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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 2 CHAPITRE 4 Le processus de la création.
yad-anghry-abhidhyana-samadhi-dhautaya
dhiyanupasyanti hi tattvam atmanah vadanti caitat kavayo yatha-rucam sa me mukundo bhagavan prasidatam
Après une lutte acharnée pour vaincre l'emprise des sens, le yogi en quête de pouvoirs atteindra peut-être un état de méditation profonde où il pourra seulement visualiser l'Ame Suprême sise en chacun, mais le bhakta, lui, par le simple fait de se rappeler constamment les pieds pareils-au-lotus du Seigneur, s'établit aussitôt dans la Transcendance véritable car la force de cette réalisation est telle qu'elle débarrasse totalement son mental et son intelligent de cette "maladie" du désir de jouissance matérielle. Se considérant toujours déchu dans l'océan des morts et des renaissances successives, le pur bhakta prie sans cesse le Seigneur de bien vouloir l'en affranchir et n'a pour toute espérance que de devenir un atome de poussière spirituelle sous Ses pieds pareils-au-lotus. Par la grâce du Seigneur, il perd jusqu'au moindre attrait pour le plaisir matériel, et pour se garder libre de toute souillure, fixe sans arrêt ses pensées sur les pieds pareils-au-lotus du Seigneur. Le roi Kulasekhara, un grand bhakta, priait ainsi:
Cette humilité propre au pur bhakta, qui consacre chaque instant de son existence à servir le Seigneur, l'élève au niveau purement spirituel qui lui permet de réaliser toute chose, car, comme l'enseigne la Bhagavad-gita (X.10), Krsna Se révèle à celui qui fait montre de sincérité. Lui, l'intelligence de tous, et même de l'abhakta, accorde à Son pur dévot l'intelligence par quoi il peut saisir aussitôt la plus parfaite vérité touchant à Sa Personne et à Ses multiples énergies: Les conjectures et l'habile verbiage sur la Vérité Absolue, répétons-le, ne permettent pas de connaître le Seigneur; Il n'apparaît que lorsque Le comble l'attitude de service de Son dévot. Sukadeva Gosvami ne compte pas parmi ces théoriciens qui chérissent le fameux compromis ''autant de conclusions, autant de voies", mais désirant le seul plaisir du Seigneur, il s'en remet à Lui. Telle est la voie par quoi l'on connaît le Seigneur.
pracodita yena pura sarasvati
vitanvatajasya satim smrtim hrdi sva-laksana pradurabhut kilasyatah sa me rsinam rsabhah prasidatam
Comme nous l'avons expliqué plus avant, le Seigneur, en tant qu'Ame Suprême sise en chaque être, depuis Brahma jusqu'à la minuscule fourmi, confère à chacun l'indispensable connaissance qui, déjà, existait en puissance. Chaque être distinct détient le potentiel requis pour recevoir du Seigneur soixante-dix-huit pour cent (78%) du savoir total. Puisque par nature, il fait partie intégrante du Seigneur, l'être distinct ne peut assimiler toute la connaissance que détient Lui-même le Seigneur; il se voit donc réduit à n'en posséder que cinquante sur soixante-quatre. Conditionné par la matière, il est susceptible de tout oublier lorsque se produit le changement de corps qu'on appelle la mort. Mais le savoir originel qui gît en puissance dans le coeur de chaque être est de nouveau attisé par le Seigneur: voilà ce qu'on nomme l'éveil du savoir, car il s'agit bel et bien d'être tiré d'une torpeur, de l'inconscience. Le Seigneur dirige cet éveil dans les moindres détails, aussi verra-t-on dans la vie de chaque jour des niveaux de connaissance variés chez divers êtres. L'éveil du savoir n'a rien d'automatique ou de matériel, mais trouve son origine en Krsna seul, le dhiyam patih, car même Brahma dépend à cet égard du créateur souverain. Au tout début de la création, Brahma naquit non pas de l'union d'un homme et d'une femme -puisque avant lui, nul être vivant n'existait-, mais d'un lotus qui sortit du nombril de Garbhodakasayi Visnu et c'est pourquoi on le nomme Aja. Ce Brahma, ou Aja, est lui aussi un être distinct faisant partie intégrante du Seigneur, mais parce qu'il représente le plus vertueux d'entre Ses dévots, il en reçoit l'inspiration nécessaire pour créer, après la création originelle du Seigneur, par l'intermédiaire de la nature matérielle. Ainsi, ni Brahma, ni la nature matérielle ne sont indépendants du Seigneur. L'homme de science se contente d'observer le jeu de la nature matérielle sans comprendre qui le dirige, tout comme un enfant s'émerveille devant les manifestations de l'électricité en ignorant tout de l'opérateur de la centrale électrique. Ce savoir imparfait de l'homme de science révèle un pauvre fonds de connaissance. Le savoir védique fut d'abord insufflé à Brahma et il en fut lui-même, par la suite, le précepteur. Sans doute est-il le premier à avoir énoncé le savoir védique, mais il dut en être imprégné par le Seigneur, car c'est en Lui que ce savoir spirituel et absolu trouve son origine. De là vient qu'on qualifie les Vedas d'apauruseya -issus d'aucune créature de ce monde. Dieu existait avant la création (narayanah paro vyaktat) et Ses paroles sont donc des vibrations sonores purement spirituelles. Le son spirituel, dit aprakrta, ne se rapproche en rien du son matériel, dit prakrta. Les physiciens ne connaissent que les sons prakrta, ceux produits dans l'espace matériel; sachons, par suite, que les sons védiques, émis en locutions symboliques, ne peuvent être saisis par qui que ce soit dans tout l'univers à moins de recevoir l'inspiration surnaturelle, aprakrta, transmise oralement par voie de succession disciplique depuis le Seigneur jusqu'à Brahma, puis à Narada, Vyasa... Aucun érudit profane n'est à même de traduire ou de réaliser le sens exact des mantras et hymnes védiques, car ceux-ci ne peuvent être compris sans recevoir l'inspiration, l'initiation spirituelle d'un maître spirituel authentique. Le Seigneur Lui-même représente le maître spirituel originel, et la succession disciplique se poursuit par voie parampara, comme l'énonce clairement le quatrième chapitre de la Bhagavad-gita. Pour conclure, celui qui n'a pas reçu le savoir spirituel de la parampara authentique sera tenu pour vain (viphala matah) et ce, malgré ses hauts talents dans le domaine des arts ou de la science. Inspiré par le Seigneur, Sukadeva Gosvami prie Celui-ci afin de pouvoir présenter avec justesse les détails de la création tels que s'en enquiert Maharaja Pariksit. Le maître spirituel n'a rien d'un théoricien raisonneur, d'un érudit profane; (srotriyam brahma-nistham) il saisit parfaitement la conclusion des Ecritures védiques.
bhutair mahadbhir ya imah puro vibhur
nirmaya sete yad amusu purusah bhunkte gunan sodasa sodasatmakah so lankrsista bhagavan vacamsi me
Au contraire des matérialistes, toujours fiers de leurs propres talents, Sukadeva Gosvami, tel un bhakta s'en remettant pleinement au Seigneur, cherche à Lui plaire afin qu'Il lui confère la grâce de rendre ses paroles efficientes autant qu'agréables aux oreilles de ses auditeurs. Quel que soit le succès obtenu, le bhakta ne s'attribue aucun mérite mais se tient toujours pour un simple instrument. L'athée voudrait se voir attribué le mérite de tout ce qu'il fait, mais il ignore que pas même un brin d'herbe ne bouge sans que n'y consente l'esprit souverain, la Personne Suprême. Et certes, Sukadeva Gosvami souhaite se placer sous les directives du Seigneur, Lui qui inspira Brahma à énoncer la sagesse védique. Les vérités décrites par les Ecritures védiques n'ont rien de théories profanes imaginées, ni de fictions, comme le voudraient parfois les hommes d'intelligence réduite. Bien plutôt, elles offrent des descriptions parfaites relevant de la vérité, sans la moindre trace d'erreur ou d'illusion. Sukadeva Gosvami désire présenter les principes véritables de la création, non pas sous forme de théories métaphysiques issues de gymnastiques philosophiques, mais en expliquant les faits réels avec détail puisque le Seigneur l'inspirera de l'exacte manière dont Il le fit pour Brahmaji. Comme l'enseigne la Bhagavad-gita (XV.15), le Seigneur est le père de la connaissance védantique et Lui seul en connaît la teneur réelle. Par suite, il n'est de vérité supérieure aux enseignements spirituels des Vedas. Si la connaissance ou religion védique est transmise par des autorités spirituelles suivant le sillage de Sukadeva Gosvami, c'est que celui-ci sert le Seigneur avec humilité et dévotion, et qu'il ne nourrit aucun désir de s'affubler lui-même du titre d'interprète des Ecritures. Et c'est ainsi, par la voie descendante, ou parampara, qu'il faut enseigner le savoir védique. L'homme d'intelligence perçoit nettement que toute création matérielle -fût-ce son propre corps, une fleur ou un fruit- ne peut croître avec grâce sans le contact de l'entité spirituelle. L'intelligence la plus pénétrante, le plus grand savant du monde, produiront des merveilles tant que sera présente l'étincelle de vie, tant que l'esprit animera la matière. Par conséquent, c'est l'entité spirituelle suprême qui forme l'origine de toute vérité, et non pas la matière brute, comme le conçoivent les matérialistes grossiers. Les Ecritures védiques nous enseignent que le Seigneur fut le premier à pénétrer la vacuité de l'univers matériel, et qu'ainsi toutes choses se manifestèrent les unes après les autres. De même, le Seigneur, dans Son aspect localisé de Paramatma, Se trouve en chaque être distinct, et grâce à Lui, tout s'accomplit de façon merveilleuse. Les seize principaux éléments de la création -soit la terre, l'eau, le feu, l'air, l'espace et les onze organes des sens- émanèrent d'abord de la Personne même du Seigneur et furent attribués à tous les êtres vivants; ainsi furent-ils créés pour que les êtres distincts puissent satisfaire leurs désirs. L'énergie du Seigneur est responsable du merveilleux agencement qui apparaît derrière toute manifestation matérielle et il ne reste plus à l'être distinct qu'à prier afin d'en saisir les mécanismes avec justesse. Puisque le Seigneur représente l'Etre Suprême, distinct de Sukadeva Gosvami, c'est à Lui que peuvent être adressées les prières. Il aide les êtres vivants à jouir de la création matérielle, mais Lui-même demeure au-delà de ces plaisirs illusoires. Sukadeva demande la grâce du Seigneur, non seulement pour qu'Il l'aide à faire connaître la vérité, mais également pour qu'Il aide ses auditeurs à le mieux comprendre.
namas tasmai bhagavate
vasudevaya vedhase papur jnanam ayam saumya yan-mukhamburuhasavam
En ce qui concerne le mot vedhase, signifiant "le compilateur du savoir spirituel", Srila Sridhara Svami observe que les hommages respectueux s'adressent ici à Srila Vyasadeva, manifestation divine de Vasudeva. Srila Jiva Gosvami accepte cette explication, mais Srila Visvanatha Cakravarti Thakura ajoute que le nectar de la bouche de Krsna est passé à Ses diverses compagnes et qu'elles apprennent ainsi les arts subtils de la musique, de la danse, l'art de se vêtir, de se parer, et de plaire en tout au Seigneur. Tout ce savoir destiné à Le satisfaire n'a certes rien de matériel car depuis le tout début, le Seigneur est qualifié de para, d'absolu. Mais les âmes conditionnées, oublieuses, ignorent tout de ce savoir spirituel. Et c'est pourquoi l'avatara Srila Vyasadeva compila les Ecritures védiques, permettant ainsi aux âmes conditionnées d'éveiller leur mémoire assoupie quant au lien qui les unit éternellement au Seigneur. On doit donc essayer de comprendre les Ecritures védiques -ou en d'autres mots le nectar passé par le Seigneur à Ses compagnes dans un sentiment amoureux-, de la bouche pareille-au-lotus de Vyasadeva ou de Sukadeva. En cultivant peu à peu le savoir absolu, on s'élèvera progressivement jusqu'au niveau où s'accomplissent les arts spirituels de la musique et de la danse dévoilés par Krsna au cours de Sa rasa-lila. Mais privé de savoir védique, l'on ne pourra guère saisir la nature absolue de cette musique et de cette danse rasa. Il reste toutefois que les purs dévots du Seigneur goûtent aussi bien le nectar de profonds échanges philosophiques que elui d'être embrassé par le Seigneur au cours de Sa danse rasa, car il n'existe ici aucune distinction d'ordre matériel.
etad evatma-bhu rajan
naradaya viprcchate veda-garbho bhyadhat saksad yad aha harir atmanah
Brahma reçut le savoir védique dès qu'il naquit des pétales du lotus ombilical de Visnu, aussi le qualifie-t-on de veda-garbhah, de "védantiste depuis l'embryon". Sans le savoir védique, parfait et infaillible, rien ne peut être créé. A vrai dire, la science véritable et le savoir parfait viennent des Vedas. Ceux-ci recèlent la connaissance parfaite dans tous les domaines, et Brahma, parce qu'il était imprégné d'un savoir parfait, put donc accomplir l'oeuvre de création. Certes, Brahma connaissait-il parfaitement la description de la création telle qu'elle lui fut enseignée par Hari, le Seigneur Suprême; et à la requête de Narada, il lui révéla tout ce qu'il avait directement reçu du Seigneur. Puis Narada de tout répéter fidèlement à Vyasa, et Vyasa de transmettre point par point à Sukadeva ce qu'il avait lui-même reçu de Narada. A son tour, Sukadeva s'apprête à redire ces mêmes propos reçus de Vyasa. Telle est la voie de l'entendement védique; c'est par cette voie de filiation spirituelle seule, et par nulle autre, qu'est révélé le langage des Vedas. Il est vain de se perdre en théories; le savoir se doit d'être réel, agissant. Toute chose difficile nécessite qu'elle soit expliquée par quelqu'un qui en ait pleinement connaissance. De même, le savoir védique est également très difficile à saisir et demande à être reçu comme cela fut expliqué plus avant, sans quoi il demeure des plus obscurs. Ainsi, Sukadeva Gosvami invoque-t-il la grâce du Seigneur afin d'être capable de répéter dans les moindres détails ce même message que le Seigneur transmit directement à Brahma, et que celui-ci, à son tour, révéla directement à Narada. Par suite, les propos de Sukadeva Gosvami qui touchent à la création n'ont rien de simples théories, comme le veulent quelques esprits profanes, mais s'avèrent au contraire parfaitement justes. En écoutant ces messages et en s'efforçant de les assimiler, on gagne une parfaite connaissance de la création matérielle. Ainsi s'achèvent les enseignements de Bhaktivedanta sur le quatrième chapitre du deuxième Chant du Srimad-Bhagavatam, intitulé: "Le processus de la création".
Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare |