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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 2 CHAPITRE 1 Le premier pas vers
la réalisation spirituelle.
grhat pravrajito dhirah
punya-tirtha-jalaplutah sucau vivikta asino vidhivat kalpitasane
Pour se préparer à une existence future meilleure, il faut d'abord quitter son prétendu foyer. Selon l'institution du varnasrama-dharma, ou sanatana-dharma, celui qui a franchi le cap des cinquante ans doit se libérer le plus tôt possible de toute charge familiale. Parce que notre civilisation se fonde sur une vie passée au foyer à jouir d'un confort maximum, chacun attend de la retraite une vie des plus douces, au sein d'une maisonnette agréablement aménagée, abritant de beaux enfants et de jolies dames, et qu'il n'aura pas le moindre désir de quitter. Ainsi en est-il des hauts fonctionnaires et politiciens qui demeurent attachés à leurs positions privilégiées jusqu'à la mort et qui jamais ne souhaitent quitter, même en rêve, les charmes du foyer. Prisonniers de telles chimères, les matérialistes élaborent mille projets en vue de rendre leur existence plus confortable encore, mais soudain, voilà que survient la mort. Cruelle et impitoyable, elle emporte contre son gré notre échafaudeur de grands projets et l'oblige à abandonner son corps pour l'en revêtir d'un nouveau. Selon les actes qu'il aura accompli dans cette présente vie, il se verra forcé de prendre un corps parmi l'une des 8 400 000 espèces vivantes. Généralement, ceux qui sont trop attachés aux douceurs du foyer se voient forcés de renaître au sein des plus basses espèces à cause des actes coupables qui ont accompagné une longue vie tout entière vouée au péché; ainsi gaspillent-ils toute l'énergie que leur avait conférée la forme humaine. Pour éviter le danger de gâcher la vie humaine et de s'attacher à des illusions, on doit à l'âge de cinquante ans, sinon plus tôt, prendre conscience de la mort qui approche. Il importe de saisir que la mort peut survenir à tout moment, même avant l'âge de cinquante ans, et qu'il faut donc s'y préparer en vue d'une meilleure vie future. La voie du sanatana-dharma est ainsi tracée qu'elle oriente celui qui l'adopte vers une prochaine existence meilleure, sans le moindre risque de voir gaspillée la forme humaine. Les lieux saints à travers le monde s'offrent spécifiquement comme refuge pour les personnes ayant quitté la vie active pour se préparer à une existence future meilleure. Les êtres dotés d'intelligence doivent en effet s'y rendre lorsqu'ils ont dépassé la cinquantaine et que s'approche la mort, afin justement de consacrer leur temps à une renaissance spirituelle et de s'affranchir ainsi des attaches familiales qui les retiennent prisonniers de l'existence matérielle. S'il est conseillé de quitter le foyer pour se défaire des attachements matériels, c'est précisément que ceux qui s'y cramponnent jusqu'à la mort ne peuvent, eux, se libérer d'aucune attache matérielle, et qu'ainsi liés, ils ne peuvent concevoir la liberté spirituelle. Il ne faudrait pas toutefois s'infatuer d'avoir quitté son foyer ou d'en avoir fondé un autre dans les saints pèlerinages, fût-il légal ou non. Nombreux ceux qui renoncent ainsi à leur foyer et se rendent aux lieux saints, mais qui du fait de mauvaises fréquentations, établissent des relations illicites avec le sexe opposé et choient à nouveau dans la vie de famille. Si puissante l'énergie matérielle illusoire qu'elle est à même d'exercer son charme à toutes les étapes de l'existence, eût-on même renoncé au bonheur du foyer. Il s'avère donc indispensable de pratiquer la maîtrise de soi par le célibat, excluant le moindre désir sexuel. A vrai dire, pour celui qui aspire à parfaire son existence, la vie sexuelle est synonyme de suicide, ou pire encore. Renoncer à la vie de famille, c'est donc maîtriser toute forme de désirs relatifs au plaisir des sens, et en particulier les désirs sexuels. Pour y parvenir, on doit s'installer en un lieu sacré, sur une natte de paille recouverte d'une peau de cerf, puis d'une étoffe, et réciter le Saint Nom du Seigneur sans commettre aucune offense, comme l'ont expliqué les versets précédents. En d'autres mots, il s'agit d'arracher le mental aux préoccupations matérielles et de le fixer sur les pieds pareils-au-lotus du Seigneur. Seule cette voie, simple au demeurant, pourra nous conduire vers le plus haut stade de perfection spirituelle.
abhyasen manasa suddham
trivrd-brahmaksaram param mano yacchej jita-svaso brahma-bijam avismaran
Le pranava, ou l'omkara, la syllabe formée des trois lettres absolues -A, U et M-, forme la clé, le germe premier de la réalisation spirituelle. Le réciter mentalement, tout en réglant sa respiration -"technique" spirituelle, conçue et pratiquée par de grands yogis, par quoi l'on accède à un état de profonde méditation-, permet de maîtriser un mental dominé par la matière. Ainsi peut-on modifier les habitudes du mental, car il ne s'agit nullement de le "tuer". En effet, l'activité mentale et le désir ne peuvent être freinés, mais il est toutefois possible de cultiver le désir d'agir en vue de la réalisation spirituelle, et pour cela, il faut transformer la nature même de ce qui fait l'objet de la pensée. Puisque le mental représente le pivot, l'axe qui dirige les organes d'action, si l'on transforme la nature des fonctions mentales -penser, ressentir et vouloir-, les activités des sens s'en verront par là même modifiées. Or, seul le son spirituel est à même d'apporter cette transformation souhaitée du mental et des sens, et l'omkara forme le germe premier, la clé de toute vibration sonore, spirituelle. La puissance du son spirituel est telle qu'elle peut guérir même celui qui souffre d'un déséquilibre mental. La Bhagavad-gita enseigne en outre que le pranava, l'omkara, est la manifestation littérale directe de la Vérité Suprême et Absolue. Celui qui ne peut chanter directement le Saint Nom du Seigneur, tel qu'il fut recommandé précédemment, pourra donc chanter sans peine le pranava, la syllabe om, qui est une forme d'invocation adressée au Seigneur. Om hari om, par exemple, signifie: "O Seigneur, Dieu, Personne Suprême". Comme nous l'avons expliqué plus haut, le Saint Nom est identique au Seigneur, et de même pour l'omkara. Certains néophytes se montrent toutefois incapables de réaliser la Forme ou le Nom sublimes et personnels du Seigneur à cause de leurs sens imparfaits; ceux-là reçoivent une formation spirituelle reposant sur cette technique de maîtrise respiratoire qu'accompagne la récitation silencieuse, intérieure, de l'omkara. Comme nous l'avons plusieurs fois mentionné, puisqu'il est impossible de comprendre le Nom, la Forme, les Attributs et Divertissements de la Personne Souveraine à travers nos sens actuels, souillés par la matière, il s'avère donc nécessaire de faire naître ces réalisations spirituelles dans le mental, siège des activités des sens. Les bhaktas, eux, fixent directement leurs pensées sur la Personne même de la Vérité Absolue. Mais celui qui ne parvient pas à accepter ces traits personnels de l'Absolu devra suivre une discipline impersonnelle afin que, plus tard, il s'élève à un niveau supérieur.
niyacched visayebhyo ksan
manasa buddhi-sarathih manah karmabhir aksiptam subharthe dharayed dhiya
On appelle pranayama-yoga, ou discipline du souffle, cette première façon de spiritualiser le mental qui consiste à le soumettre à la technique du chant du pranava, de l'omkara, et à la maîtrise parfaite de la respiration. Et de s'établir dans l'extase parfaite, le samadhi, représente le plus haut degré de cette méthode du pranayama. Or, l'expérience nous prouve que même l'état de samadhi s'avère inefficace lorsqu'il s'agit de maîtriser un mental absorbé dans la matière. Prenons l'exemple de Visvamitra Muni, un puissant yogi: malgré son état de samadhi, il fut victime de ses sens et cohabita avec Menaka. L'histoire a donc déjà témoigné de cette vérité. Le mental, bien qu'il cesse momentanément de penser aux activités des sens, se rappelle les actions du passé qui rejaillissent du subconscient et forme un obstacle pour celui qui souhaite se vouer totalement à la réalisation spirituelle. Sukadeva Gosvami recommande donc la seconde voie, sûre, qui consiste à absorber le mental dans le service offert à la Personne Souveraine. Sri Krsna, le Seigneur Suprême, souligne également dans la Bhagavad-gita (VI.47) l'importance de cette méthode directe. Le mental ainsi purifié, spiritualisé, il faut s'engager sans attendre dans le service d'amour absolu offert au Seigneur à travers les diverses activités dévotionnelles tels l'écoute, le chant, etc. Même l'homme au mental turbulent sera assuré de progresser s'il emprunte cette voie sous la direction d'un guide qualifié.
tatraikavayavam dhyayed
avyucchinnena cetasa mano nirvisayam yuktva tatah kincana na smaret padam tat paramam visnor mano yatra prasidati
Les insensés fourvoyés par l'énergie externe de Visnu ignorent que le but final de la quête du bonheur réside en l'approche directe de Dieu, la Personne Suprême, Sri Visnu. Ce visnu-tattva consiste en une infinité d'émanations diverses qui sont autant de Formes spirituelles et absolues de la Personne Souveraine. Mais la Forme originelle, suprême entre tous les visnu-tattvas, est celle de Govinda, Sri Krsna, la Cause première de toutes causes. Penser à Visnu, donc, ou axer sa méditation sur Sa Forme spirituelle et absolue, et en particulier sur celle de Sri Krsna, voilà le summum en matière de méditation. Celle-ci doit commencer depuis les pieds pareils-au-lotus du Seigneur. Gardons-nous toutefois de perdre de vue ou d'oublier la Forme entière du Seigneur. Il faut ainsi diriger sa pensée vers une partie de Son Corps absolu puis, progressivement, passer à une autre. Ce verset démontre clairement que le Seigneur Suprême n'a rien d'impersonnel. Il est bel et bien une personne, mais Son Corps diffère de celui des âmes conditionnées que nous sommes. S'il en était autrement, Sukadeva Gosvami n'aurait pas préconisé la méditation commençant par le pranava, l'omkara, et se portant jusqu'aux diverses parties de la Forme personnelle de Visnu comme moyen d'atteindre la plus complète perfection spirituelle. Les grands temples de l'Inde où l'on adore les Formes de Visnu ne sont donc nullement des lieux destinés à encourager l'idolatrie -comme le voudraient certains, à l'intelligence réduite-, mais bien d'authentiques centres de méditation, où l'on se concentre sur les membres spirituels et absolus de Visnu. De par Son inconcevable puissance, la murti ainsi adorée dans le temple est en tout point identique au Seigneur. Cette méditation sur la murti, destinée aux néophytes et préconisée par les Ecritures révélées, s'offre à ceux qui ne peuvent demeurer assis sans bouger pour se concentrer sur le pranava omkara ou sur les diverses parties du Corps de Visnu comme le recommande ici Sukadeva Gosvami, grande autorité en matière spirituelle. La masse des hommes gagnera davantage à méditer sur la murti, sur la Forme de Visnu installée dans le temple, qu'à méditer sur l'omkara, la syllabe spirituelle composée des lettres a, u et m. Il n'existe aucune différence entre l'omkara et les Formes de Visnu, mais certains, qui connaissent mal la science de la Vérité Absolue, tentent néanmoins de les différencier. On apprend ici que la Forme de Visnu représente le but ultime de la méditation; ainsi est-il préférable, et par ailleurs beaucoup plus aisé, de concentrer ses pensées sur les Formes de Visnu plutôt que sur l'omkara impersonnel, voie certes plus ardue.
rajas-tamobhyam aksiptam
vimudham mana atmanah yacched dharanaya dhiro hanti ya tat-krtam malam
Ceux qui subissent le joug de la passion et de l'ignorance ne peuvent prétendre sérieusement au niveau absolu de la réalisation spirituelle. Seuls ont accès à la connaissance de la Vérité suprême ceux qui se placent sous le signe de la vertu. On reconnaît les effets de la passion et de l'ignorance à un trop vif désir de posséder femmes et richesses. Or, ceux qu'accaparent de telles pensées ne peuvent vaincre leur penchant que par le souvenir constant de Visnu à travers l'aspect impersonnel de Son énergie. Les impersonnalistes et monistes sont généralement soumis à l'influence de la passion et de l'ignorance. De tels impersonnalistes se croient des âmes libérées, mais ils ignorent tout de l'aspect personnel, purement spirituel, de la Vérité Absolue. En réalité, leur coeur demeure impur du fait qu'ils n'ont pas connaissance de l'aspect personnel de l'Absolu. La Bhagavad-gita enseigne qu'après plusieurs centaines de naissances, les philosophes impersonnels s'abandonnent à la Personne Souveraine. Pour atteindre à cette réalisation personnelle de Dieu, le néophyte impersonnaliste se voit offrir la possibilité de voir le Seigneur en toute chose par le biais de la philosophie panthéiste. A son plus haut degré, le panthéisme interdit au disciple toute conception impersonnelle de la Vérité Absolue, mais en prolonge plutôt le concept à l'énergie soi-disant matérielle. Toute chose créée au sein de la matière peut donc se voir liée à l'Absolu à travers une attitude de service, qui constitue le principe fondamental de l'être distinct. Le pur dévot du Seigneur sait l'art de redonner à toute chose sa véritable nature spirituelle par la force de son attitude de service. Ce n'est qu'à travers cette voie dévotionnelle que la théorie du panthéisme trouve sa perfection.
Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare |