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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 6 CHAPITRE 5 Prajapati Daksa
maudit Narada Muni.
sri-daksa uvaca
aho asadho sadhunam sadhu-lingena nas tvaya asadhv akary arbhakanam bhiksor margah pradarsitah
Narada Muni! Tu n'as rien d'un saint bien que tu en portes l'habit; en fait, c'est plutôt moi, pourtant engagé dans la vie de famille, qui suis un saint homme. En indiquant à mes fils la voie du renoncement, tu as commis une abominable injustice à mon égard.
Sri Caitanya Mahaprabhu disait: sannyasira alpa chidra sarva-loke gaya (C.c., Madhya 12.51). On trouve dans la société de nombreux sannyasis, vanaprasthas, grhasthas et brahmacaris, qui peuvent tous être considérés comme des sadhus s'ils s'acquittent convenablement de leurs devoirs. Prajapati Daksa était assurément un sadhu, puisqu'il s'était livré à des austérités telles que le Seigneur Suprême, Sri Visnu, était apparu devant lui. Néanmoins, il était enclin à la critique; aussi considéra-t-il injustement Narada Muni comme un asadhu —tout le contraire d'un saint—, simplement parce que celui-ci avait déjoué ses plans. C'est animé du désir de donner à ses fils une formation de grhasthas parfaitement versés dans le savoir que Daksa les avait envoyés à Narayana-saras pour qu'ils s'y livrent à d'austères pratiques. Narada Muni, cependant, tirant parti du haut niveau qu'ils avaient atteint par ces austérités, leur donna comme instructions de devenir des vaisnavas dans l'ordre du renoncement. C'est bien là le devoir de Narada Muni et de ses disciples, qui doivent montrer à tous la voie du détachement à l'égard du monde matériel et celle du retour à Dieu, dans leur demeure originelle. Toutefois, Prajapati Daksa ne comprit pas la valeur inestimable du service rendu à ses fils par Narada Muni alors que ce dernier accomplissait son devoir. Incapable d'apprécier l'intervention de Narada, Daksa l'accusa d'être un asadhu. Les mots bhiksor marga (la voie de l'ordre du renoncement) revêtent ici une importance toute particulière. Un autre nom du sannyasi est celui de tridandi-bhiksu, car il a pour devoir de solliciter l'aumône des grhasthas, à qui il doit donner en échange des instructions spirituelles. Le sannyasi peut mendier de porte en porte, mais non pas le grhastha, qui doit gagner sa vie selon le groupe social auquel il appartient. Un bramana grhastha peut assurer sa subsistance en devenant un docte érudit et en enseignant aux gens comment adorer Dieu, la Personne Suprême. Il peut également assurer lui-même ce culte. Les Ecritures enseignent d'ailleurs que seuls les brahmanas peuvent directement rendre un culte à la murti, auquel cas ils peuvent accepter comme prasada tout ce que les gens offrent à la Divinité. Bien qu'un brahmana puisse parfois accepter la charité, celle-ci ne doit pas être destinée à assurer sa propre subsistance, mais doit être consacrée à l'adoration de la murti. Dans cette optique, le brahmana ne garde rien en réserve en vue d'une utilisation personnelle future. De même, les ksatriyas peuvent prélever des inpôts auprès des citoyens, en échange de quoi ils doivent protéger ces derniers, veiller à ce que tous observent les règles et les principes régissant la vie humaine, et assurer le maintien et le respect de l'ordre et de la loi. Les vaisyas, eux, doivent gagner leur vie en cultivant la terre et en protégeant la vache, et les sudras en proposant leurs services aux trois groupes supérieurs. A moins de devenir un brahmana, nul ne peut adopter le sannyasa. Les sannyasis et les brahmacaris peuvent mendier de porte en porte, mais cela n'est pas permis aux grhasthas. Prajapati Daksa s'en prit à Narada Muni parce que ce brahmacari qui pouvait mendier de porte en porte avait fait de ses fils des sannyasis alors que ceux-ci étaient éduqués en vue de devenir des grhasthas. Daksa en voulait beaucoup à Narada, estimant que ce dernier avait commis une grave injustice à son égard. En effet, aux yeux de Daksa, Narada Muni avait fourvoyé ses fils alors que ceux-ci étaient dénués de toute expérience (asadhv akary arbhakanam). Daksa considérait ses enfants comme d'innocents garçons qui s'étaient laissés détourner de leur but lorsque Narada avait fait miroiter devant leurs yeux les mérites de l'ordre du renoncement. Compte tenu de toutes ces considérations, Prajapati Daksa accusa Narada Muni d'être un asadhu, et lui reprocha d'avoir revêtu la tenue d'un sadhu. Les saints personnages sont parfois mal jugés par les grhasthas, surtout lorsqu'ils incitent leurs jeunes fils à se vouer à la Conscience de Krsna. Le grhastha croit en général qu'à moins de connaître la vie de grhastha, nul ne peut convenablement assumer l'ordre du renoncement. Par suite, si un jeune homme emprunte sans plus attendre la voie du renoncement en accord avec les instructions de Narada ou d'un représentant de sa filiation spirituelle, ses parents se mettent très en colère. C'est ce qui se produit dans notre Mouvement pour la Conscience de Krsna, car nous incitons tous les jeunes des pays d'Occident à suivre la voie du renoncement. Nous permettons certes la vie de famille, mais le grhastha doit également suivre cette voie. De fait, il doit lui aussi renoncer à tant de mauvaises habitudes que ses parents s'imaginent que sa vie a quasiment été détruite. Nous ne permettons pas la consommation de chair animale, les activités sexuelles illicites, les jeux d'argent et l'absorption de substances enivrantes ou toxiques; voyant cela, les parents se demandent comment la vie de leurs enfants peut être positive avec toutes ces interdictions. Dans les pays d'Occident en particulier, ces quatre pratiques interdites constituent pour ainsi dire la vie même de la population. C'est pourquoi les parents détestent parfois notre Mouvement, à l'instar de Prajapati Daksa qui réprouva les activités de Narada et l'accusa de malhonnêteté. Cependant, même si certains parents sont irrités contre nous, nous devons accomplir notre devoir sans hésitation aucune, car nous appartenons à la filiation spirituelle de Narada Muni. Les gens attachés à la vie de famille se demandent comment il est possible de renoncer aux plaisirs de la vie de grhastha —qui n'est en somme qu'une concession aux plaisirs charnels— simplement pour devenir un sage errant, un mendiant dans la Conscience de Krsna. Ils ignorent que la concession faite aux grhasthas pour la vie sexuelle ne peut être vraiment efficace que s'ils adoptent la vie d'un renonçant. C'est pourquoi la civilisation védique enjoint à tous les hommes de renoncer à la vie de famille après la cinquantaine. Il s'agit là d'une obligation. Cependant, à cause de la confusion dans laquelle la civilisation moderne est plongée, les hommes mariés désirent poursuive leur vie de famille jusqu'à la mort, ce qui leur occasionne de grandes souffrances. Dans ces circonstances, les disciples de Narada Muni conseillent à tous les jeunes de se joindre immédiatement au Mouvement pour la Conscience de Krsna —et il n'y a là rien de mal.
rnais tribhir amuktanam
amimamsita-karmanam vighatah sreyasah papa lokayor ubhayoh krtah
Dès qu'il voit le jour, le brahmana contracte trois dettes —envers les grands sages, les devas et son père. Le fils d'un brahmana doit passer par une période de célibat (brahmacarya) afin de liquider ses dettes envers les saints hommes, il doit accomplir des cérémonies rituelles pour s'acquittter de ses obligations envers les devas, et il doit assurer sa descendance afin de régler la dette qu'il a contracté envers son père. Prajapati Daksa objectait que bien qu'il soit recommandé d'embrasser l'ordre du renoncement pour atteindre la libération, nul ne peut accéder à celle-ci à moins de s'être acquitté de toutes ses obligations envers les devas, les saints et son père. Puisque ses fils ne s'étaient pas affranchis de leur triple dette, comment Narada Muni avait-il pu les orienter vers l'ordre du renoncement? Apparemment, Prajapati Daksa ne connaissait pas la conclusion ultime des sastras. Comme l'enseigne le Srimad-Bhagavatam (11.5.41):
evam tvam niranukroso
balanam mati-bhid dhareh parsada-madhye carasi yaso-ha nirapatrapah
La mentalité de Prajapati Daksa s'est perpétuée jusqu'à nos jours. Lorsque de jeunes garçons adhèrent au Mouvement pour la Conscience de Krsna, leurs pères et ceux qui soi-disant les protègent entrent dans une grande colère contre l'initiateur de ce Mouvement, car ils estiment que leurs fils ont été amenés sans raison à se priver des plaisirs de la vie matérielle —à savoir manger, boire et prendre du bon temps. Les karmis, qui désirent jouir des fruits de leurs actes, estiment qu'il faut profiter au maximum de sa vie présente ici-bas, tout en accomplissant quelques actes de vertu pour être promu, dans sa prochaine vie, aux systèmes planétaires supérieurs où l'on peut connaître encore plus de plaisirs. Toutefois, le yogi, et tout particulièrement le bhakti-yogi, demeure indifférent aux opinions de ce monde. Il n'est pas intéressé par l'idée de se rendre sur les systèmes planétaires supérieurs où habitent les devas, pour y jouir d'une longue vie dans une société évoluant sous le signe d'un matérialisme fort développé. Prabodhananda Sarasvati décla ce propos: kaivalyam narakayate tridasa-pur akasa-puspayate —pour un bhakta, se fondre dans l'existence du Brahman revient à sombrer dans une condition infernale, et vivre sur les systèmes planétaires supérieurs des devas n'est qu'une hallucination, une fantasmagorie dépourvue de toute réalité. Le pur bhakta ne s'intéresse ni aux perfections qui découlent du yoga, ni aux systèmes planétaires supérieurs, ni à la fusion dans le Brahman. Il n'a qu'un désir: servir Dieu, la Personne Suprême. Comme Prajapati Daksa était un karmi, il ne pouvait pas apprécier le grand service que Narada Muni avait rendu à ses onze mille fils. Au lieu de cela, il l'accusa d'être un pécheur et déclara même que parce qu'il était en contact avec le Seigneur Suprême, Celui-ci S'en trouverait diffamé. Daksa critiqua ainsi Narada Muni en l'accusant d'offenser le Seigneur, bien qu'il fût connu comme l'un de Ses proches compagnons.
nanu bhagavata nityam
bhutanugraha-katarah rte tvam sauhrda-ghnam vai vairan-karam avairinam
Ce sont là les critiques que doivent supporter les serviteurs de Narada Muni qui poursuivent sa mission dans la succession spirituelle de maître à disciple. Par l'entremise du Mouvement pour la Conscience de Krsna, nous cherchons à éduquer des jeunes gens pour qu'ils deviennent des bhaktas et retournent à Dieu, dans leur demeure originelle, en observant rigoureusement les principes régulateurs de la vie spirituelle. Cependant, notre service n'est apprécié ni en Inde, ni outre-mer, dans les pays d'Occident, où nous nous efforçons de répandre ce Mouvement. En Inde, les brahmanas de caste sont devenus les ennemis de notre Mouvement parce que nous élevons des étrangers, censés être des mlecchas et des yavanas, au rang de brahmanas. Nous leur enseignons l'austérité et la pénitence, et les reconnaissons comme brahmanas en leur remettant le cordon sacré, ce qui déplaît beaucoup aux brahmanas de caste. En Occident également, les parents des jeunes gens qui rejoignent nos rangs sont devenus nos ennemis. Il n'est pas dans nos intentions de nous faire des ennemis, mais les choses sont telles que les abhaktas auront toujours une attitude hostile envers nous. Néanmoins, comme l'enseignent les sastras, le bhakta doit faire preuve à la fois de tolérance et de commpassion. Les bhaktas voués à la prédication doivent s'attendre à être accusés par les ignorants, mais ceci ne doit pas les empêcher d'être très miséricordieux envers les âmes déchues. Quiconque parvient à accomplir son devoir dans la succession de maître à disciple de Narada Muni sera assurément reconnu pour son service. C'est ce qu'affirme Krsna dans la Bhagavad-gita (XVIII. 68-69):
na ca tasman manusyesu Nous trouvons dans ce verset les mots sauhrda-ghnam, signifiant "qui rompt les liens de l'amitié". Du fait que Narada Muni et les représentants de sa succession de maître à disciple rompent les liens de l'amitié et de la famille, ils sont parfois accusés de créer des dissensions entre proches (sauhrda-ghnam). En réalité, ces bhaktas sont les amis de tous les êtres (suhrdam sarva-bhutanam), mais on les prend pour des ennemis. La prédication peut se révéler une tâche difficile et ingrate, mais le prédicateur doit s'en tenir aux ordres du Seigneur Suprême et ne pas être effrayé par les gens à l'esprit matérialiste.
nettham pumsam viragah syat
tvaya kevalina mrsa manyase yady upasamam sneha-pasa-nikrntanam
Prajapati Daksa avait raison de dire qu'on ne peut pas se détacher de l'univers matériel simplement en changant de vêtement. Les sannyasis du kali-yuga qui échangent leurs robes blanches contre des robes de couleur safran et croient alors pouvoir faire tout ce qui leur plaît, sont plus infâmes que des grhasthas matérialistes. Une telle conduite n'est recommandée nulle part. Prajapati Daksa avait donc raison de relever cette erreur, mais il ignorait que Narada Muni avait éveillé l'esprit du renoncement chez les Haryasvas et les Savalasvas en leur inculquant le parfait savoir. Le renoncement ainsi éclairé est désirable. L'homme devrait embrasser l'ordre du renoncement avec une parfaite connaissance (jnana-vairagya), car celui qui renonce à l'univers matériel de cette façon peut atteindre la perfection de l'existence. Ainsi que le corrobore le Srimad-Bhagavatam (1.2.7), ce niveau fort élevé peut très facilement être atteint:
Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare |