VERSET 36
krcchra-labdhe tha rajarses
tanaye nudinam pituh
yatha nihsvasya krcchrapte
dhane sneho nvavardhata
TRADUCTION
Quand un homme pauvre gagne un peu d'argent après beaucoup d'efforts, l'attachement qu'il éprouve pour celui-ci s'accroît quotidiennement. Ainsi, lorsque le roi Citraketu, après bien des difficultés, eut enfin obtenu un fils, son affection pour lui augmenta de jour en jour.
VERSET 37
matus tv atitaram putre
sneho moha-samudbhavah
krtadyuteh sapatninam
praja-kama-jvaro bhavat
TRADUCTION
De même, l'attirance que la mère éprouvait pour son fils ainsi que l'attention dont ce dernier était l'objet s'accrurent de manière excessive. Cependant, en voyant le fils de Krtadyuti, les autres reines devinrent très agitées, comme en proie à une forte fièvre, car elles désiraient elles aussi avoir des fils.
VERSET 38
citraketor atipritir
yatha dare prajavati
na tathanyesu sanjajne
balam lalayato nvaham
TRADUCTION
Comme le roi Citraketu entourait son fils de beaucoup d'attentions, son affection pour la reine Krtadyuti s'accrut; en revanche, il en éprouvait de moins en moins pour ses autres épouses.
VERSET 39
tah paryatapyann atmanam
garhayantyo bhyasuyaya
anapatyena duhkhena
rajnas canadarena ca
TRADUCTION
Les autres reines étaient extrêmement malheureuses parce qu'elles n'avaient pas de fils. Voyant que le roi les délaissait, elles s'adressaient à elles-mêmes des reproches inspirés par l'envie et la douleur.
VERSET 40
dhig aprajam striyam papam
patyus cagrha-sammatam
suprajabhih sapatnibhir
dasim iva tiraskrtam
TRADUCTION
Une femme qui n'a pas de fils est négligée par son mari et déconsidérée par les autres épouses, tout comme si elle n'était qu'une simple servante. Une telle femme est certes condamnée à tous égards à cause de sa vie pécheresse.
TENEUR ET PORTEE
Ainsi que l'a déclaré Canakya Pandita:
mata yasya grhe nasti
bharya capriya-vadini
aranyam tena gantavyam
yatharanyam tatha grham
"Un homme dont la mère ne vit pas chez lui et dont l'épouse ne lui adresse pas de douces paroles devrait se rendre dans la forêt. Pour lui, en effet, vivre au foyer ou dans la forêt revient au même." Pareillement, pour une femme sans fils, négligée par son mari et déconsidérée par les autres épouses qui la traitent comme une vulgaire servante, il est préférable de se rendre dans la forêt plutôt que de rester chez elle.