Comme le montreront les divers chapitres de la Bhagavad-gîta, la nature matérielle n'est pas autonome, mais régie par le Seigneur Suprême, Sri Krsna, qui déclare Lui-même: "La prakrti agit sous Ma direction." Aussi les merveilles de l'univers devraient-elles constamment nous rappeler Celui qui les créa et fixa leurs lois. Rien ne saurait exister qui n'ait un créateur et un maître. C'est donc pur enfantillage que négliger le maître absolu. Un enfant peut trouver merveilleux qu'une voiture roule d'elle-même, sans aide extérieure, mais l'adulte en connaît le mécanisme, il sait qu'il y a toujours un conducteur à l'intérieur. Combien plus complexe est la manifestation de l'univers! Et combien facile, alors, de comprendre que c'est le Seigneur qui Se tient derrière elle, qui en dirige le moindre mouvement.

Comme nous le verrons dans le cours du texte, le Seigneur enseigne que les jivas (les âmes distinctes) sont d'infimes parcelles de Son Etre. Nous faisons partie intégrante du Seigneur, nous participons de Sa nature, de même qu'une goutte d'eau fait partie intégrante, participe de l'océan. L'or reste toujours de l'or, si infime la quantité soit-elle. Mais si nous possédons les qualités de l'isvara, le maître absolu, c'est à un bien moindre degré, car nous sommes de minuscules parcelles Uvaras, subordonnées au Tout. Si, depuis toujours, nous essayons de dominer la nature, comme nous tentons aujourd'hui de devenir maîtres de l'espace, c'est parce que la tendance à régner, que possède pleinement Krsna, se trouve aussi en nous; mais Celui-ci n'en reste pas moins le seul maître absolu.

La Bhagavad-gita nous explique, d'autre part, ce qu'est la nature matérielle. C'est prakrti inférieure, la nature inférieure, les êtres animés constituant la nature, ou prakrti, supérieure. Inférieure, supérieure, dans l'un ou l'autre cas, la prakrti est toujours placée sous la direction du Seigneur. Par nature féminine, elle est subordonnée au Seigneur, comme une épouse à son mari. Selon la Bhagavad-gita, les êtres vivants, bien que fragments du Seigneur, appartiennent cependant à la prakrti, ce que souligne le cinquième verset du chapitre sept: la prakrti, la nature matérielle, est l'énergie inférieure du Seigneur, mais il existe, au-delà de cette nature, une autre prakrti, que constitue l'être vivant, le jiva-bhuta.(3)

La prakrti inférieure est constituée des trois gunas: la vertu, la passion et l'ignorance. Le temps éternel, situé au-delà de leur influence, les contrôle. Et lorsqu'elles se combinent sous ce contrôle, elles engendrent l'action, dans les chaînes de quoi l'être conditionné alternativement souffre ou jouit, depuis des temps immémoriaux. Prenons l'exemple moderne d'un homme d'affaires: il travaille dur et intelligemment afin de faire fortune, et cette fortune peut aussi bien lui causer la joie que la détresse, selon qu'elle fructifie ou se perd dans une faillite. Ainsi jouissons-nous ou souffrons-nous à chaque instant des conséquences de nos actes; tel est le karma.

Parmi les cinq objets d'étude de la Bhagavad-gita, soit l'isvara (le Seigneur Suprême), le jiva (l'âme distincte), la prakrti (la nature matérielle), le kala (le temps éternel) et le karma (l'action), quatre existent éternellement: le Seigneur, l'âme distincte, la nature matérielle et le temps. Les manifestations de la prakrti sont peut-être temporaires, mais elles ne sont pas fictives. Certains philosophes considèrent la manifestation de la nature matérielle comme "illusion", mais la Bhagavad-gita et les vaisnavas rejettent cette hypothèse. La manifestation de l'univers matériel n'est pas un simple rêve; elle appartient au contraire à l'ordre du réel, mais elle est éphémère, comme un nuage qui traverse le ciel, ou encore comme la saison des pluies qui vient nourrir les graines; lorsque le nuage s'éloigne, ou que la saison s'achève, les moissons se dessèchent. La nature matérielle suit un cours semblable, et ne se manifeste que par intervalles: elle apparaît, demeure un certain temps, puis disparaît. Mais comme ce cycle se poursuit sans fin, la prakrti est éternelle, et bien réelle. Le Seigneur l'appelle: '"Ma prakrti", car elle constitue l'une de Ses énergies, de même que l'être vivant; mais contrairement à ce dernier, qu'un lien éternel unit au Seigneur, elle en est séparée. Le jiva se distingue encore de la nature matérielle par le phénomène de la conscience: les deux sont prakrti, mais l'être vivant (ou prakrti supérieure) possède la conscience, tandis que la nature matérielle (ou prakrti inférieure) en est dépourvue. Mais si, comme l'isvara, ou Krsna, il possède la conscience. Celui-ci n'en détient pas moins la conscience suprême. Le treizième chapitre de la Bhagavad-gita établit clairement cette distinction entre le jiva et l'isvara: tous deux sont ksetrajnas, "conscients", mais le premier n'est conscient que de son propre corps, tandis que la conscience du second s'étend à la totalité. Le jiva ne peut jamais atteindre à la conscience suprême, c'est-à-dire égaler le Seigneur, et ne doit pas se laisser abuser par des théories prétendant le contraire.

(l) arjuna uvaca
param brahma param dhama pavitram paramam bhovan
purusam sasvatam divyam adi-devam ajam vibhum
ahus tvam rsayah sarve devarsir naradas tatha
asito devalo vyasah svayam caiva bravisi me
sarvam etad rtam manye yan mam vadasi kesava
na hi te bhagavan vyaktim vidur deva na danavah
(B.g
., X.12-14)



(2) sarvam etad rtam manye (B.g.. X.14)

(3) apareyam itas tv anyam pnkrtim viddhi me param
jiva-bhutam maha-baho yayedam dharyate jagat

(B.g.. V11.5)

Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare

Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare