VERSET 11
hata-putras tatas tvasta
juhavendraya satrave
indra-satro vivardhasva
ma ciram jahi vidvisam
TRADUCTION
Après la mort de Visvarupa, son père, Tvasta, accomplit un sacrifice rituel destiné à faire périr Indra. Il présenta des offrandes dans le feu en disant: "O ennemi d'Indra, manifeste-toi pour tuer sans délai ton adversaire."
TENEUR ET PORTEE
Tvasta commit une faute de prononciation en récitant le mantra; il lui donna une forme longue au lieu d'une courte, si bien que le sens en fut modifié. En utilisant les mots indra-satro, Tvasta voulait dire; "O ennemi d'Indra". Dans ce mantra, le mot Indra est employé au possessif (sasthi), et les mots indra-satro constituent ce qu'on appelle un ensemble tat-purusa (tatpurusa-samasa). Malheureusement, au lieu de donner une forme courte au mantra, Tvasta le prononça en l'allongeant, modifiant ainsi son sens d' "ennemi d'Indra" en "Indra, qui est un ennemi". Par suite, au lieu d'un ennemi d'Indra, le sacrifice fit se manifester le corps de Vrtrasura, dont Indra était l'ennemi.
VERSET 12
athanvaharya-pacanad
utthito ghora-darsanah
krtanta iva lokanam
yuganta-samaye yatha
TRADUCTION
A ce moment, du côté sud du feu sacrificiel appelé Anvaharya sortit un personnage redoutable semblable au destructeur de l'entière création à la fin d'un
yuga.
VERSET 13-17
visvag vivardhamanam tam
isu-matram dine dine
dagdha-saila-pratikasam
sandhyabhranika-varcasam
tapta-tamra-sikha-smasrum
madhyahnarkogra-locanam
dedipyamane tri-sikhe
sula aropya rodasi
nrtyantam unnadantam ca
calayantam pada mahim
dari-gambhira-vaktrena
pibata ca nabhastalam
lihata jihvayarksani
grasata bhuvana-trayam
mahata raudra-damstrena
jrmbhamanam muhur muhuh
vitrasta dudruvur loka
viksya sarve diso dasa
TRADUCTION
Comme des volées de flèches lancées dans les quatre directions, le corps du monstre grandit jour après jour. Sa haute stature et son teint noirâtre le faisait ressembler à une montagne brûlée, et il resplendissait comme des nuages lumineux alignés dans le ciel du soir. Les poils de son corps, de même que sa barbe et ses moustaches, avaient la couleur du cuivre en fusion, et ses yeux étaient aussi perçants que le soleil de midi. Il semblait invincible, comme s'il tenait les trois mondes sur les pointes de son trident embrasé. Dansant et criant d'une voix terrible, il ébranlait la Terre entière sous ses pas comme s'il y avait eu un tremblement de terre, et lorsqu'il baillait de façon répétée, il semblait vouloir avaler la vaste étendue du ciel de sa bouche profonde comme une caverne. On aurait dit qu'il léchait de sa langue toutes les étoiles du firmament et qu'il dévorait l'univers de ses longues dents pointues. En aprercevant ce démon gigantesque, tous les êtres, terrifiés, s'enfuirent dans toutes les directions.