SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 2
CHAPITRE 10

Le Bhagavatam répond
à toutes les questions.

VERSET 11

tasv avatsit sva-srstasu
sahasram parivatsaran
tena narayano nama
yad apah purusodbhavah

TRADUCTION

Cet Etre Suprême, le Seigneur, n'est pas impersonnel mais possède tous les traits caractéristiques d'une personne [nara]. Ainsi, les eaux immatérielles qui émanent du Nara Suprême sont-elles appelées nara, et puisqu'Il S'allonge sur ces eaux, on Le nomme Narayana.

VERSET 12

dravyam karma ca kalas ca
svabhavo jiva eva ca
yad-anugrahatah santi
na santi yad-upeksaya

TRADUCTION

Il convient de savoir en toute certitude que les éléments matériels, l'action, le temps, les gunas, ainsi que les êtres distincts qui en sont les bénéficiaires n'existent que de par Sa seule miséricorde, et qu'ils sont anéantis lorsqu'ils sont délaissés par le Seigneur.

TENEUR ET PORTEE

Parce que les êtres distincts veulent régner en maître sur la nature matérielle, il leur est donné de jouir des éléments matériels, du temps et des gunas. Pourtant, le Seigneur est le maître et le bénéficiaire suprême de toute chose, et les êtres distincts ont pour fonction de contribuer à cette joie divine et de participer ainsi au bonheur spirituel et absolu de tous. Celui qui représente l'objet du plaisir et celui qui en jouit partagent ensemble le plaisir qui découle de la relation qui les unit, mais les êtres distincts, fourvoyés par l'énergie illusoire, convoitent la position du Seigneur et désirent jouir eux-mêmes du plaisir qui Lui revient, bien que ce ne soit pas là leur fonction naturelle. La Bhagavad-gita ainsi que le Visnu Purana identifient les êtres distincts, ou jivas, à la nature supérieure du Seigneur, ou para-prakrti, mais jamais ils ne sauraient être les purusas, les véritables bénéficiaires du plaisir. Par conséquent, l'esprit de jouissance que manifestent les jivas en ce monde matériel va-t-il à l'encontre de leur nature même. Toutefois, dans le monde spirituel, les êtres distincts manifestent leur véritable nature, toute de pureté, en contribuant et en participant à la félicité du Seigneur Suprême. Dans l'univers matériel, cette aspiration au plaisir, qui caractérise les êtres distincts cherchant à jouir du fruit de leurs actes (karma), s'affaiblit peu à peu de par les lois de la nature, et c'est alors que l'énergie illusoire suggère à l'âme conditionnée qu'elle devrait devenir l'égale du Seigneur. Et voilà bien le dernier piège de Maya. Cependant, lorsque cette ultime illusion est dissipée par la miséricorde du Seigneur, l'être distinct retrouve alors sa position originelle et obtient ainsi la libération véritable. C'est donc précisément pour qu'il puisse s'affranchir des griffes de la matière que le Seigneur crée le monde matériel, le maintient pour un temps et décide enfin de l'anéantir. Ainsi les êtres distincts dépendent-ils entièrement de la miséricorde du Seigneur, car les prétendus plaisirs que leur offrent les progrès de la science s'effondrent en poussière lorsqu'Il le désire.

VERSET 13

eko nanatvam anvicchan
yoga-talpat samutthitah
viryam hiranmayam devo
mayaya vyasrjat tridha

TRADUCTION

Lorsque, durant Son sommeil méditatif, le Seigneur désira voir se manifester toute une variété d'êtres vivants issus de Lui seul, Il engendra, à travers l'énergie externe, le symbole séminal, qui avait la couleur de l'or.

TENEUR ET PORTEE

La Bhagavad-gita (IX.7-8) décrit ainsi la création et l'anéantissement du monde matériel:

sarva-bhutani kaunteya
prakrtim yanti mamikam
kalpa-ksaye punas tani
kalpadau visrjamy aham

prakrtim svam avastabhya
visrjami punah punah
bhuta-gramam imam krtsnam
avasam prakrter vasat

"A la fin de chaque âge, toutes les créations matérielles, soit la nature matérielle et les êtres vivants qui luttent avec elle, se fondent ensemble dans le Corps spirituel et absolu du Seigneur, et lorsqu'Il le désire, le Seigneur les manifeste de nouveau. Ainsi la nature matérielle agit-elle sous la direction du Seigneur. Par Sa volonté, et par l'entremise de l'énergie matérielle, toutes ces créations matérielles sont manifestées, puis anéanties, dans un cycle sans fin."

Par conséquent, avant la création ou manifestation de l'univers matériel, seul le Seigneur existe dans la totalité de Son énergie (maha-samasti), et lorsqu'Il désire Se faire multiple, Il se manifeste alors en l'énergie totale multiple (samasti). A partir de cette dernière, le Seigneur Se manifeste ensuite tels les êtres distincts, selon trois caractéristiques (adhyatmique, adhidaivique et adhibhautique), ce qui a déjà été expliqué (vyasti). Ainsi la création tout entière et les diverses énergies qui la composent sont-elles simultanément une et différentes. Parce que tout émane du Seigneur (Maha-Visnu ou Maha-samasti), rien dans l'univers matériel ne diffère de Lui. Cependant, Ses diverses énergies possèdent toutes des fonctions spécifiques qui leur sont assignées par le Seigneur, et par conséquent, demeurent distinctes de Lui. Pareillement, les êtres distincts qui représentent eux aussi une énergie du Seigneur, Sa puissance marginale, sont-ils simultanément différents et non différents de Sa Personne. Au stade non manifesté, les énergies marginales continuent d'exister en puissance dans le Corps du Seigneur, puis lorsqu'elles apparaissent de nouveau au sein de l'univers matériel, elles sont manifestées sous diverses formes, selon les désirs que déterminent les gunas. Ces manifestations variées des énergies marginales correspondent aux divers états conditionnés des êtres distincts. Quant aux êtres libérés, lesquels vivent à jamais dans la manifestation éternelle (sanatana), ce sont des âmes entièrement soumises qui n'ont donc pas à subir ces cycles de création et de destruction. Ainsi, plongé dans Son sommeil mystique, le Seigneur déclenche par Son regard le processus de création. Et c'est alors que chaque univers, avec son Brahma, se voit manifesté, puis anéanti, dans un cycle sans fin.

VERSET 14

adhidaivam athadhyatmam
adhibhutam iti prabhuh
athaikam paurusam viryam
tridhabhidyata tac chrnu

TRADUCTION

Ecoute ma parole; je vais te décrire comment, par la puissance de Sa Grâce, l'Unique Se manifeste sous trois formes, soit celle des divinités, celle des êtres subordonnés et celle des corps matériels.

VERSET 15

antah sarira akasat
purusasya vicestatah
ojah saho balam jajne
tatah prano mahan asuh

TRADUCTION

L'énergie des sens, la puissance mentale et la force physique, ainsi que la source même de toute la force vitale, procèdent des espaces éthérés contenus dans le Corps spirituel et absolu de Maha-Visnu.


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare