SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 6
CHAPITRE 17

Parvati maudit Citraketu.

VERSET 11

sri-parvaty uvaca
ayam kim adhuna loke
sasta danda-dharah prabhuh
asmad-vidhanam dustanam
nirlajjanam ca viprakrt

TRADUCTION

La déesse Parvati dit:
Ce prétentieux aurait-il reçu un poste lui permettant de châtier les êtres sans vergogne comme nous? A-t-il été nommé autorité suprême, et porte-t-il le sceptre du châtiment? Est-il maintenant le seul et unique maître de tout ce qui existe?

VERSET 12

na veda dharmam kila padmayonir
na brahma-putra bhrgu-naradadyah
na vai kumarah kapilo manus ca
ye no nisedhanty ati-vartinam haram

TRADUCTION

Quelle tristesse! Brahma, issu de la fleur de lotus, ne connaît plus les principes de la religion, ni les grands saints comme Bhrgu et Narada, ni les quatre Kumaras, conduits par Sanat-kumara. Manu et Kapila ont également tout oublié. Je suppose que c'est pour cette raison qu'aucun d'eux n'a cherché à empêcher Siva d'agir de façon inconvenante.

VERSET 13

esam anudhyeya-padabja-yugmam
jagad-gurum mangala-mangalam svayam
yah ksatra-bandhuh paribhuya surin
prasasti dhrstas tad ayam hi dandyah

TRADUCTION

Ce Citraketu est le plus vil des ksatriyas, car dans son impudence il n'a fait aucun cas de Brahma et des autres devas en insultant Siva, dont les pieds pareils-au-lotus sont pour tous un objet de méditation constante. Siva est la religion personnifiée, le maître spirituel de l'univers entier. Citraketu doit donc être châtié.

TENEUR ET PORTEE

Tous les membres de l'assemblée étaient de nobles brahmanas et des âmes réalisées, mais aucun d'entre eux n'avait trouvé à redire à propos de la conduite de Siva tandis que celui-ci étreignait la déesse Parvati, assise sur ses genoux. Néanmoins, Citraketu s'était cru le droit de critiquer Siva, et, dans l'opinion de Parvati, il devait être châtié.

VERSET 14

nayam arhati vaikuntha-
pada-mulopasarpanam
sambhavita-matih stabdhah
sadhubhih paryupasitam

TRADUCTION

Cet orgueilleux se croit supérieur à tous à cause de ce qu'il a accompli. Il ne mérite pas d'atteindre le refuge des pieds pareils-au-lotus de Visnu, que vénèrent tous les saints hommes, car sa suffisance le rend impudent.

TENEUR ET PORTEE

Si un bhakta se croit très avancé dans le service de dévotion, il doit être considéré comme orgueilleux et indigne de trouver refuge aux pieds pareils-au-lotus du Seigneur. Ici encore, l'enseignement de Sri Caitanya s'applique: trnad api sunicena taror api sahisnuna amanina manadena kirtaniyah sada harih —"On devrait chanter les Saints Noms du Seigneur sans la moindre prétention, en toute humilité, en se considérant comme moins qu'un fétu de paille sur la route, en devenant plus tolérant que l'arbre, et en étant toujours prêt à présenter à autrui ses respects. Avec un tel état d'esprit, on peut sans fin chanter les Saints Noms du Seigneur." A moins d'être humble et simple, nul ne peut être digne de s'asseoir aux pieds pareils-au-lotus du Seigneur.

VERSET 15

atah papiyasim yonim
asurim yahi durmate
yatheha bhuyo mahatam
na karta putra kilbisam

TRADUCTION

O mon fils, impudent que tu es, tu devras renaître dans une famille d'asuras impies, afin de ne plus commettre d'offenses envers les nobles et saints personnages de ce monde.

TENEUR ET PORTEE

Il faut bien prendre garde ne pas commettre d'offenses aux pieds pareils-au-lotus des vaisnavas, parmi lesquels Siva est le plus grand. Alors qu'il instruisait Srila Rupa Gosvami, Sri Caitanya Mahaprabhu décrivit l'offense aux pieds pareils-au-lotus d'un vaisnava par les mots hati mata, signifiant "éléphant furieux". Si un éléphant en furie pénètre dans un joli jardin, il détruit tout sur son passage. De même, si nous nous conduisons d'une manière comparable en commettant une offense aux pieds pareils-au-lotus d'un vaisnava, c'est toute notre carrière spirituelle qui s'en trouve ruinée. Il faut donc faire bien attention de ne pas commettre une pareille offense.

Mère Parvati avait donc raison de châtier Citraketu, car il avait impudemment critiqué Mahadeva, le père suprême, c'est-à-dire le père de tous les êtres conditionnés dans l'univers matériel. La déesse Durga est appelée mère, et Siva, père. Un pur vaisnava devrait prendre bien soin de s'absorber dans son devoir propre sans critiquer autrui. C'est là la position la plus sûre. Autrement, si l'on a tendance à critiquer les autres, on risque de s'en prendre à un vaisnava et de commettre ainsi une grave offense.

Citraketu était assurément un vaisnava, et il aurait donc pu être surpris de la malédiction de Parvati. C'est pourquoi la déesse l'appela "mon fils" (putra). Tous les êtres de ce monde sont les fils de mère Durga, mais ce n'est pas là une mère ordinaire. Dès qu'un asura déroge si peu que ce soit aux règles de bonne conduite, elle le châtie aussitôt afin de le faire revenir à la raison. Krsna explique ceci dans la Bhagavad-gita (VII.14):

daivi hy esa gunamayi
mama maya duratyaya
mam eva ye prapadyante
mayam etam taranti te

"L'énergie que constituent les trois gunas, cette énergie divine, la Mienne, on ne peut sans mal, la dépasser. Mais qui s'abandonne à Moi en franchit aisément les limites." S'abandonner à Krsna signifie également s'abandonner à Ses dévots, car personne ne peut servir Krsna convenablement à moins de servir correctement Son dévot. Chadiya vaisnava-seva nistara payeche keba: à moins de servir un serviteur de Krsna, nul ne peut être élevé au rang de serviteur personnel de Krsna. C'est pourquoi mère Parvati s'adressa à Citraketu exactement comme une mère l'aurait fait en disant à son fils dévoyé: "Mon cher enfant, je te punis pour que tu ne fasses plus la même bêtise." Cette tendance chez la mère à punir son enfant se retrouve même chez Yasoda, qui devint la mère du Seigneur Suprême. Mère Yasoda punissait Krsna en L'attachant et en Le menaçant d'un bâton. Il est donc du devoir de la mère de châtier son fils bien-aimé, même s'il s'agit du Seigneur Suprême. Il faut dès lors comprendre que mère Durga avait raison de punir Citraketu. De plus, ce châtiment était en réalité une bénédiction pour Citraketu, car après avoir vu le jour sous les traits du démoniaque Vrtrasura, il serait directement élevé jusqu'à Vaikuntha.


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare