SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 6
CHAPITRE 9

L'apparition de
Vrtrasura.

VERSET 46

sri-suka uvaca
athaivam idito rajan
sadaram tri-dasair harih
svam upasthanam akarnya
praha tan abhinanditah

TRADUCTION

Sri Sukadeva Gosvami poursuivit ainsi:
O roi Pariksit, lorsque les devas adressèrent au Seigneur ces prières sincères, Celui-ci, dans Sa grâce indicible, les écouta. Puis satisfait, Il leur répondit.

VERSET 47

sri-bhagavan uvaca
prito ham vah sura-srestha
mad-upasthana-vidyaya
atmaisvarya-smrtih pumsam
bhaktis caiva yaya mayi

TRADUCTION

Le Seigneur Souverain dit:
O devas bien-aimés, vous M'avez adressé des prières empreintes d'un vaste savoir, et Je suis certes très content de vous. Celui qui est libéré par ce savoir se souvient de Ma position élevée, bien au-dessus des conditions de l'existence matérielle. Un tel bhakta se purifie complètement lorsqu'il offre des prières en pleine connaissance de cause; c'est là où prend source le service de dévotion offert à Ma Personne.

TENEUR ET PORTEE

Le Seigneur Suprême est appelé Uttamasloka, ce Nom servant à désigner Celui à qui l'on offre des prières composées de versets choisis. La bhakti consiste à écouter et à glorifier ce qui a trait à Visnu (sravanam kirtanam visnoh). Les impersonnalistes ne peuvent se purifier, car ils n'adressent pas de prières personnelles à Dieu, la Personne Suprême. Même s'il leur arrive d'offrir des prières, celles-ci ne sont pas dirigées vers le Seigneur. Ils révèlent parfois leur manque de connaissance lorsqu'ils se réfèrent à Lui comme une entité sans nom. Ils offrent toujours leurs prières indirectement, en disant: "Tu es ceci, Tu es cela", mais ils ignorent à qui ils s'adressent. Le bhakta, à l'opposé, offre toujours des prières personnelles, telles que: govindam adi-purusam tam aham bhajami —"Je présente mon hommage respectueux à Govinda, à Krsna." Voilà comment il faut prier. Celui qui continue à offrir de telles prières peut devenir un pur bhakta et retourner à Dieu, dans sa demeure originelle.

VERSET 48

kim durapam mayi prite
tathapi vibudharsabhah
mayy ekanta-matir nanyan
matto vanchati tattva-vit

TRADUCTION

O vous les meilleurs des devas intelligents, rien n'est difficile à obtenir pour celui qui parvient à Me satisfaire. Pourtant, sachez qu'un pur bhakta, dont les pensées se fixent exclusivement sur Moi, ne Me demande rien si ce n'est de pouvoir Me servir avec dévotion.

TENEUR ET PORTEE

Lorsque les devas eurent terminé leurs prières, ils attendirent impatiemment que soit anéanti leur ennemi Vrtrasura. Cela sous-entend que les devas ne sont pas de purs bhaktas. Bien qu'on puisse obtenir sans difficulté tout ce qu'on désire lorsqu'on parvient à satisfaire le Seigneur, eux cherchaient à Lui plaire en vue d'obtenir de Lui un certain bienfait matériel. Le Seigneur aurait voulu que les devas Le prient pour obtenir le service de dévotion pur et sans mélange; au lieu de cela, ils lui demandèrent de faire périr leur ennemi. Telle est la différence entre un pur bhakta et un bhakta matérialiste. Indirectement, le Seigneur regrettait que les devas ne Lui aient pas demandé de pouvoir se livrer au service de dévotion pur.

VERSET 49

na veda krpanah sreya
atmano guna-vastu-drk
tasya tan icchato yacched
yadi so pi tatha-vidhah

TRADUCTION

Ceux qui pensent que les atouts matériels sont la seule réalité ou qu'ils constituent le but ultime de l'existence, sont qualifiés d'avares [krpanas]. Ils ignorent le besoin le plus profond de l'âme. En outre, si quelqu'un accorde à ces insensés ce qu'ils désirent, il doit lui-même être considéré comme un sot.

TENEUR ET PORTEE

Il existe deux catégories d'hommes: les krpanas et les brahmanas. Le brahmana est celui qui connaît le Brahman, la Vérité Absolue, et par là même, son véritable intérêt. Le krpana, à l'inverse, est celui qui a une conception matérielle de l'existence, axée sur le corps. Ne sachant pas comment utiliser son existence d'homme ou de deva, le krpana se laisse attirer par les créations matérielles des gunas. Les krpanas, donc, qui toujours recherchent des bienfaits matériels, sont des insensés, tandis que les brahmanas, qui recherchent toujours des bienfaits spirituels, font preuve d'intelligence. Si un krpana, ignorant son véritable intérêt, demande stupidement quelque chose de matériel, celui qui l'exauce est aussi insensé que lui. Krsna, toutefois, n'est pas un insensé; Il possède la plus haute intelligence qui soit. Si quelqu'un Lui demande quelque bienfait matériel, Krsna ne le lui accorde pas. Il donne plutôt à cette personne l'intelligence qui lui permettra d'oublier ses désirs matériels et de s'attacher à Ses pieds pareils-au-lotus. Dans de tels cas, bien que le krpana offre à Krsna des prières en vue d'obtenir des biens matériels, le Seigneur lui retire toutes ses possessions matérielles et l'inspire à devenir un bhakta. Comme le Seigneur Lui-même l'explique dans le Caitanya-caritamrta (Madhya 22.39):

ami--vijna, ei murkhe 'visaya' kene diba?
sva-caranamrta diya 'visaya' bhulaiba

"Puisque Je suis très intelligent, pourquoi devrais-Je accorder à cet insensé la prospérité matérielle à laquelle il aspire? Au lieu de cela, Je vais l'inciter à rechercher le nectar qu'est le refuge de Mes pieds pareils-au-lotus, et lui faire oublier les plaisirs matériels illusoires." Si quelqu'un prie sincèrement Dieu de lui accorder des avantages matériels en échange du service de dévotion qu'il Lui offre, le Seigneur, qui n'a pas la sottise d'un tel bhakta, lui témoigne une faveur particulière: Il le dépossède de tous ses biens matériels et lui donne peu à peu l'intelligence qui lui permettra de se satisfaire par le seul fait de servir Ses pieds pareils-au-lotus. Srila Visvanatha Cakravarti Thakura fait observer à ce propos que si un enfant insensé demande à sa mère de lui donner du poison, celle-ci, étant plus intelligente que lui, n'accédera sûrement pas à sa requête, même s'il insiste. Le matérialiste ignore que le fait d'accepter des possessions matérielles revient à prendre du poison, c'est-à-dire à naître et à mourir de façon répétée. L'homme intelligent, le brahmana, aspire à être libéré des chaînes de la matière. Là réside le véritable intérêt de l'être humain.

VERSET 50

svayam nihsreyasam vidvan
na vakty ajnaya karma hi
na rati rogino pathyam
vanchato pi bhisaktamah

TRADUCTION

Un pur bhakta parfaitement versé dans la science du service de dévotion ne recommandera jamais à un insensé de se livrer à des activités visant au plaisir matériel, il l'aidera encore moins dans de telles activités. Un pareil bhakta est comparable à un médecin expérimenté qui jamais n'encourage un patient à manger des aliments nuisibles pour sa santé, même si ce dernier désire de tels aliments.

TENEUR ET PORTEE

Voici la différence entre les bénédictions octroyées par les devas et celles qui sont accordées par le Seigneur Suprême, Sri Visnu. Les adorateurs des devas ne demandent des bénédictions qu'en vue de satisfaire leurs sens, et c'est pourquoi la Bhagavad-gita (VII.20) les décrit comme dépourvus d'intelligence:

kamais tais tair hrta-jnanah
prapadyante nya-devatah
tam tam niyamam asthaya
prakrtya niyatah svaya

"Ceux dont le mental est déformé par les désirs matériels se vouent aux devas; ils suivent, chacun selon sa nature, les divers rites propres à leur culte."

D'une manière générale, les âmes conditionnées sont privées d'intelligence à cause de leur profond désir de satisfaire leurs sens. Elles ignorent quelles bénédictions demander. Aussi les sastras recommandent-ils aux abhaktas de rendre un culte aux différents devas afin d'obtenir divers bienfaits matériels. C'est ainsi que, celui qui désire une belle épouse peut vénérer Uma, ou la déesse Durga, et celui qui veut guérir d'une maladie se voit conseillé d'adorer le deva du Soleil. Toutes les demandes de bénédictions adressées aux devas ont pour origine la concupiscence, le désir matériel. Ces bénédictions prendront fin au terme de la manifestation cosmique, en même temps que ceux qui les ont octroyées. En revanche, si quelqu'un s'adresse à Visnu, le Seigneur lui accordera une bénédiction qui l'aidera à revenir auprès de Lui, dans le royaume de Dieu. C'est ce que corrobore le Seigneur en personne dans la Bhagavad-gita (X.10):

tesam satata-yuktanam
bhajatam priti-purvakam
dadami buddhi-yogam tam
yena mam upayanti te

Visnu, ou Krsna, instruit un bhakta qui s'absorbe constamment dans son service quant au moyen de L'approcher au moment où s'éteint son corps matériel. Toujours dans la Bhagavad-gita (IV.9), Il affirme:

janma karma ca me divyam
evam yo vetti tattvatah
tyaktva deham punar janma
naiti mam eti so rjuna

"Celui, ô Arjuna, qui connaît l'absolu de Mon Avènement et de Mes Actes n'aura plus à renaître dans l'univers matériel; en quittant son corps, il entrera dans Mon royaume éternel." Telle est la bénédiction de Visnu, Krsna: après avoir quitté son corps, le bhakta retourne à Dieu, en sa demeure originelle.

Un bhakta peut bien avoir la sottise de demander au Seigneur de lui accorder des bénédictions matérielles, mais Krsna n'exaucera pas ses prières. C'est pourquoi les hommes très attachés à la vie matérielle ne deviennent généralement pas des dévots de Krsna, ou de Visnu. Ils préfèrent vouer leur culte aux devas (kamais tais tair hrta-jnanah prapadyante nya-devatah). Toutefois, la Bhagavad-gita (VII.23) condamne les bénédictions des devas: antavat tu phalam tesam tad bhavaty alpa-medhasam —"Les hommes à l'intelligence réduite rendent un culte aux devas; éphémères et limités sont les fruits de leur adoration." Ainsi, un avaisnava, une personne ne servant pas Dieu, la Personne Suprême, est considéré comme un insensé, une tête sans cervelle.


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare