SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 6
CHAPITRE 16

Le roi Citraketu rencontre
le Seigneur Suprême.

VERSET 31

tad-darsana-dhvasta-samasta-kilbisah
svasthamalantahkarano bhyayan munih
pravrddha-bhaktya pranayasru-locanah
prahrsta-romanamad adi-purusam

TRADUCTION

Dès que Maharaja Citraketu vit le Seigneur Suprême, il fut débarrassé de toute souillure matérielle; parfaitement purifié, il retrouva sa conscience de Krsna originelle. Il devint silencieux et grave, des larmes d'amour pour le Seigneur coulèrent de ses yeux et ses poils se hérissèrent sur son corps. Avec beaucoup de dévotion et d'amour, il offrit son hommage respectueux au Seigneur originel.

TENEUR ET PORTEE

Les mots tad-darsana-dhvasta-samasta-kilbisah revêtent dans ce verset une importance particulière. En effet, si quelqu'un voit régulièrement le Seigneur Suprême dans le temple, il sera peu à peu débarrassé de tout désir matériel, simplement en se rendant au temple et en contemplant la murti. Une fois affranchi des suites de toutes ses fautes, il sera purifié et avec un esprit sain, complètement épuré, il réalisera des progrès de plus en plus grands dans la Conscience de Krsna.

VERSET 32

sa uttamasloka-padabja-vistaram
premasru-lesair upamehayan muhuh
premoparuddhakhila-varna-nirgamo
naivasakat tam prasamiditum ciram

TRADUCTION

Les yeux baignés de larmes d'amour et d'affection, Citraketu ne cessait de mouiller l'endroit où reposait les pieds pareils-au-lotus du Seigneur Suprême. La voix étranglée par l'extase, il demeura longtemps incapable de prononcer aucune des lettres de l'alphabet pour offrir au Seigneur des prières appropriées.

TENEUR ET PORTEE

Toutes les lettres de l'alphabet et les mots formés à l'aide de ces lettres doivent servir à offrir des prières à Dieu, la Personne Suprême. Maharaja Citraketu avait la possibilité d'adresser des prières au Seigneur en composant de beaux versets à partir des lettres de l'alphabet, mais sous l'effet de l'extase, il resta longtemps incapable d'assembler ces lettres pour former des prières. Selon le Srimad-Bhagavatam (1.5.22):

idam hi pumsas tapasah srutasya va
svistasya suktasya ca buddhi-dattayoh
avicyuto rthah kavibhir nirupito
yad uttamasloka-gunanuvarnanam

Si quelqu'un a des aptitudes scientifiques, philosophiques, politiques, économiques ou autres, et s'il désire parfaire son savoir particulier, il doit offrir des prières au Seigneur Souverain en composant des poèmes de première qualité ou en utilisant ses talents au service du Seigneur. C'est ce que Citraketu désirait faire, mais l'extase d'amour qui l'envahissait l'en empêchait. Il dut donc attendre un long moment avant de pouvoir offrir des prières.

VERSET 33

tatah samadhaya mano manisaya
babhasa etat pratilabdha-vag asau
niyamya sarvendriya-bahya-vartanam
jagad-gurum satvata-sastra-vigraham

TRADUCTION

Puis, en maîtrisant son mental à l'aide de son intelligence et en ne permettant à ses sens aucune activité externe, il retrouva les mots appropriés pour exprimer ses sentiments. Il se mit alors à offrir des prières au Seigneur, la personnification des Saintes Ecritures [les satvata-samhitas comme la Brahma-samhita et le Narada-pancaratra] et le maître spirituel universel.

TENEUR ET PORTEE

On ne peut offrir des prières au Seigneur avec des mots matériels. Il faut d'abord atteindre un haut niveau dans la spiritualité en se rendant maître de son mental et de ses sens, avant de trouver les mots appropriés pour glorifier le Seigneur. Citant le verset suivant du Padma Purana, Srila Sanatana Gosvami nous interdit d'ailleurs de réciter toute prière ne venant pas de bhaktas autorisés:

avaisnava-mukhodgirnam
putam hari-kathamrtam
sravanam naiva kartavyam
sarpocchistam yatha payah

Les paroles ou les chants de personnes qui n'ont pas un comportement vaisnava exemplaire, qui n'observent pas rigoureusement les principes régulateurs et qui ne récitent pas le mantra Hare Krsna ne doivent pas être acceptés par les purs bhaktas.

Les mots satvata-sastra-vigraham indiquent que le Corps sac-cid-ananda du Seigneur ne doit jamais être considéré comme un produit de maya. Les bhaktas n'adressent pas leurs prières à une forme imaginaire du Seigneur. Toutes les Ecritures védiques attestent l'existence de la Forme du Seigneur.

VERSET 34

citraketur uvaca
ajita jitah sama-matibhih
sadhubhir bhavan jitatmabhir bhavata
vijitas te pi ca bhajatam
akamatmanam ya atmado ti-karunah

TRADUCTION

Citraketu dit:
O Seigneur invincible, bien que nul ne soit en mesure de Te vaincre, Tu Te laisses certes conquérir par les bhaktas qui ont la maîtrise de leur mental et de leurs sens. Ceux-là peuvent Te garder en leur pouvoir, car Tu fais preuve d'une miséricorde infinie envers ceux de Tes dévots qui n'attendent de Toi aucun gain matériel. Pour tout dire, Tu Te donnes à eux, et de ce fait, Tu as également tout pouvoir sur eux.

TENEUR ET PORTEE

Le Seigneur et Son dévot sont tous deux vainqueurs; le Seigneur est conquis par Son dévot, et celui-ci est conquis par le Seigneur. Se capturant ainsi mutuellement, ils trouvent dans leurs rapports une félicité spirituelle infinie. La plus haute perfection de cette conquête mutuelle se voit dans les rapports qu'échangent Krsna et les gopis. Les gopis subjuguaient Krsna, et Krsna subjuguait les gopis; ainsi, chaque fois que Krsna jouait de la flûte, Il capturait le coeur des gopis, et à moins de les voir, Krsna ne pouvait être heureux. Les autres spiritualistes, jnanis et yogis, ne peuvent conquérir le Seigneur Souverain; seuls les purs bhaktas en ont le pouvoir.

On qualifie les purs bhaktas de sama-mati, ce qui signifie qu'ils ne dévient du service de dévotion en aucune circonstance. Les bhaktas n'adorent pas le Seigneur Suprême seulement lorsqu'ils sont heureux; ils L'adorent également dans le malheur. Bonheur et malheur n'entravent pas la pratique du service de dévotion, qui est donc ahaituky apratihata, immotivé et ininterrompu. Lorsqu'un bhakta sert le Seigneur sans poursuivre quelque intérêt personnel (anyabhilasita-sunnyam), aucune condition matérielle (apratihata) ne peut faire obstacle à son service de dévotion. Et lorsqu'un bhakta continue à servir dans toutes les situations, il peut capturer Dieu, le Seigneur Souverain. Il existe une distinction bien particulière entre les bhaktas et les autres spiritualistes, à savoir les jnanis et les yogis: ces derniers cherchent artificiellement à ne plus faire qu'Un avec l'Absolu, tandis que les bhaktas n'aspirent jamais à une telle impossibilité. Ils savent qu'ils sont faits pour servir éternellement le Seigneur Suprême, et non pas pour se fondre en Lui. C'est pourquoi on les qualifie de sama-matis ou jitatmas. Ils ont en horreur l'idée de ne faire qu'Un avec l'Absolu. Ils n'ont donc aucun désir impur de cet ordre; ils souhaitent plutôt être délivrés de toute aspiration matérielle et sont donc qualifiés de niskamas, ou "sans désir". Aucun être vivant ne peut exister sans désir, mais ceux qui naissent de la consupiscence, appelés kamas, ne peuvent jamais être satisfaits. Kamais tais tair hrta-jnanah: du fait de ces désirs impurs, les abhaktas sont privés de leur intelligence. Ainsi restent-ils incapables de conquérir le Seigneur Suprême, tandis que les bhaktas dénués de désirs aussi déraisonnables, peuvent, eux, Le capturer. Et ces bhaktas sont aussi conquis par Dieu, la Personne Souveraine. Parce qu'ils sont purs, affranchis de tout désir matériel, ils s'abandonnent pleinement au Seigneur Suprême; c'est ainsi qu'Il les conquiert. De tels bhaktas n'aspirent jamais à la libération. Ils désirent seulement servir les pieds pareils-au-lotus du Seigneur. Et parce qu'ils Le servent sans désir d'être récompensés, ils peuvent gagner Sa miséricorde. Par nature, le Seigneur est très miséricordieux, et lorsqu'Il voit que Son serviteur agit sans désir de gain matériel, Il est naturellement conquis.

Le bhakta est toujours occupé à servir:

sa vai manah krsna-padaravindayor
vacamsi vaikuntha-gunanuvarnane

Toutes les activités de ses sens sont consacrées au service du Seigneur. Du fait d'une telle dévotion, le Seigneur Se donne à Ses dévots, comme s'ils pouvaient L'utiliser selon leur gré pour satisfaire leurs désirs. Bien entendu, le bhakta n'a d'autre dessein que celui de servir, et lorsqu'il s'abandonne pleinement, sans aspirer d'aucune manière à quelque gain matériel, le Seigneur lui donne sans le moindre doute toutes facilités pour Le servir. Telle est la position du Seigneur une fois conquis par Son dévot.

VERSET 35

tava vibhavah khalu bhagavan
jagad-udaya-sthiti-layadini
visva-srjas te msamsas
tatra mrsa spardhanti prthag abhimatya

TRADUCTION

Mon cher Seigneur, cette manifestation cosmique, sa création, son maintien et sa destruction ne sont que des manifestations de Ta puissance. Puisque Brahma et les autres créateurs ne sont que d'infimes portions d'une émanation de Ta Personne, leur pouvoir créateur limité ne leur donne pas la fonction de Dieu [isvara]. La vanité seule les inspire à se considérer comme différents seigneurs séparés de Toi, car il n'en est rien.

TENEUR ET PORTEE

Un bhakta s'étant entièrement abandonné aux pieds pareils-au-lotus du Seigneur sait très bien que l'énergie créatrice des êtres distincts, depuis Brahma jusqu'à la fourmi insignifiante, vient de ce qu'ils font partie intégrante de Dieu, la Personne Suprême. Dans la Bhagavad-gita (XV.7), le Seigneur dit: mamaivamso jiva-loke jiva-bhutah sanatanah —"Les êtres, dans le monde des conditions, sont des fragments éternels de Ma Personne." Les êtres distincts ne sont effectivement que d'infimes fragments de l'Etre spirituel suprême, comparables aux étincelles d'un feu. Comme ils font partie intégrante de l'Etre Souverain, ils ont également le pouvoir de créer, mais dans des proportions infimes.

Les soi-disant hommes de science de notre monde matérialiste sont fiers de leurs créations modernes, comme l'avion, mais le mérite de telles créations doit revenir à Dieu, la Personne Suprême, et non aux hommes de science qui ont inventé ou créé ces prétendues merveilles. Considérons tout d'abord l'intelligence de l'homme de science. Celui-ci ne progresse que grâce à l'inspiration du Seigneur Suprême, qui déclare dans la Bhagavad-gita (XV.15): mattah smrtir jnanam apohanam ca —"De Moi viennent le souvenir, le savoir et l'oubli." Le Seigneur Souverain, en tant que l'Ame Suprême, Se tient dans le coeur de chaque être; par conséquent, l'inspiration qui permet de progresser dans la connaissance scientifique ou de développer ses facultés créatrices, vient de Lui. De plus, les matériaux nécessaires pour fabriquer les merveilleux engins que sont les avions sont également fournis par le Seigneur, et non par les hommes de science. Ces matériaux, produits par Dieu, existaient avant que l'avion ne soit créé, mais lorsque l'avion ainsi fabriqué est détruit, ses débris posent un problème à ses soi-disant créateurs. Prenons également l'exemple des nombreuses automobiles fabriquées on Occident. Tous les matériaux servant à construire ces voitures sont bien entendu fournis par le Seigneur Suprême, de même que l'intelligence nécessaire à leur prétendue création. Mais à la fin, lorsqu'elles sont détruites, leurs soi-disant créateurs se demandent quoi faire avec les matériaux. Le véritable créateur, le créateur originel, est Dieu, la Personne Suprême. Ce n'est qu'entre ces deux phases de création et de destruction qu'une autre personne peut "créer" quelque chose, l'intelligence étant fournie par le Seigneur; et par la suite. ce produit devient à nouveau un problème. Les soi-disant créateurs n'ont donc pas à être honorés pour leurs oeuvres; le seul mérite revient à Dieu, la Personne Suprême. Il est clairement dit ici que toutes les manifestations de grandeur liées à la création, au maintien et à la destruction doivent être attribuées au Seigneur Souverain, et non pas aux êtres distincts.


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare