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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 6 CHAPITRE 5 Prajapati Daksa
maudit Narada Muni.
bhuh ksetram jiva-samjnam yad
anadi nija-bandhanam adrstva tasya nirvanam kim asat-karmabhir bhavet
Le mot bhuh ["la terre"] se rapporte au champ d'action. Le corps matériel, fruit des actes de l'être distinct, représente son champ d'action, et lui confère de fausses dénominations. Depuis des temps immémoriaux, l'âme a revêtu divers types de corps matériels, qui sont les racines de son asservissement à l'univers matériel. A quoi bon se livrer stupidement à l'action intéressée, qui est de nature éphémère, si l'on n'envisage pas de mettre un terme à son esclavage?
Narada Muni parla aux Haryasvas, les fils de Prajapati Daksa, de dix sujets allégoriques —le roi, le royaume, le fleuve, la maison, les éléments physiques, etc. Après les avoir considérés par eux-mêmes, les Haryasvas purent comprendre que l'âme emprisonnée dans son corps recherche le bonheur, mais sans se préoccuper du moyen d'échapper à sa prison. Il s'agit ici d'un verset très important, car tous les êtres vivant dans cet univers matériel sont très actifs, chacun à l'intérieur du corps particulier qu'il a reçu. L'homme travaille jour et nuit afin de satisfaire ses sens, et il en est de même pour des animaux comme les porcs ou les chiens. Les oiseaux, les animaux terrestres et tous les autres êtres conditionnés se livrent à diverses activités sans avoir connaissance de l'âme qui est emprisonnée dans le corps. Tout particulièrement au sein de l'espèce humaine, l'être vivant a pour devoir d'agir de manière à pouvoir quitter sa prison; mais en l'absence des instructions de Narada ou de son représentant dans la succession de maître à disciple, les gens se livrent aveuglément à des activités liées au corps en vue de jouir d'un bonheur éphémère et fragile (maya-sukha). Ils ignorent comment s'évader de leur prison matérielle. C'est pourquoi Rsabhadeva déclarait qu'un tel mode d'action n'a rien de bon, puisqu'il emprisonne l'âme, vie après vie, dans un corps sujet aux trois formes de souffrances inhérentes à la condition matérielle. Les fils de Prajapati Daksa, les Haryasvas, purent immédiatement comprendre le sens des instructions de Narada. Or, notre Mouvement pour la Conscience de Krsna est précisément destiné à conférer une semblable illumination. Nous nous efforçons d'éclairer l'humanité afin que les hommes comprennent qu'ils doivent consacrer toute leur énergie à pratiquer le tapasya; ceci leur permettra de réaliser leur identité spirituelle et de s'affranchir de l'esclavage continu auquel les soumettent, dans des corps successifs, la naissance, la maladie, la vieillesse et la mort. Toutefois, maya est très puissante; elle est très habile à parsemer d'obstacles la voie qui mène à cette compréhension. C'est pourquoi il arrive parfois qu'une personne s'étant jointe au Mouvement pour la Conscience de Krsna retombe dans les rets de maya, pour n'avoir pas bien saisi l'importance de ce Mouvement.
eka evesvaras turyo
bhagavan svasrayah parah tam adrstvabhavam pumsah kim asat-karmabhir bhavet
Tout n'existe que pour le plaisir de Dieu, la Personne Suprême, qui observe toutes choses en tous lieux. Il possède donc dans leur plénitude les six perfections et reste parfaitement indépendant. Jamais Il n'est soumis à l'influence des trois gunas, car en toutes circonstances Il transcende la création matérielle. A quoi sert aux hommes de mener une vie aussi dure que celle des chats et des chiens, errant jour et nuit en quête d'un bonheur éphémère, s'ils ne parviennent pas à Le connaître, Lui, l'Etre Suprême, en dépit de leurs progrès dans la connaissance et dans les différents domaines d'activité?
Narada Muni avait fait mention d'un royaume où ne vivait qu'un roi sans aucun rival. C'est que le monde spirituel tout entier, et en particulier la manifestation cosmique, n'a qu'un seul propriétaire et maître qui y jouit de tout —le Seigneur Suprême, qui est au-delà de cette manifestation matérielle. Voilà pourquoi Il a été qualifié de turya, ce mot indiquant qu'Il existe dans la quatrième dimension. Il a également été qualifié d'abhava; le mot bhava, qui signifie "prendre naissance", vient du mot bhu —"être". Comme l'enseigne la Bhagavad-gita (VIII.19): bhutva bhutva praliyate —les êtres vivant dans l'univers matériel doivent subir la naissance et la mort de façon répétée. Le Seigneur Souverain, cependant, n'est ni bhutva, ni praliyate; Il est éternel. En d'autres termes, Il n'est pas obligé de naître, contrairement aux humains ou aux animaux, qui naissent et meurent de façon répétée du fait de leur ignorance de l'âme. Dieu, la Personne Suprême, Krsna, n'est pas sujet à ces changements de corps, et quiconque pense le contraire est considéré comme un sot: avajananti mam mudha manusim tanum asritam. Narada Muni recommande aux hommes de ne pas perdre leur temps à s'agiter en tous sens comme des chats ou des singes, sans en retirer de bénéfice réel. Le devoir de l'être humain est en effet de connaître Dieu, la Personne Suprême.
puman naivaiti yad gatva
bila-svargam gato yatha pratyag-dhamavida iha kim asat-karmabhir bhavet
On aurait du mal à trouver une seule personne qui soit revenue du système planétaire inférieur de Patala. De même, celui qui va dans le Vaikuntha-dhama [pratyag-dhama] ne revient pas dans ce monde matériel. Or, s'il existe un tel lieu, d'où l'on ne retombe pas dans les conditions de vie misérables inhérentes à l'univers matériel, à quoi bon s'agiter en tous sens comme des singes, dans ce monde éphémère, sans voir ni comprendre ce qu'est ce lieu? Quel avantage pourrait-on en retirer?
La Bhagavad-gita (XV.6) enseigne: yad gatva na nivartante tad dhama paramam mama —il est un lieu d'où, une fois qu'on l'a atteint, on ne revient pas dans l'univers matériel. Maintes descriptions de ce lieu ont été données. Dans un autre passage de la Bhagavad-gita (IV.9), Krsna dit:
nana-rupatmano buddhih
svairiniva gunanvita tan-nistham agatasyeha kim asat-karmabhir bhavet
Mêlée de passion, l'intelligence instable de l'être vivant est comparable à une prostituée qui change de vêtement à seule fin d'attirer l'attention. Que gagne-t-on à se plonger dans des actes aux fruits éphémères, sans comprendre dans quelle voie on s'engage.
Une femme qui n'a pas de mari et qui se dit indépendante est devenue une prostituée. Les prostituées s'habillent généralement de façon à attirer l'attention des hommes sur la partie inférieure de leur corps. De nos jours, il est devenu courant, à grand renfort de publicité, de voir des femmes quasiment nues, ne couvrant que très légèrement la partie inférieure de leur corps, de manière à attirer l'attention des hommes sur leurs parties intimes et à les inciter aux plaisirs de la chair. L'intelligence utilisée à ces fins est celle d'une prostituée de profession. Dans le même ordre d'idée, l'intelligence d'un être qui ne se soucie pas de Krsna ou du Mouvement pour la Conscience de Krsna ne fait que changer de vêtements comme une fille de joie. Quel bienfait peut bien procurer une intelligence aussi bornée? Il faut plutôt utiliser son intelligence pour développer sa conscience de manière à ne plus avoir à changer de corps. Les karmis changent de métier à tous moments, mais non pas l'être conscient de Krsna, dont la seule occupation est d'attirer l'attention de Krsna en chantant le mantra Hare Krsna et en vivant très simplement, sans se plier aux fluctuations quotidiennes de la mode. Dans notre Mouvement pour la Conscience de Krsna, les gens qui se veulent à la page apprennent à ne suivre qu'une seule mode —celle de l'habit vaisnava, du crâne rasé et du tilaka. Nous leur apprenons à rester toujours purs en pensées de même que dans leur façon de s'habiller et dans leurs habitudes alimentaires, ceci afin de s'établit fermement dans la conscience de Krsna. A quoi bon changer sa façon de s'habiller, ou se laisser pousser la barbe et porter les cheveux longs de temps à autre? Cela n'est pas recommandé. On ne devrait pas perdre son temps à des activités aussi frivoles. Il faut plutôt veiller à demeurer fermement établi dans la conscience de Krsna et à suivre la cure du service de dévotion, animé d'une résolution inébranlable.
tat-sanga-bhramsitaisvaryam
samsarantam kubharyavat tad-gatir abudhasyeha kim asat-karmabhir bhavet
Celui qui épouse une prostituée perd toute indépendance. De même, l'être qui possède une intelligence impure prolonge son existence matérialiste. Frustré par la nature matérielle, il doit suivre les incitations de son intelligence, qui lui fait connaître différentes joies et souffrances. A quoi bon, dans de telles conditions, se livrer à l'action intéressée?
L'intelligence polluée a été comparée à une prostituée. De celui qui ne l'a pas purifiée, on dit qu'il est dominé par cette prostituée. La Bhagavad-gita (II.41) enseigne: vyavasayatmika buddhir ekeha kuru-nandana —une seule forme d'intelligence conduit les êtres vraiment sérieux: celle qui relève de la conscience de Krsna. Bahu-sakha hy anantas ca buddhayo vyavasayinam —quant à celui qui n'est pas guidé d'une façon stable par l'intelligence juste, il expérimentera de nombreux modes de vie. Ainsi pris dans l'engrenage des actes matériels, il s'expose à subir l'influence des différents gunas et connaît diverses formes de bonheur et de malheur. Si un homme devient le mari d'une prostituée, il ne peut être heureux; de même, celui qui écoute son intelligence et sa conscience matérielle ne connaîtra jamais le bonheur. Il faut bien comprendre le fonctionnement de la nature matérielle. Comme l'enseigne la Bhagavad-gita (III.27):
Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare |