Śrīmad-Bhāgavatam
CHANT 1
CHAPITRE 15


Les Pāṇḍavas se retirent en temps opportun.

VERSET 36

yadā mukundo bhagavān imāṁ mahīṁ
 jahau sva-tanvā śravaṇīya-sat-kathaḥ
tadāhar evāpratibuddha-cetasām
 abhadra-hetuḥ kalir anvavartata

TRADUCTION

A compter du jour où Śrī Kṛṣṇa, le Seigneur Suprême, quitta cette Terre dans Sa Forme propre, Kali, lequel avait été jusqu'alors à peine visible, déploya toute sa puissance, créatrice des plus sombres conditions pour ceux à qui manque le véritable savoir.

TENEUR ET PORTEE

L'influence de Kali ne s'impose qu'à ceux qui n'ont pas parfaitement développé leur conscience de Dieu. Il est donc possible de neutraliser son emprise, en se gardant tout entier sous la protection suprême du Seigneur Souverain. L'âge de Kali avait commencé tout juste après la Bataille de Kurukṣetra, mais il n'avait pu exercer son influence en raison de la présence du Seigneur. Celui-ci, néanmoins, en vint à quitter la planète dans Son Corps spirituel et absolu, après quoi les traits propres au kali-yuga commencèrent d'apparaître. C'est ainsi que les avait perçus Mahārāja Yudhiṣṭhira avant le retour de Dvārakā de son frère Arjuna, ce qui amena l'empereur à croire, et avec raison, que le Seigneur avait quitté ce monde. Comme nous l'avons déjà expliqué, le départ du Seigneur signifie qu'Il a simplement disparu à nos .eux, comme le soleil parvenu au couchant.

VERSET 37

yudhiṣṭhiras tat parisarpaṇaṁ budhaḥ
 pure ca rāṣṭre ca gṛhe tathātmani
vibhāvya lobhānṛta-jihma-hiṁsanādy-
 adharma-cakraṁ gamanāya paryadhāt

TRADUCTION

Par son intelligence pénétrante, Mahārāja Yudhiṣṭhira pouvait voir se développer peu à peu les traits de l'âge de Kali —l'avarice, la duplicité, la tromperie et la violence, tant au niveau de l'Etat que de la capitale, du foyer ou des individus. Avec sagesse, il se prépara à quitter sa demeure, et se vie en conséquence.

TENEUR ET PORTEE

L'époque actuelle se trouve marquée par les traits propres à Kali, dont l'influence a commencé de se faire sentir au temps de la Bataille de Kurukṣetra, il y a environ cinq mille ans, et les Ecritures faisant autorité en la matière nous enseignent que cette ère, l'âge de Kali, doit se poursuivre pendant encore 427 000 ans. Les traits propres au kali-yuga, tels que mentionnés dans notre verset —à savoir l'avarice, la duplicité, la trom­perie, les manoeuvres diplomatiques, le népotisme, la violence et ainsi de suite—, sont déjà bien en vogue, et nul ne peut imaginer ce que nous réserve demain avec l'influence croissante de l'âge, jusqu'au jour de la destruction. Nous savons déjà que Kali dirige son influence vers les mécréants, soi-disant civilisés, et que les êtres jouissant de la protection du Seigneur n'ont rien à craindre de cet âge horrible. Grand dévot du Seigneur, Mahārāja Yudhiṣṭhira n'avait donc pas à redouter les méfaits du kali-yuga, mais il préféra tout de même se retirer du cercle des acti­vités familiales pour se préparer à retourner vers Dieu, en sa demeure ori­ginelle. Parce qu'ils sont les compagnons éternels du Seigneur, les Pāṇḍavas sont davantage portés vers Lui que vers tout autre objet. En outre, Mahārāja Yudhiṣṭhira, en roi modèle, voulut se retirer afin de servir d'exemple à d'autres: dès qu'il y a dans la famille un jeune homme capable de prendre en main les affaires de la maison, on doit se retirer de la vie familiale pour s'élever au niveau de la réalisation spirituelle. Nul ne devrait croupir dans le puits sombre de la vie familiale jusqu'à ce qu'il en soit arraché de force par la volonté de Yamarāja. Les hommes politiques d'aujourd'hui devraient tirer une leçon du retrait volontaire de Mahārāja Yudhiṣṭhira de toute vie active afin de faire place à la génération montante. Et de même, tout hom­me respectable déjà à la retraite devrait à son exemple quitter le foyer pour se consacrer à la réalisation spirituelle avant d'être traîné de force vers la mort.

VERSET 38

sva-rāṭ pautraṁ vinayinam
 ātmanaḥ susamaṁ guṇaiḥ
toya-nīvyāḥ patiṁ bhūmer
 abhyaṣiñcad gajāhvaye

TRADUCTION

Il installa alors son petit-fils, dûment instruit et doué de qualités égales aux siennes, sur le trône d'Hastināpura, le sacrant ainsi empereur et maître des terres que bordent les océans.

TENEUR ET PORTEE

Les terres que bordent les océans désignent toutes les surfaces terrestres du globe et le roi d'Hastināpura les dominait toutes. Mahārāja Yudhiṣṭhira instruisit donc son petit-fils Mahārāja Parīkṣit quant à la façon d'administrer l'Etat —en ce qui touche aux obligations du roi envers ses sujets— à la suite de quoi Mahārāja Parīkṣit, qui était aussi qualifié que lui, fut intronisé à sa place avant son départ pour le royaume suprême du Seigneur. Le mot vina­yinam utilisé ici pour désigner Mahārāja Parīkṣit, revêt une signification particulière. On peut se demander pourquoi le roi d'Hastināpura, du moins jusqu'au temps de Mahārāja Parīkṣit, était accepté comme l'empereur du monde. La raison en est que dû à l'excellente administration de l'empereur, le peuple tout entier de la Terre vivait paisible et heureux. Et ce bonheur, il le devait à une ample production de denrées naturelles —céréales, fruits, lait, herbes médicinales, pierres précieuses, minéraux et toutes choses requises par l'homme. Ils étaient même libres de toute souffrance corporelle, de tout trouble mental et de tout dérangement causé par les phénomènes naturels et les autres êtres vivants. Parce qu'ils connaissaient ainsi un bonheur parfait à tous égards, les citoyens n'éprouvaient aucun ressentiment à l'égard du roi, même s'il éclatait parfois des conflits entre chefs d'Etats, motivés par des rai­sons politiques, et liés à la revendication d'une suprématie absolue. Ceux-ci étaient dûment formés pour atteindre le but ultime de l'existence. D'autre part le peuple était également suffisamment éclairé pour ne pas s'attarder à des disputes futiles sur la chose. Mais l'influence du kali-yuga s'infiltra peu à peu dans le coeur des rois et de leurs sujets, et altéra leurs merveilleuses qualités, si bien qu'une situation tendue se créa entre dirigeants et dirigés. Il reste néanmoins possible, par un arrangement spécial, de combler les failles de cet âge de discorde, pourvu qu'on y cultive le progrès spirituel et la conscience de Dieu.

VERSET 39

mathurāyāṁ tathā vajraṁ
 śūrasena-patiṁ tataḥ
prājāpatyāṁ nirūpyeṣṭim
 agnīn apibad īśvaraḥ

TRADUCTION

Il établit ensuite Vajra, le fils d'Aniruddha [petit-fils de Śrī Kṛṣṇa], à Mathurā comme roi de Śūrasena. Après ces événements, Mahārāja Yudhiṣṭhira, roi émérite, accomplit un sacrifice prājāpatya et alluma en lui le feu requis pour quitter la vie de famille.

TENEUR ET PORTEE

Après avoir installé Mahārāja Parīkṣit sur le trône impérial d'Hastināpura et établi Vajra, l'arrière-petit-fils de Śrī Kṛṣṇa comme roi de Mathurā. Mahārāja Yudhiṣṭhira embrassa l'ordre du renoncement. L'institution varṇāśrama-dharma, qui comporte quatre divisions spirituelles et quatre divisions sociales, déterminées par le caractère et les aptitudes propres à chacun, marque le début de la vraie vie humaine. Le moment venu. Mahārāja Yudhiṣṭhira, agissant pour la sauvegarde de cette institution, se retira de toute vie active, confia la charge de l'Etat et de son administration au jeune prince Mahārāja Parīkṣit, dûment formé par ses soins, et se fit sannyāsī. Le varṇāśrama-dharma divise scientifiquement la société en quatre groupes d'hommes, selon leur occupation respective, et en quatre autres, qui marquent diverses étapes de la vie. Ces quatre étapes —le brahmacārya, le gṛhastha, le vānaprastha et le sannyāsa— doivent être successivement adoptés par tous les membres de la société, quelle que soit leur occupation. Les hommes politiques d'aujourd'hui, même devenus vieux, n'ont aucun désir de se retirer de la vie active, mais Mahārāja Yudhiṣṭhira, en roi modèle, quitta de plein gré ses fonctions administratives, afin de préparer son existence à venir. Chacun doit organiser sa vie de manière à ce qu'au moins les quinze ou vingt années qui précéderont sa mort soient entièrement consacrées au ser­vice de dévotion offert au Seigneur, ceci en vue d'atteindre la plus haute per­fection de l'existence. Il faut être tout à fait sot pour vouer toute sa vie à l’action intéressée, visant les seuls plaisirs matériels. Car tant que le mental sera engagé dans cette voie, on n'aura aucune chance de s'affranchir des chaînes de la matière ou de l'existence conditionnée. Personne ne devrait emprunter ce sentier suicidaire, ou négliger son devoir ultime soit d'atteindre a plus haute perfection de l'existence: le retour à Dieu, en sa demeure origi­nelle.

VERSET 40

visṛjya tatra tat sarvaṁ
 dukūla-valayādikam
nirmamo nirahaṅkāraḥ
 sañchinnāśeṣa-bandhanaḥ

TRADUCTION

Mahārāja Yudhiṣṭhira quitta sur-le-champ ses vêtements royaux, son ceinturon et ses divers ornements, et se désintéressa complètement de toute chose matérielle, libre de tout attachement.

TENEUR ET PORTEE

La condition requise pour devenir un compagnon du Seigneur réside dans la purification de toute souillure matérielle. Sans cette purification, nul ne peut vivre auprès du Seigneur, ou retourner à Lui, en sa demeure originelle. Ainsi, pour sa purification spirituelle, Mahārāja Yudhiṣṭhira abandonna sur-le-champ son opulence royale, et quitta ses vêtements de monarque. Le kaṣāya, ou pagne safran du sannyāsī, indique son détachement de tout vêtement somptueux, aussi l'empereur n'hésita-t-il pas à le revêtir. Libre de tom attachement, il se désintéressa de son royaume et de sa famille, et s'affranctu de toute souillure ou désignation matérielle. D'ordinaire, l'homme s'attache à des désignations diverses, liées à la famille, à la société, à la patrie, à set occupation, à ses biens, à sa position, et ainsi de suite. Mais tant que persiste l'attachement à ces désignations, on est considéré impur, souillé par à matière. Les soi-disant dirigeants modernes font preuve d'attachement a l'égard de leurs nations, mais ils ignorent qu'il s'agit là d'une conscience erro­née, d'une autre dénomination de l'âme conditionnée par la matière. Et i faut abandonner toutes ces désignations matérielles avant de trouver qualite pour retourner vers Dieu et Son royaume. Il existe pourtant des sots clic vénèrent ceux-là qui meurent dans un esprit nationaliste; mais nous avons ic l'exemple d'un roi, Mahārāja Yudhiṣṭhira, qui se prépare à quitter ce monde. affranchi d'un tel concept. Et même de nos jours, son souvenir reste gravé dans la mémoire de tous, tellement ses qualités de roi vertueux étaient gran­des, en fait presque égales à celles de Śrī Rāma, le Seigneur Suprême. Lors­que d'aussi vertueux rois dirigeaient le monde, tous se trouvaient satisfaits à tous égards, et ces illustres empereurs n'avaient aucun mal à gouverner la Terre entière.


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare