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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 6 CHAPITRE 15 Les Rsis Narada et Angira
instruisent le roi Citraketu.
adhuna putrinam tapo
bhavataivanubhuyate evam dara grha rayo vividhaisvarya-sampadah
sabdadayas ca visayas
sarve pi suraseneme
Ce verset décrit l'enchaînement à l'existence matérielle. L'être vivant possède bien des choses en ce monde —un corps matériel, des enfants, une femme et ainsi de suite (dehapatya-kalatradisu). Il peut se croire protégé de la sorte, mais toutes ces possessions ne lui sont en fait d'aucun secours: il est contraint d'abandonner sa situation présente et d'en accepter une autre. Sa nouvelle condition peut ne pas lui être favorable, mais même dans le cas contraire il doit y renoncer et accepter à nouveau un autre corps. Ainsi se poursuivent les épreuves auxquelles le soumet son existence matérielle. Un homme sensé devrait être parfaitement conscient du fait que ces choses-là ne pourront jamais le rendre heureux. Il faut réaliser sa propre identité spirituelle et servir éternellement Dieu, la Personne Suprême, avec dévotion. Angira Rsi et Narada Muni donnèrent cette instruction à Maharaja Citraketu.
drsyamana vinarthena
na drsyante manobhavah karmabhir dhyayato nana- karmani manaso bhavan
Tout ce qui est matériel est un produit de l'imagination car ces créations sont parfois visibles et parfois non. La nuit, quand nous rêvons de tigres et de serpents, ces animaux ne sont pas réellement présents, mais nous réagissons quand même à ce que nous voyons dans nos rêves. De même, toute chose matérielle est comme un rêve parce qu'en fait elle n'a pas d'existence permanente. Srila Visvanatha Cakravarti Thakura écrit ce qui suit dans son commentaire: arthena vyaghra-sarpadina vinaiva drsyamanah svapnadi-bhange sati na drsyante tad evam daradayo vastava-vastu-bhutah svapnadayo vastubhutas ca sarve manobhavah mano-vasana janyatvan manobhavah. La nuit, il arrive que l'on rêve de tigres et de serpents; on les voit bel et bien pendant le rêve mais une fois celui-ci achevé, ils n'existent plus. De même, le monde matériel est une création de notre imagination. Nous sommes venus en ce monde afin de profiter des ressources qu'il nous offre, et parce que nous avons l'esprit accaparé par des choses matérielles, notre imagination nous fait découvrir de très nombreux objets de jouissance. C'est la raison pour laquelle nous recevons divers corps. Selon les idées que nous suggère notre mental, nous oeuvrons de diverses manières, animés de désirs variés, et les avantages que nous désirons nous sont octroyés par la nature sur l'ordre de Dieu, la Personne Suprême (karmana daivanetrena). Nous sommes ainsi de plus en plus enchaînés à des conceptions matérielles et illusoires. Voilà quelle est la raison de nos souffrances ici-bas. Une activité en engendre une autre, et toutes résultent des idées issues de notre mental.
ayam hi dehino deho
dravya-jnana-kriyatmakah dehino vividha-klesa santapa-krd udahrtah
Dans le cinquième Chant de cet ouvrage (5.5.4), Rsabhadeva disait à Ses fils: asann api klesada asa dehah —"Bien que temporaire, le corps est la cause de toutes les misères de l'existence matérielle." Comme ceci a déjà été discuté dans le verset précédent, toute la création matérielle est fondée sur des conceptions issues de notre mental. Parfois, le mental nous incite à penser que si nous achetons une voiture, nous pourrons tirer du plaisir des éléments physiques comme la terre, l'eau et le feu, combinés sous la forme de fer, de plastigue, d'essence, et ainsi de suite. Puisque, pour agir, nous utilisons les cinq éléments matériels (panca-bhutas), ainsi que nos cinq organes de perception, comme les yeux, les oreilles et la langue, et nos cinq organes d'action tels que les mains et les jambes, nous sommes de plus en plus assujettis à la condition matérielle; de ce fait, nous endurons alors les souffrances dites adhyatmika, adhidaivika et adhibhautika. Le mental est au centre de ce conditionnement car c'est lui qui le crée. Toutefois, dès que l'objet matériel subit quelque dommage, le mental est affecté et nous souffrons. A titre d'exemple, nous pouvons construire une très belle automobile au moyen des éléments matériels, des organes d'action et des organes de perception, mais lorsque celle-ci est accidentellement détruite lors d'une collision, le mental souffre et, par son intermédiaire, l'être vivant souffre alors lui aussi. L'être crée lui-même, de par ses pensées, la condition matérielle dans laquelle il se trouve. Comme la matière est destructible, il doit naturellement souffrir. Autrement, l'être vivant est détaché de toutes les conditions matérielles. Celui qui parvient au niveau spirituel, le niveau du Brahman, et qui comprend parfaitement qu'il est une âme spirituelle (aham brahmasmi), arrête de se plaindre ou d'aspirer à toutes sortes de choses. Comme le Seigneur le dit dans la Bhagavad-gita (XVIII.54):
Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare |