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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 1 CHAPITRE 13 Dhrtarastra quitte
le palais.
mumucuh prema-baspaugham
virahautkanthya-katarah raja tam arhayam cakre krtasana-parigraham
tam bhuktavantam visrantam
asinam sukham asane prasrayavanato raja praha tesam ca srnvatam
Une autre qualité du roi Yudhisthira était son habilité à recevoir comme il convient ses hôtes, y compris les membres de sa famille. De fait, Vidura fut chaleureusement reçu de tous ses proches, par des étreintes ou des hommages. Puis on prépara son bain et on lui offrit un somptueux dîner. Enfin, après qu'il se fut reposé à suffisance, il se vit offrir un siège confortable, et le roi commença de l'entretenir de divers sujets, familiaux et autres. Telle est la façon convenable de recevoir un ami très cher, mais aussi un ennemi. L'éthique indienne veut en effet que même un ennemi, lorsqu'il se présente chez vous, soit reçu avec tant de chaleur qu'il perde tout sentiment de danger. En d'autres mots, l'hôte doit toujours être traité comme un intime; et à plus forte raison s'il est un proche parent, comme Vidura l'était pour Maharaja Yudhisthira, bienfaiteur en outre de toute la dynastie. Donc, Yudhisthira Maharaja, en présence de toute l'assemblée, prend la parole.
yudhisthira uvaca
api smaratha no yusmat- paksa-cchaya-samedhitan vipad-ganad visagnyader mocita yat samatrkah
Te souvient-il, mon oncle, de la protection dont tu nous as toujours couverts, nous et notre mère, comme un oiseau couvre de ses ailes ses petits; te souvient-il que tu nous as sauvés de nombreux périls, des effets mortels d'un poison et de l'incendie de notre demeure?
La mort précoce de Pandu fit de ses jeunes fils et de son épouse l'objet d'une attention particulière de la part des aînés de la famille, notamment Bhismadeva et Mahatma Vidura. Dans le conflit politique opposant Pandavas et Kauravas, ce dernier se montrait plutôt favorable aux Pandavas, au conraire de Dhrtarastra, qui, chargé pourtant de veiller avec un soin égal sur les héritiers encore mineurs de Maharaja Pandu, trempait dans le complot ourdi contre eux, et destiné à les faire disparaître, pour mettre à leur place sur le trône ses propres fils. Mahatma Vidura sentait l'intrigue, et malgré sa loyauté envers son aîné, il n'approuvait pas les ambitions politiques de Dhrtarastra pour ses fils. Aussi s'employait-il à couvrir les Pandavas et leur mère d'une protection toute particulière. Il montrait donc, pour ainsi dire, une partialité envers eux, bien que les fils de Dhrtarastra lui fussent objets d'une affection égale. Il ne cessa de reprocher à Duryodhana ses manoeuvres pour usurper les droits de ses cousins, et à Dhrtarastra le soutien qu'il apportait dans ce but aux ambitions de ses fils. Rapidement, ces prises de position valurent à Vidura d'être considéré, dans le palais, comme le protecteur des Pandavas. Maharaja Yudhisthira fait ici allusion à ces événements anciens, survenus avant que Vidura ne quitte le palais pour son long pèlerinage. Rappelant à son esprit ces souvenirs, Maharaja Yudhisthira lui demande s'il ressent toujours en lui la même bonté, le même penchant pour ses neveux maintenant adultes, et après la Bataille de Kuruksetra, le terrible désastre causé par la division de la famille. Avant que se décide la grande bataille, Dhrtarastra avait conçu le projet de se débarrasser discrètement de ses neveux. Il donne à Purocana l'ordre de construire, à Varanavata, une maison de laque, et il invite la famille de son frère à y séjourner pour quelque temps. Mais alors que les Pandavas s'apprêtent à se rendre sur les lieux, Vidura, en présence de toute la famille royale, leur fait connaître à mots voilés les intentions hostiles de Dhrtarastra. Le Mahabharata (Adi-parva, ch. 114) nous rapporte ses paroles: "Une arme non faite d'acier ni d'aucune autre matière solide peut s'avérer plus perçante et fatale encore, et jamais qui en a connaissance ne sera vaincu." Les Pandavas devaient comprendre qu'ils étaient envoyés à Varanavata pour y mourir; les paroles de Vidura étaient une incitation indirecte faite à Yudhisthira de montrer la plus grande vigilance dans leur nouvelle demeure. Le mot de feu vint également aux lèvres de Vidura, disant que ses flammes certes ne peuvent faire périr l'âme, mais bien le corps, enfin que seul peut vivre celui qui protège l'âme. Kunti, qui n'avait pas saisi le sens caché des allusions échangées entre Maharaja Yudhisthira et Vidura, interrogea son fils, pour qu'il l'éclaire sur la teneur de leur conversation, à quoi Yudhisthira répondit qu'il apparaissait, à travers les propos de Vidura, qu'un incendie détruirait la maison qu'ils s'apprêtaient à occuper. Plus tard, Vidura s'introduisit chez les Pandavas sous un déguisement, et leur fit savoir que le gardien de la maison y mettrait le feu dans la quatorzième nuit de la lune décroissante. Il s'agissait, ajouta-t-il, d'un plan conçu par Dhrtarastra pour faire périr d'un coup tous les Pandavas, avec leur mère. Avertis de la sorte, ceux-ci purent s'échapper secrètement par un passage souterrain; Dhrtarastra ne sut rien de leur fuite, et resta fermement convaincu, comme tous les Kauravas, que les Pandavas étaient morts dans l'incendie. Il accomplit lui-même, le coeur léger, leurs rites funéraires. Tant que dura le deuil, tous les habitants du palais restèrent plongés dans les lamentations, tous à l'exception de Vidura: lui savait que les Pandavas, quelque part, étaient toujours vivants. En d'autres occasions, les Pandavas furent menacés de semblables périls, et chaque fois, Vidura non seulement leur offrit sa protection, mais s'efforça de convaincre son frère Dhrtarastra de mettre un terme à toutes ces intrigues. Aussi peut-on dire qu'il favorisa toujours les fils de Pandu, comme l'oiseau, de ses ailes, protège les oisillons au nid.
kaya vrttya vartitam vas
caradbhih ksiti-mandalam tirthani ksetra-mukhyani sevitaniha bhutale
Vidura avait quitté le palais animé du désir de se détacher des affaires de la famille, et par-dessus tout des intrigues politiques qui s'y mêlaient. Duryodhana l'avait en quelque sorte insulté, nous l'avons vu, en le qualifiant de fils de sudrani, quoique à la vérité, on ne considérait pas comme vraiment déplacé le fait de tenir sur une aïeule des propos d'une certaine liberté. La mère de Vidura, bien que sudrani, était par ailleurs la grand-mère de Duryodhana, et l'étiquette permettait que s'échangent des plaisanteries entre une aïeule et ses petits-enfants. Mais la remarque, soulignant un fait somme toute contrariant, prit pour Vidura un caractère blessant, et il la reçut comme une insulte personnelle. Il décida de quitter la maison paternelle et de se préparer à l'ordre du renoncement. Ce stade préparatoire au sannyasa prend nom de vanaprastha-asrama, ou vie de retraite, consacrée au voyage et à la visite des lieux saints qui parsèment la surface du globe. Dans les lieux saints qui se trouvent en Inde, tels Vrndavana, Hardwar, Jagannatha Puri, Prayaga..., vivent de nombreux grands bhaktas, et on y trouve encore aujourd'hui des chatras, institutions chargées de nourrir gratuitement les pèlerins qui s'y rendent avec le désir de progresser dans la voie spirituelle. Maharaja Yudhisthira voulait savoir si c'était grâce à elles que Vidura avait assuré sa subsistance au cours de son voyage.
bhavad-vidha bhagavatas
tirtha-bhutah svayam vibho tirthi-kurvanti tirthani svantah-sthena gadabhrta
Dieu, la Personne Suprême, est partout présent à travers Ses diverses énergies, comme l'énergie électrique est partout présente. Et de même qu'elle brille dans une ampoule, l'omniprésence du Seigneur brille, et devient perceptible, à travers Ses purs dévots, comme Vidura. Un tel bhakta ressent la présence du Seigneur en tous lieux: il voit toutes choses comme une manifestation de l'énergie du Seigneur, et en toutes choses le Seigneur. Les divers lieux saints qui parsèment le monde ont pour fonction de purifier de toute souillure la conscience des hommes, en leur offrant une atmosphère saturée de la présence des purs dévots du Seigneur. Quiconque visite un lieu saint doit y chercher d'abord les purs bhaktas qui y séjournent, écouter leurs enseignements et s'efforcer de les mettre en oeuvre dans sa vie, se préparant de la sorte à trouver le chemin du salut ultime, du retour à Dieu. Un bain dans le Gange ou la Yamuna, la simple visite des temples qu'on y trouve, cela ne saurait constituer le seul but d'un pèlerinage, qui reste incomplet si l'on n'y rencontre des êtres à l'image de Vidura, dénués de tous désirs autres que de servir le Seigneur Suprême. En raison du service qu'ils Lui rendent sans partage, sans la moindre teinte d'action intéressée ou de spéculation abstraite, le Seigneur est toujours présent auprès d'eux, Ses véritables serviteurs. Le service qu'ils Lui offrent s'accomplit principalement par l'écoute et le chant de Ses gloires. D'abord, ils écoutent, des lèvres de sages autorisés, ce qui a trait au Seigneur, puis à leur tour Le glorifient, par le chant ou l'écriture. Mahamuni Vyasadeva nous en offre un exemple vivant, qui prêta l'oreille aux enseignements de Narada pour ensuite les consigner par écrit; c'est de lui que son fils, Sukadeva Gosvami, connut le savoir pour ensuite le transmettre à Pariksit. Telles sont les voies du Srimad-Bhagavatam. Ainsi, par leurs seuls actes, les purs dévots du Seigneur ont pouvoir de transformer tout lieu en saint pèlerinage; les lieux sacrés ne sont tels que par eux. Par eux, en quelque endroit qu'ils se trouvent, toute souillure disparaît, et combien plus encore en un lieu déjà sacré mais rendu impur à cause de crapules qui s'y établissent comme professionnels de la spiritualité, cherchant par là à en tirer un profit personnel, au risque même de sacrifier la sainte réputation du pèlerinage.
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