SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 6
CHAPITRE 4

Prajapati Daksa
offre au Seigneur
les prières Hamsa-guhya.

VERSET 11

atisthata satam margam
kopam yacchata dipitam
pitra pitamahenapi
justam vah prapitamahaih

TRADUCTION

Votre père, votre grand-père et vos ancêtres ont emprunté la voie vertueuse qui consiste à veiller sur leurs sujets [prajas] —hommes, animaux ou arbres. Telle est la voie que vous devriez également suivre. Ce courroux injustifié s'oppose à votre devoir; je vous demande donc de réprimer cette colère qui brûle en vous.

TENEUR ET PORTEE

Les mots pitra pitamahenapi justam vah prapitamahaih font ici allusion à une honnête famille royale, composée des rois en place de leur père, de leur grand-père et de leurs arrière-grands-pères. Une telle dynastie a une position prestigieuse car elle veille au bien-être de ses sujets, les prajas. Le mot praja désigne tout être ayant vu le jour dans le territoire qui se trouve sous la juridiction du gouvernement. Les nobles familles royales avaient conscience de ce que tous les êtres vivants —humains, animaux ou inférieurs à ces derniers— doivent être protégés. A ce point de vue, le système démocratique moderne ne peut être considéré comme noble et élevé, car les dirigeants élus ne recherchent que le pouvoir et n'ont aucun sens des responsabilités. Dans la monarchie, le roi occupant une position éminente s'inspire de l'exemple glorieux de ses ancêtres. Aussi Soma, le souverain de la Lune, rappelle-t-il ici aux Pracetas les oeuvres glorieuses de leur père, de leur grand-père et de leurs ancêtres.

VERSET 12

tokanam pitarau bandhu
drsah paksma striyah patih
patih prajanam bhiksunam
grhy ajnanam budhah suhrt

TRADUCTION

De même que le père et la mère veillent en amis à tous les besoins dr leurs enfants, de même que la paupière protège l'oeil, que le mari soutient et protège sa femme, que le chef de famille entretient les mendiants avec bienveillance, et que le savant se montre amical envers l'ignorant, le roi se doit de protéger tous ses sujets et d'être pour eux comme une source de vie. Or, les arbres comptent également parmi ses sujets, de telle sorte qu'ils doivent eux aussi être protégés.

TENEUR ET PORTEE

Par la volonté suprême de Dieu, il existe divers protecteurs et tuteurs des êtres sans défense. Les arbres comptent également parmi les prajas, les sujets du roi; ce dernier a donc le devoir de les protéger eux aussi, sans parler bien sûr des autres habitants du royaume. En effet, le roi se doit de protéger tous les êtres vivants sans exception. Bien que les parents soient directement responsables de la protection et de la subsistance de leurs enfants, le devoir du roi est de s'assurer que tous les parents remplissent leurs devoirs comme il convient. De même, le roi est responsable de faire en sorte que tous les autres protecteurs mentionnés dans ce verset s'acquittent correctement de leur tâche. Il est également intéressant de noter que les mendiants que doivent entretenir les chefs de famille ne sont pas des mendiants professionnels, mais des sannyasis et des brahmanas, à qui les grhasthas doivent fournir nourriture et vêtements.

VERSET 13

antar dehesu bhutanam
atmaste harir isvarah
sarvam tad-dhisnyam iksadhvam
evam vas tosito hy asau

TRADUCTION

Le Seigneur Souverain Se tient au plus profond du coeur de chaque être en tant que l'Ame Suprême, qu'il s'agisse des êtres mobiles ou immobiles, des hommes, des oiseaux, des animaux terrestres, des végétaux ou de n'importe quel autre être vivant. En conséquence, vous devriez considérer chaque corps comme un lieu de résidence du Seigneur, un temple; c'est avec une telle façon de voir que vous satisferez le Seigneur. Vous ne devriez donc pas donner libre cours à votre colère et faire périr ces êtres vivants qui ont des corps d'arbres.

TENEUR ET PORTEE

Ainsi que l'enseigne la Bhagavad-gita (XVIII.61) et que le confirment toutes les Ecritures védiques: isvarah sarva-bhutanam hrd-dese rjuna tisthati —l'Ame Suprême Se trouve dans le coeur de chaque être. En conséquence, puisque chaque corps sert de résidence au Seigneur Suprême, aucun ne devrait être détruit sous l'effet d'une haine injustifiée. L'Ame Suprême en serait très contrariée. Soma dit aux Pracetas qu'ayant cherché à satisfaire l'Ame Suprême, maintenant ils ne devaient pas Lui déplaire.

VERSET 14

yah samutpatitam deha
akasan manyum ulbanam
atma-jijnasaya yacchet
sa gunan ativartate

TRADUCTION

Celui qui s'enquiert de ce qui touche à la réalisation spirituelle et parvient ainsi à dominer sa colère dévastatrice —une colère qui s'éveille soudain dans le corps comme si elle tombait du ciel—, celui-là transcende dès lors l'influence des trois gunas.

TENEUR ET PORTEE

Lorsqu'une personne se met en colère, elle perd conscience d'elle-même et oublie sa position réelle; mais si elle parvient, au moyen du savoir, à se rendre compte de sa position, elle peut transcender l'influence des attributs de la nature matérielle. Chacun obéit constamment aux désirs nés de la concupiscence, à la colère, à l'avidité, à l'illusion, à l'envie et ainsi de suite, mais si l'on acquiert suffisamment de force de par son élévation spirituelle, on peut dominer ces influences. Celui qui acquiert cette maîtrise demeurera toujours à un niveau spirituel, et les gunas n'auront aucune emprise sur lui. Or, ceci n'est possible que lorsqu'on s'absorbe pleinement dans le service du Seigneur. Comme Krsna l'explique dans la Bhagavad-gita (XIV.26):

mam ca yo vyabhicarena
bhakti-yogena sevate
sa gunan samatityaitan
brahma-bhuyaya kalpate

"Celui qui tout entier s'absorbe dans le service de dévotion, sans jamais faillir, transcende dès lors les trois gunas et atteint ainsi le niveau spirituel." En amenant une personne à pratiquer le service de dévotion, le Mouvement pour la Conscience de Krsna lui permet de pouvoir toujours transcender la colère, l'avidité, la concupiscence, l'envie, etc. A moins de pratiquer le service de dévotion, on est assuré de devenir la proie des trois gunas.

VERSET 15

alam dagdhair drumair dinaih
khilanam sivam astu vah
varksi hy esa vara kanya
patnitve pratigrhyatam

TRADUCTION

Pourquoi brûler encore de ces pauvres arbres? Que ceux qui restent vivent heureux. Vous allez vous-mêmes connaître le bonheur, car voici une jeune fille ravissante et pleine de qualités, du nom de Marisa; elle a été élevée par les arbres comme leur fille, et vous pouvez maintenant la prendre pour épouse.


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare