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SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 2 CHAPITRE 7 Description des avataras
prévus pour différents âges et de leur mission respective.
dharmasya daksa-duhitary ajanista murtyam
narayano nara iti sva-tapah-prabhavah drstvatmano bhagavato niyamavalopam devyas tv ananga-prtana ghatitum na sekuh
Source de tout ce qui existe, le Seigneur est par là même l'origine de toutes les austérités et pénitences auxquelles les sages se consacrent par des voeux prodigieux afin de connaître le succès dans la quête de leur moi spirituel. L'existence humaine est d'ailleurs spécifiquement conçue pour accomplir un tel tapasya allant de pair avec un solennel voeu de célibat, de brahmacarya. La voie stricte du tapasya ne permet d'aucune façon le moindre contact avec les femmes. Et parce que le tapasya, la réalisation de soi, représente le but même de l'existence, une civilisation digne de ce nom, répondant aux normes du sanatana-dharma -l'institution préconisant quatre ordres sociaux et quatre étapes de la vie spirituelle- réclame l'absence totale de contact avec les femmes durant trois phases de la vie. Ces quatre étapes spirituelles correspondent à une évolution culturelle de l'individu, soit le célibat, la vie de famille, la retraite, et le renoncement. Durant la première phase de l'existence, jusqu'à vingt-cinq ans, l'homme recevra une formation de brahmacari sous la direction d'un maître spirituel authentique, à seule fin de comprend que la femme incarne la véritable force qui le lie à cette existence matérielle. Celui qui désire s'affranchir de cet asservissement aux conditions matérielles doit se défaire de l'attrait suscité par la forme d'une femme. La femme, le "beau sexe", incarne l'envoûtement auquel succombent les êtres vivant alors que la forme mâle, plus particulièrement dans l'espèce humaine, est réservée à la réalisation spirituelle. Le monde entier vit sous l'influence de ce charme, et dès qu'un homme s'unit à une femme, il devient sur-le-champ la victime de l'énergie matérielle qui l'enchaîne alors solidement. C'est à ce moment précis que, sous l'ivresse d'un faux sentiment de domination, l'homme sent grandir en lui le désir de régner en maître sur ce monde matériel. L'être humain tombe ainsi sous l'emprise du désir de posséder maison, terres et enfants; il souhaite atteindre une position élevée dans la société, devient épris de la communauté où il vit, de sa terre natale, et se laisse envahir par la soif des richesses. Tels sont les rêves illusoires qui entravent sa progression vers la réalisation spirituelle, but véritable de l'existence. Depuis l'âge de cinq ans, le garçon se voit confié aux soins d'un guru authentique, d'un précepteur, pour recevoir de lui une formation de brahmacari; ceci s'applique plus particulièrement aux enfants issus des couches supérieures de la société, c'est-à-dire ceux dont les parents sont cultivés (les brahmanas), ou assument un poste de dirigeants (les ksatriyas), ou encore s'occupent de commerce ou d'agriculture (les vaisyas). Par l'effet d'une stricte discipline, le brahmacari s'éveille aux vraies valeurs de l'existence tout en se qualifiant pour une occupation spécifique. S'il le désire, il peut alors choisir la vie de famille et épouser une femme qui lui convienne. Nombreux toutefois les brahmacaris qui préfèrent ne pas changer de situation et qui continuent de mener une vie de naisthika-brahmacaris, laquelle est exempte de tout contact avec les femmes. Ils prendront finalement l'ordre du renoncement, le sannyasa, pleinement conscients de ce que la compagnie des femmes représente un fardeau inutile qui entrave l'évolution de l'être vers la réalisation spirituelle. Le désir sexuel devient très puissant à un certain âge, et le guru peut alors permettre au brahmacari de se marier; le maître spirituel authentique est à même de déterminer si un brahmacari, incapable de se maintenir dans le naisthika-brahmacarya, peut se voir accorder cette permission. Celui-ci devra alors se conformer à certains principes régulateurs concernant la procréation. L'homme qui, après une solide formation de brahmacarya, vit en compagnie de son épouse en se soumettant aux règles scripturaires, ne saurait concevoir la vie de famille à la façon des animaux. Après la cinquantaine, à l'âge du vanaprastha, il devra restreindre ses relations conjugales et se préparer ainsi à vivre seul, sans compagnie féminine. Puis, lorsqu'il se trouve prêt, l'homme marié engagé dans le renoncement devient alors sannyasi: il devra désormais se tenir à l'écart de toute femme, y compris de sa propre épouse. L'étude des diverses étapes menant à la séparation d'avec l'élément féminin fait apparaître la femme comme un obstacle à la réalisation spirituelle, et le Seigneur, sous la forme de Narayana, vint enseigner comment renoncer, par l'observance d'un voeu, à tout contact avec le sexe opposé. Voyant la vie austère que menaient strictement les brahmacaris, les devas, jaloux, envoyèrent des messagers de Cupidon pour leur faire briser leurs voeux. Mais lorsque les beautés célestes s'attaquèrent au Seigneur, leurs efforts n'aboutirent qu'à l'échec car elles virent que le Seigneur pouvait faire apparaître des créatures de rêve en nombre infini, de par Sa puissance interne surnaturelle; il était donc vain d'essayer de Le séduire. Un pâtissier, dit-on, n'est jamais attiré par les gâteaux qu'il confectionne à longueur de journée. Pareillement, le Seigneur, de par Sa puissance interne de félicité, peut faire apparaître d'innombrables jeunes beautés qui appartiennent toutes à Son énergie spirituelle; Il n'éprouvera donc pas le moindre attrait pour les manifestations illusoires de la création matérielle. Néanmoins, ceux qui ne connaissent pas cette vérité prétendent sottement que Krsna voulait satisfaire Ses propres désirs lorsqu'Il accomplit Sa rasa-lila, à Vrndavana, ou lorsqu'Il vécut en compagnie de Ses seize mille épouses, dans la ville de Dvaraka.
kamam dahanti krtino nanu rosa-drstya
rosam dahantam uta te na dahanty asahyam so yam yad antaram alam pravisan bibheti kamah katham nu punar asya manah srayeta
Alors que Siva se trouvait plongé dans une méditation profonde et austère, Cupidon, le deva de la concupiscence, lui décocha une flèche afin d'éveiller son désir sexuel. Envahi par la colère, Siva foudroya Cupidon du regard, si bien qu'il réduisit son corps en cendres. Malgré toute sa puissance, Siva fut incapable de réprimer sa colère. Mais pareil emportement n'apparaît à aucun moment dans l'attitude de Sri Visnu. Bien au contraire, lorsque Bhrgu Muni frappa intentionnellement le Seigneur sur la poitrine pour juger de Sa tolérance, Celui-ci, loin de Se mettre en colère, implora son pardon, S'inquiétant de savoir si Bhrgu Muni ne s'était blessé en touchant du pied Sa poitrine si dure. Voilà pourquoi le Seigneur porte la marque de bhrgu-pada, témoignage de Sa tolérance. Et puisque le Seigneur n'est jamais affecté par la colère sous quelque forme que ce soit, comment la concupiscence, moins puissante, pourrait-elle avoir quelque emprise sur Lui? La colère apparaît lorsque la concupiscence ou le désir n'est pas satisfait, et l'absence de colère va donc nécessairement de pair avec l'absence de concupiscence. Le Seigneur est qualifié d'apta-kama, car Il a le pouvoir de combler Ses désirs sans l'aide de personne. De plus, Il est illimité, et de même Ses désirs. A l'exception du Seigneur, tous les êtres vivants sont limités; or, comment des êtres limités pourraient-ils combler les désirs de l'Illimité? Nous conclurons en disant que ni la concupiscence ni la colère ne peuvent exister en Dieu, la Personne Suprême et Absolue, et même s'Il fait parfois montre de colère ou de concupiscence, il faut y voir une bénédiction absolue.
viddhah sapatny-udita-patribhir anti rajno
balo pi sann upagatas tapase vanani tasma adad dhruva-gatim grnate prasanno divyah stuvanti munayo yad upary-adhastat
Le prince Dhruva, un grand dévot du Seigneur, était le fils de Maharaja Uttanapada. Un jour, alors qu'il était assis sur les genoux de son père, l'enfant qui n'avait alors que cinq ans fut chassé par sa belle-mère, car celle-ci n'aimait pas voir le roi caresser le fils d'une autre reine. Selon elle, le prince, parce qu'il n'était pas né de son sein, n'avait pas le droit de s'asseoir sur les genoux du roi. Le petit garçon se sentit insulté par cette intervention de la reine, mais son père n'émit aucune protestation car il était par trop attaché à sa seconde épouse. A la suite de cet incident, le prince Dhruva alla se plaindre auprès de sa propre mère. Mais ne voyant pas non plus comment remédier à cet outrage, celle-ci se mit à pleurer. L'enfant demanda alors à sa mère comment il devait s'y prendre pour siéger sur le trône royal de son père, et la pauvre reine de lui répondre que seul le Seigneur pourrait l'y aider. Mais où trouver le Seigneur? Parfois, lui dit la reine, les grands sages peuvent Le contempler dans les profondeurs de la forêt. Le petit prince décida alors de partir pour la jungle afin d'y accomplir de rudes austérités en vue d'atteindre son but. Suivant les instructions de Sri Narada Muni, envoyé spécifiquement par le Seigneur pour lui servir de maître spirituel, et ayant été initié par lui au chant de l'hymne composé de dix-huit lettres, om namo bhagavate vasudevaya, le prince Dhruva se livre alors à de formidables ascèses. Or, voici que Vasudeva, le Seigneur en personne, Se manifeste à lui dans Sa Forme dotée de quatre bras, celle de Prsnigarbha, et accorde au prince de régner sur une planète particulière, située au-dessus des sept étoiles. C'est ainsi que le prince Dhruva, ses efforts couronnés de succès, rencontra personnellement le Seigneur, qui combla tous ses besoins. Dhruva Maharaja se vit attribuer une planète Vaikuntha à jamais située dans l'espace matériel par la volonté de Vasudeva, le Seigneur Suprême. Et bien que cette planète se trouve dans le monde matériel, elle n'est pas détruite quand survient l'anéantissement de l'univers, mais demeure intacte. Cette planète Vaikuntha, indestructible, est vénérée par les devas qui habitent les sept étoiles situées sous elle, et par ceux qui habitent les planètes qui se trouvent au-dessus d'elle, comme celle de Maharsi Bhrgu. Le Seigneur Se manifesta donc sous la forme de Prsnigarbha pour le seul plaisir de Son pur dévot, le prince Dhruva, lequel atteignit une telle perfection par le seul fait d'avoir chanté l'hymne mentionné plus haut, hymne qui lui fut révélé lors de son initiation spirituelle par Narada, un autre pur dévot du Seigneur. Si une personne sincère désire atteindre la plus haute perfection, celle qui consiste à rencontrer le Seigneur, il lui suffira pour accéder à son but de se laisser guider par un pur bhakta, lequel se manifestera à coup sûr pour répondre à la grande détermination de celui qui désire ainsi à tout prix rencontrer le Seigneur. Toute l'histoire du prince Dhruva se trouve relatée en détail dans le quatrième Chant du Srimad-Bhagavatam.
yad venam utpatha-gatam dvija-vakya-vajra-
nisplusta-paurusa-bhagam niraye patantam tratvarthito jagati putra-padam ca lebhe dugdha vasuni vasudha sakalani yena
Lorsque régnait l'institution du varnasrama-dharma, c'était tout naturellement les brahmanas qui veillaient à la sauvegarde de la société. Pour le plus grand bien de l'Etat, ces brahmanas, avec leur sagesse toute dévotionnelle, enseignaient aux rois administrateurs l'art de diriger le pays en toute droiture. Les rois ou administrateurs ksatriyas consultaient toujours l'assemblée des brahmanas érudits; jamais ils ne se comportaient en dictateurs. Les lois contenues dans la Manu-samhita et les autres Ecritures authentiques compilées par les grands sages servaient de guides pour l'administration de l'Etat. Il était hors de question que, pour satisfaire au principe de la démocratie, des individus de moindre intelligence fabriquent de toutes pièces un nouveau code légal. Tout comme un enfant ignore ce qui est bon pour son avenir, les masses d'intelligence moyenne savent très mal où réside leur propre intérêt. L'expérience d'un père s'avère nécessaire pour guider son enfant sur le chemin de la vie, et la masse des gens, immature, a besoin elle aussi d'être placée sous la direction d'un guide qualifié. Les brahmanas érudits offraient leurs conseils au roi en s'appuyant sur les livres de sagesse reconnus -dont la Manu-samhita-, mais tout en tenant compte des circonstances de temps et de lieu. Parce que de tels brahmanas n'avaient rien d'employés que le roi aurait payés pour leurs services, ils détenaient suffisamment de puissance pour instruire le roi sur les principes des Ecritures. Ce système eut cours jusqu'au règne de Maharaja Candragupta. Ce roi avait pour premier ministre le brahmana Canakya, lequel ne demandait aucune rémunération. Maharaja Vena, lui, ne se conformait pas à de tels principes pour diriger le royaume, et il désobéit aux sages brahmanas. Larges d'esprit, les brahmanas étaient libres de toute motivation personnelle et veillaient au parfait bien-être de tous. Ils voulurent donc châtier le roi Vena pour sa mauvaise administration et, tout en maudissant le roi, adressèrent des prières au Seigneur tout-puissant. Une longue vie, l'obéissance de ses subordonnés, une bonne réputation, la droiture, la perspective d'être élevé aux planètes édéniques et les bénédictions d'êtres magnanimes, tout cela est réduit à néant par le simple fait de transgresser les recommandations d'une âme sainte. Chacun se doit donc de suivre, sans dévier, les traces des maîtres de la sagesse. Certes, ce sont les actes vertueux que Maharaja Vena accomplit lors d'existences précédentes qui lui valurent de devenir roi, mais parce qu'il négligea intentionnellement d'obéir aux brahmanas, ces âmes magnanimes, il se trouva puni par la perte de tous les précieux atouts mentionnés plus haut. Le Vamana Purana décrit l'histoire de Maharaja Vena et de sa chute avec grand détail. Lorsque Maharaja Prthu eut connaissance de la situation abominable dans laquelle se trouvait Vena, son père, lequel souffrait alors de la lèpre au sein d'une famille de mlecchas, il emmena aussitôt l'ancien roi à Kuruksetra pour qu'il s'y purifie, le soulageant ainsi de toute souffrance. C'est donc en réponse à la prière des brahmanas que Maharaja Prthu, avatara divin, parut sur terre pour y rétablir l'ordre et la paix. Grâce à lui, les denrées les plus diverses se multiplièrent, et il sut tout à la fois accomplir son devoir de fils en délivrant son père d'une condition infernale. En effet, le mot putra sert à nommer celui qui sauve de l'enfer, que l'on désigne par le mot put. Et c'est là le rôle qui échoit à un vrai fils.
nabher asav rsabha asa sudevi-sunur
yo vai cacara sama-drg jada-yoga-caryam yat paramahamsyam rsayah padam amananti svasthah prasanta-karanah parimukta-sangah
Les maîtres en la matière tiennent la voie du jada-yoga pour l'une des nombreuses formes de pratique yogique menant à la réalisation spirituelle. L'adepte de ce jada-yoga devra apprendre à devenir muet comme une pierre et à se détacher des conséquences de l'action matérielle. Tout comme une pierre subit sans réagir les innombrables agressions dont elle peut être l'objet, le jada-yogi apprendra à tolérer des souffrances qu'il s'infligera volontairement. Ces yogis vont, par exemple, s'arracher les cheveux, sans utiliser de rasoir ou quelque autre instrument. Mais le véritable but de cette pratique du jada-yoga est de s'affranchir de tout sentiment matériel, afin de pouvoir parfaitement s'établir dans le moi réel. Pendant la dernière phase de sa vie, l'empereur Rsabhadeva errait tel un être atteint de démence, muet et indifférent à tous les mauvais traitements que l'on faisait subir à son corps. Voyant cet homme apparemment débile errer nu dans les rues, avec ses longs cheveux et sa grande barbe, les enfants et les hommes sans intelligence crachaient et urinaient sur son corps. Lui, toutefois, gisait, impassible, dans ses propres excréments. Mais de ceux-ci se dégageait un parfum de fleurs et un homme de sagesse aurait pu reconnaître en lui un paramahamsa, un être établi au plus haut niveau de la perfection. Toutefois, nul ne doit imiter l'empercur Rsabhadeva à moins de pouvoir rendre ses excréments parfumés. Rsabhadeva et ceux qui ont atteint la même perfection étaient capables de pratiquer ce jada-yoga, mais pour un homme ordinaire, il s'avère impossible d'adopter une voie aussi particulière. Comme l'enseigne ce verset, le véritable but du jada-yoga est de maîtriser les sens (prasanta-karanah). Toute la pratique du yoga, sous quelque forme que ce soit, vise à dompter les sens matériels, et prépare ainsi à la réalisation spirituelle. Dans l'âge où nous vivons, le jada-yoga ne revêt guère d'intérêt puisqu'il nous est impossible de l'appliquer. Par contre, la pratique du bhakti-yoga, elle, convient parfaitement à notre âge: il nous suffit en effet de recevoir le Srimad-Bhagavatam d'une source authentique pour atteindre à la plus haute perfection du yoga. Rsabhadeva était fils du roi Nabhi, petit-fils du roi Agnidhra et père du roi Bharata, lequel donna son nom à la terre (Bharata-varsa). La mère de Rsabhadeva s'appelait Merudevi bien que ce verset mentionne le nom de Sudevi. Certains avancent parfois que Sudevi serait une autre épouse du roi Nabhi, mais puisque d'autres passages désignent le roi Rsabhadeva comme le fils de Merudevi, il ne fait aucun doute que Merudevi et Sudevi sont une seule et même personne, portant différents noms.
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