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Dans l'univers matériel, par contraste avec le royaume absolu, règne la dualité. En effet, il repose à la fois sur le matériel et le spirituel, tandis que le royaume absolu est purement spirituel, sans nulle trace d'influence matérielle. Dans l'un, chacun s'efforce, poussé par l'illusion, de se rendre maître du monde ; dans l'autre, le Seigneur est unanimement reconnu comme le maître suprême, et tous agissent comme Ses serviteurs absolus. Ainsi, chacun, dans le monde des dualités, est envieux des autres ; enfin, la mort y est inévitable, puisque le spirituel y vit entouré de matière.

Le Seigneur représente l'unique refuge pour l'âme soumise désirant s'affranchir de l'existence duelle de la crainte, qui l'accompagne. Et de fait, nul, dans l'univers matériel, ne peut échapper aux mains cruelles de la mort, s'il ne s'abandonne pas aux pieds-pareils-au-lotus du Seigneur.
(S.B. 8.9)

Quiconque a pris refuge aux pieds-pareils-au-lotus de Seigneur, que de grandes autorités en matière spirituelle ont comparé à un solide vaisseau capable de franchir l'océan de l'ignorance, peut obtenir la libération sans plus de mal que s'il franchissait d'un bond l'eau contenue dans l'empreinte laissée sur le sol par le sabot d'un veau. Celui-là est appelé à vivre dans le royaume du Seigneur, et n'a pas de place dans l'univers matériel, où de nouveaux dangers nous guettent à chaque pas. Le Seigneur confirme en effet, dans la Bhagavad-gita, que cet univers matériel est un lieu de dangers, jonché d'embûches. Les intelligences médiocres s'acharnent par mille moyens, à contourner ces obstacles, ou à vouloir tirer jouissance de l'existence matérielle en dépit des malheurs qu'elle impose, mais demeurent ignorants du fait que cet univers est, par nature, source de constantes souffrances. Ils n'ont par ailleurs nulle connaissance du royaume du Seigneur, tout de félicité et sans nulle trace de malheur.

Au contraire, il va du devoir de l'homme à l'intelligence sûre de ne pas se laisser troubler par les cruautés du sort, d'ailleurs inévitables en ce monde, mais plutôt de prendre à coeur en dépit de tous les maux qui ne sauraient manquer de l'atteindre, de progresser sur la voie de la réalisation spirituelle, conscient qu'il s'agit là de sa mission d'homme. De fait, l'âme spirituelle se situe au-delà de toute souffrance matérielle, si bien que tous les maux auxquels nous faisons face ne sont tels que de nom, et donc sans fondement. En rêve, par exemple, un homme peut se voir dévoré par un tigre, et hurler de peur, mais en réalité, il n'y a pas de tigre, et donc nulle raison d'avoir peur ; tout n'est que chimère. De même, les maux de l'existence sont comme des songes. Si toutefois, on a l'heureuse fortune de mettre un terme à nos "hallucinations" en entrant au contact du Seigneur à travers le service de dévotion, cette union ne nous apportera que gains tangibles ; toute action accomplie dans le cadre de neuf pratiques dévotionnelles représente un pas en avant sur le sentier de l'affranchissement de l'univers matériel, du retour à Dieu.
(S.B. 8.25)

Tiré du Srimad-Bhagavatam