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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 1 CHAPITRE 13 Dhrtarastra quitte
le palais.
vimrjyasruni panibhyam
vistabhyatmanam atmana ajata-satrum pratyuce prabhoh padav anusmaran
sanjaya uvaca
naham veda vyavasitam pitror vah kula-nandana gandharya va maha-baho musito smi mahatmabhih
Cher descendant des Kurus, je ne sais rien quant aux intentions de tes deux oncles et de Gandhari. O puissant souverain, ces nobles âmes m'ont trompé.
Il peut nous sembler étonnant que de grandes âmes puissent tromper autrui, mais sachons que la chose est licite, quand elle sert de plus hauts desseins. Krsna Lui-même ne conseilla-t-Il point à Yudhisthira de mentir devant Dronacarya? Et c'était bien pour une cause supérieure, puisque le Seigneur en personne désirait qu'il agît ainsi. Le plaisir du Seigneur représente en effet le seul critère d'action pour l'être parfait; car le verdict de la Bhagavad-gita et du Srimad-Bhagavatam quant à la plus haute perfection de l'existence est que l'on doit satisfaire le Seigneur à travers l'accomplissement de ses devoirs.(1) Bien qu'il fût le serviteur personnel de Dhrtarastra, et constamment à ses côtés, ni celui-ci ni Vidura, ni même Gandhari, qui les avait suivis, ne dévoilèrent leurs intentions à Sanjaya. Ce dernier n'aurait jamais cru que Dhrtarastra puisse agir en quoi que ce soit sans le consulter, mais l'objet du départ de Dhrtarastra revêtait un caractère si personnel qu'il n'en pouvait, cette fois, faire part à Sanjaya. Un autre exemple nous est offert par Sanatana Gosvami, qui, désirant aller à la rencontre de Sri Caitanya Mahaprabhu, pour s'échapper de prison, trompa ses gardiens. De même encore, Raghunatha Dasa Gosvami, pour satisfaire le Seigneur, leurra le prêtre qui avait sa garde et s'enfuit pour toujours du foyer familial. Tout est bon pour le plaisir du Seigneur, puisqu'Il est la Vérité Absolue. Nous-mêmes avons eu l'occasion d'user de supercherie auprès des membres de notre famille afin de pouvoir quitter le foyer et d'oeuvrer au service du Srimad-Bhagavatam. De telles tromperies sont parfois nécessaires pour l'achèvement d'une grande cause; et il est à noter qu'aucune des parties impliquées dans ces ruses spirituelles n'en sort perdante.
(1) yatah pravrttir bhutanam yena sarvam idam tatam
athajagama bhagavan
naradah saha-tumburuh pratyutthayabhivadyaha sanujo bhyarcayan munim
Du fait de sa position de dévot parmi les plus intimes du Seigneur, ce verset désigne Devarsi Narada par le mot bhagavan. Car, ceux qu'absorbe profondément le service d'amour du Seigneur mettent le Seigneur et Ses très proches dévots sur un pied d'égalité. De si purs bhaktas, parce qu'ils vont partout répandre, par divers moyens, les gloires du Seigneur, et s'efforcent par tout leur être de convertir les abhaktas et de leur rendre la raison, sont infiniment chers au Seigneur. En vérité, nul, à cause de sa nature profonde, ne peut rester abhakta; ainsi, lorsqu'on dit d'un homme qu'il est un abhakta, ou un incroyant, il faut entendre qu'il n'est pas en pleine possession de toutes ses facultés. C'est pourquoi les proches dévots du Seigneur s'emploient à guérir de leur illusion ces égarés, et c'est ce qui les rend si agréables aux yeux du Seigneur, lequel affirme Lui-même dans la Bhagavad-gita que nul ne Lui est plus cher que celui qui prêche Ses gloires en vue de convertir incroyants et abhaktas. Aux personnages de l'importance de Narada, lequel n'a pour toute préoccupation que de chanter les gloires du Seigneur en s'accompagnant de son tumburu (instrument à cordes), on doit offrir tous les respects dus au Seigneur Lui-même, et Maharaja Yudhisthira, ainsi que ses nobles frères, se montrèrent accomplis dans l'art d'accueillir de tels bhaktas.
yudhisthira uvaca
naham veda gatim pitror bhagavan kva gatav itah amba va hata putrarta kva gata ca tapasvini
J'ignore, ô saint personnage, où ont pu aller mes deux oncles; quant à ma tante, cette grande ascète, si affligée par la perte de ses fils, elle aussi reste introuvable.
Ame magnanime et bienveillant dévot du Seigneur, Maharaja Yudhisthira gardait toujours à l'esprit la grande perte venue accabler sa tante, et sa fermeté d'ascète stoïque dans sa douleur. Un ascète n'est atteint par aucune souffrance, ce qui lui confère puissance et détermination sur la voie du progrès spirituel. Et la reine Gandhari, par ses remarquables qualités devant les multiples situations éprouvantes de sa vie, nous en offre le meilleur exemple. Elle fut à la fois un modèle de mère, d'épouse et d'ascète; bien rares sont de semblables femmes dans l'histoire du monde.
karnadhara ivapare
bhagavan para-darsakah athababhase bhagavan narado muni-sattamah
A ces mots, le saint Devarsi Narada, le plus grand d'entre les philosophes de la bhakti, prend la parole.
Il existe différents types de philosophes, dont les plus hauts ont vu le Seigneur Suprême et se sont abandonnés à Son service d'amour sublime. Or, parmi tous ceux qu'absorbe cette dévotion pure pour le Seigneur, Devarsi Narada est le plus haut; aussi notre verset le désigne-t-il comme le plus grand de tous les philosophes qui pratiquent la bhakti. Nul, s'il n'a à suffisance, et par voie auditive, étudié la philosophie du Vedanta auprès d'un maître spirituel authentique, ne peut se targuer d'appartenir aux philosophes de la bhakti. Et à moins de posséder une foi ferme, une solide connaissance et une haute aptitude au renoncement, nul ne se peut prétendre pur bhakta. Or seul un tel dévot du Seigneur peut nous guider dans la traversée de l'océan de l'ignorance. Devarsi Narada avait coutume de visiter le palais de Maharaja Yudhisthira, parce que les Pandavas étaient tous de purs bhaktas, et qu'il était toujours prêt à les aider de ses conseils quand s'en faisait sentir le besoin.
Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare |