SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 2
CHAPITRE 7

Description des avataras
prévus pour différents âges
et de leur mission respective.

VERSET 46

te vai vidanty atitaranti ca deva-mayam
stri-sudra-huna-sabara api papa-jivah
yady adbhuta-krama-parayana-sila-siksas
tiryag-jana api kim u sruta-dharana ye

TRADUCTION

En s'abandonnant aux purs dévots du Seigneur et en marchant sur leurs traces dans le service de dévotion, même ceux qui mènent une vie de péché, comme les femmes, les travailleurs, les montagnards et les Sibériens, ou même les oiseaux et les bêtes sauvages, tous peuvent accéder à la science du Divin et se voir ainsi libérés de l'emprise de l'énergie illusoire.

TENEUR ET PORTEE

On demande parfois comment il est possible pour l'être de s'abandonner au Seigneur Suprême. Or, dans la Bhagavad-gita (XVIII.66), le Seigneur demande à Arjuna de s'abandonner à Lui, mais ceux-là qui refusent de se soumettre à cette requête demandent où Se trouve Dieu et à qui ils doivent s'abandonner. Notre verset offre une excellente réponse à ces questions, Peut-être ne pouvons-nous pas percevoir le Seigneur à l'aide de nos yeux, mais si nous désirons sincèrement être guidés, alors le Seigneur nous enverra un maître authentique qui saura nous conduire jusqu'au royaume de Dieu, notre demeure originelle. Aucune aptitude matérielle n'est requise pour progresser sur la voie de la réalisation spirituelle. Dans le monde matériel, toute occupation exige certaines aptitudes particulières, sans lesquelles il n'est guère possible d'obtenir un emploi. Mais dans le service de dévotion offert au Seigneur, la seule qualité requise est l'abandon de soi, lequel ne dépend que du bon vouloir de chacun. Si nous le voulons, nous pouvons nous abandonner au Seigneur sur-le-champ, et commencer ainsi notre vie spirituelle. Un authentique envoyé du Seigneur vaut tout autant que Dieu Lui-même; en d'autres mots, il s'avérera plus facile d'approcher le représentant du Seigneur, lequel, en quelque sorte, fait montre de plus de bienveillance. S'il est impossible pour un pécheur d'approcher directement le Seigneur, il pourra néanmoins facilement se rendre auprès de Son dévot. Celui qui accepte de se placer sous la direction d'un tel bhakta peut lui aussi accéder à la science de Dieu et s'établir, tout comme le pur dévot du Seigneur, au niveau spirituel et absolu. Ainsi obtiendra-t-il d'être libéré de l'emprise de la matière et de retourner en sa demeure originelle, le royaume de Dieu, pour y jouir d'un bonheur éternel.

Réaliser la science du Divin et échapper à une vaine et inutile lutte pour l'existence, cela ne pose donc aucune difficulté pour celui qui en nourrit le désir, mais un tel but s'avère des plus éloignés pour celui qui ne s'abandonne pas au Seigneur et se complaît seulement en de vaines conjectures intellectuelles.

VERSET 47

sasvat prasantam abhayam pratibodha-matram
suddham samam sad-asatah paramatma-tattvam
sabdo na yatra puru-karakavan kriyartho
maya paraity abhimukhe ca vilajjamana
tad vai padam bhagavatah paramasya pumso
brahmeti yad vidur ajasra-sukham visokam

TRADUCTION

La réalisation du Brahman Absolu correspond à une félicité infinie et sans ombre. Tel est assurément l'aspect ultime du maître et bénéficiaire suprême de toute chose, la Personne Divine. A jamais libre de tout souci et de toute peur, Il est pure conscience, par opposition à la matière. Exempt de toute souillure et de toute distinction, Il représente le principe même, la Cause première de toutes les causes et effets, dans lequel ne se conçoit aucun sacrifice visant un but intéressé, et où l'énergie illusoire ne peut affirmer sa position.

TENEUR ET PORTEE

L'Absolue Personne Divine, le maître et bénéficiaire de toute chose, est également le Brahman Suprême, le summum bonum, du fait qu'Il représente la Cause absolue de toutes les causes. Le concept qui s'attache à la réalisation du brahman impersonnel correspond à une première étape -puisqu'il se distingue de la notion illusoire de l'existence matérielle. En d'autres mots, le brahman impersonnel ayant une nature distincte de la variété matérielle, correspond à un aspect de l'Absolu, tout comme la lumière par rapport à sa contrepartie, l'obscurité. Toutefois, ceux qui se rapprochent de la lumière peuvent voir que celle-ci se manifeste sous divers aspects, et pareillement, le stade ultime dans la réalisation de la lumière du brahman consiste à connaître la source de cette radiance, soit l'Absolue Personne Divine, summum bonum et source originelle de toute chose. Par suite, l'approche directe du Seigneur Suprême inclut donc la réalisation du brahman impersonnel, lequel se conçoit d'emblée par opposition au caractère imparfait de l'existence matérielle. La connaissance de l'Absolue Personne Divine correspond au troisième niveau de la réalisation du brahman, et comme l'explique le premier Chant de cet ouvrage, il faut comprendre ensemble les trois aspects de l'Absolu -le brahman, le Paramatma, et Bhagavan.

La notion de pratibodha-matram se trouve exactement à l'opposé du concept matériel de l'existence. Puisque dans la matière se rencontrent diverses formes de souffrances, la première réalisation du brahman correspond à une négation de ces imperfections matérielles et s'accompagne d'un sentiment d'existence éternelle marqué par l'absence des divers maux que forment naissance, maladie, vieillesse et mort. Voilà donc pour le premier concept de l'Absolu, le brahman impersonnel.

Le Seigneur Souverain est également l'Ame Suprême de toute chose. Or, nous accédons ici à un niveau supérieur où se réalise la notion d'affection, laquelle trouve son origine dans la relation unissant deux âmes. L'affection d'un père pour son fils, par exemple, vient du lien étroit qui les unit. Mais dans le monde matériel, cette affection s'avère des plus imparfaites. Par contre, dans la relation qui nous unit au Seigneur Suprême, l'affection se manifeste dans sa plénitude grâce à l'authenticité intrinsèque de ce sentiment mutuel. En effet, l'affection pour le Seigneur n'est suscitée par aucun attribut matériel, lié au corps ou au mental; pour tous les êtres vivants, le Seigneur représente l'objet d'affection par excellence, parfait et sans souillure, car Il est l'Ame Suprême, le Paramatma, qui habite le coeur de chacun. A l'état libéré, cette affection pour le Seigneur se manifeste dans toute son ampleur. L'être distinct baigne alors pour l'éternité dans une félicité parfaite et ne connaît pas la peur de voir son bonheur tarir, comme nous en avons l'expérience ici-bas, car en raison de son caractère immuable, une relation établie avec le Seigneur ne peut être souillée d'aucune peine ni d'aucune crainte. Mais il serait totalement vain de vouloir trouver ce bonheur qui échappe à toutes descriptions à travers les actes intéressés, les sacrifices ou quelque autre voie. Sachons néanmoins que ce bonheur ininterrompu que l'être échange avec la Personne Suprême transcende, comme le décrit ce verset, la réalisation impersonnelle des Upanisads, laquelle correspond plus ou moins à une négation du concept matériel de l'existence, mais sans dénier pour autant les Sens spirituels et absolus du Seigneur Suprême. Voilà ce qu'affirme également notre verset: les Sens du Seigneur sont spirituels et absolus, libres de toute souillure matérielle. Quant aux âmes libérées, elles ne sont pas non plus privées de sens; s'il en était autrement, comment pourraient-elles échanger avec le Seigneur ce bonheur spirituel, ininterrompu et spontané que rien ne trouble. Les Sens du Seigneur, tout comme les sens de Ses dévots, sont libres de la souillure matérielle, et cela parce qu'ils échappent à toute notion matérielle de cause et d'effet, comme l'explique clairement ce verset (sad-asatah param). L'énergie matérielle illusoire ne pouvant exercer son emprise en ce domaine demeure honteuse et confuse devant le Seigneur et Ses purs dévots. Dans le monde matériel, les activités des sens ne vont pas sans leur cortège de souffrances, mais il est clairement établi ici que les Sens du Seigneur et de Ses dévots ne connaissent jamais le malheur. Il existe donc une distinction très nette entre les sens matériels et les sens spirituels, et qui demande à être réalisée sans qu'un concept matériel ne vienne nier l'existence des sens spirituels.

En ce monde de matière, les sens se trouvent surchargés d'ignorance, et tous les maîtres nous ont recommandé de purifier nos sens souillés du concept matériel de l'existence. Chacun, ici-bas, use de ses sens pour sa propre satisfaction, tandis que dans le monde spirituel, les sens servent le but pour lequel ils furent originellement conçus, à savoir la satisfaction du Seigneur Suprême. Que les sens agissent ainsi de façon naturelle, et ils trouveront un plaisir ininterrompu sans qu'aucune souillure matérielle ne vienne y faire obstacle, car ils s'en trouveront alors spirituellement purifiés. Qui plus est, les partenaires de ces échanges spirituels éprouvent cette joie des sens d'une manière égale. Et puisque de telles activités, loin de connaître aucune limite, vont sans cesse en s'accroissant, elles ne laissent aucune place à l'action matérielle illusoire. On qualifie de brahma-saukhyam ce bonheur de nature purement spirituelle, que le cinquième Chant de cet ouvrage décrira en détail.

VERSET 48

sadhryan niyamya yatayo yama-karta-hetim
jahyuh svarad iva nipana-khanitram indrah

TRADUCTION

La maîtrise artificielle du mental, la spéculation intellectuelle ou la méditation, toutes ces pratiques adoptées par les jnanis et les yogis s'avèrent inutiles pour celui qui atteint ce niveau spirituel et absolu. Il est aussi vain pour lui de se livrer à de telles pratiques que pour Indra de creuser un puits, lui, le deva-maître des pluies.

TENEUR ET PORTEE

Tout comme un homme du commun devra se donner la peine de creuser un puits s'il veut de l'eau, ceux qui ne possèdent pas grande réalisation dans le domaine spirituel se perdent en conjectures intellectuelles ou pratiquent quelque méditation axée sur la maîtrise des sens. Ils ignorent toutefois que l'on peut simultanément accéder à la maîtrise des sens et à la perfection spirituelle dès que l'on s'engage véritablement dans le service d'amour absolu offert à Dieu, la Personne Suprême. Voilà pourquoi les hautes âmes libérées désirent également se réunir pour écouter et chanter la gloire des Actes du Seigneur. Rappelons-nous l'exemple d'Indra, fort à propos dans le contexte présent. Indra, le roi des cieux, se trouve être le deva chargé de répartir les pluies et les nuages dans l'univers, et à ce titre il n'a guère à se soucier de creuser un puits pour se procurer de l'eau... Ce serait même grotesque. Pareillement, ceux qui se trouvent engagés dans le service d'amour du Seigneur ont atteint le but ultime de l'existence, et il ne leur est d'aucune utilité de recourir à la spéculation intellectuelle pour découvrir la nature véritable de Dieu et de Ses Activités. Ces bhaktas n'ont pas non plus à méditer sur l'identité véritable ou imaginaire du Seigneur. Parce qu'ils se trouvent tangiblement engagés dans le service d'amour absolu offert au Seigneur, ces purs bhaktas obtiennent par là même les fruits de la spéculation intellectuelle et de la méditation. La véritable perfection de l'existence consistera donc à se trouver engagé dans ce service d'amour spirituel et absolu.

VERSET 49

sa sreyasam api vibhur bhagavan yato sya
bhava-svabhava-vihitasya satah prasiddhih
dehe sva-dhatu-vigame nuvisiryamane
vyomeva tatra puruso na visiryate jah

TRADUCTION

Dieu, la Personne Suprême, est source de toute heureuse fortune car Il confère à l'être distinct les fruits de tous ses actes, matériels comme spirituels. Ainsi veille-t-Il au bien ultime de tous. De par sa nature propre, l'être distinct est non né; après la dissolution des éléments du corps matériel, il n'en continue pas moins d'exister, tout comme l'air existe dans le corps.

TENEUR ET PORTEE

La Bhagavad-gita (II.30) enseigne que l'être distinct est non né, éternel, et qu'il n'est pas le moindrement touché lorsque la nature triomphe de son corps matériel. Tant qu'il demeure impliqué dans l'existence matérielle, ses actes lui sont rétribués, soit en cette vie même, soit en la suivante. Pareillement, le Seigneur tient compte des actes qu'il accomplit dans le cours de sa vie spirituelle et le récompense en lui conférant l'une ou l'autre des cinq formes de libération. Même les impersonnalistes ne peuvent se fondre dans l'existence du Suprême sans l'approbation de l'Absolue Personne Divine. Le Seigneur confirme dans la Bhagavad-gita (IV.11) qu'Il comble en cette vie les désirs de chacun. Les êtres distincts jouissent de la faculté de libre arbitre, et le Seigneur satisfait chacun selon l'usage qu'il en fait.

Il va donc du devoir de chaque homme de vouer une dévotion exclusive à Dieu, la Personne Suprême, pour atteindre la satisfaction de ses désirs. L'impersonnaliste, par exemple, au lieu de se perdre en conjectures ou en vaines méditations, pourra avantageusement adopter d'emblée la pratique réglée du service de dévotion offert au Seigneur et, ainsi, atteindre facilement au but qu'il désirait. A l'inverse de l'impersonnaliste, le bhakta cherchera naturellement à jouir de la compagnie du Seigneur, sans le moindre désir de se fondre dans l'existence de l'Absolu. Parce qu'il suit sa nature profonde et éternelle, le bhakta obtient, conformément à ses désirs, de devenir le serviteur, l'ami, le père, la mère ou le conjoint amoureux du Seigneur. Le service de dévotion offert au Seigneur se compose de neuf pratiques purement spirituelles, telles que l'écoute et le chant, et par un tel service d'amour, si simple et naturel, les bhaktas obtiennent d'atteindre la plus haute perfection, bien au-delà de la fusion en l'existence du brahman. Il n'est donc jamais conseillé aux bhaktas de se livrer à quelque élucubration intellectuelle sur la nature du Suprême, ou d'artificiellement méditer sur le vide.

Ne commettons pas toutefois l'erreur de penser qu'après la dissolution de l'enveloppe charnelle, il ne nous sera pas possible de rencontrer le Seigneur, faute de posséder un corps. Puisque l'être est non né, il serait fautif de croire qu'il commence d'exister lorsque est créé le corps matériel. Par ailleurs, la création et l'évolution du corps matériel ne font que répondre au désir de l'être, et c'est donc à cause des désirs de chacun que le corps matériel se développe. En conclusion, l'âme spirituelle engendre le corps, lequel trouve ainsi son origine dans la force vivante. Notre verset compare l'être distinct et éternel, à l'air qui se trouve autant à l'intérieur qu'à l'extérieur du corp: lorsque l'enveloppe charnelle est finalement détruite, l'étincelle de vie n'en continue pas moins d'exister, tout comme l'air qui se trouvait également dans le corps. Ainsi, par la volonté du Seigneur, qui veille au bien de tous les êtres, l'âme distincte se voit aussitôt accorder le corps spirituel particulier qui lui permettra de goûter la compagnie du Seigneur selon l'une ou l'autre des perfections qu'elle aura atteinte -sarupya: celle qui donne de posséder les mêmes traits corporels que le Seigneur; salokya: celle qui donne de vivre sur la même planète que le Seigneur; sarsti: celle qui donne de jouir des mêmes opulences que le Seigneur et samipya: celle qui donne de vivre en la compagnie du Seigneur.

La bienveillance du Seigneur est telle que même si un bhakta ne parvient pas à un stade de dévotion pure et libre de toute souillure matérielle, il lui sera accordé de l'atteindre dans sa vie suivante. En renaissant au sein d'une famille aisée ou parmi des dévots du Seigneur, le bhakta n'aura pas à s'engager dans la dure lutte pour l'existence matérielle, et pourra ainsi achever sa purification. Lorsqu'il quittera enfin son corps, il retournera aussitôt dans le royaume de Dieu, sa demeure originelle. C'est ce qu'enseigne la Bhagavad-gita. Lorsqu'il atteint le niveau spirituel, le bhakta y demeure alors éternellement; ce que nous avons déjà expliqué au verset précédent. Ce sujet se trouve plus largement détaillé dans le Bhagavat-sandarbha de Srila Jiva Gosvami Prabhupada.

VERSET 50

so yam te bhihitas tata
bhagavan visva-bhavanah
samasena harer nanyad
anyasmat sad-asac ca yat

TRADUCTION

Mon cher fils, je t'ai donc brièvement entretenu de Dieu, la Personne Suprême, le créateur des mondes manifestés. Il n'existe aucune autre cause que le Seigneur, Hari, aux manifestations phénoménales et nouménales.

TENEUR ET PORTEE

Puisque notre expérience porte plus particulièrement sur l'univers matériel temporaire et sur les âmes conditionnées qui tentent de le dominer, Brahmaji expliqua à Naradadeva que ce monde éphémère est l'oeuvre de la puissance externe du Seigneur et que les âmes conditionnées qui s'y trouvent engagées dans la lutte pour l'existence constituent la puissance marginale de l'Absolue Personne Divine. Il n'est d'autre cause à toutes ces activités phénoménales que le Seigneur Suprême, Hari, Cause première de toutes les causes. Mais cela ne signifie pas pour autant que le Seigneur Se diffuse sous un aspect impersonnel, car Il demeure au-delà des interactions des puissances externes et marginales. Comme le confirme la Bhagavad-gita (IX.4), Il est omniprésent par le seul jeu de Ses énergies. Tout ce qui est manifesté repose certes sur Sa puissance, mais Lui, le Seigneur Suprême, demeure à jamais au-delà de toute chose. La puissance et le Puissant sont donc simultanément identiques et distincts l'un de l'autre.

Nul ne doit blâmer le Seigneur Suprême pour la création d'un monde de souffrances, de même qu'on ne saurait critiquer un roi pour avoir créé une prison, une institution hélas nécessaire, destinée à ceux qui désobéissent aux lois du gouvernement. Pareillement, ce monde matériel, marqué par tant de souffrances, est une création éphémère du Seigneur, destinée à ceux qui L'ont oublié et qui voudraient dominer cette fausse manifestation universelle. Le Seigneur, néanmoins, garde toujours le profond désir de ramener les âmes déchues en Son royaume, leur demeure originelle, et leur offre à cet effet d'innombrables facilités sous la forme des Ecritures sacrées, de Ses envoyés et de Ses manifestations personnelles. Puisqu'Il ne conçoit aucun attachement direct pour ce monde matériel, Il ne saurait donc être blâmé pour Sa création.


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare