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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 2 CHAPITRE 10 Le Bhagavatam répond
à toutes les questions.
nirodho syanusayanam
atmanah saha saktibhih muktir hitvanyatha rupam sva-rupena vyavasthitih
Comme nous l'avons déjà expliqué à maintes reprises, il existe deux sortes d'êtres distincts. Les nitya-muktas, les plus nombreux, sont éternellement libérés, tandis que les autres, nommés nitya-baddhas, les âmes à jamais conditionnées, sont enclins à vouloir assujettir la nature matérielle. Aussi la création cosmique matérielle est-elle conçue à l'intention de ces âmes éternellement conditionnées pour deux raisons: elles peuvent d'abord satisfaire ainsi leur tendance à régner en maître sur la manifestation cosmique, et elles se voient également accorder ainsi l'opportunité de retourner à Dieu. Après la dissolution de la manifestation cosmique, donc, la plupart des âmes conditionnées se fondent en l'existence de Maha-Visnu, la Personne Suprême, plongé dans un sommeil mystique, et elles seront à nouveau manifestées lors de la prochaine création. Certaines, toutefois, qui auront obéi au son transcendant des Ecritures védiques et qui se seront ainsi qualifiées pour retourner à Dieu, retrouveront leur corps spirituel originel après avoir quitté leurs enveloppes matérielles, grossières et subtiles. L'oubli de la relation qui unit les êtres distincts à Dieu est à l'origine des corps de matière que ces derniers doivent revêtir; mais dans Sa miséricorde infinie, le Seigneur, à travers divers avataras, donna jour aux Ecritures révélées afin d'aider ces âmes conditionnées à retrouver leur position originelle à l'occasion de la manifestation cosmique. La lecture ou l'écoute de ces Ecrits spirituels aideront l'être distinct à atteindre la libération, alors même qu'il se trouve à l'état conditionné. Tous les Textes védiques convergent vers le service dévotionnel offert à Dieu, la Personne Suprême, et celui qui s'établit dans cette conviction se libère d'emblée de l'existence conditionnée. Les formes matérielles, grossières et subtiles, ne sont dues qu'à l'ignorance de l'âme conditionnée, et dès que l'être s'abandonne au service d'amour du Seigneur, il obtient sur-le-champ d'être libéré de cet asservissement. Le service de dévotion correspond à un attrait purement spirituel pour le Suprême, lequel est source de tout plaisir. Chacun aspire à quelque forme de plaisir, mais en ignore la source originelle et suprême (raso vai sah rasam hy evayam labdhvanandi bhavati). Les hymnes védiques révèlent toutefois que Dieu, la Personne Suprême, est cette fontaine infinie de tout plaisir. Celui qui a l'heureuse fortune d'obtenir cette information par le truchement de textes sacrés comme le Srimad-Bhagavatam devient à jamais libéré et retrouve sa position naturelle et originelle, dans le royaume de Dieu.
abhasas ca nirodhas ca
yato sty adhyavasiyate sa asrayah param brahma paramatmeti sabdyate
Comme l'expliquent les premières pages du Srimad-Bhagavatam (janmady asya yatah, vadanti tat tattva-vidas tattvam yaj jnanam advayam/ brahmeti paramatmeti bhagavan iti sabdyate), les mots parambrahma, paramatma, et bhagavan sont des termes synonymes indiquant la source suprême de toutes les énergies. Dans notre verset, le mot iti, qui s'ajoute aux synonymes, se rapporte au terme bhagavan. Les prochains versets donneront plus d'explications à ce propos, mais en dernier lieu, ce bhagavan indique bel et bien Sri Krsna car le Srimad-Bhagavatam a déjà reconnu en Krsna le Seigneur Suprême: krsnas tu bhagavan svayam. La source originelle de toutes les énergies, le summum bonum, est la Vérité Absolue; on la nomme Parambrahma, Paramatma et enfin Bhagavan. Mais d'entre les synonymes de Bhagavan, tels que Narayana, Visnu et Purusa, Krsna demeure le Nom ultime et suprême, ce que confirme la Bhagavad-gita: aham sarvasya prabhavo mattah sarvam pravartate. Par ailleurs, le Srimad-Bhagavatam représente, en lui-même, la manifestation sonore de Sri Krsna:
yo dhyatmiko yam purusah
so sav evadhidaivikah yas tatrobhaya-vicchedah puruso hy adhibhautikah
L'Ame Suprême, ou Paramatma, une émanation plénière de Dieu, la Personne Suprême, représente le summum bonum qui règne sur toute chose. On lit dans la Bhagavad-gita (X.42):
C'est le purusa adhibhautique, soit le corps matériel, qui distingue le niveau supérieur et le niveau subordonné. Le corps est parfois appelé purusa, comme le confirme l'hymne védique: sa va esa puruso nna-rasamayah. Son existence repose sur la nourriture et représente, par ce fait, la personnification de l'anna-rasa. Par contre, le possesseur du corps, l'être incarné, ne mange rien, lui, car il est de nature spirituelle. L'usure et la détérioration de cette machine qu'est le corps nécessitent donc un apport constant d'éléments matériels. La différence entre l'être distinct et les deva-maîtres des planètes supérieures se situe donc au niveau du corps anna-rasamaya. Le Soleil, par exemple, aura un corps gigantesque par rapport à celui de l'homme, mais en définitive, tous ces corps sont constitués de matière. Aussi, bien que l'homme soit sous la dépendance du dieu Soleil, tous les êtres distincts demeurent identiques en tant que fragments spirituels de l'Etre Suprême, lequel leur attribue ces diverses positions. Pour conclure, Dieu, la Personne Suprême, est l'ultime refuge de tous.
ekam ekatarabhave
yada nopalabhamahe tritayam tatra yo veda sa atma svasrayasrayah
Il existe un nombre infini d'êtres vivants, les uns supérieurs, les autres subordonnés, mais tous dépendent les uns des autres. Et sans le médium de la perception, nul ne peut distinguer le subordonné du supérieur. Notre vision, par exemple, dépend du soleil, et celui-ci nous est visible parce qu'il possède un corps. La lumière du soleil n'a donc de valeur que dans la mesure où nous avons des yeux pour la percevoir, sinon elle perd toute sa raison d'être; et de même, sans la lumière du soleil, l'oeil est inutile. L'oeil et le soleil sont donc interdépendants, l'un ne pouvant connaître d'existence séparée de l'autre. Naturellement, la prochaine question sera de déterminer celui qui les fait dépendre ainsi l'un de l'autre. De tait, celui qui a créé cette relation d'interdépendance doit, lui, posséder une autonomie parfaite. Comme l'établissent les premiers versets du Srimad-Bhagavatam, la source première de toute interdépendance s'identifie à la Vérité Absolue, l'Ame Suprême, également nommée Paramatma, et parce qu'Elle ne dépend de rien d'autre que d'Elle-même, on La qualifie de svasrayasrayah, mot signifiant le refuge suprême de toutes choses. Le Paramatma et le brahman sont tous deux subordonnés à Bhagavan, ou Purusottama, la Personne Suprême. Dans la Bhagavad-gita (XV.18), Sri Krsna déclare qu'Il est ce Purusottama, cette source de toutes choses; il en ressort donc que Krsna est l'origine et le refuge ultime de tous les êtres, y compris de l'Ame Suprême et du brahman. Et même si l'on admettait que rien ne distingue l'Ame Suprême de l'âme distincte, celle-ci n'en demeure pas moins sous la dépendance de l'Ame Suprême pour ce qui est d'être libérée de l'illusion propre à l'énergie matérielle. L'être distinct, en effet, se trouve sous l'emprise de l'énergie illusoire et par conséquent, bien qu'il ne fasse qu'Un avec l'Ame Suprême sur le plan qualitatif, l'illusion le conduit à s'identifier avec la matière. Or, pour échapper à ce concept illusoire de l'existence, l'âme distincte doit se placer sous la dépendance de l'Ame Suprême afin de se retrouver unie à Elle. En ce sens, l'Ame Suprême, sans nul doute, S'identifie également au refuge suprême. Le jiva, l'être distinct, demeure toujours sous la dépendance du Paramatma, de l'Ame Suprême, car s'il peut oublier son identité spirituelle, l'Ame Suprême, Elle, n'oublie jamais Sa nature transcendante. La Bhagavad-gita mentionne également cette différence entre le jiva-atma et le Paramatma. Le quatrième chapitre nous montre Arjuna, le jiva, oublieux de ses innombrables Vies passées, quand le Seigneur, Lui, l'Ame Suprême, Se rappelle même avoir enseigné la Bhagavad-gita au dieu Soleil quelques milliards d'années auparavant. Le Seigneur peut effectivement Se rappeler de faits ayant eu lieu il y a des milliards d'années, ce que confirme la Bhagavad-gita (VII.26):
La propagande faisant valoir que la conscience de l'être distinct est identique à la conscience cosmique s'avère donc purement fallacieuse, puisque même un être aussi élevé qu'Arjuna, lequel accompagne toujours le Seigneur, s'est montré incapable de se rappeler les actes de ses vies passées. Que dire alors de l'homme du commun, qui, malgré son ignorance du passé, du présent et du futur prétendrait ne faire qu'un avec la conscience cosmique.
puruso ndam vinirbhidya
yadasau sa vinirgatah atmano yanam anvicchann apo sraksic chucih sucih
Après une analyse portant sur les êtres distincts et sur le Seigneur Suprême, le Paramatma, source indépendante et originelle de tout être vivant, Srila Sukadeva Gosvami présente maintenant le service de dévotion offert au Seigneur comme une nécessité primordiale, en fait la seule occupation à laquelle doivent se consacrer tous les êtres. Les émanations plénières de Sri Krsna ne diffèrent en rien de Lui, et dans une certaine mesure, on retrouve en elles la même indépendance suprême dont jouit le Seigneur Suprême. Afin d'en établir la preuve, Sukadeva Gosvami, comme il l'avait promis au roi Pariksit, décrit comment Dieu, la Personne Suprême, en tant que purusa-avatara, conserve Son indépendance même dans le cadre de la création matérielle, où Ses Actes n'en demeurent pas moins absolus. Ces Activités font donc également partie de Sa lila, de Ses Divertissements absolus, lesquels s'avèrent des plus propices à la réalisation spirituelle dans le cadre du service de dévotion. Certains avanceront peut-être qu'il est donné à chacun de savourer la lila spirituelle que le Seigneur manifesta sur la terre de Mathura et de Vrndavana, et dont la douceur exquise surpasse tout ce que l'on pourrait concevoir. Mais Srila Visvanatha Cakravarti Thakura répond à cela que les Divertissements du Seigneur à Vrndavana ne sont réservés qu'aux bhaktas ayant atteint un très haut niveau de dévotion. Les néophytes, en effet, ont une fausse compréhension de ces Divertissements absolus du Seigneur, et c'est pourquoi Ses Divertissements liés à la création, au maintien et à la destruction de l'univers matériel peuvent être véritablement appréciés par les bhaktas matérialistes, ou prakrta. Tout comme la voie du yoga, laquelle se fonde principalement sur les exercices physiques, est réservée à ceux qui demeurent par trop attachés à la conception corporelle de l'existence, les Divertissements du Seigneur relatifs à la création et la destruction du monde matériel sont destinés à ceux qui conçoivent un trop grand attachement pour la matière. Pour de tels matérialistes, connaître les mécanismes corporels et cosmiques faisant appel à des lois physiques, en tenant compte de l'existence du Seigneur, fait partie intégrante du processus qui les mène à l'entendement de Celui qui forme l'origine de ces lois, soit Dieu, la Personne Suprême. Certes, les hommes de science expliquent les lois régissant les phénomènes matériels en usant d'innombrables termes techniques, mais ces savants aveugles oublient qu'il existe un législateur, alors que le Srimad-Bhagavatam, au contraire, Le met en évidence. En effet, ce n'est pas la complexité ou le fonctionnement d'un moteur qu'il faut admirer, mais plutôt l'ingénieur qui a su concevoir une machine aussi perfectionnée... Voilà bien ce qui distingue les bhaktas des abhaktas: les dévots du Seigneur louent Dieu sans cesse car c'est Lui qui régit les lois du monde physique. Ce que confirme d'ailleurs la Bhagavad-gita (IX.10):
Malgré cela, les hommes dotés d'un pauvre fonds de connaissance sont émerveillés lorsqu'ils se penchent sur les lois physiques relatives aux corps des êtres et à la manifestation cosmique, et ils ont la sottise de nier l'existence de Dieu, considérant comme un fait acquis que ces lois existent et agissent par elles-mêmes, sans aucun contrôle métaphysique. En réponse à une telle ineptie, la Bhagavad-gita (IX.11) déclare dans le verset suivant:
Il arrive toutefois que lorsque des mudhas prêtent une oreille soumise au message du Seigneur, reçu par voie de succession disciplique, tel qu'il apparaît dans la Srimad Bhagavad-gita ou dans le Srimad-Bhagavatam, eux aussi deviennent des bhaktas, par la miséricorde des purs dévots du Seigneur. Et c'est pour cette seule raison que les Divertissements du Seigneur dans le monde matériel se trouvent décrits dans la Bhagavad-gita et dans le Srimad-Bhagavatam, à l'intention de ces hommes dotés d'un pauvre fonds de connaissance.
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