurs car ils subissent profondément l'influence de la passion et de l'ignorance. Comment dès lors, Vrtrasura pouvait-il avoir un amour aussi élevé pour Dieu, la Personne Suprême, Narayana?
Dans cet univers matériel, chacun subit le joug des attributs matériels que sont la passion et l'ignorance. Toutefois, à moins de triompher de ces influences et d'accéder au niveau de la vertu, on n'aura aucune chance de devenir un pur bhakta. C'est ce que confirme Krsna Lui-même dans la Bhagavad-gita (VII.28):
devanam suddha-sattvanam
rsinam camalatmanam bhaktir mukunda-carane na prayenopajayate
rajobhih sama-sankhyatah
parthivair iha jantavah tesam ye kecanehante sreyo vai manujadayah
prayo mumuksavas tesam
kecanaiva dvijottama mumuksunam sahasresu kascin mucyeta sidhyati
Il existe quatre classes d'hommes: les karmis, les jnanis, les yogis et les bhaktas. Cette déclaration s'applique tout particulièrement aux karmis et aux jnanis. Un karmi essaie d'être heureux dans cet univers matériel en passant d'un corps à un autre. Il a pour objectif le confort matériel, que ce soit sur notre planète ou sur une autre. Cependant, lorsqu'une telle personne devient un jnani, elle aspire à être libérée de la servitude matérielle. D'entre d'innombrables êtres qui aspirent à la libération, un seul peut-être y parviendra au cours de sa vie. Il renoncera à son attachement pour la société, l'amitié, l'amour, son pays, sa famille, sa femme et ses enfants. Parmi tous ceux qui sont ainsi parvenus au stade du vanaprastha, un est à même de comprendre combien il est essentiel de devenir sannyasi, c'est-à-dire d'accepter l'ordre du renoncement total.
muktanam api siddhanam
narayana-parayanah sudurlabhah prasantatma kotisv api maha-mune
Srila Visvanatha Cakravarti Thakura donne pour ce verset le commentaire suivant. Désirer la mukti, la libération, est insuffisant; on doit être réellement libéré. Celui qui comprend la futilité d'une existence vouée au matérialisme fait des progrès dans la connaissance, si bien qu'il s'établit dans l'ordre du vanaprastha, où il n'est plus attaché à sa famille, à sa femme et à ses enfants. Il doit alors continuer à progresser pour atteindre le niveau du sannyasa, l'ordre du renoncement effectif, pour ne jamais retomber sous l'emprise de la vie matérielle. Même si une personne désire être libérée, ceci ne veut pas dire qu'elle l'est effectivement. Il est très rare qu'un être humain parvient à ce stade. De fait, bien que beaucoup d'hommes optent pour le sannyasa afin de parvenir à la libération, par suite de leurs imperfections ils s'attachent à nouveau aux femmes, aux activités matérielles, aux oeuvres sociales et ainsi de suite. Les jnanis, les yogis et les karmis, chez qui le service de dévotion est absent, sont qualifiés d'offenseurs. Sri Caitanya Mahaprabhu dit à ce propos: mayavadi krsne aparadhi —celui qui pense que tout est maya au lieu de penser que tout est Krsna est un aparadhi, un offenseur. Bien que les mayavadis, ou "impersonnalistes", soient des offenseurs aux pieds pareils-au-lotus de Krsna, ils peuvent néanmoins être comptés parmi les siddhas, ceux qui ont pris conscience de leur identité spirituelle. On peut les considérer plus proches de la perfection spirituelle parce qu'ils ont au moins réalisé ce qu'est la vie spirituelle. Si l'un d'eux devient narayana-parayana, c'est-à-dire un dévot de Narayana, il est supérieur à un jivan-mukta, une âme libérée ou parfaite. Ceci requiert une intelligence supérieure. Il existe deux sortes de jnanis. L'un est enclin au service de dévotion, l'autre à la réalisation impersonnelle. En général, les impersonnalistes déploient de grands efforts sans pour autant en tirer de profit appréciable; c'est pourquoi on dit d'eux qu'ils battent du riz dont on a déjà enlevé le grain (sthula-tusavaghatinah). L'autre classe de jnanis, dont la connaissance est teintée de (bhakti), se divise à son tour en deux catégories —ceux qui vouent un culte à la Forme du Seigneur tout en la considérant imaginaire, et ceux qui comprennent que Dieu, la Personne Suprême, est (sac-cid-ananda-vigraha), la vraie Forme spirituelle. Les bhaktas mayavadis adorent Narayana, ou Visnu, en pensant que Visnu a revêtu volontairement une forme empruntée à maya et que l'ultime vérité est en fait impersonnelle. Toutefois, le pur bhakta ne pense jamais que Visnu a reçu un corps de maya; au lieu de cela, il sait parfaitement bien que la Vérité Absolue originelle est la Personne Suprême. Un tel bhakta est réellement parvenu à la connaissance. Il ne se fond jamais dans la lumière du Brahman. Ainsi que le déclare le Srimad-Bhagavatam (10.2.32):
Ceux qui aspirent à être élevés aux planètes édéniques en empruntant la voie du service de dévotion, seront également frustrés, car tel n'est pas l'aboutissement de cette voie. Néanmoins, ils ont ainsi l'occasion d'agir dans le cadre du service de dévotion et d'être purifiés. Ainsi que le déclare le Srimad-Bhagavatam (1.2.17):
Tant que la souillure qui se trouve dans le coeur d'un individu n'a pas été enlevée, il ne peut devenir un pur bhakta. C'est pourquoi le mot sudurlabhah ("très rarement trouvé") est utilisé dans ce verset. On trouve très rarement un pur bhakta parmi des centaines, des milliers, et même des millions d'âmes parfaitement libérées. C'est la raison pour laquelle les mots kotisv api sont utilisés ici. Srila Madhvacarya donne les citations suivantes, extraites du Tantra Bhagavata:
Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare |