SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 7
CHAPITRE 1

Le Seigneur Suprême est
équitable envers tous.

VERSET 21

etad bhramyati me buddhir
diparcir iva vayuna
bruhy etad adbhutatamam
bhagavan hy atra karanam

TRADUCTION

Tout ceci est assurément extraordinaire. En fait, mon intelligence se trouble, tout comme la flamme d'une bougie vacille sous l'effet du vent. O Narada Muni, toi qui sais tout, veuille me révéler la cause de cet événement merveilleux.

TENEUR ET PORTEE

Les sastras prescrivent: tad-vijnanartham sa gurum evabhigacchet -lorsque les problèmes ardus de la vie nous rendent perplexes, il nous faut, pour les résoudre, nous adresser à un guru comme Narada ou à son représentant dans la succession de maître à disciple. Aussi Maharaja Yudhisthira pria-t-il Narada de lui expliquer la raison d'un événement aussi étonnant.

VERSET 22

sri-badarayanir uvaca
rajnas tad vaca akarnya
narado bhagavan rsih
tustah praha tam abhasya
srnvatyas tat-sadah kathah

TRADUCTION

Sri Sukadeva Gosvami dit:
En entendant la requête de Maharaja Yudhisthira, Narada Muni, le maître spirituel le plus puissant et en possession de toute connaissance, éprouva une grande satisfaction. Il répondit donc à sa question en présence de tous ceux qui participaient au yajna.

VERSET 23

sri-narada uvaca
nindana-stava-satkara-
nyakkarartham kalevaram
pradhana-parayo rajann
avivekena kalpitam

TRADUCTION

Sri Naradaji, le grand sage, dit:
O roi, le blasphème et l'éloge, le châtiment et le respect, ne sont ressentis qu'en raison de l'ignorance. En effet, le corps de l'âme conditionnée est conçu par le Seigneur pour connaître, dans cet univers matériel, les souffrances infligées par l'énergie externe.

TENEUR ET PORTEE

La Bhagavad-gita enseigne (18.61):

isvarah sarva-bhutanam
hrd-dese rjuna tisthati
bhramayan sarva-bhutani
yantrarudhani mayaya

"Le Seigneur Suprême Se tient dans le coeur de tous les êtres, ô Arjuna, et dirige leurs errances à tous, chacun se trouvant comme sur une machine constituée par de l'énergie matérielle." Le corps matériel est fabriqué par l'énergie externe sous la direction de Dieu, la Personne Suprême. L'âme conditionnée, ayant pris place sur cette machine, erre de par l'univers; étant donné qu'elle a une conception corporelle de l'existence, elle ne fait que souffrir. En effet, la douleur que l'on ressent quand on est blasphémé, le plaisir que l'on éprouve lorsqu'on est loué, la réjouissance que procure un bon accueil et l'affliction occasionnée par de dures paroles, ne sont ressentis que par celui qui a une conception matérielle de l'existence; mais puisque le Corps du Seigneur Suprême n'est pas matériel, étant sac-cid-ananda-vigraha, Il n'est pas touché par les insultes ou les paroles de bienvenue, pas plus que par le blasphème ou les louanges. Toujours imperturbable et complet en Lui-même, Il n'éprouve pas de plaisir supplémentaire lorsque Son dévot Lui adresse de belles prières, ce qui n'empêche pas celui-ci d'être béni pour avoir agi ainsi. En fait, le Seigneur Se montre très bienveillant envers Ses prétendus ennemis, car quiconque pense constamment à Dieu, même en tant que son ennemi, en tire aussi un certain avantage. Si une âme conditionnée pense au Seigneur, soit en tant qu'ami, soit en tant qu'ennemi, et s'attache d'une manière ou d'une autre à Sa personne, elle en tire de grands bienfaits.

VERSET 24

himsa tad-abhimanena
danda-parusyayor yatha
vaisamyam iha bhutanam
mamaham iti parthiva

TRADUCTION

O roi, l'âme conditionnée, ayant une conception corporelle de l'existence, considère son corps comme son être propre, et estime que tout ce qui est relié à ce dernier lui appartient. C'est en raison de cette conception erronée de l'existence qu'elle se trouve sujette à des dualités, telles que la louange et la réprimande.

TENEUR ET PORTEE

Ce n'est que lorsque l'âme conditionnée considère son corps comme son être propre qu'elle ressent les effets de la réprimande ou de la louange. C'est alors qu'elle voit une personne comme son ennemi et une autre comme son ami et qu'elle désire châtier l'ennemi et faire bon accueil à l'ami. Cette création d'amis et d'ennemis résulte simplement d'une conception corporelle de l'existence.

VERSET 25

yan-nibaddho bhimano yam
tad-vadhat praninam vadhah
tatha na yasya kaivalyad
abhimano khilatmanah
parasya dama-kartur hi
himsa kenasya kalpyate

TRADUCTION

Parce que l'âme conditionnée a une conception corporelle de l'existence, elle croit qu'au moment où le corps est détruit, elle subit le même sort. Visnu, le Seigneur Souverain, est le maître absolu, l'Ame Suprême; étant donné qu'Il n'a pas de corps matériel, Il n'est pas non plus sujet aux fausses conceptions que sont le "moi" et le "mien". Ce serait donc une erreur de croire qu'Il éprouve du plaisir ou de la peine lorsqu'on Lui adresse des prières ou qu'on Le blasphème. De telles réactions sont impossibles de Sa part. Par suite, Il n'a ni ennemis ni amis; lorsqu'Il châtie les asuras, c'est pour leur bien, et il en est de même lorsqu'Il accueille les prières des bhaktas. Ni les prières ni les blasphèmes n'ont d'effet sur Lui.

TENEUR ET PORTEE

Enveloppés par des corps matériels, les êtres conditionnés -et même, parmi eux, les grands érudits et les professeurs soit-disant cultivés- croient qu'aussitôt que le corps est mort, tout est fini. Cela s'explique par leur conception corporelle de l'existence. Mais Krsna n'a pas une conception matérielle de l'existence, et Son Corps n'est pas différent de Lui-même. Dans ces conditions, comment pourrait-Il être affecté par des prières ou des accusations matérielles? Notre verset qualifie Son Corps de kaivalya, ou "non différent de Son Etre propre". Etant donné que tous les êtres vivants ont une conception corporelle matérielle de l'existence, s'il en était de même pour Krsna, qu'est-ce qui Le différencierait des âmes conditionnées? Et si Ses enseignements dans la Bhagavad-gita sont considérés comme la vérité ultime, c'est parce qu'Il n'a pas de corps matériel. En effet, toute personne ayant revêtu un corps matériel est sujette à quatre imperfections, mais puisque Krsna ne possède pas de corps matériel, il ne se trouve en Lui aucune imperfection; Il est toujours empli de connaissance et de félicité spirituelles. Isvarah paramah krsnah sac-cid-ananda-vigrahah: Il possède une Forme éternelle, toute de félicité et de connaissance. Les expressions sac-cid-ananda-vigrahah, ananda-cinmaya-rasa et kaivalya signifient en effet la même chose.

Krsna peut Se manifester en tant que le Paramatma dans le coeur de chaque être. C'est ce qu'explique la Bhagavad-gita (13.3): ksetrajnam capi mam viddhi sarva-ksetresu bharata -le Seigneur est le Paramatma, c'est-à-dire l'atma, ou l'Ame Suprême en chaque être individuel. Il faut donc naturellement en conclure qu'Il n'a aucune fausse conception corporelle. Bien qu'Il Se trouve dans le corps de chaque être, Il n'a pas, quant à Lui, de conception corporelle de l'existence; Il est éternellement libre de telles conceptions, ce qui fait que rien de ce qui est en relation avec le corps matériel du jiva ne peut L'affecter.

Krsna enseigne dans la Bhagavad-gita (16.19):

tan aham dvisatah kruran
samsaresu naradhaman
ksipamy ajasram asubhan
asurisv eva yonisu

"Les envieux et les malfaisants, les derniers des hommes, Je les plonge dans l'océan de l'existence matérielle sous les diverses formes de la vie démoniaque." Cependant, chaque fois que le Seigneur châtie des êtres comme les asuras, ce châtiment est destiné au bien de l'être conditionné. Celui-ci, envieux du Seigneur Suprême, peut L'accuser ainsi: "Krsna est méchant, Krsna est un voleur, etc.", mais Krsna, qui est bienveillant envers tous les êtres, ne tient aucun compte de telles accusations. Il prend plutôt en considération le fait que cette âme conditionnée a dit "Krsna, Krsna" de nombreuses fois. Il Lui arrive parfois de châtier ces asuras pendant la durée d'une vie en les plongeant dans des espèces inférieures, mais ensuite, lorsqu'ils ont cessé de L'accuser, ils se voient délivrés pour avoir constamment répété le Nom de Krsna. Il est très mal pour l'âme conditionnée de blasphémer le Seigneur Suprême ou Son dévot; mais dans Sa grande bonté, Krsna ramène une telle âme auprès de Lui, en sa demeure originelle, après l'avoir châtiée toute une vie pour ses fautes. Vrtrasura en est un exemple frappant. Il était précédemment Citraketu Maharaja, un grand bhakta, mais pour s'être moqué de Siva, le plus grand de tous les bhaktas, il dut revêtir le corps d'un asura appelé Vrtra. Cependant, il fut ensuite ramené à Dieu. Ainsi, lorsque Krsna punit un asura ou une âme conditionnée, c'est pour lui faire perdre son habitude de Le blasphémer et dès que cette âme s'est purifiée complètement, Il la ramène auprès de Lui.


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare