SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 6
CHAPITRE 16

Le roi Citraketu rencontre
le Seigneur Suprême.

VERSET 16

kalindyam vidhivat snatva
krta-punya-jala-kriyah
maunena samyata-prano
brahma-putrav avandata

TRADUCTION

Le roi se baigna dans l'eau de la Yamuna, et suivant les règles prescrites, il fit des oblations d'eau aux ancêtres et aux devas. Puis, maîtrisant avec gravité ses sens et son mental, il offrit ses respects et son hommage aux fils de Brahma [Angira et Narada].

VERSET 17

atha tasmai prapannaya
bhaktaya prayatatmane
bhagavan naradah prito
vidyam etam uvaca ha

TRADUCTION

Ensuite, le puissant sage Narada, très satisfait de Citraketu, qui était un bhakta maître de lui-même et une âme soumise, lui transmit les enseignements spirituels qui suivent.

VERSET 18-19

om namas tubhyam bhagavate
vasudevaya dhimahi
pradyumnayaniruddhaya
namah sankarsanaya ca

namo vijnana-matraya
paramananda-murtaye
atmaramaya santaya
nivrtta-dvaita-drstaye

TRADUCTION

[Narada enseigna à Citraketu le mantra suivant:]
O Seigneur, ô Etre Divin, Toi à qui s'adresse l'omkara [pranava], je T'offre mon hommage respectueux. O Vasudeva, je médite sur Toi. A Pradyumna, Aniruddha et Sankarsana, j'offre mon hommage respectueux. O réservoir de puissance spirituelle, ô félicité suprême, vers Toi se porte l'hommage de mon respect, vers Toi qui Te suffis à Toi-même et en qui habite la plus grande paix. O Vérité ultime, Toi qui es Un sans second, on Te réalise en tant que le Brahman, le Paramatma et Bhagavan, en sorte que Tu es la demeure de toute connaissance. A Toi mon hommage répété.

TENEUR ET PORTEE

Dans la Bhagavad-gita, Krsna déclare être la syllabe om des mantras védiques (pranavah sarva-vedesu). En termes de connaissance transcendantale, on s'adresse au Seigneur par le mot pranava, ou omkara, qui est une représentation sonore symbolique de Dieu. Om namo bhagavate vasudevaya. Vasudeva, qui est une manifestation de Narayana, Se manifeste Lui-même en tant que Pradyumna, Aniruddha et Sankarsana. De Sankarsana vient une seconde émanation du nom de Narayana, et de ce second Narayana procède une autre émanation quadruple de Vasudeva, Pradyumna, Sankarsana et Aniruddha. Le Sankarsana de ce second groupe est la cause originelle des trois purusas, nommément Karanodakasayi Visnu, Garbhodakasayi Visnu et Ksirodakasayi Visnu. Ce dernier est présent dans chaque univers, où Il habite sur une planète spéciale appelée Svetadvipa. La Brahma-samhita le confirme par les mots andantara-stha, anda signifiant "univers". Dans cet univers se trouve donc une planète appelée Svetadvipa, où vit Ksirodakasayi Visnu, et de Lui viennent tous les avataras qui apparaissent dans ce monde.

Comme le confirme la Brahma-samhita toutes ces Formes du Seigneur Souverain sont advaitas, non différentes les unes des autres, et elles sont également acyutas, ou infaillibles, car elles ne déchoient pas de leur position comme les âmes conditionnées. Les êtres distincts ordinaires ont tendance à tomber sous l'emprise de maya, mais le Seigneur Suprême, dans Ses diverses Formes d'avataras, est acyuta, infaillible. Son Corps diffère donc du corps matériel que possède l'âme conditionnée.

Le dictionnaire Medini explique comme suit le mot matra: matra karna-vibhusayam vitte mane paricchade. Dans ses différents sens, le mot matra est utilisé pour signifier "parures d'oreilles", "possession", "respect" et "le fait d'être recouvert". Selon la Bhagavad-gita (II.14):

matra-sparsas tu kaunteya
sitosna-sukha-duhkha-dah
agamapayino nityas
tams titiksasva bharata

"Ephémères, joies et peines, comme étés et hivers, vont et viennent, ô fils de Kunti. Elles ne sont dues qu'à la rencontre des sens avec la matière, ô descendant de Bharata, et il faut apprendre à les tolérer, sans en être affecté." Dans l'état conditionné, le corps nous sert de vêtement, et de même qu'une personne a besoin de vêtements différents en été et en hiver, nous autres, âmes conditionnées, changeons de corps selon nos désirs. Cependant, parce que le Corps du Seigneur Suprême est tout de connaissance, il n'a pas besoin d'être couvert. L'idée selon laquelle le Corps de Krsna est comme le nôtre -ce qui revient à dire que Son Corps et Son Ame diffèrent l'un de l'autre -relève d'une fausse conception. Il n'existe pas de telles différences en Krsna, car Son Corps est tout de connaissance. Ici-bas, nous recevons des corps matériels par manque de savoir, mais parce que Krsna, Vasudeva, est pure connaissance, il n'existe aucune différence entre Son Corps et Son Ame. Krsna Se rappelle ce qu'Il a dit au deva du Soleil quarante millions d'années auparavant, mais un être ordinaire ne peut se rappeler ce qu'il a dit ne serait-ce que l'avant-veille. Telle est la différence qui existe entre le Corps de Krsna et le nôtre, d'où les mots vijnana-matraya paramananda-murtaye utilisés pour qualifier le Seigneur.

Parce que le Corps du Seigneur est tout de connaissance, Il jouit éternellement de la félicité la plus absolue. Pour tout dire, Sa Forme même est paramananda, comme le confirme le Vedanta-sutra: anandamayo bhyasat -par nature, le Seigneur est anandamaya. Chaque fois que nous voyons Krsna, Il déborde toujours d'ananda, quelles que soient les circonstances. Nul ne peut Le rendre triste. Atmaramaya: Il n'a pas à rechercher de plaisirs externes, car Il Se suffit à Lui-même. Santaya: Il n'a aucun souci, contrairement à ceux qui doivent chercher leur plaisir ailleurs qu'en eux-mêmes; ceux-là sont toujours en proie à l'anxiété. Ainsi karmis, jnanis et yogis se trouvent-ils dans l'anxiété car ils recherchent quelque chose, tandis que le bhakta n'a besoin de rien; il est parfaitement satisfait de servir le Seigneur, qui est plein de félicité.

Nivrtta-dvaita-drstaye: dans notre existence conditionnée, nos corps se composent de différentes parties, mais bien qu'apparemment il en soit de même pour le Corps de Krsna, aucune des parties qui le composent n'est différente d'une autre. Krsna peut voir avec Ses yeux, mais Il peut également voir sans Ses yeux. C'est pourquoi la Svetasvatara Upanisad dit: pasyaty acaksuh. Il peut voir avec Ses mains et Ses pieds. Il n'a pas besoin de recourir à une partie déterminée de Son Corps pour accomplir une action particulière. Angani yasya sakalendriya-vrttimanti: Il peut faire tout ce que bon Lui semble avec n'importe quelle partie de Son Corps, et c'est pourquoi on Le dit tout-puissant.

VERSET 20

atmanandanubhutyaiva
nyasta-sakty-urmaye namah
hrsikesaya mahate
namas te nanta-murtaye

TRADUCTION

Ayant conscience de Ta propre félicité, Tu transcendes toujours les vagues de la nature matérielle. C'est pourquoi, mon Seigneur, je T'offre mon hommage. Tu es l'ultime maître des sens, et d'innombrables Formes émanent de Ta Personne. Tu es le plus grand, et je Te réitère mon hommage respectueux.

TENEUR ET PORTEE

Ce verset établit d'une manière analytique une distinction entre l'âme infinitésimale et le Seigneur Suprême. La Forme du Seigneur et celle de l'âme conditionnée sont différentes, car le Seigneur baigne dans une félicité constante, tandis que l'âme conditionnée subit toujours les trois formes de souffrances propres à l'univers matériel. Le Seigneur Suprême est sac-cid-ananda-vigraha; Il puise Sa félicité (ananda) en Lui-même. Son Corps est spirituel, transcendantal, mais parce que l'âme conditionnée a un corps matériel, elle est sujette à de nombreux troubles physiques et psychiques. L'âme conditionnée est sans cesse perturbée par l'attachement et le détachement, tandis que le Seigneur Suprême est éternellement au-delà de cette dualité. Le Seigneur est le maître suprême de tous les sens alors que l'âme conditionnée se trouve dominée par eux. Le Seigneur est le plus grand, quand l'être distinct est le plus petit. L'âme infinitésimale est conditionnée par les vagues de la nature matérielle, mais le Seigneur Suprême, Lui, transcende l'action et ses suites. D'innombrables Formes émanent du Corps du Seigneur (advaitam acyutam anadim ananta-rupam), tandis que l'âme conditionnée est limitée à un seul corps. L'histoire nous fournit des exemples d'âmes conditionnées ayant pu, grâce à des pouvoirs surnaturels, se multiplier en huit formes, mais les émanations du Corps du Seigneur sont illimitées. Cela signifie que les Formes de Dieu, la Personne Suprême, n'ont ni commencement ni fin, contrairement aux corps revêtus par les êtres distincts.


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare