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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 2 CHAPITRE 1 Le premier pas vers
la réalisation spirituelle.
vayamsi tad-vyakaranam vicitram
manur manisa manujo nivasah gandharva-vidyadhara-caranapsarah svara-smrtir asuranika-viryah
Le Seigneur manifeste Son sens de l'esthétique dans la création artistique d'oiseaux aux mille couleurs comme le paon, le perroquet et le coucou. Les êtres célestes comme les Gandharvas et les Vidyadharas possèdent une voix si douce que leurs chants captivent même les devas des planètes édéniques. Leur don pour la musique représente le sens musical du Seigneur. Comment dès lors, Le tenir pour impersonnel? Son goût artistique, Son sens musical, Son intelligence modèle et infaillible, autant de signes qui suggèrent Sa Personnalilé suprême. La Manu-samhita représente pour l'homme le livre de loi par excellence et chacun devrait modeler sa vie sociale sur cette grande oeuvre. On explique d'autre part que l'humanité forme le lieu de résidence du Seigneur; voilà qui indique que l'homme est fait pour la réalisation spirituelle, pour s'unir à Dieu. Cette vie offre donc aux âmes conditionnées la possibilité de retrouver leur conscience éternelle spirituelle et de parfaire ainsi la mission de l'existence. Prahlada Maharaja est l'exemple parfait d'un représentant du Seigneur issu d'une lignée d'asuras. Aucun être n'échappe à la forme colossale du Seigneur; chacun y trouve son rôle propre. Or c'est le fait que les êtres s'écartent du devoir spécifique qui leur est assigné qui engendre les conflits entre individus; il suffit toutefois de rétablir le Seigneur au centre des rapports qui unissent les êtres pour que règne, même entre hommes et bêtes, une harmonie parfaite. Sri Caitanya Mahaprabhu démontra Lui-même cette unité des êtres vivants lorsque dans les jungles du Madhya Pradesh, même les tigres, les éléphants et autres bêtes féroces s'unirent en une parfaite harmonie pour louer avec Lui le Seigneur Suprême. Voilà donc comment établir la paix et les bons rapports sur toute la surface du globe.
brahmananam ksatra-bhujo mahatma
vid urur anghri-srita-krsna-varnah nanabhidhabhijya-ganopapanno dravyatmakah karma vitana-yogah
Ce verset met l'accent sur le monothéisme. Même si les Ecritures védiques mentionnent les sacrifices offerts à plusieurs devas, sous divers noms, on explique ici que tous les devas se trouvent inclus dans la Forme du Seigneur Suprême, qu'ils ne constituent que des parties intégrantes du Tout originel. Le Corps du Suprême contient de même tous les varnas, soit les brahmanas, les ksatriyas, les vaisyas et les sudras (les intellectuels, les dirigeants, les agriculteurs et marchands, et enfin la classe ouvrière). Ainsi est-il conseillé à chacun, afin de plaire au Seigneur, d'offrir en sacrifice les éléments que son varna met à sa disposition. Les oblations sont généralement constituées d'offrandes de beurre clarifié et de céréales, mais avec l'évolution des siècles derniers, l'homme a su produire bon nombre de choses à partir des matières premières issues de la nature matérielle du Seigneur. L'homme doit donc apprendre à faire non seulement des offrandes de beurre clarifié et de céréales mais également des divers produits qu'il a su fabriquer, et les utiliser ainsi à répandre les gloires du Seigneur, ce qui aura pour effet de rendre parfaite l'humanité entière. Les brahmanas, s'inspirant des acaryas précédents, pourront diriger la mise en oeuvre de tels sacrifices; les ksatriyas, pourvoir en tous les éléments nécessaires à leur accomplissement; les vaisyas, produire les ingrédients du sacrifice et en faire don pour le sacrifice, et les sudras, offrir leur travail manuel pour que le sacrifice soit mené à bien. Ainsi la coopération mutuelle de tous les varnas rendra-t-elle possible l'accomplissement du sacrifice propre à cet âge, soit le chant collectif et public des Saints Noms du Seigneur, pour le bien de tous les habitants de la terre.
iyan asav isvara-vigrahasya
yah sannivesah kathito maya te sandharyate smin vapusi sthavisthe manah sva-buddhya na yato sti kincit
Le Seigneur établit dans la Bhagavad-gita (IX.10) que la nature matérielle agit comme instrument de Sa volonté. Elle représente l'une de Ses puissances, et comme telle, n'agit que sous Sa seule direction. Lui, le Seigneur Suprême et Absolu, pose simplement Son regard sur la matière pour qu'elle s'anime et engendre des transformations successives manifestées progressivement en six étapes. La création matérielle entière se meut ainsi et, le temps venu, devient manifestée, puis non manifestée. Les hommes d'intelligence moindre et au pauvre fonds de connaissance ne peuvent accepter que Sri Krsna paraisse dans une forme humaine par le jeu de Son inconcevable puissance (B.g.,IX.11). Le fait qu'Il apparaisse en l'univers matériel parmi les hommes est une autre manifestation de Sa pure miséricorde pour les âmes déchues. Bien qu'Il transcende tout concept matériel, Il descend en ce monde, de par Sa miséricorde infinie, pour la joie de Ses purs dévots, et Se révèle en tant que Dieu, Personne Suprême. Profondément enlisés dans les questions d'énergie nucléaire et les préoccupations d'ordre cosmique relatives à la forme universelle, les philosophes et hommes de science à l'esprit matérialiste ont plus tendance à vénérer les phénomènes externes, propres à la manifestation matérielle, que le principe nouménal de l'Absolu. Mais la Forme toute spirituelle du Seigneur se situe au-delà de telles considérations matérielles. Il est certes ardu de comprendre comment le Seigneur peut être à la fois "localisé" et omniprésent car les philosophes et hommes de science matérialistes conçoivent toute chose dans les seules limites de leur propre expérience. Et parce qu'ils sont incapables d'admettre l'aspect personnel du Seigneur Suprême, Celui-ci, de par Sa grande bonté, manifeste pour eux l'aspect virat de Sa Forme toute spirituelle, celui que vient de décrire avec force détails Sukadeva Gosvami. Celui-ci conclut que rien n'existe en ce monde au-delà de cette forme colossale du Seigneur. En effet, aucun penseur matérialiste ne peut franchir les limites de ce concept; leur mental instable saute sans cesse d'une idée à une autre. Voilà pourquoi il est conseillé de penser au Seigneur en portant ses pensées sur une partie de Son Corps gigantesque; à elle seule, l'intelligence donne de Le voir ainsi représenté dans toutes les manifestations de l'univers matériel -collines, forêts, océans, oiseaux, bêtes, hommes, devas, etc. Chaque chose en ce monde fait partie intégrante du colosse universel, ce qui permet d'absorber les pensées, instables de nature, en la seule Personne du Seigneur. Cette pratique, qui consiste à fixer son attention sur les diverses parties du Corps du Seigneur anéantira peu à peu le défi sournois de l'athéisme et fera peu à peu s'épanouir le service de dévotion offert au Seigneur. Puisque toute chose forme un fragment du Tout complet, le spiritualiste néophyte en viendra à percer le sens de cet hymne de l'Isopanisad où se trouve établie l'omniprésence du Seigneur, et il apprendra de cette façon l'art d'éviter toute offense contre le Corps du Seigneur. Le fait d'avoir ainsi les pensées tournées vers Dieu fera décroître l'orgueil qui naît d'une attitude de défi visant à nier l'existence même de Dieu. On apprend ainsi à faire montre de respect envers toute chose, car toute chose constitue une infime partie du corps suprême.
sa sarva-dhi-vrtty-anubhuta-sarva
atma yatha svapna-janeksitaikah tam satyam ananda-nidhim bhajeta nanyatra sajjed yata atma-patah
Srila Sukadeva, le grand Gosvami, trace, par ce verset, la voie du service de dévotion. Il souhaite en outre nous faire comprendre qu'au lieu de disperser notre attention vers diverses branches de réalisation spirituelle, il vaut mieux faire de la Personne Souveraine l'objet suprême de notre réalisation, de notre adoration et de notre dévotion. D'une certaine manière, la réalisation spirituelle se traduit par un combat pour la vie éternelle livré contre le conditionnement de l'existence matérielle. La puissance illusoire de l'énergie externe, elle, a donc pour mission de charmer le yogi ou le bhakta de diverses manières et le faire à nouveau prisonnier du filet de la vie matérielle. Un yogi, par sa puissance surnaturelle, peut accomplir des exploits matériels relevant du miracle, tels l'anima et le laghima par quoi l'on peut se faire plus ténu que le plus ténu, plus léger que le plus léger, ou à un stade plus grossier, il peut se voir accorder des avantages matériels sous forme de richesses et de femmes. Mais il faut bien se méfier de tels envoûtements car de s'empêtrer à nouveau en de tels plaisirs illusoires entraîne la déchéance et un séjour prolongé dans la geôle de l'univers matériel. Que cet appel à la prudence nous fasse obéir à notre seule intelligence vigilante. Le Seigneur Suprême est unique mais Ses émanations sont multiples; aussi est-Il l'Ame Suprême de tout ce qui est. Quand un homme voit quelque chose de ses yeux, il lui faut comprendre que sa vision n'agit qu'en second lieu, après celle du Seigneur; que Dieu doit Lui-même voir toute chose avant que celle-ci ne nous devienne visible. C'est là ce qu'enseignent les Vedas et les Upanisads. Ainsi, quoi que nous voyions ou fassions, le Seigneur Se fait l'Ame Suprême de ces agissements. Sri Caitanya Mahaprabhu enseigna Lui-même cette théorie de l'inconcevable différence et non-différence qui règne entre l'âme distincte et l'Ame Suprême, sous le nom d'acintya bhedabheda-tattva. La virat-rupa, l'aspect colossal du Seigneur Souverain, contient la manifestation matérielle tout entière; elle représente donc l'Ame Suprême de toutes les entités, vivantes ou non. Elle est aussi la manifestation de Narayana ou Visnu, et si l'on progresse ainsi, on en vient à découvrir en Sri Krsna l'Ame Suprême de tout ce qui existe. En conclusion, chacun doit, sans hésiter, vouer son adoration à Sri Krsna ou à Narayana, Son émanation plénière, et à nul autre. Les hymnes védiques expliquent clairement qu'à l'origine, Narayana posa Son regard sur la matière et suscita ainsi la création de l'univers. Avant cette création, il n'y avait ni Brahma, ni Siva, et que dire des autres êtres. Sripada Sankaracarya accepta sans l'ombre d'un doute que Narayana est au-delà de la création matérielle et que tous les autres êtres font partie de cette même création. Celle-ci est donc à la fois identique à Narayana et distincte de Lui; ce qui vient appuyer la philosophie acintya-bhedabheda-tattva du Seigneur Caitanya Mahaprabhu. Parce qu'elle émane de la puissance du regard de Narayana, la création matérielle entière n'est pas différente de Lui. Mais en même temps, parce qu'elle est le produit de Son énergie externe (bahiranga maya), et séparée de l'énergie interne (atma-maya), toute la création est distincte de Lui. Ce qu'illustre fort bien notre verset avec l'exemple d'un homme qui rêve et crée ainsi nombre de situations dans lesquelles il s'empêtre et dont il doit souffrir les effets. La création matérielle s'apparente en tout point à un songe, créé par le Seigneur, mais Lui, l'Ame Suprême, la Transcendance même, ne S'empêtre pas dans ce rêve, non plus qu'Il n'en souffre les effets. Il conserve à jamais Sa position absolue car, en essence, Il est tout, et rien ne saurait connaître d'existence séparée de Lui. En tant que Ses parties intégrantes, il nous faut porter vers Lui seul toute notre attention sans dévier aucunement, faute de quoi l'on devra subir les assauts répétés des puissances propres à l'univers matériel. Ce que confirme la Bhagavad-gita (IX.7):
La vie humaine, toutefois, offre l'occasion d'échapper à ce cycle de création et d'annihilation, de se défaire de l'emprise de la puissance externe du Seigneur, pour pénétrer le royaume de Sa puissance interne. Ainsi s'achèvent les enseignements de Bhaktivedanta sur le premier chapitre du deuxième Chant du Srimad-Bhagavatam, intitulé: "Le premier pas vers la réalisation spirituelle".
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