SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 6
CHAPITRE 17

Parvati maudit Citraketu.

VERSET 26

tatas tu bhagavan rudro
rudranim idam abravit
devarsi-daitya-siddhanam
parsadanam ca srnvatam

TRADUCTION

Ensuite, en présence du grand sage Narada, des asuras, des habitants de Siddhaloka et de ses compagnons personnels qui écoutaient tous, le très puissant Siva parla à son épouse Parvati.

VERSET 27

sri-rudra uvaca
drstavaty asi susroni
harer adbhuta-karmanah
mahatmyam bhrtya-bhrtyanam
nihsprhanam mahatmanam

TRADUCTION

Siva dit:
Ma chère et ravissante Parvati, as-tu vu la grandeur des vaisnavas? Se faisant les serviteurs des serviteurs du Seigneur Souverain, Sri Hari, ces âmes magnanimes ne recherchent aucune forme de bonheur matériel.

TENEUR ET PORTEE

Siva, l'époux de Parvati, dit à sa femme: "Bien-aimée Parvati, grande est ta beauté et tu es assurément glorieuse. Néanmoins, je ne crois pas que tu puisses mesurer ta gloire et ta beauté à celles des bhaktas qui se sont faits les serviteurs des serviteurs du Seigneur Souverain." Bien entendu, Siva souriait en plaisantant de la sorte avec son épouse, car personne d'autre ne peut lui parler comme cela. "Le Seigneur Suprême, poursuivit Siva, fait toujours preuve d'une grandeur incomparable dans Ses Activités, et nous avons ici un autre exemple de Sa merveilleuse influence sur le roi Citraketu, Son devot. Vois! Bien que tu l'aies maudit, il n'en a éprouvé aucune crainte et ne s'en est pas montré le moins du monde désolé. Au contraire, il t'a présenté ses respects, t'a appelé "mère" et a accepté ta malédiction, se considérant fautif.

Il n'a prononcé aucune parole de vengeance. Telle est l'excellence d'un bhakta. En tolérant humblement ta malédiction, il a sans conteste surpassé la gloire de ta beauté et ton pouvoir de le maudire. Je peux, en toute impartialité, affirmer que ce bhakta Citraketu, t'a dépassée, toi et ta grandeur, par le simple fait d'être devenu un pur dévot du Seigneur." Comme l'explique Sri Caitanya Mahaprabhu, le bhakta peut tolérer toutes sortes de malédictions et de revers au cours de son existence, à la manière d'un arbre (taror api sahisnuna). Telle est sa perfection. Indirectement, Siva prévint Parvati de ne plus commettre l'erreur de maudire un bhakta comme Citraketu. Il indiqua que, bien qu'elle fût puissante, le roi l'avait surpassée en pouvoir par la seule force de sa tolérance.

VERSET 28

narayana-parah sarve
na kutascana bibhyati
svargapavarga-narakesv
api tulyartha-darsinah

TRADUCTION

Les bhaktas absorbés corps et âme dans le service de dévotion offert à Dieu, la Personne Suprême, Sri Narayana, ne redoutent jamais aucune condition d'existence. Pour eux, les planètes édéniques, la libération et les planètes infernales ont toutes même valeur, car ces bhaktas ne s'intéressent qu'au service du Seigneur.

TENEUR ET PORTEE

Parvati aurait naturellement pu demander comment les bhaktas atteignent un rang aussi élevé. Aussi ce verset explique-t-il qu'ils sont narayana-para, entièrement dépendants de Narayana. Peu leur importe de subir des revers au cours de leur existence, car au service de Narayana, ils ont appris à tolérer toutes les difficultés pouvant se dresser sur leur chemin. Il leur est égal de vivre au ciel ou en enfer, car partout ils servent le Seigneur; telle est leur perfection. Anukulyena krsnanusilanam: ils se vouent sans réserve au service du Seigneur, et c'est ce qui fait leur excellence. En utilisant les mots bhrtya-bhrtyanam, Siva soulignait que bien que Citraketu fût un exemple unique de tolérance et d'excellence, tous les bhaktas qui ont cherché refuge auprès du Seigneur en tant que Ses serviteurs éternels sont glorieux. Ils ne cherchent nullement à trouver le bonheur en allant sur les planètes édéniques, en devenant libérés ou en se fondant dans la splendeur suprême du Brahman. Ces bénédictions n'ont pas d'attrait pour eux. Une seule chose les intéresse: servir directement le Seigneur.

VERSET 29

dehinam deha-samyogad
dvandvanisvara-lilaya
sukham duhkham mrtir janma
sapo nugraha eva ca

TRADUCTION

Par le jeu de l'énergie externe du Seigneur Suprême, les êtres distincts sont conditionnés au contact des corps matériels qu'ils revêtent. Les dualités que constituent le bonheur et le malheur, la naissance et la mort, les malédicyions et les bénédictions, sont des conséquences naturelles de ce contact avec le monde matériel.

TENEUR ET PORTEE

Nous trouvons dans la Bhagavad-gita les mots qui suivent: maya-dhyaksena prakrtih suyate sacaracaram —l'univers matériel agit sous la direction de la déesse Durga, l'énergie matérielle du Seigneur, mais celle-ci oeuvre sous la direction de Dieu, la Personne Suprême. C'est ce que confirme la Brahma-samhita (5.44):

srsti-sthiti-pralaya-sadhana-saktir eka
chayeva yasya bhuvanani bibharti durga

Durga —la déesse Parvati, l'épouse de Siva— est extrêmement puissante. Elle peut créer, maintenir et anéantir autant d'univers qu'elle le désire, mais elle agit sous la direction du Seigneur Suprême, Sri Krsna, et non pas par elle-même. Krsna est impartial, mais parce que cet univers matériel est un monde de dualités, des termes relatifs comme bonheur et malheur, ou malédictions et bénédictions sont créés par la volonté de l'Etre Suprême. Ceux qui ne sont pas des purs bhaktas (narayana-para) sont nécessairement affectés par cette dualité inhérente à l'univers matériel, tandis que les bhaktas simplement attachés au service du Seigneur ne le sont nullement. Nous avons l'exemple d'Haridasa Thakura qui reçut des coups de bâton sur vingt-deux places de marché sans jamais en être affecté; au contraire, il endurait ces bastonnades le sourire aux lèvres. En dépit des perturbations engendrées par les dualités de l'univers matériel, les bhaktas ne sont jamais troublés. Ils fixent leurs pensées sur les pieds pareils-au-lotus du Seigneur et se concentrent sur Ses Saints Noms. Ainsi n'éprouvent-ils aucune des prétendues joies et peines causées par les dualités de ce monde.

VERSET 30

aviveka-krtah pumso
hy artha-bheda ivatmani
guna-dosa-vikalpas ca
bhid eva srajivat krtah

TRADUCTION

De même qu'on peut prendre une guirlande de fleurs pour un serpent ou éprouver, dans un rêve, des joies et des peines, dans l'univers matériel, par manque de mûre réflexion, nous établissons une distinction entre le bonheur et le malheur, considérant l'un bon et l'autre mauvais.

TENEUR ET PORTEE

Le bonheur et le malheur, que l'on trouve en cet univers matériel soumis à la dualité, sont tous deux des conceptions erronées. Le Caitanya-caritamrta (Antya 4.176) enseigne:

"dvaite" bhadrabhadra-jnana, saba--- "manodharma"
"ei bhala, ei manda", ---ei saba "bhrama"

Les distinctions établies entre le bonheur et le malheur en ce monde de dualité ne sont que des créations du mental, car ces deux états représentent en fait une seule et même réalité. Ils sont comparables aux sentiments de joie et de tristesse que l'on éprouve en rêve. Un homme qui dort expérimente le bonheur et le malheur qu'il se crée en rêvant, bien que l'un et l'autre n'aient aucune existence tangible.

L'autre exemple donné dans ce verset est celui d'une guirlande de fleurs. Bien qu'elle soit très jolie par nature, une personne sans grande expérience pourra la prendre par erreur pour un serpent. Prabodhananda Sarasvati déclare à ce propos: visvam purna-sukhayate. Tous les êtres endurent ici-bas des conditions de vie misérables, mais Srila Prabodhananda Sarasvati déclare pourtant que ce monde est empli de bonheur. Comment cela est-il possible? Il répond: yat-karunya-kataksa-vaibhavavatam tam gauram eva stumah —par la miséricorde immotivée de Sri Caitanya Mahaprabhu, le bhakta considère le malheur de ce monde comme du bonheur. Par son comportement personnel, Sri Caitanya Mahaprabhu a montré qu'Il n'était jamais malheureux, mais goûtait un bonheur constant en chantant le maha-mantra Hare Krsna. Nous devons suivre Ses traces et constamment réciter le maha-mantra:

hare krsna hare krsna krsna krsna hare hare
hare rama hare rama rama rama hare hare

Alors nous ne ressentirons jamais les souffrances propres à ce monde de dualité. Quelle que soit la situation dans laquelle nous nous trouvons, nous serons heureux si nous récitons les Saints Noms du Seigneur.

Dans nos rêves, nous pouvons parfois savourer du riz au lait, alors qu'à d'autres moments, nous souffrons comme si un être cher était mort. Or, puisque le même mental et le même corps continuent d'exister dans ce même monde de dualité lorsque nous sommes éveillés, les prétendus bonheur et malheur que nous expérimentons alors ne valent guère mieux que le bonheur illusoire et superficiel de nos rêves. Le mental sert d'intermédiaire aussi bien dans les rêves qu'à l'état de veille, et tout ce qu'il crée par acceptation et rejet (sankalpa et vikalpa) n'est que chimère (manodharma).


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare