SRIMAD-BHAGAVATAM
CHANT 2
CHAPITRE 7

Description des avataras
prévus pour différents âges
et de leur mission respective.

VERSET 11

satre mamasa bhagavan haya-sirasatho
saksat sa yajna-purusas tapaniya-varnah
chandomayo makhamayo khila-devatatma
vaco babhuvur usatih svasato sya nastah

TRADUCTION

Alors que j'accomplissais un sacrifice, le Seigneur apparut comme l'avatara Hayagriva, et Son Corps avait la couleur de l'or. Personnification du sacrifice et des Vedas, Il est l'Ame Suprême de tous les devas. Comme Il respirait, les douces sonorités des hymnes védiques s'échappaient de Ses narines.

TENEUR ET PORTEE

Les hymnes védiques sont généralement chantés au cours des sacrifices accomplis par les hommes intéressés qui veulent, en outre, obtenir le fruit de leurs actes en adorant les devas. Mais le Seigneur est la personnification même des sacrifices ainsi que des hymnes védiques. Par suite, un bhakta, celui dont l'adoration se porte directement vers le Seigneur, atteint au but des sacrifices tout en satisfaisant les devas. Même s'il n'accomplit aucun sacrifice précis et ne satisfait pas les devas conformément aux injonctions védiques, un dévot du Seigneur n'en reste pas moins supérieur à ceux qui vouent leur adoration aux devas ou qui agissent dans un but intéressé.

VERSET 12

matsyo yuganta-samaye manunopalabdhah
ksonimayo nikhila-jiva-nikaya-ketah
visramsitan uru-bhaye salile mukhan me
adaya tatra vijahara ha veda-margan

TRADUCTION

A la fin de cette ère, le prochain Vaivasvata Manu, du nom de Satyavrata, verra comment l'avatara-Poisson accorde refuge à toutes les espèces vivantes, jusqu'à celles qui habitent au coeur de la terre. J'aurai si peur du déluge dévastateur que les Vedas sortiront de ma bouche. Mais ils seront protégés par le Seigneur, qui aura grand plaisir à S'ébattre dans cette masse d'eau gigantesque.

TENEUR ET PORTEE

Quatorze Manus se succèdent durant une seule journée de Brahma. A la fin du règne de chaque Manu, une inondation dévaste l'univers jusqu'au niveau de la Terre, et cette gigantesque masse d'eau effraie même Brahma. Le nouveau Vaivasvata Manu est donc à même de contempler un tel cataclysme au début de son règne. Surviennent alors nombre d'autres incidents, telle la mise à mort du célèbre Sankhasura. Cette prédiction de Brahmaji s'appuie sur son expérience passée. Il savait donc que lorsque surviendrait cette terrible scène apocalyptique, les Vedas sortiraient de sa bouche, mais que le Seigneur dans Sa manifestation d'avatara-Poisson sauverait tous les êtres vivants -les devas, les grands sages, les hommes, les animaux- et qu'Il protégerait également les Vedas.

VERSET 13

ksirodadhav amara-danava-yuthapanam
unmathnatam amrta-labdhaya adi-devah
prsthena kacchapa-vapur vidadhara gotram
nidraksano dri-parivarta-kasana-kanduh

TRADUCTION

Alors que devas et asuras utilisaient la montagne Mandara pour baratter l'océan de lait, voulant en extraire le nectar, le Seigneur originel apparut comme l'avatara-Tortue afin de servir de support à cette montagne. Tournant sur elle-même, celle-ci calma l'avatara-Tortue qui, plongé dans un demi-sommeil, ressentait au dos comme une démangeaison.

TENEUR ET PORTEE

Bien que nous ne puissions le constater nous-mêmes, il existe un océan de lait quelque part dans l'univers. Les savants modernes reconnaissent eux-mêmes que chacune des centaines de milliers de planètes qui surplombent nos têtes jouit de conditions atmosphériques qui lui sont propres. Peut-être l'information contenue dans le Srimad-Bhagavatam ne correspond-elle pas aux données de notre expérience actuelle, mais selon les sages de l'Inde, les Ecrits védiques offrent le véritable savoir, et les maîtres en la matière nous recommandent sans la moindre hésitation de visualiser cette connaissance dans les pages d'Ecritures authentiques (sastra-caksurvat). Nous ne pouvons donc aller à l'encontre du Srimad-Bhagavatam et nier l'existence de l'océan de lait tant que nous n'aurons pas exploré toutes les planètes dont le ciel est constellé. Et puisqu'une telle expérience s'avère impossible à réaliser, nous devrons donc accepter telle qu'elle est la version du Srimad-Bhagavatam et partager ainsi l'opinion des grands maîtres spirituels tels que Sridhara Svami, Jiva Gosvami, Visvanatha Cakravarti et d'autres. La voie védique nous recommande de marcher sur les traces de maîtres qualifiés et reconnus: voilà la seule façon par quoi il nous sera donné de connaître même ce qui échappe à notre imagination.

Tout-puissant, le Seigneur originel peut agir à Sa guise. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce qu'Il apparaisse sous la forme d'une tortue ou celle d'un poisson pour servir un but particulier. Aussi devons-nous accepter sans hésiter les révélations qui nous viennent d'Ecritures authentiques comme le Srimad-Bhagavatam.

Les devas et les asuras avaient uni leurs efforts pour baratter l'océan de lait: opération formidable pour laquelle il fallait un support qui servirait de pivot à la gigantesque colline Mandara. Et c'est afin d'aider les devas dans leur tentative que le Seigneur originel apparut sous la forme d'une tortue colossale. Pendant que celle-ci nageait dans son demi-sommeil, les mouvements de la montagne lui grattaient le dos, la soulageant ainsi de Ses démangeaisons.

VERSET 14

trai-pistaporu-bhaya-ha sa nrsimha-rupam
krtva bhramad-bhrukuti-damstra-karala-vaktram
daityendram asu gadayabhipatantam arad
urau nipatya vidadara nakhaih sphurantam

TRADUCTION

Le Seigneur apparut ensuite dans Sa Forme de Nrsimhadeva afin de mettre un terme à la grande frayeur des devas. Il mit à mort le roi des asuras [Hiranyakasipu], qui Le défiait, armé de sa masse. Remuant les sourcils de colère et dévoilant des dents redoutables, Il coucha l'asura sur Ses cuisse, et le pourfendit de Ses griffes.

TENEUR ET PORTEE

Le septième Chant du Srimad-Bhagavatam relate l'histoire d'Hiranyakasipu et de son fils, Prahlada Maharaja, l'illustre dévot du Seigneur. Ayant acquis une très grande puissance matérielle, Hiranyakasipu caressait le projet d'obtenir de Brahmaji la grâce de devenir immortel. Mais parce qu'il ne jouissait pas lui-même de ce privilège, Brahmaji ne put le lui accorder. Hiranyakasipu obtint toutefois de lui, une bénédiction qui, de façon indirecte, en faisait presque un être immortel. En effet, il avait obtenu l'assurance de n'être tué ni par un homme, ni par un deva, ni par aucune arme, et de ne mourir ni le jour, ni la nuit. Mais le Seigneur choisit de paraître tel l'avatara mi-homme mi-lion, surpassant ainsi l'imagination de ce matérialiste démoniaque, et sans annuler la faveur que lui avait accordée Brahmaji. En effet, Hiranyakasipu fut tué sur les genoux du Seigneur, afin qu'il ne meure ni sur terre, ni dans l'eau, ni dans les airs, et il fut déchiré par les griffes de Nrsimha: une arme qui allait bien au-delà de toute conception humaine et qui dépassait tout ce qu'il avait pu imaginer. Dans sa traduction littérale, le nom d'Hiranyakasipu indique qu'il convoitait l'or et les couches moelleuses, but ultime de tous les matérialistes. Du fait de leurs possessions matérielles, les hommes démoniaques qui se sont complètement détournés de Dieu se voient peu à peu envahis par l'orgueil. Ainsi vont-ils jusqu'à braver l'autorité du Seigneur Suprême et torturer Ses dévots. Prahlada Maharaja se trouvait être le fils d'Hiranyakasipu, mais parce que l'enfant montrait une grande dévotion au Seigneur, son père le torturait sans ménagement. Pour remédier à cette situation extrême, le Seigneur apparut tel l'avatara Nrsimhadeva, et désirant en finir avec l'ennemi des devas, Il anéantit Hiranyakasipu d'une façon que l'asura n'aurait jamais pu imaginer. Ainsi le Seigneur tout-puissant peut-Il vaicre toutes les jongleries intellectuelles des athées démoniaques.

VERSET 15

antah-sarasy uru-balena pade grhito
grahena yutha-patir ambuja-hasta artah
ahedam adi-purusakhila-loka-natha
tirtha-sravah sravana-mangala-namadheya

TRADUCTION

Alors qu'il se trouvait dans une rivière, le roi des éléphants sentit un crocodile à la force remarquable se saisir d'une de ses pattes. Accablé de détresse, il cueillit une fleur de lotus avec sa trompe et, l'offrant au Seigneur, Le pria en ces termes: "O Toi, bénéficiaire véritable et originel de toutes choses, Seigneur de l'univers! O Toi le sauveur, dont la gloire égale celle d'un lieu de pèlerinage! Comme Ton Nom est digne d'être chanté! Car, par le seul fait de l'entendre, tous se voient purifiés."

TENEUR ET PORTEE

Le huitième Chant du Srimad-Bhagavatam relate comment le roi des éléphants fut sauvé de l'attaque d'un crocodile de force peu commune qui s'en était pris à l'une de ses pattes alors qu'il s'ébattait dans une rivière. Le Seigneur représente le savoir absolu et, par conséquent, rien ne distingue Son Saint Nom de Sa Personne. Le roi des éléphants souffrait grandement de l'attaque du crocodile. Bien qu'un éléphant soit généralement plus fort qu'un crocodile, les rôles sont toutefois renversés lorsqu'ils se trouvent dans l'eau. Lors de sa vie précédente, l'éléphant avait été un grand dévot du Seigneur; ses actes vertueux antérieurs lui valurent donc de pouvoir chanter Son Saint Nom. Dans l'univers matériel, les êtres distincts sont sans cesse la proie de souffrances, car ils doivent à chaque instant y faire face à une certaine forme d'adversité. Mais comme le confirme la Bhagavad-gita (VII.15-16), celui que favorisent des actes de vertu antérieurs s'engagera dans le service de dévotion offert au Seigneur, tandis que les êtres enchaînés par les suites de leurs fautes passées ne pourront adopter cette voie, même s'ils se trouvent accablés par la détresse. Ainsi, de par ses actes vertueux accomplis lors d'existences précédentes, l'éléphant fut sauvé par Hari, le Seigneur Suprême, qui apparut aussitôt sur le dos de Garuda, l'aigle qui Le porte éternellement.

Conscient de la relation qui l'unissait au Seigneur Suprême, l'éléphant s'adressa à Lui en Le qualifiant d'adi-purusa, de bénéficiaire premier de toute chose. Qu'il s'agisse du Seigneur ou des âmes distinctes, tous les êtres sont doués de conscience et donc portés à tirer jouissance de la vie. Mais le Seigneur, Lui, est le bénéficiaire premier de toute chose, car de tout Il est le créateur. Au sein d'une famille, père et fils sont naturellement portés à jouir de l'existence, mais le bonheur des fils dépendra toutefois de celui du père. Le pur bhakta a pleinement conscience que tout ce qui existe dans l'univers appartient au Seigneur, et que l'être distinct peut jouir de la part que Ce dernier lui assigne. Cependant, l'être distinct n'aura pas même le droit de toucher ce qui ne lui est pas destiné. La Sri Isopanisad expose de façon très claire ce concept du Seigneur dans Sa position de maître et bénéficiaire originel de toute chose. Celui qui connaît ainsi la différence qui existe entre le Seigneur et l'être distinct ne prendra jamais quoi que ce soit sans d'abord le Lui offrir.

L'expression akhila-loka-natha se traduit par "Seigneur de l'univers". En qualifiant ainsi le Seigneur, l'éléphant indiquait qu'il Le reconnaissait comme son Seigneur et Maître. Celui-ci, en retour, Se devait donc de le sauver de l'attaque du crocodile. Le Seigneur ayant promis que Son dévot ne périrait jamais, il était tout à fait naturel que l'éléphant Lui demande protection, et que, de par Son infinie bienveillance, le Seigneur réponde aussitôt à son appel. Dieu assure la protection de tous, mais Il est particulièrement enclin à protéger celui qui reconnaît Sa souveraineté, quand d'autres nourrissent un tel orgueil qu'ils vont jusqu'à dénier Sa suprématie et se prétendre Son égal. Un pur bhakta, toutefois, demeure conscient de sa position subordonnée, et parce qu'il dépend pleinement du Seigneur, c'est à lui que le Seigneur accordera d'abord Sa protection. Quant à celui qui refuse de reconnaître l'existence de Dieu et qui se prétend lui-même l'Etre Suprême, on le qualifie d'asura, et pour toute protection, il devra dépendre d'une puissance limitée qui demeure sujette à la sanction du Seigneur. Parce que Dieu est suprême entre tous, nul ne peut concevoir Sa perfection, elle aussi suprême.

L'éléphant loua également le Seigneur en Le qualifiant de tirtha-sravah, ''Celui dont la gloire égale celle d'un lieu de pèlerinage". Les hommes se rendrent généralement aux lieux saints pour s'affranchir des suites des péchés commis inconsciemment, mais le souvenir du Saint Nom du Seigneur suffit à lui seul pour libérer les êtres de toutes leurs fautes passées. Le Seigneur possède donc les mêmes vertus que les saints lieux de pèlerinage. Les mêmes avantages qu'offre un lieu de pèlerinage seront donc accessibles à celui qui chantera le Saint Nom, peu importe où il demeure. Quant au pur bhakta, il n'a nul besoin de se rendre sur les lieux saints puisqu'il peut être délivré de tout péché par le seul fait de se rappeler le Seigneur avec ferveur. Un tel bhakta ne commet jamais d'actes coupables, mais parce que le monde entier baigne dans une atmosphère de péché, même un pur dévot du Seigneur sera susceptible de commettre inconsciemment une faute, par inadvertance. Accomplir sciemment des actes coupables ne saurait être le fait d'un bhakta digne de ce nom, mais lorsqu'un pur dévot du Seigneur commet inconsciemment une faute, nul doute que le Seigneur l'en affranchira, car c'est Lui qui, toujours, occupe la pensée de Son pur dévot.

Le Saint Nom du Seigneur est qualifié de sravana-mangala, en ce qu'il est source de toute heureuse fortune pour celui qui l'entend chanté. Un autre passage du Srimad-Bhagavatam dépeint le Saint Nom par l'expression punya-sravana-kirtana: le seul fait de chanter et d'écouter les gloires du Seigneur constitue en lui-même un acte de piété. En effet, si Dieu apparaît sur terre et y agit comme le ferait un homme de ce monde, c'est à seule fin d'offrir à chacun l'opportunité d'entendre chanter Ses gloires. Le Seigneur n'a aucun devoir à remplir en ce monde et Il n'est en rien tenu d'agir; Il apparaît de par Sa propre miséricorde sans cause et ne Se livre à l'action que selon Son plein gré. La narration de Ses Actes variés emplit donc les pages des Vedas et des Puranas afin que la masse des gens puisse nourrir une ferveur toute naturelle pour l'écoute et la lecture de ces récits. Pourtant, le grand public leur préfère les fictions et les romans modernes, auxquels il consacre un temps précieux, même si ces ouvrages ne servent le bien de personne; au contraire, ils troublent inutilement les esprits immatures et ont pour effet d'augmenter l'influence de la passion et de l'ignorance, contribuant ainsi à l'asservissement toujours croissant de l'âme distincte aux conditions matérielles. Mieux vaut donc diriger l'inclination pour lire et écouter vers les récits qui touchent aux Actes du Seigneur, ce qui s'avérera bénéfique à tous égards.

En conclusion, l'écoute du Saint Nom du Seigneur et des récits ayant trait à Sa Personne demeure à jamais glorieuse et sert le bien de tous; ce verset qualifie donc le Seigneur de nama-dheya, Celui dont le Saint Nom est source d'heureuse fortune pour qui le chante.


Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare