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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 6 CHAPITRE 15 Les Rsis Narada et Angira
instruisent le roi Citraketu.
sri-suka uvaca
ucatur mrtakopante patitam mrtakopamam sokabhibhutam rajanam bodhayantau sad-uktibhih
Alors que le roi Citraketu, accablé par le chagrin, gisait comme un cadavre à côté du corps inerte de son fils, Narada et Angira, les deux grands sages, l'instruisirent au sujet de la conscience spirituelle.
ko yam syat tava rajendra
bhavan yam anusocati tvam casya katamah srstau puredanim atah param
Les instructions spirituelles données par Narada et Angira Muni conviennent parfaitement à l'âme conditionnée en proie à l'illusion. Notre univers est temporaire, néanmoins, par suite de notre karma antérieur, nous venons ici-bas pour y recevoir divers corps; ceci a pour effet de créer des liens éphémères nés des rapports sociaux, de l'amitié, de l'amour, de la nationalité, etc., qui se terminent tous avec la mort. Ces rapports temporaires n'existaient pas par le passé; ils n'existeront pas davantage à l'avenir. C'est pourquoi, au moment présent, les prétendus liens et rapports de parenté ne sont que des illusions.
yatha prayanti samyanti
sroto-vegena balukah samyujyante viyujyante tatha kalena dehinah
La méprise de l'âme conditionnée vient de sa conception corporelle de la vie. Le corps est matériel, mais l'âme, qui se trouve à l'intérieur, est spirituelle. C'est là ce qu'on entend par "compréhension spirituelle". Malheureusement, celui qui est plongé dans l'ignorance sous l'influence de l'illusion matérielle considère le corps comme son "moi" véritable. A l'instar de petits grains de sable, les corps entrent en contact les uns avec les autres, puis ils sont séparés par le temps, et, dans leur illusion, les gens se lamentent pour des questions d'union et de séparation. Il n'est pas question de bonheur pour celui qui ne sait pas cela. Voici donc quelle est la première instruction qui est donnée par le Seigneur dans la Bhagavad-gita (II.13):
yatha dhanasu vai dhana
bhavanti na bhavanti ca evam bhutani bhutesu coditanisa-mayaya
Maharaja Citraketu n'était pas destiné à avoir un fils. C'est pourquoi, bien qu'il eût épousé des centaines et des milliers de femmes, toutes se révélèrent stériles et il ne put engendrer un seul enfant. Lorsque Angira Rsi s'en vint voir le roi, ce dernier demanda au grand sage de lui permettre d'avoir au moins un fils. Suite à la bénédiction octroyée par Angira Rsi, un enfant lui fut envoyé par la grâce de maya, mais ce petit garçon ne devait pas vivre longtemps. C'est la raison pour laquelle, dès le début, Angira Rsi avait dit au roi que son enfant serait une source de joie intense et de profond chgrin. Le roi Citraketu n'était pas destiné à avoir un enfant en vertu du destin, ou de la volonté de l'Etre Suprême. Tout comme du grain stérile ne peut produire d'autre grain, une personne stérile de par la volonté du Seigneur Suprême n'est pas à même d'avoir un enfant. Parfois, un enfant naît même d'un père impuissant et d'une mère stérile, et parfois un père fécond et une mère fertile demeurent sans enfants. Il arrive aussi qu'une femme soit enceinte en dépit de méthodes contraceptives et, pour cette raison, les parents en viennent à tuer l'enfant alors qu'il se trouve encore en gestation. A notre époque, l'avortement est devenu une pratique courante. Pourquoi? Pour quelle raison des méthodes contraceptives se révèlent-elles parfois inefficaces? Pourquoi un enfant est-il parfois engendré, de telle sorte que les parents vont le tuer alors qu'il est encore dans le sein de sa mère? Nous devons en conclure que les moyens d'action offerts par notre prétendue connaissance scientifique ne peuvent déterminer ce qui va se produire, car tout dépend en fait de la volonté suprême. C'est en vertu de celle-ci que nous naissons dans telle famille, dans tel milieu, avec une certaine personnalité. Tout ceci est réglé par le Seigneur Suprême suivant les désirs que nous suggère maya, l'illusion. En conséquence, dans la vie de dévotion, on ne devrait rien désirer, étant donné que tout dépend de Dieu, la Personne Suprême. Ainsi que le déclare le Bhakti-rasamrta-sindhu (1.1.11):
vayam ca tvam ca ye ceme
tulya-kalas caracarah janma-mrtyor yatha pascat pran naivam adhunapi bhoh
Les philosophes de l'école mayavadi disent que le Brahman, l'être vivant, a une existence bien réelle, mais que sa situation actuelle au sein de la matière est fausse, sans réalité (brahma satyam jagan mithya). Selon la philosophie vaisnava, cependant, la situation présente n'est pas irréelle, mais seulement temporaire; on peut la comparer à un rêve. Un rêve n'existe pas avant que l'on ne s'endorme, et il ne continue pas davantage une fois que l'on s'éveille. La période de rêve n'existe qu'entre ces deux moments; elle est donc irréelle dans le sens qu'elle n'est pas permanente. De même, toute la création matérielle, y compris les autres créatures et nous-mêmes, est de nature transitoire. Nous ne sommes pas affectés par un rêve avant que celui-ci n'ait lieu ou une fois qu'il est passé; aussi ne doit-on pas accepter comme réel un rêve ou une situation analogue à un rêve, et se lamenter au moment où on le vit. Voilà le véritable savoir.
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