L'homme n'est pas fait pour travailler comme une bête de somme. Son intelligence doit lui servir d'abord à réaliser l'importance de la vie humaine et à refuser d'agir comme n'importe quel animal. Son premier devoir est de saisir le véritable sens de la vie, pour ensuite en atteindre le but, grâce aux Ecritures védiques, et particulièrement la Bhagavad-gîta, qui n'ont d'autre sens que de lui offrir, à cette fin, les indications indispensables. Ces Ecrits s'adressent à l'homme, pas aux bêtes. Car lorsqu'un animal en tue un autre, il ne peut être pour lui question de péché, mais qu'un homme, par simple gourmandise, tue un animal, et il devient responsable d'une violation des lois de la nature. La Bhagavad-gîta explique, en effet, que chacun agit ou se nourrit différemment, selon les influences qu'il reçoit de la nature; ainsi décrit-elle des actes régis par la vertu, d'autres par la passion ou l'ignorance, et de même pour les aliments. L'homme qui sait tirer profit des enseignements védiques verra sa vie entière se purifier; il pourra dès lors espérer atteindre la destination ultime, sise bien au-delà de l'univers matériel, où tout est éphémère, en un lieu appelé sanatana-dhama, le royaume spirituel. La loi de l'univers matériel veut que tout naisse, subsiste quelque temps, se "reproduise", dépérisse, puis disparaisse. Tous les corps —humains, animaux, végétaux— y obéissent. Mais au-delà se trouve le monde spirituel, d'une autre nature, cette fois éternelle (sanatana) et immuable. Le Seigneur Lui aussi, dans le onzième chapitre de la Bhagavad-gita, est dit sanatana, comme le sont par ailleurs les jivas.

Or, une relation intime unit le Seigneur aux êtres vivants, et la raison même de la Bhagavad-gita est de la rétablir une fois perdue, afin que nous retrouvions notre fonction éternelle, le sanatana-dharma. Si, au lieu de nous livrer à des occupations temporelles, appartenant au monde transitoire, nous adhérons aux conseils du Seigneur Suprême, ceux-ci nous aideront à nous purifier, à retrouver une existence pure, en accord avec notre nature spirituelle. Le Seigneur, Sa demeure absolue, les êtres vivants, tous donc, sont sanatana, et le retour de l'être distinct auprès du Seigneur, en cette demeure, représente la perfection de la vie humaine.

Dans la Bhagavad-gita, Krsna S'énonce comme le père de tous les êtres. (3) D'êtres, il existe une très grande variété, puisque chacun de nous, par le fait de son karma, acquiert un corps différent, mais de tous, Krsna est le père commun, et à tous. II montre une bonté infinie. C'est pourquoi II descend en ce monde, pour rappeler à Lui les âmes déchues, les âmes conditionnées par la matière, et pour les ramener dans leur demeure éternelle, sanatana, où de nouveau elles vivront éternellement auprès de Lui. Pour sauver ces âmes, Krsna, donc, vient parfois Lui-même, dans Sa Forme originelle ou en diverses autres Formes; parfois encore, II dépêche Ses serviteurs intimes, Ses fils, Ses compagnons ou bien Ses représentants qualifiés, les acaryas.

Nous pouvons, de tout ceci, conclure que le sanatana-dharma ne désigne pas une simple pratique religieuse correspondant à certaines "croyances", mais la fonction éternelle de chaque âme éternelle, en relation avec le Seigneur éternel. Ramanujacarya, sage et érudit, donne du mot sanatana la définition suivante: "ce qui ne commence pas et n'a pas de fin". C'est également en ces termes, dans cet esprit, que nous parlerons du sanatana-dharma, auquel le mot français de "religion" correspond mal, car il comporte l'idée d'une profession de foi, en quelque sorte arbitraire, dont on peut changer. Ainsi, on peut suivre temporairement une confession donnée, puis l'abandonner pour en essayer une autre. Or, le sanatana-dharma, par définition, est la fonction immuable de l'être. On ne peut priver l'âme de sa fonction éternelle, pas plus que l'eau de sa liquidité ou le feu de sa chaleur. Le sanatana-dharma ne connaît non plus aucune frontière. Ce dharma éternel —qui n'a ni commencement ni fin— ne peut donc faire l'objet d'aucun sectarisme, comme l'en accusent certains, qui projettent sur lui leur propre attitude sectaire. De plus, l'éclairage de la science moderne elle-même permet de vérifier que le sanatana-dharma représente la fonction essentielle de tous les hommes, plus, de tous les êtres de l'univers.

(l) Voir LA SUCCESSION DISCIPLIQUE, p. ix

(2) karisye vacanam tava
(B.g., XVIII.73)

(3) sarva-yonisu kaunteya murtayah sambhavanti yah
tasam brahma mahad yonir aham bija-pradah pita
(B.g., XIV.4)

Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare

Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare