SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 2
CHAPITRE 1

Le premier pas vers
la réalisation spirituelle.

VERSET 21

yasyam sandharyamanayam
yogino bhakti-laksanah
asu sampadyate yoga
asrayam bhadram iksatah

TRADUCTION

O roi, en gardant ainsi toujours et partout le souvenir et la vision de la Forme personnelle du Seigneur, source de toute heureuse fortune, on peut sans tarder accéder au service de dévotion qui Lui est offert, placé sous Sa protection personnelle.

TENEUR ET PORTEE

Le succès des pratiques yogiques n'est atteint qu'avec le concours de l'attitude dévotionnelle. Le panthéisme, qui consiste à partout sentir la présence du Tout-puissant, forme en quelque sorte le mental au concept dévotieux, et c'est cette même attitude qui donne au yogi de voir ses efforts couronnés de succès. Sans cette teinte dévotionnelle, un tel succès s'avère impossible. La mentalité dévotionnelle issue de la vision panthéiste s'épanouit, le temps venu, en service de dévotion et c'est le seul avantage dont bénéficiera l'impersonnaliste. La Bhagavad-gita (XII.5) affirme par ailleurs que la réalisation spirituelle des impersonnalistes est beaucoup plus ardue que celle des bhaktas car elle ne conduit qu'indirectement au but désiré, même si ceux qui y adhèrent finissent, eux aussi, par être fascinés, captivés par l'aspect personnel du Seigneur après une très longue pratique.

VERSET 22

rajovaca
yatha sandharyate brahman
dharana yatra sammata
yadrsi va hared asu
purusasya mano-malam

TRADUCTION

Le bienheureux roi Pariksit demanda encore:
O brahmana, veuille expliquer en détail où et comment diriger ses pensées, et aussi comment appliquer son intelligence afin que soient balayées les impuretés du mental.

TENEUR ET PORTEE

Les impuretés dans le coeur de l'âme conditionnée sont la cause fondamentale de tous ses maux. L'âme conditionnée se voit de toutes parts assaillie par l'éventail des souffrances inhérentes à l'existence matérielle mais son ignorance grossière l'empêche d'enrayer les maux suscités par les souillures qu'elle a accumulées en son coeur au cours de sa longue captivité dans l'univers matériel. Bien que l'être distinct soit fait pour servir la volonté du Seigneur Suprême, ses impuretés le pousseront à se rendre à ses propres caprices. Ces derniers, loin de lui apporter quelque paix intérieure, engendrent de nouvelles préoccupations et le gardent bien rivé à la roue des morts et des renaissances successives. Seul le contact du Seigneur Souverain le débarrassera de ces impuretés, issues de l'action intéressée et de la philosophie empirique. Tout-puissant, le Seigneur est à même d'offrir Sa présence de par Ses inconcevables puissances. Ainsi, ceux qui ne peuvent axer leur foi sur l'aspect personnel de l'Absolu se voient offrir la possibilité d'entrer au contact de Sa virat-rupa, l'aspect impersonnel cosmique du Seigneur, qui constitue l'une d'entre Ses innombrables et toutes-puissantes manifestations. Mais puisque la puissance et sa source, le puissant, sont identiques, même l'aspect cosmique impersonnel du Seigneur aidera l'âme conditionnée à s'unir à Lui par voie indirecte pour l'amener progressivement jusqu'au niveau d'un contact direct, personnel.

Pariksit Maharaja vivait déjà en union directe avec l'aspect personnel de Sri Krsna et il n'avait donc nul besoin de demander à Sukadeva Gosvami où et comment porter ses pensées sur la virat-rupa impersonnelle du Seigneur. Mais s'il exprima le désir de recevoir des informations détaillées à cet égard, c'est uniquement pour le bien des autres hommes, incapables de reconnaître en l'aspect personnel et purement spirituel du Seigneur la Forme d'éternité, de connaissance et de félicité absolues. En effet, les abhaktas ne peuvent concevoir cet aspect personnel du Seigneur. Du fait de leur savoir limité, les Formes personnelles comme celles de Rama ou Krsna les révoltent complètement. Le Seigneur explique Lui-même dans la Bhagavad-gita (IX.11) que les hommes de peu de savoir dénigrent l'aspect suprême de Sa Personne, Le tenant pour un être ordinaire, et qu'ils ignorent tout de Son inconcevable toute-puissance. De par cette inconcevable toute-puissance, le Seigneur peut choisir d'apparaître parmi les hommes ou parmi toute autre espèce vivante: toujours Il demeure le maître tout-puissant et ne S'écarte pas le moindrement de Sa position absolue. Ainsi, pour le bien de ceux qui ne peuvent reconnaître le Seigneur dans Sa Forme personnelle, éternelle, Pariksit Maharaja demande à Sukadeva Gosvami comment, au début, fixer sa pensée sur le Seigneur, ce à quoi le Gosvami répondra avec précision.

VERSET 23

sri-suka uvaca
jitasano jita-svaso
jita-sango jitendriyah
sthule bhagavato rupe
manah sandharayed dhiya

TRADUCTION

Sukadeva Gosvami répond:
Il faut maîtriser les asanas, régulariser la respiration par le pranayama yogique, discipliner ainsi le mental et les sens, et par la force de l'intelligence, diriger la pensée vers les énergies primaires du Seigneur [la virat-rupa].

TENEUR ET PORTEE

Le mental enlisé dans la matière, l'âme conditionnée ne peut transcender les limites d'une conception corporelle de son identité. Aussi, la méthode de méditation yogique -maîtriser les asanas, la respiration, fixer le mental sur le Suprême- est-elle destinée à parfaire la mentalité du vulgaire matérialiste. Car à moins qu'il ne purifie son mental absorbé en des considérations d'ordre matériel, il lui sera impossible de se concentrer sur des pensées purement spirituelles, absolues. Or, cette purification peut s'effectuer en fixant le mental sur l'aspect externe du Seigneur, constitué de matière brute. Les diverses parties de cette gigantesque forme du Seigneur seront décrites dans les versets à venir. Les hommes à l'esprit matérialiste souhaitent avidement quelques pouvoirs surnaturels en échange d'un tel effort de maîtrise de soi, mais le but véritable de la discipline yogique est d'anéantir la concupiscence, la colère, l'avidité et bien d'autres impuretés accumulées. Le yogi qui se laisse distraire par les pouvoirs surnaturels qu'il obtient en vertu de sa pratique a échoué dans son entreprise, car le but ultime du yoga réside dans la seule réalisation de Dieu. Il est donc recommandé à ces matérialistes de fixer leur mental, lourd de contamination matérielle, sur un concept autre que l'aspect personnel du Seigneur mais qui leur permettra toutefois d'accéder à la réalisation de Son énergie, de Ses puissances. Réaliser que les puissances du Seigneur agissent comme des instruments de l'Absolu, c'est déjà passer à l'étape suivante, et ainsi, on peut atteindre progressivement la réalisation parfaite.

VERSET 24

visesas tasya deho yam
sthavisthas ca sthaviyasam
yatredam vyajyate visvam
bhutam bhavyam bhavac ca sat

TRADUCTION

La manifestation colossale du monde phénoménal, prise dans son tout, forme le corps personnel de la Vérité Absolue. On y trouve la notion de passé, présent et futur, propre à l'univers matériel.

TENEUR ET PORTEE

Toute chose, tant matérielle que spirituelle, n'est qu'une émanation de l'énergie de Dieu, la Personne Suprême, et comme l'enseigne la Bhagavad-gita (XIII.14), le Seigneur tout-puissant déploie partout Ses yeux, Ses têtes ainsi que les autres parties de Son Corps, toutes absolues. Il peut donc voir, entendre, toucher ou Se manifester n'importe où et partout à la fois, en tant que l'omniprésente Ame Suprême présente en chaque âme distincte et infinitésimale, bien qu'Il possède Sa demeure propre dans le monde absolu. Le monde relatif représente également Sa manifestation phénoménale car il n'est autre qu'une émanation de Son énergie spirituelle et absolue. De même que le soleil se situe en un endroit bien précis tout en étant partout répandu grâce à ses rayons, qui le représentent et lui sont identiques, le Seigneur est omniprésent par l'intermédiaire de Son énergie, même s'Il Se trouve dans Sa demeure suprême. Le Visnu Purana (1.22.52) explique par ailleurs que tout comme d'un point précis le feu répand chaleur et lumière, l'Etre Suprême étend partout Sa présence à travers tout un éventail d'énergies variées. La gigantesque manifestation phénoménale de l'univers ne représente à vrai dire qu'une fraction de Sa forme virat. Les hommes de moindre intelligence ne peuvent concevoir la Forme spirituelle et absolue du Seigneur mais restent confondus face à Ses diverses énergies, tout comme des primitifs seraient frappés de stupeur devant la foudre, une très haute montagne ou un énorme banian. Ces derniers vénèrent ainsi tigres et éléphants pour leur puissance imposante. Pareillement, les asuras ne peuvent admettre l'existence du Seigneur, et ce malgré les descriptions détaillées qu'en donnent les Ecritures révélées, malgré le fait qu'Il apparaisse en ce monde et y manifeste Ses énergies et Sa puissance incomparables, et malgré l'assertion des sages et des saints érudits de jadis tels Vyasadeva, Narada, Asita et Devala, celle d'Arjuna dans la Bhagavad-gita, celle des acaryas plus récents comme Sankara, Ramanuja, Madhva et le Seigneur Caitanya, qui tous Le reconnaissent comme tel. Les asuras n'acceptent aucun témoignage des Ecritures révélées non plus qu'ils ne reconnaissent l'autorité des grands acaryas. Ils veulent tout vérifier de leurs propres yeux et sur-le-champ. Ainsi leur est-il donné de contempler la virat, cette gigantesque forme du Seigneur qui sait répondre à leur défi, et puisqu'ils ont coutume de rendre hommage aux puissances matérielles supérieures comme le tigre, l'éléphant, et la foudre, ils pourront vénérer de même la virat-rupa. A la requête d'Arjuna, Krsna dévoila Sa virat-rupa à l'intention des asuras. Un pur bhakta, peu habitué à contempler cette forme colossale et matérielle du Seigneur, doit adapter sa vision à cette fin. Le Seigneur conféra donc à Arjuna les yeux pour voir Sa virat-rupa, décrite dans le chapitre onze de la Bhagavad-gita. Cette forme, le Seigneur la manifesta, non pas pour Arjuna, mais pour le bien de ceux qui, privés d'intelligence, prennent n'importe qui pour une incarnation de Dieu et fourvoient ainsi la masse des hommes. A ceux-ci l'on recommande de demander à ces avataras de pacotille qu'ils manifestent leur virat-rupa pour prouver leur divinité. La virat-rupa représente donc à la fois un défi pour les athées et un bienfait pour les asuras qui peuvent ainsi se représenter Dieu à travers cette forme, purifier leur coeur afin d'être à même de réellement contempler la Forme toute spirituelle du Seigneur dans un proche futur. C'est donc là une grâce que le Seigneur, infiniment miséricordieux, accorde aux mécréants et aux grossiers matérialistes.

VERSET 25

anda-kose sarire smin
saptavarana-samyute
vairajah puruso yo sau
bhagavan dharanasrayah

TRADUCTION

La gigantesque forme universelle du Seigneur Suprême, manifestée dans le corps de l'univers que recouvrent sept couches de matière, forme l'objet du concept virat.

TENEUR ET PORTEE

Le Seigneur possède une multitude de Formes variées, mais toutes cependant restent identiques à Sa Forme originelle de Sri Krsna, d'où elles émanent. La Bhagavad-gita le démontre lorsqu'elle affirme que la Forme de Sri Krsna représente la Forme originelle, éternelle et spirituelle du Seigneur, mais qu'Il Se multiplie simultanément, par le jeu de Son inconcevable énergie interne -l'atma-maya- en d'innombrables Formes et manifestations divines, sans que soit diminuée Sa puissance globale. Il est complet en Lui-même et le demeure même si un nombre infini de Formes, également parfaites, émanent de Lui. Telle est la puissance de Son énergie interne, spirituelle. Au onzième chapitre de la Bhagavad-gita, Sri Krsna, le Seigneur Suprême, manifesta Sa virat-rupa à l'intention de ceux qui, par faute d'intelligence, ne peuvent concevoir que le Seigneur apparaisse sous des traits humains. Il leur montra ainsi qu'Il était bien, de par Sa puissance, la Personne Suprême et Absolue que nul ne surpasse ou n'égale. Les hommes à l'esprit matérialiste peuvent concevoir, mais de manière fort imparfaite, l'immensité de l'univers avec ses innombrables planètes aussi grosses que le soleil. Ils n'aperçoivent néanmoins qu'une fraction de la voûte céleste et ignorent que cet univers, comme les centaines et les milliers d'autres univers, sont tous recouverts de sept couches de matière -soit l'eau, le feu, l'air, l'éther, l'ego matériel, le noumène et la nature matérielle- et qu'ils flottent, tels d'énormes ballons gonflés avec leur enveloppe, sur l'Océan Causal où gît Maha-Visnu. Les univers à l'état de semence émanent du souffle de Maha-Visnu, lequel n'est qu'une manifestation partielle du Seigneur, et lorsque Celui-ci inhale à nouveau en une profonde inspiration, tous les univers, avec les Brahma qui y règnent en maîtres, sont anéantis. C'est ainsi que sont créés puis détruits les mondes matériels par la volonté suprême du Seigneur. Stupides, les pauvres matérialistes ne se rendent pas compte qu'ils veulent, dans leur ignorance, faire d'une créature insignifiante une incarnation de Dieu, un rival pour le Seigneur, sur les simples allégations d'un mortel. Si Dieu manifesta la virat-rupa, c'est précisément pour remettre les sots à leur place, afin que l'on ne tienne pour avatara que celui qui saura manifester une virat-rupa comme le fit Sri Krsna. Les matérialistes peuvent donc, dans leur propre intérêt, fixer leurs pensées sur cette forme colossale du Seigneur, comme l'enseigne Sukadeva Gosvami, mais qu'ils prennent garde de ne pas être fourvoyés par des simulateurs qui prétendent être l'égal de Sri Krsna mais qui s'avèrent incapables d'agir comme Lui, ou de manifester la virat-rupa, qui embrasse tout l'univers.


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare