Ainsi, le Seigneur, les êtres, la nature matérielle et le temps sont tous éternels et tous intimement liés. Seul le karma, dont les effets peuvent toutefois provenir d'actions très anciennes, n'est pas éternel. L'âme conditionnée a oublié son dharma, sa nature première, et à cause de cet oubli, tout ce qu'elle entreprend ne fait que l'empêtrer davantage dans les rets du karma. Ignorant la voie libératrice, elle doit se réincarner, changer de "vêture", de corps, vie après vie, pour subir les conséquences de tous ses actes. Ainsi, nous jouissons et souffrons, depuis des temps immémoriaux, des suites de nos actes; et pourtant, il existe un moyen de briser les chaînes du karma: il suffît de se placer sous l'égide de la vertu et d'acquérir la connaissance parfaite, en commençant par reconnaître la suprématie du Seigneur, présent, en tant qu'Ame Suprême, en tant qu'isvara, que "maître", dans le cœur de chaque jiva, et prêt à le guider vers l'accomplissement de ses désirs. Le karma, donc, n'est pas éternel.

La conscience de l'isvara et celle du jiva participent d'une même nature, spirituelle et absolue. Elle n'est pas, comme certains le prétendent, le fruit d'un amalgame d'éléments matériels; en effet, la Bhagavad-gita réfute cette théorie, selon laquelle elle apparaîtrait à un certain stade de l'évolution de la matière, comme une lumière qui apparaît colorée lorsqu'on la filtre par un verre teinté, alors que l'énergie matérielle n'a aucune prise sur la conscience du Seigneur. Krsna Lui-même L'affirme: (1) même lorsqu'Il descend en ce monde. Sa conscience n'est pas affectée par la matière. S'il en était autrement, comment pourrait-ll entretenir Arjuna du monde spirituel comme Il le fait dans la Bhagavad-gita? Il est impossible, en effet, de décrire ce monde tant que l'on subit l'influence de la matière. Et parce qu'au contraire de l'isvara, notre conscience est, au temps présent, contaminée par la matière, la Bhagavad-gita nous enseigne que nous devons la purifier, afin de pouvoir agir selon Sa volonté et ainsi connaître le bonheur. Il ne s'agit pas de cesser toute action, mais de purifier nos actes, qui prennent alors le nom de "bhakti". Ces actes purifiés, dévotionnels, bien qu'ils puissent sembler tout à fait ordinaires, sont en réalité exempts de toute contamination par la matière. Le profane, au maigre savoir, ne verra aucune différence entre les actions du bhakta et de l'abhakta, ou l'homme ordinaire; il ignore en effet que, comme ceux du Seigneur, les actes du bhakta, transcendant les trois gunas, ne sont jamais souillés par une conscience impure, ni contaminés par la matière. Or, tant que ce niveau, celui de la bhakti, n'est pas atteint, notre conscience demeure souillée, contaminée par la matière.

Aussi longtemps que sa conscience est voilée de la sorte, on dit que l'être est conditionné; il se fait une conception erronée de son vrai moi, s'identifie à son corps, d'où ce qu'on appelle le "faux ego", et perd dès lors tout sens de sa nature réelle. C'est pourquoi la qualité première de la Bhagavad-gita sera de nous apprendre comment retrouver notre identité réelle en nous libérant de ce faux ego, l'ego matériel. Arjuna tient le rôle de l'être conditionné pour permettre à Krsna, en personne, de l'instruire, au bénéfice des générations futures. Le spiritualiste, celui qu'anime le désir de libération, a donc pour premier devoir de s'affranchir du faux ego, de se réaliser comme distinct de son corps. Tel est d'ailleurs le sens que donne le Srimad-Bhagavatam au mot mukti (libération): elle intervient par la purification de la conscience, par son affranchissement de toute souillure matérielle, de toute identification à la matière et à ce monde. Et la Bhagavad-gita tout entière, en enseignant l'abandon au Seigneur, tend à raviver cette conscience pure. Il est donc naturel de voir Krsna demander à Arjuna à la fin du dialogue, si sa conscience est maintenant purifiée ou non.

La conscience, c'est la perception que l'on a de soi: "Je suis", pensons- nous. Mais "Que suis-je?" En fait, cette perception de nous-même varie, selon notre pureté. Sous l'influence de la matière, nous croirons être le créateur et le possesseur de tout ce qui nous entoure, ou encore le bénéficiaire légitime de tous les plaisirs du monde. Il s'agit bien sûr d'une conception tout à fait erronée, à l'origine, précisément, de l'univers matériel. Tels sont les deux aspects de la conscience matérielle: "Je suis le créateur et maître" et "Je suis le possesseur et bénéficiaire de tout". Car, seul le Seigneur Suprême jouit de ces "titres".

L'être distinct n'est qu'un fragment du Seigneur, créé par Lui, pour contribuer à Sa joie. De même qu'un organe contribue au fonctionnement harmonieux du corps entier, mais ne peut jouir par lui-même, d'une façon autonome, l'être distinct a pour seul rôle d'être uni au Seigneur dans un esprit de "coopération". Les mains en portant la nourriture, les pieds en déplaçant le corps, les dents en mastiquant la nourriture, les yeux..., tous agissent pour satisfaire l'estomac, "centrale énergétique" dont dépend l'organisme tout entier. Aucune partie ne peut rapporter à elle-même la jouissance de ses actes. On nourrit l'arbre en arrosant ses racines, non ses branches, et le corps en alimentant l'estomac. Or, ce rapport existe aussi entre le Seigneur, créateur et bénéficiaire de tout ce qui est, et les êtres vivants. Ses créatures subordonnées. En tant que parties du Tout qu'est Dieu, la Personne Suprême, ceux-ci doivent concourir à Sa joie. C'est seulement ainsi qu'ils trouveront leur propre bonheur, comme les parties du corps qui ne voient leurs besoins satisfaits qu'à travers l'estomac. Toute indépendance de leur part ne peut entraîner que déception et frustration, comme si,par exemple, les doigts de la main tentaient de jouir eux-mêmes de la nourriture plutôt que de la donner à l'estomac. L'être vivant doit œuvrer dans l'alliance avec le Seigneur, créateur et bénéficiaire suprême, s'il veut connaître une satisfaction véritable. La relation qui unit les êtres distincts au Seigneur ressemble à celle qui unit le serviteur à son maître, car comme le serviteur, l'être vivant trouve la joie quand il a satisfait son maître. Dieu. Nous devons donc nous efforcer de plaire au Seigneur, malgré notre tendance à exploiter l'univers matériel indépendamment de Lui et à nous en croire les créateurs et maîtres, tendance qui existe en nous parce qu'à l'origine, elle existe en Dieu, le véritable créateur de l'univers.

Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare

Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare