VERSET 31
vasudeve bhagavati
bhaktim udvahatam nrnam
jnana-vairagya-viryanam
na hi kascid vyapasrayah
TRADUCTION
Les êtres qui se consacrent avec dévotion au service de Sri Vasudeva, Krsna, possèdent tout naturellement le savoir et le détachement parfaits; c'est pourquoi ces
bhaktas ne se soucient pas des prétendus bonheur et malheur de ce monde.
TENEUR ET PORTEE
Voilà ce qui distingue le bhakta du philosophe se perdant en conjectures sur la question de la transcendance. Le bhakta n'a pas besoin de cultiver la connaissance pour comprendre la nature illusoire ou éphémère de cet univers matériel. Du fait de la dévotion pure et sans mélange qu'il porte à Vasudeva, ce savoir et le détachement qui l'accompagne se manifestent automatiquement en lui. Ainsi que le confirme un autre passage du Srimad-Bhagavatam (1.2.7):
vasudeve bhagavati
bhakti-yogah prayojitah
janayaty asu vairagyam
jnanam ca yad ahaitukam
Celui qui se voue au service de dévotion pur offert à Vasudeva, Krsna, prend aussitôt conscience de la nature réelle de cet univers matériel, et s'en détache donc tout naturellement. Ce détachement est rendu possible par son haut niveau de connaissance. Les philosophes enclins à la spéculation cherchent à comprendre la nature illusoire de l'univers matériel en cultivant la connaissance, mais cette compréhension se manifeste automatiquement chez le bhakta, sans que celui-ci ait à faire d'effort particulier dans ce sens. Les philosophes mayavadis peuvent bien se montrer très fiers de leur prétendu savoir, mais parce qu'ils ne comprennent pas qui est Vasudeva (vasudevah sarvam iti), ils ne peuvent comprendre ce monde de dualité, qui est une manifestation de l'énergie externe de Vasudeva. Par suite, à moins qu'ils ne cherchent refuge auprès de Vasudeva, la connaissance spéculative des prétendus jnanis reste imparfaite. Ye nye ravindaksa vimukta-maninah: ils pensent être libérés de la souillure de ce monde matériel, mais en réalité, comme ils ne se réfugient pas aux pieds pareils-au-lotus de Vasudeva, leur savoir reste impur. Quant ils deviennent vraiment purs, ils s'abandonnent aux pieds pareils-au-lotus de Vasudeva. En conséquence, la Vérité Absolue est plus facile à comprendre pour un bhakta que pour les jnanis qui se contentent de se livrer à des conjectures au sujet de Vasudeva. Siva confirme ceci dans le verset qui va suivre.
VERSET 32
naham virinco na kumara-naradau
na brahma-putra munayah suresah
vidama yasyehitam amsakamsaka
na tat-svarupam prthag-isa-maninah
TRADUCTION
Moi-même [Siva], Brahma, les Asvini-kumaras, Narada et les autres grands sages que sont les fils de Brahma, les
devas eux-mêmes— aucun de nous ne peut comprendre les Divertissements et la Personnalité du Seigneur Suprême. Bien que nous soyons des parcelles de Sa Personne, nous nous considérons comme des maîtres indépendants et distincts de Lui; aussi demeurons-nous incapables de comprendre Son identité.
TENEUR ET PORTEE
La Brahma-samhita (5.33) déclare:
advaitam acyutam anadim ananta-rupam
adyam purana-purusam nava-yauvanam ca
vedesu durlabham adurlabham atma-bhaktau
govindam adi-purusam tam aham bhajami
"J'adore Govinda, le Seigneur Suprême, l'Etre originel. Il est absolu, infaillible et sans commencement. Bien qu'Il Se multiplie en d'innombrables Formes, Il demeure néanmoins la même Personne originelle, et bien qu'Il soit le plus ancien, Il garde toujours la beauté et la fraîcheur de la jeunesse. Même les plus grands érudits védiques ne peuvent comprendre les Formes éternelles du Seigneur, toutes de connaissance et de félicité, mais les purs bhaktas, eux, y parviennent sans mal."
Siva se compte au rang des abhaktas incapables de saisir l'identité du Seigneur Suprême. Puisqu'Il est ananta, le Seigneur possède un nombre illimité de Formes. En conséquence, comment est-il possible pour un homme ordinaire de Le comprendre? Il va sans dire que Siva se situe au-dessus des hommes ordinaires, et pourtant il est incapable de comprendre Dieu, la Personne Souveraine. Siva n'est pas un être ordinaire, il n'est pas non plus au niveau de Visnu; il se situe entre les deux.
VERSET 33
na hy asyasti priyah kascin
napriyah svah paro pi va
atmatvat sarva-bhutanam
sarva-bhuta-priyo harih
TRADUCTION
Il n'a ni ami ni ennemi. Nul n'est pour Lui un proche parent ou un étranger. Il est en vérité l'Ame de l'âme de tous les êtres vivants, leur ami et bienfaiteur. Il est très proche de tous, et Il est également très cher à tous.
TENEUR ET PORTEE
Dieu, la Personne Suprême, est, dans Son aspect second, l'Ame Suprême, l'Ame de tous les êtres. Puisque notre âme nous est extrêmement chère, l'Ame Suprême de notre âme nous est encore plus chère. Personne ne peut être l'ennemi de l'Ame Suprême, amie impartiale envers tous. Les rapports d'amitié et d'inimitié existant entre le Seigneur Suprême et les êtres vivants sont dus à l'intervention de l'énergie d'illusion. C'est parce que les trois gunas interviennent entre le Seigneur et les êtres distincts qu'apparaissent ces différentes relations. En réalité, l'âme individuelle pure est toujours très proche du Seigneur et Lui est très chère, et réciproquement. Il n'est pas question de partialité ou d'inimitié.
VERSET 34-35
tasya cayam maha-bhagas
citraketuh priyo nugah
sarvatra sama-drk santo
hy aham caivacyuta-priyah
tasman na vismayah karyah
purusesu mahatmasu
mahapurusa-bhaktesu
santesu sama-darsisu
TRADUCTION
Citraketu, ce
bhakta magnanime, est très cher au Seigneur. Il se montre impartial envers tous les êtres, et l'attachement de même que la haine l'ont quitté. Je suis, moi aussi, très cher à Narayana. C'est pourquoi personne ne devrait s'étonner devant les activités des plus grands dévots de Narayana, car ils sont libérés de toute attache et de toute envie. Il sont toujours paisibles, et font preuve d'impartialité envers tous.
TENEUR ET PORTEE
Il est écrit: vaisnavera kriya, mudra vijneha na bujhaya —personne ne devrait s'étonner devant les activités de vaisnavas élevés et libérés. De même qu'il ne faut pas se méprendre sur les activités de Dieu, le Seigneur Souverais, on ne devrait pas davantage être égaré par celles de Ses dévots. Le Seigneur et Ses dévots sont libérés. Ils se situent sur le même plan, la seule différence étant que le Seigneur est le maître et les dévots Ses serviteurs. Qualitativement parlant, il n'existe entre eux aucune différence. Le Seigneur explique dans la Bhagavad-gita (IX.29):
samo ham sarva-bhutesu
na me dvesyo sti na priyah
ye bhajanti tu mam bhaktya
mayi te tesu capy aham
"Je n'envie ni ne favorise personne; envers tous, Je me montre impartial. Mais quiconque Me sert avec dévotion vit en Moi; il est un ami pour Moi, comme Je suis son ami." De ces propos du Seigneur Souverain, il ressort clairement que Ses dévots Lui sont toujours extrêmement chers. En substance, Siva dit à Parvati: "Citraketu et moi-même sommes toujours très chers au Seigneur Suprême. Autrement dit, lui et moi, nous nous situons au même niveau en tant que serviteurs du Seigneur. Nous entretenons toujours des rapports d'amitié, et aimons parfois plaisanter. Ainsi, lorsque Citraketu a ri bruyamment en me voyant, c'est de façon amicale qu'il l'a fait, si bien qu'il n'y avait aucune raison de le maudire." Siva tenta de la sorte de convaincre son épouse, Parvati, que la malédiction dont elle avait frappé Citraketu était un peu inconsidérée.
Il existe une différence entre homme et femme, qui se retrouve même dans les sphères d'existence supérieures —de fait, même entre Siva et son épouse. Siva pouvait très bien comprendre Citraketu, mais pas Parvati. Ainsi, même dans les sphères d'existence les plus élevées une différence continue à subsister entre la compréhension de l'homme et celle de la femme. Nous pouvons clairement affirmer que la compréhension de la femme est toujours inférieure à celle de l'homme. Dans les pays d'Occident, on assiste maintenant à de grands remous visant à établir l'égalité des hommes et des femmes, mais ce verset nous permet de comprendre que la femme est toujours moins intelligente que l'homme.
Il est clair que Citraketu voulait critiquer le comportement de son ami Siva parce que celui-ci était assis avec son épouse sur ses genoux. En retour, Siva voulait également critiquer Citraketu qui se faisait passer pour un grand bhakta, alors qu'il appréciait lui-même la compagnie des femmes de Vidyadharaloka. Néanmoins, tout cela relevait de la plaisanterie amicale; il n'y avait rien de sérieux qui justifiât la malédiction que Parvati avait prononcée contre Citraketu. En entendant les paroles de Siva, Parvati dut se sentir très honteuse d'avoir condamné Citraketu à devenir un asura. Mère Parvati ne pouvait comprendre la position de Citraketu, et c'est pourquoi elle l'avait maudit, mais lorsqu'elle comprit l'enseignement de Siva, elle fut prise de honte.