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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 2 CHAPITRE 10 Le Bhagavatam répond
à toutes les questions.
anuprananti yam pranah
pranantam sarva-jantusu apanantam apananti nara-devam ivanugah
Les êtres distincts dépendent tout entier de l'énergie totale du purusa suprême. Nul ne saurait exister en une parfaite indépendance, de même qu'une ampoule électrique ne possède par elle-même aucune luminosité. Tout appareil électrique dépend entièrement du générateur principal; celui-ci dépend à son tour d'une centrale hydro-électrique, l'eau provient des nuages, les nuages sont formés par l'action du soleil, le soleil fait partie de la création entière, et la création, elle, dépend de la volonté du Seigneur Suprême. Ainsi, Dieu, la Personne Suprême, est-Il la Cause de toutes les causes.
pranenaksipata ksut trd
antara jayate vibhoh pipasato jaksatas ca pran mukham nirabhidyata
Le processus selon lequel les sens et les organes se développent demeure le même, qu'il s'agisse du virat-purusa, soit de l'ensemble de tous les êtres distincts, ou d'un enfant dans le ventre de sa mère. Ainsi, la cause suprême de toute chose créée n'est en rien impersonnelle ou dénuée de désirs. C'est parce que les désirs liés aux divers sens ou organes des sens existent en l'Etre Suprême qu'ils apparaissent aussi chez les êtres distincts. Et ce désir est le propre de l'Etre Suprême, la Vérité Absolue. Parce qu'Il regroupe l'ensemble de toutes les bouches, les êtres distincts ont eux aussi une bouche, et il en va de même pour tous les sens et organes des sens. La bouche symbolise ici tous les organes des sens, car le même principe s'applique pour eux tous.
mukhatas talu nirbhinnam
jihva tatropajayate tato nana-raso jajne jihvaya yo dhigamyate
Ce processus d'évolution graduelle conduit naturellement à la notion de divinités (adhidaiva). Varuna est le deva qui confère à toute chose sa saveur. La bouche sert donc à abriter la langue, celle-ci ayant pour fonction de goûter les différents aliments, et la divinité responsable des diverses saveurs est Varuna. Ce qui permet de conclure que Varuna est engendré lorsque apparaît la langue. Le palais et la langue, soit les organes des sens matériels, sont dits adhibhutam, tandis que le deva-maître, la divinité responsable, est qualifié d'adhidaiva, car il s'agit bien d'un être distinct, enfin, le terme adhyatma désigne l'auteur de l'action. Voilà donc comment furent créées ces trois manifestations, après que se soit manifestée la bouche du virat-purusa. Les quatre principes mentionnés dans ce verset servent à expliquer les trois principales manifestations de l'être, soit l'adhyatma, l'adhidaiva et l'adhibhutam, comme cela fut mentionné auparavant.
vivaksor mukhato bhumno
vahnir vag vyahrtam tayoh jale caitasya suciram nirodhah samajayata
Chacun des deva-maîtres régissant les sens est simultanément responsable du développement progressif de ceux-ci. Il devient alors évident que l'activité des organes des sens dépend de la volonté du Seigneur. Les sens indiquent en quelque sorte que les âmes conditionnées se voient accorder l'autorisation d'agir au sein de la matière. Ces dernières doivent néanmoins se servir de leurs sens à bon escient, sous la direction du deva-maître qui s'est vu confier cette fonction particulière par le Seigneur Suprême. Celui qui viole ces lois sera puni et forcé de renaître au sein d'une espèce inférieure. Considérons, par exemple, la langue et la divinité qui la gouverne, Varuna. La langue a pour fonction de manger, et l'homme, l'animal, l'oiseau, etc., possèdent tous des goûts différents, ce qui indique qu'une nourriture différente est attribuée à chaque espèce. Ainsi, le sens du goût chez l'être humain ne saurait-il être comparé à celui du porc. Et c'est la divinité responsable de ce sens qui accorde ou impose un corps particulier à chaque être distinct, selon le goût qu'il développera sous l'influence des trois gupas. Si un être humain en vient, tout comme le porc, à manger tout ce qui lui tombe sous la dent, le deva-maître de cette fonction lui accordera assurément un corps de porc en sa prochaine vie. Les porcs se nourrissent de n'importe quoi, même d'excréments, et l'homme qui ne fait plus de distinction entre diverses sortes de nourritures devra s'attendre à connaître une existence dégradée dans sa vie prochaine. Il reste que c'est également par la miséricorde de Dieu que cette âme conditionnée connaîtra un tel sort, puisque son nouveau corps répondra parfaitement à son désir de goûter un certain type de nourriture. Le fait qu'un homme renaisse dans un corps de porc témoigne de la miséricorde du Seigneur qui a ainsi comblé ses désirs. La transmigration de l'âme conditionnée dans un nouveau corps n'obéit donc pas à un destin aveugle, mais s'opère sous la direction d'une volonté supérieure. Il incombera donc à l'être humain de se soucier du corps qu'il devra revêtir dans sa vie prochaine. Toutes les Ecritures soulignent à quel point il est dangereux d'agir sans discernement et de vivre ainsi de façon irresponsable.
nasike nirabhidyetam
dodhuyati nabhasvati tatra vayur gandha-vaho ghrano nasi jighrksatah
Le nez, les odeurs, l'odorat et le deva-maître de l'air apparurent tous simultanément lorsque le Seigneur désira percevoir les odeurs. Cette assertion est d'ailleurs confirmée par les mantras védiques, puisque les Upanisads enseignent que toute chose se manifeste d'abord par la force du désir de l'Etre Suprême, avant que les êtres distincts subordonnés ne puissent eux-mêmes agir. Par exemple, l'être distinct ne peut voir que lorsque le Seigneur Lui-même voit, et il en est de même pour toutes les autres fonctions sensorielles. Comprenons donc que l'être distinct ne peut rien faire par lui seul. Il pourra tout au plus, se croire l'auteur de ses actes, mais il restera incapable d'agir de lui-même. Cette indépendance au niveau de la pensée existe par la miséricorde du Seigneur puisque c'est par l'effet de Sa grâce que l'être possède la faculté de penser. Ainsi, comme dit le proverbe: "L'homme propose et Dieu dispose". Tout cet enseignement sert à mettre en évidence la dépendance absolue de l'être distinct et l'indépendance absolue du Seigneur Suprême. Par suite, celui qui, par manque d'intelligence, prétend être l'égal de Dieu, devra d'abord prouver son indépendance absolue et le bien-fondé de ce qu'il prétend.
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