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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 6 CHAPITRE 16 Le roi Citraketu rencontre
le Seigneur Suprême.
tad-darsana-dhvasta-samasta-kilbisah
svasthamalantahkarano bhyayan munih pravrddha-bhaktya pranayasru-locanah prahrsta-romanamad adi-purusam
Les mots tad-darsana-dhvasta-samasta-kilbisah revêtent dans ce verset une importance particulière. En effet, si quelqu'un voit régulièrement le Seigneur Suprême dans le temple, il sera peu à peu débarrassé de tout désir matériel, simplement en se rendant au temple et en contemplant la murti. Une fois affranchi des suites de toutes ses fautes, il sera purifié et avec un esprit sain, complètement épuré, il réalisera des progrès de plus en plus grands dans la Conscience de Krsna.
sa uttamasloka-padabja-vistaram
premasru-lesair upamehayan muhuh premoparuddhakhila-varna-nirgamo naivasakat tam prasamiditum ciram
Toutes les lettres de l'alphabet et les mots formés à l'aide de ces lettres doivent servir à offrir des prières à Dieu, la Personne Suprême. Maharaja Citraketu avait la possibilité d'adresser des prières au Seigneur en composant de beaux versets à partir des lettres de l'alphabet, mais sous l'effet de l'extase, il resta longtemps incapable d'assembler ces lettres pour former des prières. Selon le Srimad-Bhagavatam (1.5.22):
tatah samadhaya mano manisaya
babhasa etat pratilabdha-vag asau niyamya sarvendriya-bahya-vartanam jagad-gurum satvata-sastra-vigraham
On ne peut offrir des prières au Seigneur avec des mots matériels. Il faut d'abord atteindre un haut niveau dans la spiritualité en se rendant maître de son mental et de ses sens, avant de trouver les mots appropriés pour glorifier le Seigneur. Citant le verset suivant du Padma Purana, Srila Sanatana Gosvami nous interdit d'ailleurs de réciter toute prière ne venant pas de bhaktas autorisés:
Les mots satvata-sastra-vigraham indiquent que le Corps sac-cid-ananda du Seigneur ne doit jamais être considéré comme un produit de maya. Les bhaktas n'adressent pas leurs prières à une forme imaginaire du Seigneur. Toutes les Ecritures védiques attestent l'existence de la Forme du Seigneur.
citraketur uvaca
ajita jitah sama-matibhih sadhubhir bhavan jitatmabhir bhavata vijitas te pi ca bhajatam akamatmanam ya atmado ti-karunah
O Seigneur invincible, bien que nul ne soit en mesure de Te vaincre, Tu Te laisses certes conquérir par les bhaktas qui ont la maîtrise de leur mental et de leurs sens. Ceux-là peuvent Te garder en leur pouvoir, car Tu fais preuve d'une miséricorde infinie envers ceux de Tes dévots qui n'attendent de Toi aucun gain matériel. Pour tout dire, Tu Te donnes à eux, et de ce fait, Tu as également tout pouvoir sur eux.
Le Seigneur et Son dévot sont tous deux vainqueurs; le Seigneur est conquis par Son dévot, et celui-ci est conquis par le Seigneur. Se capturant ainsi mutuellement, ils trouvent dans leurs rapports une félicité spirituelle infinie. La plus haute perfection de cette conquête mutuelle se voit dans les rapports qu'échangent Krsna et les gopis. Les gopis subjuguaient Krsna, et Krsna subjuguait les gopis; ainsi, chaque fois que Krsna jouait de la flûte, Il capturait le coeur des gopis, et à moins de les voir, Krsna ne pouvait être heureux. Les autres spiritualistes, jnanis et yogis, ne peuvent conquérir le Seigneur Souverain; seuls les purs bhaktas en ont le pouvoir. On qualifie les purs bhaktas de sama-mati, ce qui signifie qu'ils ne dévient du service de dévotion en aucune circonstance. Les bhaktas n'adorent pas le Seigneur Suprême seulement lorsqu'ils sont heureux; ils L'adorent également dans le malheur. Bonheur et malheur n'entravent pas la pratique du service de dévotion, qui est donc ahaituky apratihata, immotivé et ininterrompu. Lorsqu'un bhakta sert le Seigneur sans poursuivre quelque intérêt personnel (anyabhilasita-sunnyam), aucune condition matérielle (apratihata) ne peut faire obstacle à son service de dévotion. Et lorsqu'un bhakta continue à servir dans toutes les situations, il peut capturer Dieu, le Seigneur Souverain. Il existe une distinction bien particulière entre les bhaktas et les autres spiritualistes, à savoir les jnanis et les yogis: ces derniers cherchent artificiellement à ne plus faire qu'Un avec l'Absolu, tandis que les bhaktas n'aspirent jamais à une telle impossibilité. Ils savent qu'ils sont faits pour servir éternellement le Seigneur Suprême, et non pas pour se fondre en Lui. C'est pourquoi on les qualifie de sama-matis ou jitatmas. Ils ont en horreur l'idée de ne faire qu'Un avec l'Absolu. Ils n'ont donc aucun désir impur de cet ordre; ils souhaitent plutôt être délivrés de toute aspiration matérielle et sont donc qualifiés de niskamas, ou "sans désir". Aucun être vivant ne peut exister sans désir, mais ceux qui naissent de la consupiscence, appelés kamas, ne peuvent jamais être satisfaits. Kamais tais tair hrta-jnanah: du fait de ces désirs impurs, les abhaktas sont privés de leur intelligence. Ainsi restent-ils incapables de conquérir le Seigneur Suprême, tandis que les bhaktas dénués de désirs aussi déraisonnables, peuvent, eux, Le capturer. Et ces bhaktas sont aussi conquis par Dieu, la Personne Souveraine. Parce qu'ils sont purs, affranchis de tout désir matériel, ils s'abandonnent pleinement au Seigneur Suprême; c'est ainsi qu'Il les conquiert. De tels bhaktas n'aspirent jamais à la libération. Ils désirent seulement servir les pieds pareils-au-lotus du Seigneur. Et parce qu'ils Le servent sans désir d'être récompensés, ils peuvent gagner Sa miséricorde. Par nature, le Seigneur est très miséricordieux, et lorsqu'Il voit que Son serviteur agit sans désir de gain matériel, Il est naturellement conquis. Le bhakta est toujours occupé à servir:
tava vibhavah khalu bhagavan
jagad-udaya-sthiti-layadini visva-srjas te msamsas tatra mrsa spardhanti prthag abhimatya
Un bhakta s'étant entièrement abandonné aux pieds pareils-au-lotus du Seigneur sait très bien que l'énergie créatrice des êtres distincts, depuis Brahma jusqu'à la fourmi insignifiante, vient de ce qu'ils font partie intégrante de Dieu, la Personne Suprême. Dans la Bhagavad-gita (XV.7), le Seigneur dit: mamaivamso jiva-loke jiva-bhutah sanatanah —"Les êtres, dans le monde des conditions, sont des fragments éternels de Ma Personne." Les êtres distincts ne sont effectivement que d'infimes fragments de l'Etre spirituel suprême, comparables aux étincelles d'un feu. Comme ils font partie intégrante de l'Etre Souverain, ils ont également le pouvoir de créer, mais dans des proportions infimes. Les soi-disant hommes de science de notre monde matérialiste sont fiers de leurs créations modernes, comme l'avion, mais le mérite de telles créations doit revenir à Dieu, la Personne Suprême, et non aux hommes de science qui ont inventé ou créé ces prétendues merveilles. Considérons tout d'abord l'intelligence de l'homme de science. Celui-ci ne progresse que grâce à l'inspiration du Seigneur Suprême, qui déclare dans la Bhagavad-gita (XV.15): mattah smrtir jnanam apohanam ca —"De Moi viennent le souvenir, le savoir et l'oubli." Le Seigneur Souverain, en tant que l'Ame Suprême, Se tient dans le coeur de chaque être; par conséquent, l'inspiration qui permet de progresser dans la connaissance scientifique ou de développer ses facultés créatrices, vient de Lui. De plus, les matériaux nécessaires pour fabriquer les merveilleux engins que sont les avions sont également fournis par le Seigneur, et non par les hommes de science. Ces matériaux, produits par Dieu, existaient avant que l'avion ne soit créé, mais lorsque l'avion ainsi fabriqué est détruit, ses débris posent un problème à ses soi-disant créateurs. Prenons également l'exemple des nombreuses automobiles fabriquées on Occident. Tous les matériaux servant à construire ces voitures sont bien entendu fournis par le Seigneur Suprême, de même que l'intelligence nécessaire à leur prétendue création. Mais à la fin, lorsqu'elles sont détruites, leurs soi-disant créateurs se demandent quoi faire avec les matériaux. Le véritable créateur, le créateur originel, est Dieu, la Personne Suprême. Ce n'est qu'entre ces deux phases de création et de destruction qu'une autre personne peut "créer" quelque chose, l'intelligence étant fournie par le Seigneur; et par la suite. ce produit devient à nouveau un problème. Les soi-disant créateurs n'ont donc pas à être honorés pour leurs oeuvres; le seul mérite revient à Dieu, la Personne Suprême. Il est clairement dit ici que toutes les manifestations de grandeur liées à la création, au maintien et à la destruction doivent être attribuées au Seigneur Souverain, et non pas aux êtres distincts.
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