SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 6
CHAPITRE 18

Diti fait le voeu
de tuer le roi Indra.

VERSET 71

indra uvaca
amba te ham vyavasitam
upadharyagato ntikam
labdhantaro cchidam garbham
artha-buddhir na dharma-drk

TRADUCTION

Indra répondit:
Ma chère mère, grossièrement aveuglé par mes propres intérêts, j'ai perdu de vue la religion. Lorsque j'ai compris que tu te consacrais à la vie spirituelle en observant un voeu, j'ai attendu que tu commettes une erreur. Alors; je suis entré dans ton sein pour découper ton foetus en morceaux.

TENEUR ET PORTEE

Lorsque Diti, la tante d'Indra, eut expliqué franchement à son neveu ce qu'elle avait voulu faire, Indra lui révéla à son tour ses intentions. Ainsi, au lieu de se dresser l'un contre l'autre en ennemis, ils s'avouèrent librement la vérité. C'est là une qualité qui apparaît chez celui qui est en contact avec Visnu. Le Srimad-Bhagavatam (5.18.12) enseigne à ce propos:

yasyasti bhaktir bhagavaty akincana
sarvair gunais tatra samasate surah

Quiconque développe une attitude pleine de dévotion et se purifie en adorant le Seigneur Suprême voit à coup sûr apparaître en lui toutes les qualités. Indra et Diti devinrent tous deux purifiés en vertu de l'adoration qu'ils avaient vouée à Visnu.

VERSET 72

krtto me saptadha garbha
asan sapta kumarakah
te pi caikaikaso vrknah
saptadha napi mamrire

TRADUCTION

J'ai d'abord découpé l'enfant que tu portais en sept parties, qui devinrent alors sept enfants différents. Ensuite, j'ai à nouveau découpé chacun d'eux en sept; néanmoins, par la grâce du Seigneur Suprême, aucun d'eux ne mourut.

VERSET 73

tatas tat paramascaryam
viksya vyavasitam maya
mahapurusa-pujayah
siddhih kapy anusangini

TRADUCTION

O mère, lorsque j'ai vu que tes quarante-neuf fils étaient tous vivants, j'ai été, je te l'avoue, frappé d'émerveillement. J'en ai conclu qu'il s'agissait là d'un effet secondaire du service de dévotion que tu offrais régulièrement à Visnu.

TENEUR ET PORTEE

Pour qui se voue à l'adoration de Visnu, rien n'est vraiment merveilleux, c'est là un fait avéré. La Bhagavad-gita (XVIII.78) enseigne à cet égard:

yatra yogesvarah krsno
yatra partho dhanur-dharah
tatra srir vijayo bhutir
dhruva nitir matir mama

"Où que Se trouve Krsna, le maître de tous les yogis, où que se trouve Arjuna, l'archer sublime, là règnent l'opulence, la victoire, la puissance formidable et la moralité. Telle est ma pensée." Yogesvara est le Seigneur Suprême, le maître de tous les yogas, et Il peut accomplir tout ce qu'Il désire. Telle est la toute-puissance du Seigneur Souverain. Pour qui parvient à Le satisfaire, aucune réalisation n'est surprenante; tout lui est possible.

VERSET 74

aradhanam bhagavata
ihamana nirasisah
ye tu necchanty api param
te svartha-kusalah smrtah

TRADUCTION

Ceux qui n'ont d'intérêt que pour l'adoration du Seigneur Souverain ne désirent rien de matériel en retour, et n'aspirent pas même à la libération; mais, Sri Krsna exauce néanmoins tous leurs désirs.

TENEUR ET PORTEE

Lorsque Dhruva Maharaja aperçut Visnu, il refusa d'accepter la moindre bénédiction de Lui, car il était pleinement satisfait simplement en Le voyant. Néanmoins, puisque Dhruva Maharaja avait d'abord souhaité obtenir un royaume plus grand que celui de son père, il fut élevé jusqu'à Dhruvaloka, la plus haute planète de l'univers. Telle est la bienveillance du Seigneur. C'est pourquoi les sastras enseignent:

akamah sarva-kamo va
moksa-kama udara-dhih
tivrena bhakti-yogena
yajeta purusam param

"L'homme intelligent, qu'il soit empli de désirs matériels, exempt de tout désir, ou qu'il aspire à la libération, doit absolument adorer Dieu de tout son être, Lui qui est le Tout suprême et absolu." (S.B., 2.3.10) On devrait se consacrer entièrement au service de dévotion. Alors, même si l'on n'a aucun désir, tous ceux que l'on a pu avoir auparavant peuvent être exaucés simplement en adorant le Seigneur. Le véritable bhakta n'aspire pas même à la libération (anyabhilasita-sunyam). Cependant, le Seigneur comble les désirs du bhakta en lui accordant des richesses qui ne seront jamais détruites. L'opulence d'un karmi est vouée à la destruction, mais celle d'un bhakta n'est jamais détruite. De fait, le bhakta vit de plus en plus dans l'opulence au fur et à mesure que son service de dévotion s'accroît.

VERSET 75

aradhyatma-pradam devam
svatmanam jagad-isvaram
ko vrnita guna-sparsam
budhah syan narake pi yat

TRADUCTION

Toutes les ambitions sont parfaitement satisfaites lorsqu'on devient un serviteur de Dieu, la Personne Suprême. Si un homme intelligent sert le Seigneur, Lui qui Se donne Lui-même à Ses dévots dont Il est l'âme, comment pourrait-il encore aspirer au bonheur matériel, disponible même en enfer?

TENEUR ET PORTEE

Un homme intelligent n'aspire jamais à devenir un bhakta en vue d'obtenir le bonheur matériel. Voilà à quoi se reconnaît un vrai bhakta. Comme l'enseigne Sri Caitanya Mahaprabhu:

na dhanam na janam na sundarim
kavitam va jagad-isa kamaye
mama janmani janmanisvare
bhavatad bhaktir ahaituki tvayi

"O Seigneur tout-puissant, je n'aspire nullement aux richesses; je ne rêve pas de jolies femmes et ne recherche pas non plus un grand nombre de disciples. Mon unique désir est de m'absorber sans fin, vie après vie, dans Ton service d'amour inconditionnel." Un pur bhakta ne prie jamais le Seigneur de lui accorder le bonheur matériel, que ce soit sous la forme de richesses, de disciples, d'une bonne épouse, ou même de la mukti. Le Seigneur promet toutefois: yoga-ksemam vahamy aham —"Je donne volontiers tout ce qui est nécessaire pour Me servir."


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare